{"id":1098,"date":"2023-09-06T14:06:05","date_gmt":"2023-09-06T13:06:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=1098"},"modified":"2024-04-12T13:08:34","modified_gmt":"2024-04-12T12:08:34","slug":"aux-frontieres-de-la-nuit-marc-courtieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/aux-frontieres-de-la-nuit-marc-courtieu\/","title":{"rendered":"Aux fronti\u00e8res de la nuit \u2014 Marc Courtieu"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/NUIT_Revue_Esquisses_No5-3.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Nuit, le PDF<\/a><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Prendre la nuit comme un pays un peu myst\u00e9rieux, un peu effrayant, difficile \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer, qui se d\u00e9robe au fur et \u00e0 mesure qu\u2019on tente de s\u2019y glisser\u2026 Pour nous, animaux diurnes, le nocturne fait peur&nbsp;: plut\u00f4t que de l\u2019affronter, on pr\u00e9f\u00e8re souvent y dormir \u2013 cela permet de ne pas regarder en face son visage de M\u00e9duse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Certes, il y a parmi les hommes des oiseaux de nuit, noctambules et autres errants de l\u2019obscurit\u00e9. Mais leur n\u00e9vrose est peut-\u00eatre sym\u00e9trique : eux, c\u2019est le jour qui leur fait peur, ils sont un peu vampires\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">De la nuit comment alors s\u2019approcher&nbsp;? Je propose un biais&nbsp;: c\u2019est \u00e0 ses marges qu\u2019on va s\u2019int\u00e9resser, ses lisi\u00e8res, toujours un peu floues, jamais vraiment si nettes qu\u2019on le croit, engonc\u00e9 qu\u2019on est dans l\u2019habitude du raisonnement par opposition\u2026 La nuit&nbsp;? C\u2019est le contraire du jour. Pas de transition. C\u2019est d\u2019ailleurs bien le cas dans certaines r\u00e9gions du monde proches de l\u2019\u00c9quateur, o\u00f9 une pression sur l\u2019interrupteur du soleil suffit \u00e0 \u00ab&nbsp;faire&nbsp;\u00bb la nuit. Michel Leiris parle du \u00ab&nbsp;cr\u00e9puscule presque inexistant des r\u00e9gions tropicales&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote1sym\" id=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a><\/sup>. Et voici Patrick Modiano&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u00e0-bas, le cr\u00e9puscule n\u2019existe pas. Il suffisait de s\u2019assoupir un instant sur la terrasse de Sidi-Bou-Sa\u00efd et la nuit \u00e9tait tomb\u00e9e.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote2sym\" id=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><\/sup> Ou Richard Kapuscinski&nbsp;: \u00ab Ce qui en Europe s\u2019appelle soir ou cr\u00e9puscule dure ici \u00e0 peine quelques minutes, ou plut\u00f4t n\u2019existe pas. Il y a le jour, et aussit\u00f4t apr\u00e8s la nuit, comme si quelqu\u2019un en un tour de cl\u00e9 coupait le courant du soleil. La nuit devient tout de suite noire \u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote3sym\" id=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote1anc\"><\/a><a id=\"sdfootnote4anc\"><\/a><a id=\"sdfootnote3anc\"><\/a><a id=\"sdfootnote2anc\"><\/a> De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la journ\u00e9e, au matin, c\u2019est en Italie, \u00e0 Rome plus pr\u00e9cis\u00e9ment, que l\u2019\u00e9crivain hongrois Sandor Mara\u00ef observe la m\u00eame solution de continuit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 Rome, il n\u2019y a presque pas de transition entre la nuit et l\u2019aube. [\u2026] Moi, tu vois, j\u2019aime ces matins romains, j\u2019aime cette lumi\u00e8re br\u00fblante, brusque et \u00e9clatante\u2026 on dirait une jeune femme qui se d\u00e9barrasse soudain de sa chemise de nuit et qui, toute nue, court \u00e0 sa fen\u00eatre. Elle n\u2019est pas impudique, non, elle est simplement nue.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote4sym\" id=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a><\/sup> Si de la coupure de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 la femme qui se d\u00e9shabille la m\u00e9taphore change, l\u2019observation est la m\u00eame&nbsp;: c\u2019est l\u2019absence de transition qui frappe. Kapuscinscski, Mara\u00ef&nbsp;: les deux \u00e9crivains viennent de pays dits \u00ab&nbsp;de l\u2019Est&nbsp;\u00bb (Pologne, Hongrie). Dans ces contr\u00e9es, le passage du jour \u00e0 la nuit, de la nuit au jour, se ferait-il de mani\u00e8re particuli\u00e8rement graduelle pour qu\u2019ils soient ainsi frapp\u00e9s de ces brusqueries m\u00e9ridionales&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sym\u00e9trie exemplaire en tout cas des matins et des soirs&nbsp;? La question pourtant se pose&nbsp;: sont-ils miroirs les uns des autres&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong> Matin et soir<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Allons d\u2019abord voir du c\u00f4t\u00e9 du lexique. D\u2019embl\u00e9e, en fran\u00e7ais, deux mots viennent, disant la sortie de la nuit&nbsp;: aube, aurore. Et pour le soir&nbsp;? C\u2019est plus difficile. Les dictionnaires donnent plusieurs termes&nbsp;: la brune, le serein, le cr\u00e9puscule&nbsp;; un adjectif&nbsp;: vesp\u00e9ral. Chacun pourtant pose un probl\u00e8me. Aller, sortir \u00ab&nbsp;\u00e0 la brune&nbsp;\u00bb, c\u2019est aussi bien sortir le soir que la nuit&nbsp;: manque de pr\u00e9cision donc sur le moment que l\u2019expression (\u00ab&nbsp;vieillie&nbsp;\u00bb, disent encore les dictionnaires) d\u00e9signe. Quant au serein, il d\u00e9signe plus pr\u00e9cis\u00e9ment la ros\u00e9e du soir, l\u2019humidit\u00e9 qui monte du sol.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Et le cr\u00e9puscule&nbsp;? \u00c0 l\u2019origine il d\u00e9note indiff\u00e9remment le matin et le soir \u2013 voir les deux po\u00e8mes de Baudelaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le cr\u00e9puscule du soir&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Voici le soir charmant, ami du criminel&nbsp;; \/ Il vient comme un complice, \u00e0 pas de loup&nbsp;; le ciel \/ Se ferme lentement comme une grande alc\u00f4ve, \/ Et l\u2019homme impatient se change en b\u00eate fauve.&nbsp;\u00bb), \u00ab&nbsp;Le cr\u00e9puscule du matin&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;La diane chantait dans les cours des casernes, \/ Et le vent du matin soufflait sur les lanternes. \/ C\u2019\u00e9tait l\u2019heure o\u00f9 l\u2019essaim des r\u00eaves malfaisants \/ Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents&nbsp;; \/ O\u00f9, comme un \u0153il sanglant qui palpite et qui bouge, \/ La lampe sur le jour fait une tache rouge&nbsp;; \/ O\u00f9 l\u2019\u00e2me, sous le poids du corps rev\u00eache et lourd, \/ Imite les combats de la lampe et du jour.&nbsp;\u00bb). Certes, il y a le cr\u00e9puscule<em> (D\u00e4mmerung<\/em> en allemand<em>) <\/em>des idoles, celui des dieux, ou \u00ab&nbsp;Les chants du cr\u00e9puscule&nbsp;\u00bb qui ne se r\u00e9f\u00e8rent qu\u2019au soir. Mais dans ces titres d\u2019\u0153uvres po\u00e9tique, philosophique, musicale, le mot dit un d\u00e9clin, la fin d\u2019un monde, l\u2019entr\u00e9e dans la nuit d\u2019une civilisation. L\u2019analogie soir-d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, m\u00e9taphore depuis longtemps fig\u00e9e, a peut-\u00eatre bien fini par r\u00e9server le cr\u00e9puscule aux moments vesp\u00e9raux. On y reviendra.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Nonobstant, il m\u2019arrivera d\u2019user du mot de cr\u00e9puscule y compris pour le matin. Cela pourrait \u00e9viter de ne parler que du point de vue du jour \u2013 pli d\u2019animal diurne sans doute l\u00e0 encore qu\u2019un tel parti-pris.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong> \u00catre du matin<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote5anc\"><\/a>\u00c0 ce pli, m\u00eame un Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch n\u2019\u00e9chappe pas, dirait-on, lorsque dans l\u2019\u00e9criture musicale il oppose le b\u00e9mol et le di\u00e8se. Bien qu\u2019\u00ab&nbsp;enharmoniquement synonymes en syst\u00e8me temp\u00e9r\u00e9&nbsp;: r\u00e9 b\u00e9mol et ut di\u00e8se, sol b\u00e9mol et fa di\u00e8se co\u00efncident sur les touches&nbsp;\u00bb, ils sont profond\u00e9ment distincts&nbsp;: \u00ab&nbsp;(&#8230;) l\u2019orthographe b\u00e9molis\u00e9e correspond \u00e0 l\u2019intention de soustraire, l\u2019orthographe di\u00e9s\u00e9e \u00e0 un d\u00e9voilement&nbsp;\u00bb. Comparant alors ces deux \u00ab&nbsp;orthographes&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019opposition du cr\u00e9puscule et de l\u2019aurore&nbsp;\u00bb, le philosophe pr\u00e9cise que toutes deux sont \u00ab&nbsp;deux mouvements inverses et par cons\u00e9quent incomparables, l\u2019un d\u00e9j\u00e0 nocturne et qui tend vers le sommeil, vers les songes et vers la volupt\u00e9, l\u2019autre tendu vers le jour et les besognes matinales&nbsp;\u00bb. Et d\u2019y insister&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 quantit\u00e9 de lumi\u00e8re \u00e9gale et pour une m\u00eame hauteur statique du soleil, c\u2019est donc la qualit\u00e9 qui diff\u00e8re, ici et l\u00e0, du tout au tout. Ainsi diff\u00e8rent, pour une m\u00eame tonalit\u00e9, l\u2019\u00e9clairage mourant de la b\u00e9molisation, d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9 vers la nuit, et l\u2019\u00e9clairage naissant du synonyme di\u00e9s\u00e9, qui est \u00e9mergence dans la lumi\u00e8re&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote5sym\" id=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a><\/sup>. Admirable analyse, que Jank\u00e9l\u00e9vitch illustre par de nombreux exemples&nbsp;: Faur\u00e9, Alb\u00e9niz, Janacek\u2026, dont \u00ab la&nbsp;po\u00e9sie de la sonorit\u00e9 b\u00e9molis\u00e9e [\u2026] sert \u00e0 tamiser la lumi\u00e8re et [\u2026] exprime essentiellement la p\u00e9nombre, la demi-teinte, le demi-jour&nbsp;\u00bb. Mais n\u2019est-elle pas n\u00e9anmoins, cette analyse, un peu prisonni\u00e8re de ce privil\u00e8ge que l\u2019homme ne peut gu\u00e8re s\u2019emp\u00eacher d\u2019accorder au soleil du matin, au jour qui se l\u00e8ve&nbsp;? Car enfin, les mots, les formules m\u00eames employ\u00e9s ici pour \u00e9voquer la lente tomb\u00e9e du jour (lumi\u00e8re tamis\u00e9e, p\u00e9nombre, demi-jour) ne peuvent-ils pas aussi bien s\u2019appliquer \u00e0 la lumi\u00e8re qui s\u2019agrandit au matin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote6anc\"><\/a>Difficile donc \u00e0 l\u2019<em>homo sapiens<\/em> de s\u2019emp\u00eacher de privil\u00e9gier le matin, dirait-on. Jean Starobinski en fait un marqueur de la personnalit\u00e9 de Paul Val\u00e9ry&nbsp;: si \u00ab&nbsp;le point du jour fut son instant favori&nbsp;\u00bb, c\u2019est peut-\u00eatre bien parce qu\u2019\u00ab&nbsp;il existe une relation symbolique entre l\u2019instant choisi pour le travail et la teneur substantielle de l\u2019\u0153uvre&nbsp;\u00bb de l\u2019auteur de <em>La jeune Parque<\/em>. Val\u00e9ry est, \u00e0 tous points de vue, plut\u00f4t \u00ab&nbsp;du matin&nbsp;\u00bb, comme on dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Toute son \u0153uvre nous parle d\u2019un esprit \u00e0 l\u2019instant du r\u00e9veil, quand l\u2019univers des formes retrouve son langage, \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du sommeil et de l\u2019absence, quand se rassemblent les sensations qui recr\u00e9ent la conscience d\u2019un corps&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote6sym\" id=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a><\/sup>. \u00c0 l\u2019aube, et peut-\u00eatre plus encore \u00e0 l\u2019aurore, les sensations \u00e9mergent des ombres de la nuit, quand r\u00eaves et cauchemars occupaient l\u2019esprit. Au matin, luttant contre cette l\u00e9thargie nocturne, Val\u00e9ry-Teste, reprenant le contr\u00f4le de sa pens\u00e9e, \u00ab&nbsp;gagne un \u00e9tat de vigilance sup\u00e9rieur de quelques degr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019une pens\u00e9e [\u2026] qu\u2019on pourrait surprendre en flagrant d\u00e9lit d\u2019assoupissement&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;dans l\u2019exaltation du r\u00e9veil&nbsp;\u00bb il \u00ab&nbsp;trouve sa joie et reconna\u00eet sa puissance personnelle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Mais bien s\u00fbr, un po\u00e8te tel que Val\u00e9ry, sensible aux passages, aux transitions, \u00e0 la souplesse du glissement du mode nocturne au mode diurne d\u2019\u00eatre au monde, ne saurait trancher de mani\u00e8re aussi abrupte. Ces id\u00e9es du jour qu\u2019il privil\u00e9gie, dont il go\u00fbte les \u00ab&nbsp;saveurs&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;surgissent du rien, de la confusion&nbsp;\u00bb nocturne, elles sont \u00ab&nbsp;enfants de la nuit, que vient dorer le soleil d\u2019une aurore \u00e9blouie. Elles s\u2019\u00e9veillent \u00e0 la fa\u00e7on dont la vague et l\u2019\u00e9cume se soul\u00e8vent pour cr\u00eater le grand n\u00e9ant de la mer, r\u00e9futant d\u2019un signe \u00e9tincelant cette obscurit\u00e9 des profondeurs qui pourtant les supporte et les nourrit d\u2019ombre&nbsp;\u00bb. Elles semblent bien fragiles alors, bien \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, ces id\u00e9es, flocons d\u2019\u00e9cume \u00e0 peine soulev\u00e9es par le vent, seulement visibles quelques instants au-dessus de l\u2019immensit\u00e9 de la nuit, de ses profondeurs imma\u00eetrisables. Prenons donc garde, nous enjoint encore Starobinski, Paul Val\u00e9ry, \u00ab&nbsp;ce po\u00e8te de l\u2019aurore victorieuse est aussi un po\u00e8te du soir et des lourdes minutes o\u00f9 l\u2019\u00eatre c\u00e8de au vide et s\u2019abandonne aux t\u00e9n\u00e8bres, [\u2026] \u00e0 cette revanche de l\u2019ombre sur la transparence&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote7anc\"><\/a>Mais \u00e0 nouveau, l\u2019approche et l\u2019entr\u00e9e dans la nuit sont une forme de mort m\u00e9taphorique (Jank\u00e9l\u00e9vitch parlait d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9clairage mourant&nbsp;\u00bb). Certes, Starobinski admire en Val\u00e9ry sa \u00ab&nbsp;profonde curiosit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui occupe l\u2019autre bord du sommeil&nbsp;\u00bb, mais il voit dans celle-ci le \u00ab&nbsp;secret d\u00e9sespoir d\u2019une conscience qui s\u2019\u00e9tudie jusqu\u2019\u00e0 imaginer sa perte&nbsp;\u00bb. Pour la \u00ab&nbsp;Raison autocratique, si libre et si fortement band\u00e9e&nbsp;\u00bb de Val\u00e9ry, \u00ab&nbsp;le sommeil quotidien, o\u00f9 elle perd la domination d\u2019un corps ador\u00e9, est une sorte d\u2019outrage mortel, qui lui donne \u00e0 pr\u00e9voir sa dissolution dans l\u2019absolu non-\u00eatre&nbsp;\u00bb. Ainsi de cette forte illustration d\u2019une telle mort violente&nbsp;: \u00ab&nbsp;Coucher du soleil. Ciel pur, le disque orange est tangent \u00e0 l\u2019horizon. [\u2026] Impression de solennit\u00e9 de ce passage. Il y a une sensation d\u2019ex\u00e9cution capitale dans la profondeur implicite de cette dur\u00e9e. La t\u00eate du jour lentement tombe. Le disque est bu. [\u2026] Chacun semble frapp\u00e9 d\u2019avoir vu <em>l\u2019un de ses jours d\u00e9capit\u00e9 devant soi<\/em>.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote7sym\" id=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote8anc\"><\/a>L\u2019\u0153uvre de l\u2019auteur de <em>Monsieur Teste<\/em> appara\u00eet finalement comme une lutte constante contre ces espaces nocturnes o\u00f9 s\u2019efface la conscience, qui si\u00e8ge dans une t\u00eate violemment tranch\u00e9e par la tomb\u00e9e du jour&nbsp;: \u00ab&nbsp;De toutes les lumi\u00e8res de son r\u00e9veil Val\u00e9ry cherche \u00e0 se faire une arme pour transpercer la nuit dans ses \u0153uvres, et pour se venger de cet oc\u00e9an confus qui le rejette au matin sur sa gr\u00e8ve.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote8sym\" id=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tout comme l\u2019ontogen\u00e8se imite la phylogen\u00e8se, tout comme le microcosme et le macrocosme sont miroirs l\u2019un de l\u2019autre, l\u2019avanc\u00e9e du soir et le processus du mourir s\u2019\u00e9quivalent. Le sommeil nocturne, \u00ab&nbsp;oc\u00e9an confus&nbsp;\u00bb assimilable \u00e0 la mort&nbsp;? L\u2019id\u00e9e est ancienne, on l\u2019a dit&nbsp;: on la trouve d\u00e9j\u00e0 dans le <em>Ph\u00e9don<\/em> (XVI) de Platon: Socrate, partant du parall\u00e8le entre \u00ab&nbsp;s\u2019assoupir&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;mourir&nbsp;\u00bb, conduit son interlocuteur, C\u00e9b\u00e8s, \u00e0 accepter l\u2019analogie entre \u00ab&nbsp;s\u2019\u00e9veiller&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;revivre&nbsp;\u00bb, d\u2019o\u00f9 il tire l\u2019affirmation de l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me. \u00c9galit\u00e9 de proportion qui s\u2019appuie sur une sym\u00e9trie rigoureuse entre les instants de l\u2019endormissement et de l\u2019\u00e9veil. Reste \u00e0 savoir si ce parall\u00e8le, qui r\u00e9sonne pour nous comme une \u00e9vidence, est r\u00e9ellement pertinent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote9anc\"><\/a>On a vu que Val\u00e9ry marquait sa pr\u00e9f\u00e9rence pour le matin. D\u2019autres sont plut\u00f4t \u00ab&nbsp;du soir&nbsp;\u00bb. Ces choix sont-ils \u00e9quivalents, ainsi que leur fa\u00e7on d\u2019observer la nuit&nbsp;? Rien n\u2019est moins s\u00fbr, Claude L\u00e9vi-Strauss l\u2019affirme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour les savants, l\u2019aube et le cr\u00e9puscule sont un seul ph\u00e9nom\u00e8ne [\u2026] Cette confusion exprime bien le pr\u00e9dominant souci des sp\u00e9culations th\u00e9oriques et une singuli\u00e8re n\u00e9gligence de l\u2019aspect concret des choses. [\u2026] En r\u00e9alit\u00e9, rien n\u2019est plus diff\u00e9rent que le soir et le matin.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote9sym\" id=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong> \u00catre du soir<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Quelle serait-elle alors, cette diff\u00e9rence&nbsp;? Souvenons-nous de la chouette de Minerve qui, selon la fameuse formule de Hegel, \u00ab&nbsp;ne prend son vol qu\u2019au d\u00e9but du cr\u00e9puscule&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote10sym\" id=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a><\/sup>. La m\u00e9taphore dit la position contin\u00fbment seconde de la philosophie, qui \u00ab&nbsp;vient toujours trop tard&nbsp;\u00bb, ajoute Hegel. Plut\u00f4t que la mort, la tomb\u00e9e du jour, ce serait alors le vieillissement. \u00c9v\u00e9nement subit, jour \u00ab&nbsp;d\u00e9capit\u00e9&nbsp;\u00bb de Val\u00e9ry&nbsp;? Processus bien davantage, appr\u00e9hendable dans sa dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote10anc\"><\/a><a id=\"sdfootnote11anc\"><\/a>Et, pr\u00e9cisons-le, s\u00e9nescence qui n\u2019est pas toujours per\u00e7ue de fa\u00e7on n\u00e9gative. Minerve-Ath\u00e9na, la d\u00e9esse du savoir, n\u2019autorise l\u2019envol de son oiseau-embl\u00e8me que dans la lumi\u00e8re tamis\u00e9e du cr\u00e9puscule, en ces moments o\u00f9 peut s\u2019exercer la patience du philosophe. Lucidit\u00e9 \u00ab&nbsp;tardive&nbsp;\u00bb certes, commente Henri Pe\u00f1a-Ruiz, mais le sens n\u2019\u00e9merge-t-il pas seulement lorsque \u00ab&nbsp;la vivacit\u00e9 du soleil&nbsp;\u00bb a cess\u00e9 d\u2019aveugler le regard&nbsp;?<sup><a href=\"#sdfootnote11sym\" id=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a><\/sup>. Le constat semble amer, empreint de m\u00e9lancolie&nbsp;? Il est pourtant \u00ab&nbsp;sans cruaut\u00e9 ni regret&nbsp;\u00bb&nbsp;: quand \u00ab&nbsp;s\u2019estompent les formes&nbsp;\u00bb au soir, la pens\u00e9e peut enfin \u00ab&nbsp;s\u2019affranchir des mirages et des limites de l\u2019urgence&nbsp;\u00bb. Et ce n\u2019est que lorsque le tableau du peintre est achev\u00e9 que se d\u00e9voilent sa v\u00e9rit\u00e9, son sens, ce n\u2019est que \u00ab&nbsp;quand les couleurs de la vie s\u2019estompent et se fondent&nbsp;\u00bb que l\u2019oiseau nocturne s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans le ciel. Alors, de son regard vesp\u00e9ral, <em>serein<\/em> et plein, la d\u00e9esse aux yeux pers (c\u2019est-\u00e0-dire capable de voir dans l\u2019obscurit\u00e9, comme la chouette) embrasse la journ\u00e9e qui s\u2019ach\u00e8ve et doucement s\u2019\u00e9teint, la r\u00e9capitule, comme dans cette \u00e9vocation de la romanci\u00e8re allemande Herta M\u00fcller&nbsp;: \u00ab [\u2026] ces soir\u00e9es d\u2019\u00e9t\u00e9 vers lesquelles toute la journ\u00e9e se dirige jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle soit lasse et d\u00e9cline entre les yeux&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote12sym\" id=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote12anc\"><\/a>On peut le dire h\u00e9g\u00e9lien alors, Claude L\u00e9vi-Strauss, lorsque, dans le fameux passage c\u00e9l\u00e8bre de <em>Tristes tropiques <\/em>d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, il d\u00e9crit un coucher de soleil. Y est marqu\u00e9e la diff\u00e9rence entre celui-ci et son lever&nbsp;:&nbsp;Le premier \u00ab&nbsp;est un pr\u00e9lude&nbsp;\u00bb, le second \u00ab&nbsp;une ouverture qui se produirait \u00e0 la fin au lieu du commencement comme dans les vieux op\u00e9ras&nbsp;\u00bb. L\u2019aube, ce \u00ab&nbsp;n\u2019est que le d\u00e9but du jour&nbsp;\u00bb, bien peu de choses en somme. Tandis que le cr\u00e9puscule\u2026 Il est \u00ab&nbsp;une r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;\u00bb de tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 durant la journ\u00e9e, \u00ab&nbsp;une image en r\u00e9duction des combats, des triomphes et des d\u00e9faites qui se sont succ\u00e9d\u00e9s pendant les douze heures&nbsp;\u00bb ant\u00e9c\u00e9dentes. Vacuit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du matin, condensation, compl\u00e9tude du soir\u2026 Voil\u00e0 qui expliquerait que \u00ab&nbsp;les hommes pr\u00eatent plus d\u2019attention au soleil couchant qu\u2019au soleil levant&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote13sym\" id=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">D\u2019un c\u00f4t\u00e9 gens qui, comme Val\u00e9ry, sont du matin, de l\u2019autre gens du soir, \u00e0 l\u2019image de L\u00e9vi-Strauss&nbsp;? Il est temps de v\u00e9rifier, de voir si les positions sont si tranch\u00e9es, si, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de ce qui peut appara\u00eetre comme des choix de vie, il n\u2019y a pas des nuances \u00e0 apporter, des modulations pareilles aux nuages qui, au lever comme au coucher du soleil, infl\u00e9chissent, voire d\u00e9tournent le cours d\u2019un ciel bleu\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><em> Mythologie<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La mythologie grecque permet d\u2019esquisser un premier tri. La chouette de Minerve s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans le ciel lorsqu\u2019apparaissent les Hesp\u00e9rides, nymphes du Couchant, qui sont filles de la Nuit (Nox). Elles habitent l\u2019extr\u00eame Occident, au bord de l\u2019Oc\u00e9an, du c\u00f4t\u00e9 du Maroc actuel, au pied du mont Atlas, leur p\u00e8re. C\u2019est vers l\u2019obscurit\u00e9 nocturne qu\u2019est ici tir\u00e9 le soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00c0 l\u2019autre bout de la nuit, tandis qu\u2019un autre oiseau, le coq, se manifeste par son chant, l\u2019Aurore (Eos) de \u00ab&nbsp;ses doigts de rose&nbsp;\u00bb colore le Ciel avant l\u2019arriv\u00e9e du char d\u2019H\u00e9lios, le Soleil. S\u0153ur de celui-ci et de S\u00e9l\u00e9n\u00e9 (la lune), Eos participe du jour comme de la nuit, sans toujours privil\u00e9gier le premier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La mythologie para\u00eet donc marquer une diff\u00e9rence entre le couchant, orient\u00e9 vers la nuit, et le levant dont la nature, duelle, serait de jour et de nuit m\u00e9lang\u00e9e. Mais par ailleurs et d\u2019un autre point de vue, le soir est multiple (les Hesp\u00e9rides sont cinq), alors que le matin est unique (Eos).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Toutefois, comme presque toujours dans la mythologie, les choses ne sont pas si tranch\u00e9es, et les traditions sont mobiles. Voyez par exemple ce passage de <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, lors des retrouvailles d\u2019Ulysse et P\u00e9n\u00e9lope<sup><a href=\"#sdfootnote14sym\" id=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a><\/sup>&nbsp;: \u00ab Ainsi la pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9poux \u00e9tait douce \u00e0 P\u00e9n\u00e9lope qui le contemplait et ne pouvait du cou de son mari d\u00e9tacher ses deux bras blancs. Et Aurore aux doigts de rose les e\u00fbt trouv\u00e9s pleurant, si une id\u00e9e n\u2019\u00e9tait venue \u00e0 Ath\u00e9n\u00e9, la d\u00e9esse aux yeux brillants [pers]&nbsp;; elle prolongea la nuit arriv\u00e9e \u00e0 son terme et retint dans l\u2019Oc\u00e9an Aurore au tr\u00f4ne d\u2019or, lui interdisant d\u2019atteler \u00e0 son char ses chevaux aux pieds rapides qui portent aux hommes la lumi\u00e8re, Lampos (\u00ab&nbsp;\u00e9clatant&nbsp;\u00bb) et Pha\u00e9ton (\u00ab&nbsp;brillant&nbsp;\u00bb)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ath\u00e9na trouvait son temps au cr\u00e9puscule du soir, au moment o\u00f9 elle autorise l\u2019envol de sa chouette&nbsp;? Voici que, retenant l\u2019attelage d\u2019Aurore, elle est aussi capable d\u2019agir sur le cr\u00e9puscule du matin en le diff\u00e9rant pour prot\u00e9ger les retrouvailles d\u2019Ulysse et P\u00e9n\u00e9lope.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote13anc\"><\/a>Voyez encore ce qu\u2019il est dit d\u2019Aurore dans <em>Les M\u00e9tamorphoses<\/em> d\u2019Ovide&nbsp;: la d\u00e9esse \u00ab&nbsp;tient sous sa loi les confins du jour et les confins de la nuit&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote15sym\" id=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a><\/sup> Ath\u00e9na n\u2019est pas que du soir, Aurore n\u2019est pas que du matin, elles ont un pouvoir sur l\u2019autre bord du jour ou de la nuit\u2026 Il conviendra de ne pas l\u2019oublier dans notre parcours \u00e0 travers les \u00e9crits que nous allons lire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><em> \u00c9tapes<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">On l\u2019a dit, deux \u00ab&nbsp;\u00e9v\u00e9nements&nbsp;\u00bb balisent le passage de la nuit au jour. L\u2019aube marque l\u2019arriv\u00e9e des toutes premi\u00e8res p\u00e2leurs du jour qui progressivement dissipe les t\u00e9n\u00e8bres nocturnes (c\u2019est aussi le \u00ab&nbsp;potron-minet&nbsp;\u00bb, anciennement \u00ab&nbsp;potron-jacquet&nbsp;\u00bb&nbsp;: le moment o\u00f9 le jacquet, l\u2019\u00e9cureuil, levant la queue, montre son potron, son \u00ab&nbsp;cul&nbsp;\u00bb. De l\u2019\u00e9cureuil matinal on est ensuite pass\u00e9 au chat\u2026). Puis c\u2019est l\u2019aurore avec l\u2019apparition des premiers rayons du soleil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote14anc\"><\/a>Et au soir&nbsp;? Cr\u00e9puscule tend de plus en plus \u00e0 d\u00e9signer l\u2019intervalle de temps entre la disparition des rayons solaires et la tomb\u00e9e de la nuit. Pas de mots alors pour nommer l\u2019entr\u00e9e dans le cr\u00e9puscule, puis sa sortie finale, quand la nuit a enti\u00e8rement \u00e9tendu son empire&nbsp;? Il y a bien l\u2019expression \u00ab&nbsp;entre chien et loup&nbsp;\u00bb. Elle d\u00e9signe cette p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019on ne parvient plus \u00e0 distinguer les deux animaux, entre le moment o\u00f9 on l\u00e2che le chien de garde et celui o\u00f9 le loup met \u00e0 profit l\u2019obscurit\u00e9 compl\u00e8te pour se mettre en qu\u00eate d\u2019une proie. Leiris montre bien le caract\u00e8re incertain de ce laps, de cette <em>zone franche<\/em> qui rel\u00e8ve du jour autant que de la nuit : \u00ab Se promener un soir d\u2019\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019heure dite d\u2019entre chien et loup (confins du jour et de la nuit en m\u00eame temps que zone frontali\u00e8re du monde de la veille et de celui du sommeil) \u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote16sym\" id=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a><\/sup> .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><a id=\"sdfootnote15anc\"><\/a>C\u2019est \u00e0 nouveau chez L\u00e9vi-Strauss qu\u2019on va trouver une distinction plus op\u00e9rante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a deux phases bien distinctes dans un coucher de soleil. Au d\u00e9but, l&rsquo;astre est architecte. Ensuite seulement (quand ses rayons parviennent r\u00e9fl\u00e9chis et non plus directs) il se transforme en peintre.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote17sym\" id=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a><\/sup>. Le soleil architecte&nbsp;? C\u2019est qu\u2019au soir, quand s\u2019allongent les ombres, \u00ab&nbsp;la lumi\u00e8re faiblit et fait appara\u00eetre des plans \u00e0 chaque instant plus complexes. La pleine lumi\u00e8re est l&rsquo;ennemie de la perspective, mais, entre le jour et la nuit, il y a place pour une architecture aussi fantaisiste que temporaire&nbsp;\u00bb. En somme, tout se passe comme si L\u00e9vi-Strauss prenait parti dans la fameuse controverse du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle entre les tenants de la forme (les \u00ab&nbsp;Poussinistes&nbsp;\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Nicolas Poussin) et ceux de la couleur (les \u00ab&nbsp;Rub\u00e9nistes&nbsp;\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Pierre Paul Rubens)&nbsp;: pour lui, c\u2019est le dessin qui arrive en premier. Puis vient la couleur. A moins que ce soit le soleil lui-m\u00eame qui choisit son camp dans la querelle ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">On se gardera, l\u00e0 encore, de trancher. Retenons qu\u2019on dispose maintenant d\u2019une \u00e9bauche de typologie. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019architecture puis la peinture, de l\u2019autre l\u2019aube puis l\u2019aurore. C\u2019est muni de ces cl\u00e9s qu\u2019on va entrer dans l\u2019univers des \u00e9crivains et des po\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"951\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/fond-blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1766%2C824&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1766,824\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"fond blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=300%2C140&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1000%2C467&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=43%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-951\" width=\"43\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1024%2C478&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=300%2C140&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=768%2C358&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1536%2C717&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?w=1766&amp;ssl=1 1766w\" sizes=\"(max-width: 43px) 100vw, 43px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><em> Premi\u00e8re partie&nbsp;: Les Matinaux<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Matinal : L\u2019\u00eatre \u2013 preuve de moralit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Gustave Flaubert,<em> Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>La promesse de l\u2019aube. Aubade<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Du c\u00f4t\u00e9 de chez Val\u00e9ry, de \u00ab&nbsp;l\u2019orthographe di\u00e9s\u00e9e \u00bb de Jank\u00e9l\u00e9vitch, il y a ceux qui du matin se r\u00e9jouissent. Ils sont tourn\u00e9s vers l\u2019est, le levant, comme l\u2019\u00e9glise du Moyen-\u00c2ge, \u00ab&nbsp;orient\u00e9e [\u2026] vers les premi\u00e8res lueurs qui viennent dissiper les anxi\u00e9t\u00e9s nocturnes, vers cette lumi\u00e8re que chaque jour, dans les frissons de l\u2019aube, le cycle de la liturgie salue par la louange de l\u2019\u00e9ternel&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote18sym\" id=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a><\/sup> Au chant du coq la nature, dit-on, s\u2019\u00e9veille. Elle s\u2019\u00e9broue, \u00e9teignant les derni\u00e8res \u00e9toiles, secouant les derniers filaments de nuit encore retenus par les branches des arbres&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sa joie secr\u00e8te, la conqu\u00eate de l\u2019aube. Alors les \u00e9toiles les plus rebelles luttent \u00e0 ne pas dispara\u00eetre dans la bouche gourmande d\u2019une lumi\u00e8re envahissante o\u00f9 va s\u2019installer le jour. [\u2026] Surprendre les griffes r\u00e9tractiles du soleil qui \u00e9corche la nuit agonisante. Enlever le cr\u00eape de toutes choses mortelles.&nbsp;\u00bb Puis, assez vite, c\u2019est l\u2019aurore que l\u2019\u00e9crivain ha\u00eftien Frank\u00e9tienne c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le soleil, \u00e0 travers des flocons de nuages blancs, ouvre imm\u00e9diatement ses paupi\u00e8res alourdies apr\u00e8s un long sommeil. Il se d\u00e9tire de l\u2019ankylose d\u2019une nuit. \u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote19sym\" id=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">De tels matins nient la nuit, ennemie dont l\u2019agonie doit finir au plus vite. Terreurs nocturnes, imm\u00e9moriales sans doute, que l\u2019aube estompe, puis que l\u2019aurore ach\u00e8ve d\u2019\u00e9teindre. Ce sentiment est encore plus marqu\u00e9 quand la nuit est de guerre, violente, assourdie de bombes, comme pour Mahmoud Darwich, le po\u00e8te palestinien, enferm\u00e9 \u00e0 Beyrouth lors du si\u00e8ge de l\u2019\u00e9t\u00e9 1982 sous \u00ab&nbsp;la fi\u00e8vre des m\u00e9taux&nbsp;\u00bb, du \u00ab&nbsp;fer qui hurle&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;des obus qui s\u2019abattent sur la cuisine ouverte au-dessus de la mer, r\u00e9pandant des senteurs de poudre et la saveur du n\u00e9ant&nbsp;\u00bb. Que faire d\u2019autre qu\u2019attendre l\u2019\u00ab&nbsp;aube que porte le feu&nbsp;\u00bb&nbsp;? On l\u2019esp\u00e8re tant qu\u2019elle \u00ab&nbsp;na\u00eet des sensations avant que d\u2019\u00eatre perceptible&nbsp;\u00bb, on supplie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Donnez-moi cinq minutes pour que je mette cette aube, ma petite part d\u2019aube, sur ses deux pieds&nbsp;\u00bb. Comment remettre d\u2019aplomb cette aube transperc\u00e9e d\u2019explosions, de d\u00e9flagrations&nbsp;? Darwich se raccroche \u00e0 un infiniment petit, qui dans ces circonstances est immens\u00e9ment grand&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je veux l\u2019odeur du caf\u00e9, je ne veux rien d\u2019autre que l\u2019odeur du caf\u00e9. [\u2026] Il est aube vierge et silencieuse.&nbsp;\u00bb Cela tourne \u00e0 l\u2019obsession, se faire un caf\u00e9 appara\u00eet comme le seul moyen de s\u2019approprier l\u2019aube du jour qui s\u2019annonce&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne fais pas attention aux roquettes, aux obus, aux avions&nbsp;! Telle est ma volont\u00e9&nbsp;: je ferai se r\u00e9pandre le parfum du caf\u00e9 afin de faire mienne cette aube&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote20sym\" id=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a><\/sup> Garder co\u00fbte que co\u00fbte la ma\u00eetrise de ce d\u00e9but de jour que tente de lui voler la guerre et sa fureur, \u00ab&nbsp;saisir ma part d\u2019aube&nbsp;\u00bb, ne pas prolonger en terreurs diurnes celles de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente pour \u00ab&nbsp;[se] pr\u00e9parer \u00e0 entamer cette nouvelle journ\u00e9e n\u00e9e des lamentations&nbsp;\u00bb, tout cela est dans l\u2019odeur du caf\u00e9 que Darwich veut \u00e0 tout prix sentir, malgr\u00e9 la difficult\u00e9, le p\u00e9ril (\u00ab&nbsp;Comment atteindre&nbsp;la cuisine&nbsp;\u00bb au bout de l\u2019\u00e9troit couloir balay\u00e9 de fum\u00e9e, de gravats&nbsp;?).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Un texte de L\u00e9on Paul Fargue r\u00e9sonne avec celui de Darwich. Assis sur la banquette fatigu\u00e9e d\u2019un bar des faubourgs parisiens, Fargue est \u00ab&nbsp;assi\u00e9g\u00e9 de caf\u00e9 noir, seul et dernier vestige de la nuit&nbsp;\u00bb. Comme chez Darwich, \u00e0 la nuit qui finit le noir du caf\u00e9 fait \u00e9cho, \u00ab&nbsp;jus de nuit que des mains d\u2019esclaves ont recueilli goutte \u00e0 goutte dans le verre des d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote21sym\" id=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a><\/sup>. Ce d\u00e9sespoir il le refuse, le po\u00e8te palestinien, pourtant prisonnier de sa maison bombard\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Faire mienne cette aube&nbsp;\u00bb, dit-il de mani\u00e8re volontariste\u2026 La formule pourrait \u00eatre contresign\u00e9e par d\u2019autres \u00e9crivains, dans des circonstances moins dramatiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Communier de mani\u00e8re intime avec le point du jour, c\u2019est ainsi ce que fait l\u2019anglaise Katherine Mansfield&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vivre \u2013 vivre&nbsp;! Et le matin parfait, si beau, si frais, qui se pr\u00e9lassait dans la lumi\u00e8re et donnait l\u2019impression de rire de sa propre beaut\u00e9, sembla murmurer&nbsp;: Pourquoi pas&nbsp;?&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote22sym\" id=\"sdfootnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a><\/sup> Ou le po\u00e8te suisse Gustave Roud&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une v\u00e9rit\u00e9 s\u2019est lev\u00e9e en moi, pareille \u00e0 cette p\u00e2leur d\u2019horizon quand l\u2019aube d\u00e9gage de l\u2019ombre sans violence le visage, les mains du marcheur nocturne et desserre doucement sa gorge nou\u00e9e.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote23sym\" id=\"sdfootnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a><\/sup> Avec l\u2019aube, de l\u2019aube s\u2019\u00e9veillent les sens. Couleurs, sons, odeurs (l\u2019Aurore-Eos de <em>L\u2019Iliade<\/em> est \u00ab&nbsp;voil\u00e9e de safran&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote24sym\" id=\"sdfootnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a><\/sup>) s\u2019exhalent de la nuit encore si pr\u00e9sente, pr\u00e9gnante ?)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Parfois certains lieux paraissent \u00e9lus pour favoriser un tel accord avec l\u2019aube et l\u2019aurore. C\u2019est ainsi au bord de la mer descendante, lorsque, \u00ab&nbsp;au petit matin&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019eau et la nuit en m\u00eame temps se retirent&nbsp;\u00bb, que la promenade de Julien Gracq lui permet de percevoir&nbsp;\u00ab la fra\u00eecheur lav\u00e9e des platures \u00e0 mar\u00e9e basse, [\u2026] o\u00f9 bouge et tournoie l\u2019odeur d\u2019un monde naissant.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote25sym\" id=\"sdfootnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a><\/sup>. L\u2019auteur du <em>Rivage des Syrtes<\/em>, lui aussi, fait sienne cette aube, ici oc\u00e9ane et li\u00e9e \u00e0 la mar\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une respiration neuve et inconnue pour quelques instants nous habite, [\u2026] plus native que tous les souvenirs d\u2019enfance.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Peut-\u00eatre cette impression (qui est volont\u00e9 dans le cas de Darwich) que l\u2019aube est \u00e0 soi tient-elle en partie \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019ankylose de nuit&nbsp;\u00bb (Frank\u00e9tienne), aux \u00ab&nbsp;derniers vestiges de nuit&nbsp;\u00bb (Fargue) qui subsistent au matin, maintenant embrum\u00e9 le monde qui lentement se d\u00e9couvre. Se pourrait-il qu\u2019on soit encore dans le r\u00eave&nbsp;? Dans <em>A l\u2019ombre des jeunes filles en fleur<\/em> le narrateur, lors d\u2019un voyage en train, s\u2019\u00e9veille dans une incertitude encore toute empreinte de nuit&nbsp;: \u00ab&nbsp; A un moment o\u00f9 je d\u00e9nombrais les pens\u00e9es qui avaient rempli mon esprit pendant les minutes pr\u00e9c\u00e9dentes, pour me rendre compte si je venais ou non de dormir [\u2026], dans le carreau de la fen\u00eatre, au-dessus d\u2019un bois noir, je vis des nuages \u00e9chancr\u00e9s dont le doux duvet \u00e9tait d\u2019un rose fix\u00e9, mort, qui ne changera plus, comme celui qui teint les plumes de l\u2019aile qui l\u2019a assimil\u00e9 ou le pastel sur lequel l\u2019a d\u00e9pos\u00e9 la fantaisie du peintre.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote26sym\" id=\"sdfootnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a><\/sup> Fixit\u00e9, immobilit\u00e9 des couleurs matinales&nbsp;? Fausse impression, rapidement contredite&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Mais je sentais qu\u2019au contraire cette couleur n\u2019\u00e9tait ni inertie, ni caprice, mais n\u00e9cessit\u00e9 et vie. Bient\u00f4t s\u2019amoncel\u00e8rent derri\u00e8re elle des r\u00e9serves de lumi\u00e8re. Elle s\u2019aviva, le ciel devint d\u2019un incarnat que je t\u00e2chais, en collant mes yeux \u00e0 la vitre, de mieux voir.&nbsp;\u00bb Bien r\u00e9veill\u00e9 maintenant, le narrateur observe le paysage qui s\u2019anime, les couleurs qui se modifient, le proc\u00e8s matinal de glissement de la nuit au jour qui se d\u00e9roule, avec ses reculs, retour \u00e0 la nuit quand le point de vue, au sens propre, se d\u00e9place&nbsp;: \u00ab&nbsp;La ligne de chemin de fer ayant chang\u00e9 de direction, le train tourna, la sc\u00e8ne matinale fut remplac\u00e9e dans le cadre de la fen\u00eatre par un village nocturne aux toits bleus de clair de lune, avec un lavoir encrass\u00e9 de la nacre opaline de la nuit, sous un ciel encore sem\u00e9 de toutes ses \u00e9toiles.&nbsp;\u00bb Retour \u00e0 la nuit, mais qui n\u2019est pas pour autant d\u00e9nu\u00e9 de couleurs&nbsp;? Elles sont dues au clair de lune. Un nouveau changement de perspective permet finalement \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e du jour de reprendre son cours&nbsp;: \u00ab Je me d\u00e9solais d\u2019avoir perdu ma bande de ciel rose quand je l\u2019aper\u00e7us de nouveau, mais rouge cette fois,&nbsp;dans la fen\u00eatre d\u2019en face. \u00bb Si bien que le narrateur, pour \u00ab&nbsp;rentoiler les fragments intermittents et opposites de [s]on beau matin \u00e9carlate et versatile et en avoir une vue totale et un tableau continu&nbsp;\u00bb, court d\u2019une fen\u00eatre \u00e0 l\u2019autre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arr\u00eat \u00e0 la gare suivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Proust d\u00e9taille ici la succession des \u00ab&nbsp;impressions soleil levant&nbsp;\u00bb&nbsp;: lorsque les r\u00eaves nocturnes se dissipent, au r\u00e9veil, l\u2019ancien dormeur \u00e9prouve le sentiment d\u2019une brusque sortie des incertitudes qui les accompagne (plus haut, le narrateur se compare, endormi, \u00e0 \u00ab&nbsp;quelque poisson qui dort dans la mer, promen\u00e9 dans son assoupissement par les courants et la vague&nbsp;\u00bb). Moment fugace, tr\u00e8s vite effac\u00e9, la vie, sa n\u00e9cessit\u00e9 se manifestent dans le flamboiement progressif de la couleur rose des nuages, virant \u00e0 l\u2019incarnat \u2013 progressif certes, mais non exempt de retours en arri\u00e8re vers la nuit qui r\u00e9siste, selon la position et le regard du spectateur. C\u2019est peut-\u00eatre bien un caract\u00e8re de la nuit, cette obstination \u00e0 persister face \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme du jour. L\u00e9vi-Strauss parle du \u00ab&nbsp;passage tr\u00e8s habituel, mais comme toujours imperceptible et instantan\u00e9&nbsp;\u00bb du soir \u00e0 la nuit<sup><a href=\"#sdfootnote27sym\" id=\"sdfootnote27anc\"><sup>27<\/sup><\/a><\/sup>. D\u00e9crivant le jeu de son narrateur qui se pr\u00e9cipite d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre du wagon, Proust parvient \u00e0 s\u00e9parer, \u00e0 distinguer des instants, presque de l\u2019ordre de l\u2019imperceptible, dans le passage de la nuit au matin et du matin au jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Les \u00e9crivains que j\u2019ai cit\u00e9s ici, sensibles \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 de ces moments matinaux, de ces limbes o\u00f9 chaque fois rena\u00eet le jour, disent \u00e0 leur fa\u00e7on cette \u00ab&nbsp;aube h\u00e9sitante, fragile, incertaine de sa capacit\u00e9 \u00e0 imposer sa pr\u00e9sence&nbsp;\u00bb, cette aube qui est \u00ab&nbsp;\u00e0 peine une fissure, une f\u00ealure, une br\u00e8che dans la nuit&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote28sym\" id=\"sdfootnote28anc\"><sup>28<\/sup><\/a><\/sup> De tels matins, gu\u00e8re architectes encore en ces instants, ne dessinent pas les reliefs du paysage, les contours des arbres, les angles des murs. Ils sont encore \u00ab&nbsp;comme une bu\u00e9e d\u2019un gris ros\u00e9, une transparence lumineuse mais floue, vibrante&nbsp;\u00bb, \u00e0 peine \u00e9close&nbsp;: ils sont d\u00e9cid\u00e9ment plut\u00f4t artistes peintres que b\u00e2tisseurs, sur fond de nuit, obscur d\u00e9cor au spectacle du levant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em> Matins de guerre<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chez Novalis, ce ne sont plus par de p\u00e2les couleurs que le matin se manifeste, mais par le \u00ab&nbsp;doux chuchotement&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;vieux arbres&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;comme s\u2019ils eussent voulu s\u2019arracher les uns les autres aux visions nocturnes&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote29sym\" id=\"sdfootnote29anc\"><sup>29<\/sup><\/a><\/sup> Exalter ainsi le matin serait alors une fa\u00e7on cach\u00e9e de fuir les terreurs nocturnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Comme si elle devenait une m\u00e9taphore de ces peurs, les concentrant dans sa violence effective, la guerre, on l\u2019a vu avec Darwich, ne fait que les amplifier. Si le matin alors permet, un tant soit peu, de s\u2019en lib\u00e9rer, c\u2019est pourtant aussi pour en r\u00e9v\u00e9ler toute l\u2019horreur, lorsque la p\u00e2leur du jour qui se l\u00e8ve n\u2019a pas encore effac\u00e9 toutes les traces des combats de la nuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019aube s\u2019indique, se d\u00e9laie, s\u2019empare de l\u2019espace. Les murs de l\u2019ombre, confus\u00e9ment, croulent. Une fois de plus nous subissons le grandiose spectacle de l\u2019ouverture du jour sur la horde \u00e9ternellement errante que nous sommes.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote30sym\" id=\"sdfootnote30anc\"><sup>30<\/sup><\/a><\/sup> Le jour qui se l\u00e8ve est pareil \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e dans les cercles de l\u2019enfer de Dante&nbsp;: \u00ab On sort enfin de cette nuit de marche, \u00e0 travers, semble-t-il, des cycles concentriques, d\u2019ombre moins intense, puis de p\u00e9nombre, puis de lueur morne.&nbsp;\u00bb Sortir des cauchemars nocturnes semble impossible&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les figures demeurent grises et noires&nbsp;: on dirait qu\u2019on s\u2019arrache mal de la nuit&nbsp;; on n\u2019arrive plus jamais \u00e0 s\u2019en d\u00e9faire tout \u00e0 fait.&nbsp;\u00bb La nuit, obstin\u00e9e, ne cesse d\u2019empi\u00e9ter sur le jour, lui imposant longtemps encore son emprise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">De m\u00eame, dans l\u2019Angola de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance contre le colon portugais, le matin chez Antonio Lobo Antunes h\u00e9site \u00e0 \u00eatre ce moment rassurant o\u00f9 les terrifiantes obscurit\u00e9s ant\u00e9c\u00e9dentes disparaissent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avez-vous d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 comme le silence de quatre heures distille en nous la m\u00eame esp\u00e8ce d\u2019inqui\u00e9tude qui habite les arbres avant la venue du vent, un fr\u00e9missement de feuilles de cheveux, un tremblement de troncs d\u2019intestins, l\u2019agitation des racines des pieds qui se croisent et se d\u00e9croisent sans raison&nbsp;?&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote31sym\" id=\"sdfootnote31anc\"><sup>31<\/sup><\/a><\/sup> L\u2019aube qui point est alors comme un abc\u00e8s qui cr\u00e8ve&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le jour enfle par les fentes des persiennes, douloureux et lourd comme un furoncle, abritant en lui des pus d\u2019horloge et de fatigue.&nbsp;\u00bb L\u2019intervalle entre l\u2019aube et l\u2019aurore est particuli\u00e8rement inqui\u00e9tant, \u00e9touffant&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019important, \u00e0 Malanje c\u2019\u00e9taient [\u2026] les minutes irr\u00e9elles, poignantes, absurdes qui pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019aurore, incolores et tordues comme les visages de l\u2019insomnie ou de la peur [\u2026]. Avant le lever du jour, vous savez ce que c\u2019est, toutes les villes s\u2019inqui\u00e8tent, se rident d\u2019inconfort comme les paupi\u00e8res d\u2019un homme qui n\u2019a pas dormi, \u00e9pient la clart\u00e9, la naissance ind\u00e9cise de la lumi\u00e8re, frissonnent comme des pigeons malades sur un toit, secouant leurs plumes nocturnes avec une crainte fragile et creuse dans les os.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote32sym\" id=\"sdfootnote32anc\"><sup>32<\/sup><\/a><\/sup> Le soleil d\u00e9color\u00e9 qui enfin appara\u00eet n\u2019est ici qu\u2019architecte froid, impersonnel, ne d\u00e9voilant qu\u2019un monde repli\u00e9 sur lui-m\u00eame comme un vieux visage rid\u00e9&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Le premier soleil, p\u00e2le, orang\u00e9, comme s\u2019il \u00e9tait peint au crayon sur le ciel d\u2019argent d\u00e9lav\u00e9, trouve, en surgissant lentement de la confusion g\u00e9om\u00e9trique des maisons des places pliss\u00e9es, des avenues recroquevill\u00e9es, des ruelles sans espace, des ombres d\u00e9pourvues de myst\u00e8re.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote33sym\" id=\"sdfootnote33anc\"><sup>33<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"> <strong><em>Bonjour tristesse. Matins en clair-obscur<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Aujourd\u2019hui, la forte lumi\u00e8re matinale me fait l\u2019effet d\u2019un vase qui se brise.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Erri de Luca, <em>Pas ici, pas maintenant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">On le voit dans cette derni\u00e8re citation de Lobo Antunes&nbsp;: comme le soir pour L\u00e9vi-Strauss, le matin, m\u00eame triste et dur, sait n\u00e9anmoins se faire architecte, jouant avec les ombres, accentuant les reliefs. Mais architecte bien gauche&nbsp;: il a du mal \u00e0 organiser l\u2019espace qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le peu \u00e0 peu en le d\u00e9gageant de l\u2019obscurit\u00e9, les maisons restent dans une \u00ab&nbsp;confusion g\u00e9om\u00e9trique&nbsp;\u00bb avant que le soleil ne fasse appara\u00eetre des places \u00ab&nbsp;pliss\u00e9es&nbsp;\u00bb d\u2019ombre, \u00ab&nbsp;des avenues&nbsp;recroquevill\u00e9es, des ruelles sans espace&nbsp;\u00bb. Tout se passe comme si la ville exotique rechignait \u00e0 s\u2019ouvrir \u00e0 la lueur du jour, \u00e0 s\u2019\u00e9taler dans la clart\u00e9 de la lumi\u00e8re. Certes, \u00e9crit encore Lobo Antunes, \u00ab&nbsp;toutes les villes s\u2019inqui\u00e8tent&nbsp;\u00bb au matin, mais \u00ab&nbsp;Malanje, vous comprenez, se pliait en fr\u00e9missant sur elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;craignant le jour [&#8230;] avec son poids insupportable de pierre&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote34sym\" id=\"sdfootnote34anc\"><sup>34<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Et pourtant, \u00ab l\u2019\u00e9veil d\u2019une ville [\u2026] est toujours [\u2026] un spectacle plus \u00e9mouvant que la naissance de l\u2019aurore \u00e0 la campagne&nbsp;\u00bb, nous dit cet autre \u00e9crivain portugais, Fernando Pessoa<sup><a href=\"#sdfootnote35sym\" id=\"sdfootnote35anc\"><sup>35<\/sup><\/a><\/sup>. C\u2019est qu\u2019\u00ab&nbsp;il y a bien plus \u00e0 esp\u00e9rer lorsque le soleil multiplie tous ses effets possibles sur les fen\u00eatres, les murs et les toits, et donne vie \u00e0 tant de r\u00e9alit\u00e9s diverses&nbsp;\u00bb. Et Pessoa conclut&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le matin de la campagne existe&nbsp;; celui des villes promet. L\u2019un fait vivre, l\u2019autre fait penser. Et je sentirai toujours, comme tous les grands maudits, que mieux vaut penser que vivre&nbsp;\u00bb. On l\u2019a compris&nbsp;: penser pour Pessoa, c\u2019est organiser. C\u2019est donc le matin architecte qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re, celui qui (re)construit les \u00e9difices de la ville au sortir de la nuit. B\u00e2tisseuse alors, cette aurore qui repense l\u2019espace urbain, alors que le levant \u00e0 la campagne, seulement peintre, se contente \u00ab&nbsp;de dorer simplement d\u2019abord d\u2019une obscure clart\u00e9, puis d\u2019une lumi\u00e8re humide, un peu plus tard enfin d\u2019un or lumineux, les pr\u00e9s, la silhouette des arbres, la paume ouverte des feuilles&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">D\u00e9cid\u00e9ment, l\u2019arriv\u00e9e du jour n\u2019est pas toujours ce moment lib\u00e9rateur que tant d\u2019\u00e9crivains \u00ab&nbsp;val\u00e9ryens&nbsp;\u00bb exaltent. A l\u2019instar du soir de L\u00e9vi-Strauss, le matin se veut d\u2019abord architecte&nbsp;? Il arrive, on l\u2019a vu avec Lobo Antunes, que c\u2019en soit un pi\u00e8tre, dont le glissement vers l\u2019autre fonction, de peintre, n\u2019efface pas les carences. En ces tristes levers du jour qui, loin d\u2019effacer les angoisses nocturnes, les prolongent, on s\u2019\u00e9loigne de la ma\u00eetrise aurorale de Val\u00e9ry.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">On se souvient peut-\u00eatre que saint Augustin, pour expliquer la <em>pr\u00e9sence<\/em> d\u2019un certain futur, d\u2019un avenir \u00ab&nbsp;qui n\u2019est pas encore&nbsp;\u00bb mais qu\u2019on \u00ab&nbsp;peut pr\u00e9dire d\u2019apr\u00e8s les signes pr\u00e9sents qui sont d\u00e9j\u00e0 et qui se voient&nbsp;\u00bb, privil\u00e9gie, plut\u00f4t que l\u2019exemple du soir annonciateur de la nuit, celui du matin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je regarde l\u2019aurore, j\u2019annonce le proche lever du soleil&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote36sym\" id=\"sdfootnote36anc\"><sup>36<\/sup><\/a><\/sup> Il n\u2019est pas s\u00fbr, on l\u2019a vu, que \u00ab&nbsp;tous les matins du monde&nbsp;\u00bb soient empreints d\u2019une telle certitude\u2026 En ces \u00ab&nbsp;minute[s] d\u2019h\u00e9sitation o\u00f9 la balance ne sembl[e] pas avoir de raison pour pencher d\u2019un c\u00f4t\u00e9 plut\u00f4t que de l\u2019autre&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote37sym\" id=\"sdfootnote37anc\"><sup>37<\/sup><\/a><\/sup>, il arrive qu\u2019ils ne parviennent que tr\u00e8s lentement, difficilement, \u00e0 choisir entre l\u2019obscurit\u00e9 et la lumi\u00e8re. D\u2019o\u00f9, au jour qui se l\u00e8ve, un sentiment bien souvent m\u00eal\u00e9 au mieux de doute, au pire d\u2019inqui\u00e9tude persistante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Si, supposons-le, le matin se fait d\u2019abord b\u00e2tisseur (la logique de la sym\u00e9trie voudrait plut\u00f4t que l\u2019ordre architecte puis peintre du soir s\u2019inverse au matin en peintre puis architecte\u2026), inaugurant les ombres multiples avec les premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube, marquant ainsi progressivement les reliefs que la nuit avait estomp\u00e9s dans son obscurit\u00e9 unifiante, ce n\u2019est pas pour autant un moment toujours \u00ab&nbsp;color\u00e9&nbsp;\u00bb de joie&nbsp;: le peintre ne suit pas toujours l\u2019architecte. Un jour \u00ab&nbsp;las et m\u00e9lancolique&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote38sym\" id=\"sdfootnote38anc\"><sup>38<\/sup><\/a><\/sup> peut na\u00eetre de la nuit qui se refuse \u00e0 compl\u00e8tement dispara\u00eetre&nbsp;: \u00ab J\u2019ai regard\u00e9 la paysage qui peu \u00e0 peu s\u2019\u00e9claircissait, comme si une brise ou une haleine ang\u00e9lique d\u00e9faisait les brumes et les t\u00e9n\u00e8bres, quoique en pr\u00e9servant, disons, le deuil propre au matin&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote39sym\" id=\"sdfootnote39anc\"><sup>39<\/sup><\/a><\/sup>. L\u2019aube, puis l\u2019aurore ne parviennent pas toujours \u00e0 enluminer le monde. Joseph Conrad d\u00e9taille ainsi un matin dans \u00ab&nbsp;les \u00eeles&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019obscurit\u00e9 uniforme qui remplissait l\u2019orifice du volet se mit \u00e0 p\u00e2lir et \u00e0 se moucheter de formes mal d\u00e9finies, comme si un nouvel univers \u00e9tait en train de s\u2019\u00e9laborer \u00e0 partir du chaos des t\u00e9n\u00e8bres. Puis des contours apparurent, pr\u00e9cisant des formes sans aucun d\u00e9tail, indiquant ici un arbre, l\u00e0 un buisson&nbsp;; la noire ceinture d\u2019une for\u00eat au loin&nbsp;; les lignes droites d\u2019une maison et, tout pr\u00e8s, la cr\u00eate d\u2019un grand toit.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote40sym\" id=\"sdfootnote40anc\"><sup>40<\/sup><\/a><\/sup> Terne, dans une lumi\u00e8re comme <em>\u00e9teinte<\/em> na\u00eet le jour&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Le jour se leva rapidement, morne et accabl\u00e9 par le brouillard du fleuve et les lourdes vapeurs du ciel \u2013 un jour sans couleur et sans soleil&nbsp;: incomplet, d\u00e9cevant, triste.&nbsp;\u00bb&nbsp;Les figures (arbre, maison, toit\u2026) qui \u00e9mergent, on dirait ici qu\u2019elles gardent des lambeaux de nuit accroch\u00e9es \u00e0 leurs basques, fant\u00f4mes que le jour prolonge, trop lentement effiloche. Comme la lune qui se maintient dans le ciel diurne, la nuit r\u00e9siste au jour, l\u00e0 aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">M\u00eame sentiment chez Louis Calaferte d\u2019une lueur matinale comme gluante encore d\u2019obscurit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le petit jour qui gratte, qui gomme soudain un coin de ce ciel sans horizon des villes. Tache volatile. Tache liquide. Comme un point d\u2019impact en transparence sous la derni\u00e8re vapeur de la nuit. [\u2026] Le petit jour \u00e9carquille son \u0153il ensommeill\u00e9. Cheville enfonc\u00e9e dans l\u2019ombre. Les rues p\u00e2lissent. Glaire mouvante de la clart\u00e9 sur la glyc\u00e9rine des trottoirs.&nbsp;Une lumi\u00e8re d\u2019eau jade chenille le long des fa\u00e7ades.\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote41sym\" id=\"sdfootnote41anc\"><sup>41<\/sup><\/a><\/sup>&nbsp; Et lorsque le jour finalement triomphe, c\u2019est dans une cacophonie qui ne rassure gu\u00e8re apr\u00e8s les effrois nocturnes&nbsp;: \u00ab&nbsp;En bas, \u00e0 ras de terre, la nuit se tasse, encore compacte, souffl\u00e9e par la fra\u00eecheur nouvelle de l\u2019air du matin. Le ciel s\u2019\u00e9pluche. Puret\u00e9 du jour. Les bruits \u00e9clatent. Tintamarre. Moteurs. Ferraille. La talonnade de la foule broie la cro\u00fbte du silence.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">De nos d\u00e9ambulations \u00ab&nbsp;entre loup et chien&nbsp;\u00bb (lorsque Marguerite Yourcenar d\u00e9crit ces moments o\u00f9, vuln\u00e9rable et fragilis\u00e9 par l\u2019incertitude matinale, on se \u00ab&nbsp;d\u00e9boutonne&nbsp;\u00bb, elle inverse malicieusement la formule consacr\u00e9e : \u00ab&nbsp;On atteignait l\u2019heure entre loup et chien o\u00f9 les gens sensibles se confient, o\u00f9 les criminels avouent, o\u00f9 les plus silencieux eux-m\u00eames luttent contre le sommeil \u00e0 coups d\u2019histoires ou de souvenirs&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote42sym\" id=\"sdfootnote42anc\"><sup>42<\/sup><\/a><\/sup>), que pouvons-nous tirer \u00e0 propos de la nuit&nbsp;? Que, de la nuit, dit finalement le matin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Nous avons fait de Val\u00e9ry le mod\u00e8le des \u00e9crivains \u00ab&nbsp;matinaux&nbsp;\u00bb. Le mot nous conduit tout naturellement \u00e0 un autre po\u00e8te, Ren\u00e9 Char&nbsp;: \u00ab&nbsp;La chance du po\u00e8te, son devoir est d\u2019\u00eatre <em>matinal<\/em>, \u00e0 l\u2019aube de la cr\u00e9ation pessimiste, pour bien poss\u00e9der \u00e0 la fois la tendresse noire du pass\u00e9 et la r\u00e9v\u00e9lation r\u00e9volutionnaire du pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote43sym\" id=\"sdfootnote43anc\"><sup>43<\/sup><\/a><\/sup>. Char, po\u00e8te de la contradiction, pour qui de la nuit qui s\u2019ach\u00e8ve le matin conserve la tendresse afin de mieux soutenir le jour levant, et sa r\u00e9volte au pessimisme lucide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00ab&nbsp;Tendre est la nuit&nbsp;\u00bb&nbsp;: on peut choisir de retenir le titre de Scott Fitzgerald comme un slogan, qui dit la douceur de cette obscurit\u00e9 ant\u00e9c\u00e9dente \u2013 pass\u00e9e, dit Char \u2013 que r\u00e9v\u00e8lent certains matins. A l\u2019inverse, des derniers textes que nous avons lus \u00e9mergent de tout autres caract\u00e8res de la nuit&nbsp;: vicissitudes nocturnes&nbsp;(guerres, deuils, tristesse, lassitude), obscurit\u00e9 qui perdure au chant du coq, humide, duplique, tapie comme une b\u00eate qui, guettant sa proie, attend son heure pour la ramener dans son antre sombre. Telle, dans son ambivalence, serait la nuit que nous d\u00e9voile l\u2019aube.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"951\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/fond-blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1766%2C824&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1766,824\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"fond blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=300%2C140&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1000%2C467&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=43%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-951\" width=\"43\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1024%2C478&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=300%2C140&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=768%2C358&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1536%2C717&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?w=1766&amp;ssl=1 1766w\" sizes=\"(max-width: 43px) 100vw, 43px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><em> Deuxi\u00e8me partie&nbsp;: Les chants du cr\u00e9puscule<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Qui ne se pla\u00eet \u00e0 cheminer au cr\u00e9puscule, quand la rencontre de la nuit avec la lumi\u00e8re et de la lumi\u00e8re avec la nuit fait \u00e9clater un prodige d\u2019ombres et de couleurs&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Novalis, <em>Henri d\u2019Ofterdingen<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em> Soir bord\u00e9 d\u2019or. S\u00e9r\u00e9nade<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Retrouve-t-on, en fin de journ\u00e9e, cette m\u00eame ambivalence, apr\u00e8s que la nuit, patiemment, a attendu tout le jour pour reb\u00e2tir son empire&nbsp;? De l\u2019adret matinal passons \u00e0 l\u2019ubac, versant \u00ab&nbsp;L\u00e9vi-straussien&nbsp;\u00bb du monde, \u00ab&nbsp;entre chien et loup&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Charles Dantzig est&nbsp;de ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent la chute du jour. \u00ab&nbsp;Clart\u00e9 de l\u2019aube&nbsp;\u00bb&nbsp;? Pr\u00e9tention, ironise-t-il, \u00ab&nbsp;gonflement de l\u2019action qui se pr\u00e9pare&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Clart\u00e9 du cr\u00e9puscule&nbsp;\u00bb&nbsp;? Fin des horreurs diurnes, \u00ab&nbsp;expiration des meurtres qui s\u2019ach\u00e8vent&nbsp;\u00bb. Cette fois, la tendresse est du c\u00f4t\u00e9 du soir&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai toujours eu horreur de la clart\u00e9 acide de l\u2019aube, de ses promesses (de m\u00e9chancet\u00e9), de son espoir (d\u00e9cevant). Combien plus agr\u00e9ables m\u2019ont \u00e9t\u00e9 les cr\u00e9puscules et leur affabilit\u00e9 qui semblait pr\u00e9parer la tendresse.&nbsp;\u00bb Les gens d\u2019action, ces brutes du jour, vont se coucher&nbsp;; les \u00ab&nbsp;songeurs&nbsp;\u00bb restent debout, \u00ab&nbsp;prenant possession de leur domaine&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote44sym\" id=\"sdfootnote44anc\"><sup>44<\/sup><\/a><\/sup>. Pour certains, le lever du jour, c\u2019est le moment o\u00f9 les spectres nocturnes, terrifiants, disparaissent&nbsp;? Pour d\u2019autres \u00e9crivains, le soir est la promesse du monde des fant\u00f4mes bienfaisants des r\u00eaves.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ceux-l\u00e0 sont sensibles \u00e0 ces soir\u00e9es, souvent d\u2019\u00e9t\u00e9, qui s\u2019attardent, lorsqu\u2019obscurit\u00e9 et lumi\u00e8re se jouent l\u2019une de l\u2019autre, se r\u00e9cr\u00e9ent en une partie de cache-cache amus\u00e9. Les matins chez Louis Calaferte \u00e9taient glauques, on l\u2019a vu. C\u2019est qu\u2019il para\u00eet bien pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019autre bout de la journ\u00e9e, d\u2019un \u00e9clat plus assur\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Soirs lumineux de l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e9carlate. Le ciel s\u2019engorge. Languettes vertes et rouges. \u0152il fou, le soleil aveugl\u00e9 d\u2019or s\u2019\u00e9crase en larmes, br\u00fblant, derri\u00e8re le parapet de la ville.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote45sym\" id=\"sdfootnote45anc\"><sup>45<\/sup><\/a><\/sup> Dans ce jeu vesp\u00e9ral entre lumi\u00e8re et ombre, la premi\u00e8re, r\u00e9tive \u00e0 s\u2019\u00e9teindre, consent avec parcimonie \u00e0 partager l\u2019espace du monde avec la nuit, qui \u00ab&nbsp;met longtemps \u00e0 se poser, en sourdine, pars\u00e8me des granules d\u2019ombre sur ce moule de clart\u00e9 violente. Comme un voile de poudre. Si l\u00e9g\u00e8re, si fine&nbsp;\u00bb. O\u00f9 l\u2019on retrouve, \u00e0 nouveau, le soleil architecte, jouant de la lumi\u00e8re et de l\u2019ombre pour mieux exacerber les reliefs, avant de se faire peintre et de colorer ceux-ci de toutes les lueurs du couchant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">D\u00e9cid\u00e9ment, la distinction de L\u00e9vi-Strauss para\u00eet tr\u00e8s op\u00e9rante, tr\u00e8s juste, quand le cr\u00e9puscule \u00ab&nbsp;ressemble \u00e0 une explosion&nbsp;\u00bb de formes, puis de couleurs sous les \u00ab&nbsp;couteaux de lumi\u00e8re&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote46sym\" id=\"sdfootnote46anc\"><sup>46<\/sup><\/a><\/sup> que lance le soleil d\u00e9clinant sur l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">D\u00e9crire les couleurs des ciels vesp\u00e9raux&nbsp;? C\u2019est prendre le risque de tomber dans le poncif. Il n\u2019est d\u00e8s lors gu\u00e8re \u00e9tonnant de voir le personnage peut-\u00eatre le plus snob de <em>La recherche<\/em> s\u2019y exercer. Legrandin prend la pose pour brosser le portrait des couchers de soleil normands, avec un c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;admirez la finesse de mes impressions et la richesse de mon vocabulaire&nbsp;\u00bb (exemple&nbsp;: \u00e0 hortensia pr\u00e9f\u00e9rer le terme, plus rare, d\u2019hydrangea) : \u00ab Il y a dans les nuages ce soir des violets et des bleus bien beaux [\u2026], un bleu surtout plus floral qu\u2019a\u00e9rien, un bleu de cin\u00e9raire, qui surprend dans le ciel. Et ce petit nuage rose n\u2019a-t-il pas aussi un teint de fleur, d\u2019\u0153illet ou d\u2019hydrang\u00e9a. Il n\u2019y a gu\u00e8re que dans la Manche, entre Normandie et Bretagne, que j\u2019ai pu faire de plus riches observations sur cette sorte de r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal de l\u2019atmosph\u00e8re.&nbsp;\u00bb Et Legrandin continue \u00e0 filer la m\u00e9taphore florale&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Dans cette atmosph\u00e8re humide et douce s\u2019\u00e9panouissent le soir en quelques instants de ces bouquets c\u00e9lestes, bleus et roses, qui sont incomparables et qui mettent souvent des heures \u00e0 se faner. D\u2019autres s\u2019effeuillent tout de suite, et c\u2019est alors plus beau encore de voir le ciel entier que jonche la dispersion d\u2019innombrables p\u00e9tales soufr\u00e9s ou roses. \u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote47sym\" id=\"sdfootnote47anc\"><sup>47<\/sup><\/a><\/sup>. Clairement, et m\u00eame un peu lourdement peintres, les couchers de soleil de Legrandin\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le matin a l\u2019aube et l\u2019aurore, le soleil du couchant est successivement architecte puis peintre&nbsp;? Il y a aussi ces moments du cr\u00e9puscule qui se diff\u00e9rencient encore davantage, se nuan\u00e7ant lentement de l\u2019obscurit\u00e9 qu\u2019ils pr\u00e9viennent, \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la nuit s\u2019enfonce dans la nuit, jamais d\u2019un seul coup, [\u2026] une nuit qui s\u2019annonce jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement, j\u2019arrive, j\u2019arrive, mais qui tarde \u00e0 arriver, comme si, elle aussi, la mendiante, restait \u00e0 contempler le cr\u00e9puscule&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote48sym\" id=\"sdfootnote48anc\"><sup>48<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Calaferte \u00e9voquait l\u2019\u00e9clat des soirs d\u2019\u00e9t\u00e9\u2026 Il est aussi des lieux o\u00f9 la venue du cr\u00e9puscule est v\u00e9cue comme une b\u00e9n\u00e9diction, apr\u00e8s l\u2019\u00e9crasement de chaleur de journ\u00e9es sans ombre&nbsp;: les&nbsp;d\u00e9serts par exemple.&nbsp;Quand le cr\u00e9puscule s\u2019y \u00ab&nbsp;s\u2019avance&nbsp;\u00bb, le soleil, ce \u00ab&nbsp;vieil ennemi&nbsp;\u00bb, plonge enfin \u00ab&nbsp;dans les brumes violettes de l\u2019occident&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Heure vesp\u00e9rale en sa douceur divine&nbsp;\u00bb, o\u00f9 \u00ab&nbsp;le couchant, encore tout color\u00e9 de roses et d\u2019ors, d\u00e9j\u00e0 s\u2019estompe sous le voile de l\u2019obscurit\u00e9 qui s\u2019opacifie&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote49sym\" id=\"sdfootnote49anc\"><sup>49<\/sup><\/a><\/sup>. Le soleil architecte allonge, d\u00e9taille les formes, \u00ab&nbsp;monstrueuses dans la p\u00e9nombre&nbsp;\u00bb, tandis que peintre, il illumine le ciel de mille couleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La distinction de L\u00e9vi-Strauss est alors aussi celle de deux \u00e9l\u00e9ments&nbsp;: la terre, territoire du soleil architecte, qui \u00e9tire les ombres pour mieux d\u00e9tailler les objets, souligner le contour des choses&nbsp;; le ciel, o\u00f9 il se fait peintre, bordant d\u2019or les limites indistinctes des nuages, nuan\u00e7ant l\u2019atmosph\u00e8re de de toutes les couleurs de son spectre pour lequel elle se pla\u00eet au r\u00f4le du prisme newtonien. Le passage du soleil d\u2019une fonction (architecte) \u00e0 l\u2019autre (peintre) serait alors aussi celui de l\u2019\u00e9clairage, rehaussant d\u2019abord les ombres terrestres avant d\u2019\u00e9panouir le ciel en un bouquet final avant la nuit compl\u00e8te qui cl\u00f4t la repr\u00e9sentation (soleil metteur en sc\u00e8ne pourrait-on dire encore).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>l\u2019extase mat\u00e9rielle<\/em>, J.M. G. Le Cl\u00e9zio s\u2019attarde sur cette limite, qui n\u2019en est pas une, entre le jour qui s\u2019\u00e9teint et la nuit qui se l\u00e8ve&nbsp;: La flamme des rayons solaires de plus en plus rasants explore \u00ab&nbsp;la terre si dure, les ongles de la terre&nbsp;\u00bb, s\u2019emploie \u00e0 pr\u00e9ciser \u00ab&nbsp;les ar\u00eates des arbres, les toits de t\u00f4le ou de ciment, les montagnes, la mer&nbsp;\u00bb. Et \u00ab&nbsp;tout cela qui \u00e9tait si lourd et si \u00e2pre, qui refusait de c\u00e9der, de s\u2019oublier, tout cela a \u00e9t\u00e9 lav\u00e9 d\u2019un seul coup par un ciel vaporeux&nbsp;\u00bb. D\u2019un seul coup&nbsp;? La suite du texte montre que l\u2019\u00e9crivain balance entre la sensation d\u2019une telle soudainet\u00e9 et celle d\u2019une lisi\u00e8re qui dure&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le paysage a \u00e9t\u00e9 simplement vaincu, comme \u00e7a, par la pr\u00e9sence de pourpre et de gris. [\u2026] Le soleil a disparu, et la nuit n\u2019est pas encore venue. Instant b\u00e9ni, miracle qu\u2019on n\u2019osait plus esp\u00e9rer, mais qui tout \u00e0 coup se produit sous vos yeux&nbsp;\u00bb d\u2019un c\u00f4t\u00e9&nbsp;; sensation d\u2019un lent processus de l\u2019autre&nbsp;: \u00ab&nbsp;La nature baigne dans l\u2019immense volont\u00e9 de d\u00e9clin. [\u2026] Ce moment est le moment de la limite&nbsp;; mais la limite est plus vraie et plus durable que ce qui a \u00e9t\u00e9 avant, ou ce qui sera apr\u00e8s ce glissement&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote50sym\" id=\"sdfootnote50anc\"><sup>50<\/sup><\/a><\/sup>. Finalement c\u2019est le cr\u00e9puscule, \u00ab&nbsp;magique&nbsp;\u00bb, qui \u00ab&nbsp;nage \u00e9ternellement&nbsp;\u00bb, o\u00f9 couleurs et lignes \u00ab&nbsp;se sont enfuies&nbsp;\u00bb, o\u00f9 \u00ab&nbsp;chaque couleur, chaque dessin se sont doucement r\u00e9cus\u00e9s&nbsp;\u00bb. Le soleil, apr\u00e8s avoir accompli son travail de fin du jour, \u00ab&nbsp;\u00e9teint&nbsp;\u00bb enfin son \u00ab&nbsp;projecteur&nbsp;\u00bb. On le voit, Le Cl\u00e9zio \u2013 le sait-il&nbsp;? \u2013 reprend, d\u00e9taille les deux stades de L\u00e9vi-Strauss&nbsp;: lignes et dessins de l\u2019architecte (au sol) puis couleurs du peintre (dans le ciel).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Qui mieux qu\u2019un authentique peintre alors pour observer et traduire ces m\u00eames impressions vesp\u00e9rales&nbsp;? Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1850, Eug\u00e8ne Fromentin, voyageant en Alg\u00e9rie et dans le Sahel, tombe sous le charme de ces r\u00e9gions semi-d\u00e9sertiques. Outre par une s\u00e9rie de tableaux, il rend compte de ses exp\u00e9ditions dans un r\u00e9cit po\u00e9tique. Fromentin y dit sa pr\u00e9dilection pour les moments du cr\u00e9puscule&nbsp;: \u00ab&nbsp; Il y a une heure que je pr\u00e9f\u00e8re aux heures lumineuses, [\u2026]&nbsp;c\u2019est le soir, \u00e0&nbsp;la tomb\u00e9e de la nuit, le court moment d\u2019incertitude qui suit imm\u00e9diatement la fin du jour et pr\u00e9c\u00e8de l\u2019obscurit\u00e9. [\u2026]&nbsp;Le c\u00f4t\u00e9 du couchant nage alors dans des lueurs violettes&nbsp;; les architectures deviennent singuli\u00e8res, et le ciel, qui peu \u00e0 peu se d\u00e9colore, semble, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, les faire \u00e9vaporer&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote51sym\" id=\"sdfootnote51anc\"><sup>51<\/sup><\/a><\/sup>. Le soir, d\u2019abord explicitement architecte, se m\u00e9tamorphose ensuite pour quelques instants en peintre qui estompe doucement les contours avant que le ciel nocturne finisse par occuper l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">On se doute bien que l\u2019entr\u00e9e dans la nuit n\u2019a pas toujours la face tranquille que lui donne Le Cl\u00e9zio, ni le soir le visage rassurant peint par Fromentin, et que dit encore Erri de Luca&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vers le soir, toutes les formes possibles s\u2019apaisaient en lignes de rouge o\u00f9 le soleil descendait, appelant tout le ciel \u00e0 se d\u00e9chirer, \u00e0 dispara\u00eetre&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote52sym\" id=\"sdfootnote52anc\"><sup>52<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"> <strong><em>Au soir de la vie<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Le cr\u00e9puscule, l\u00e9ger, se r\u00e9pandait partout autour de nous comme une toile d\u2019araign\u00e9e. Les formes \u00e9taient encore l\u00e0 mais les couleurs avaient disparu ou tourn\u00e9 au gris.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Karl Ove Knausgaard,<em> Jeune homme<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Je trouve un premier exemple d\u2019une vision tout autre chez le grand \u00e9crivain symboliste russe Andre\u00ef Bi\u00e9ly. <em>La colombe d\u2019argent<\/em>, roman de 1909, raconte le parcours chaotique du h\u00e9ros, dans le monde russe du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Darielski tombe sous la coupe d\u2019une secte mystico-mill\u00e9nariste plus ou moins r\u00e9volutionnaire (Bi\u00e9ly lui-m\u00eame, plus tard, devint adepte de la secte anthroposophique de Rudolf Steiner). Simultan\u00e9ment, le livre d\u00e9crit le d\u00e9clin de l\u2019empire tsariste, secou\u00e9 de r\u00e9voltes et de r\u00e9volutions plus ou moins avort\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">D\u00e9clin d\u2019une civilisation&nbsp;? Sans doute est-ce pour cela qu\u2019on trouve dans ce roman bien davantage de sc\u00e8nes cr\u00e9pusculaires que matinales. L\u2019analogie, si commune, entre une vie humaine ou le parcours d\u2019une civilisation et la dur\u00e9e d\u2019une journ\u00e9e, de l\u2019aube de la naissance au cr\u00e9puscule de la vie qui s\u2019ach\u00e8ve dans la nuit de la mort, y est sans cesse reprise et orient\u00e9e vers ce destin tragique et in\u00e9luctable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Au d\u00e9but du livre, la description d\u00e9taill\u00e9e d\u2019un coucher de soleil se veut pourtant un tableau <em>serein<\/em>&nbsp;: \u00ab Le soir pur planait et flottait au-dessus du village, il d\u00e9posait sur les buissons, les herbes, les chaussures, les baisers consolants de ses larmes estivales, quand le ciel diurne, sans trace d\u2019azur ni de gris, se solidifia en une vo\u00fbte d\u2019un bleu sombre.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote53sym\" id=\"sdfootnote53anc\"><sup>53<\/sup><\/a><\/sup> On se rend compte pourtant \u00e0 quelques indices que le moment n\u2019est pas si paisible, que les \u00e9l\u00e9ments qui composent le soir dans le tableau de l\u2019artiste, architecte autant que peintre, sont porteurs d\u2019une sourde menace : \u00ab&nbsp;Au m\u00eame instant l\u2019occident ouvrit tout grand sa gueule et engloutit la flamme et la fum\u00e9e du jour&nbsp;; il exhala les a\u00e9riennes draperies rouges et flamm\u00e9es du couchant, et en tapissa les encoignures et les toits des isbas, les angelots sculpt\u00e9s, les buissons.&nbsp;\u00bb Le soir appara\u00eet comme une sorte de dragon invers\u00e9, qui avale le feu du soleil avant de le recracher dans d\u2019inqui\u00e9tantes tentures o\u00f9 s\u2019\u00e9touffent les formes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Plus loin dans le roman, c\u2019est \u00ab&nbsp;en guise d\u2019adieu&nbsp;\u00bb que le soleil au soir \u00ab&nbsp;\u00e9tale sa queue dor\u00e9e&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote54sym\" id=\"sdfootnote54anc\"><sup>54<\/sup><\/a><\/sup>, que, \u00ab&nbsp;fatigu\u00e9 [\u2026] il&nbsp;se vide de son dernier feu&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote55sym\" id=\"sdfootnote55anc\"><sup>55<\/sup><\/a><\/sup>. Finalement, le chemin que d\u00e9crit le livre, d\u00e9clin d\u2019un homme et d\u2019une civilisation, est imag\u00e9 par un dernier couchant cette fois explicitement d\u00e9crit comme ne pouvant qu\u2019aboutir \u00e0 la mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les petits nuages se sont br\u00fbl\u00e9 les ailes&nbsp;\u00bb, comme celles de l\u2019amour, ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits \u00ab&nbsp;en cendres a\u00e9riennes, en poudre&nbsp;; [\u2026]&nbsp;des tas de cendres mena\u00e7ants se sont abattus, venant du couchant [\u2026]&nbsp;;&nbsp;bient\u00f4t toute cette obscurit\u00e9 trouble, tout cet air br\u00fbl\u00e9 bleuira, noircira comme le visage d\u2019un mort.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote56sym\" id=\"sdfootnote56anc\"><sup>56<\/sup><\/a><\/sup> \u00ab&nbsp;Souviens-toi que tu es poussi\u00e8re, et que tu retourneras en poussi\u00e8re&nbsp;\u00bb&nbsp;: c\u2019est ce que dit Dieu \u00e0 Adam lorsqu\u2019il le chasse de l\u2019Eden&#8230; Fin logique, et macabre, du tableau chez Bi\u00e9ly&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le jour \u2013 belle pomme juteuse \u2013 a pourri dans la soir\u00e9e, et d\u00e9j\u00e0 la pourriture du soir essaie d\u2019entrer par les fen\u00eatres, elle se d\u00e9verse sur les gens qui sont debout devant le seuil de l\u2019isba, si bien que leurs visages bleuissent et noircissent comme ceux des morts&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Au soir de la vie&nbsp;: la formule consacr\u00e9e (elle compte, avec \u00ab&nbsp;les \u00e9toiles et les yeux, la femme et la fleur, le temps et l\u2019eau, le sommeil et la mort&nbsp;\u00bb parmi les \u00ab&nbsp;combinaisons triviales&nbsp;\u00bb r\u00e9pertori\u00e9es par Borges dans son <em>Histoire de l\u2019\u00e9ternit\u00e9<\/em><sup><em><a href=\"#sdfootnote57sym\" id=\"sdfootnote57anc\"><sup>57<\/sup><\/a><\/em><\/sup>) assimile la vieillesse au cr\u00e9puscule, faisant de celui-ci un moment empreint, au mieux d\u2019une m\u00e9lancolie irr\u00e9pressible, au pire d\u2019un c\u00f4t\u00e9 fun\u00e8bre comme dans les derni\u00e8res images de Bi\u00e9ly. Triple, quadruple parcours alors que celui de son roman&nbsp;: d\u00e9clin d\u2019un homme, d\u2019une civilisation, qui s\u2019exprime aussi, d\u2019une fa\u00e7on parfois \u00e0 peine m\u00e9taphorique, dans le d\u00e9tail de cette gradation des images du couchant, d\u2019une douceur initiale un peu inqui\u00e9tante jusqu\u2019aux frappantes images finales, lorsque le jour pourrissant du soir donne aux visages qu\u2019il \u00e9claire encore la figure des cadavres qu\u2019ils seront bient\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le peintre romantique allemand Philip Otto Runge avait pour projet de r\u00e9aliser quatre toiles, repr\u00e9sentant les quatre \u00e2ges de la vie en parall\u00e8le avec les quatre moments de la journ\u00e9e&nbsp;: matin, jour, soir, nuit (il n\u2019a achev\u00e9 que le premier). Je retiens, parmi les id\u00e9es qui sous-tendaient le travail de Runge et que d\u00e9taille la sp\u00e9cialiste du romantisme allemand Ricarda Huch, celle qui a trait au soir&nbsp;: il est \u00ab la n\u00e9gation illimit\u00e9e de l\u2019existence \u00e0 l\u2019origine de l\u2019univers&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote58sym\" id=\"sdfootnote58anc\"><sup>58<\/sup><\/a><\/sup>. Le soir, n\u00e9gation illimit\u00e9e de l\u2019existence\u2026 Aux heures vesp\u00e9rales, toutes les promesses matinales sont r\u00e9fut\u00e9es. Tel est, pour certains artistes, le drame qui se joue au jour \u00ab&nbsp;d\u00e9clinant&nbsp;\u00bb, puis \u00ab&nbsp;mourant&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019irr\u00e9sistible Nuit \u00e9tablit son empire, \/ Noire, humide, funeste et pleine de frissons&nbsp;; \/ Une odeur de tombeau dans les t\u00e9n\u00e8bres nage&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Baudelaire dans \u00ab&nbsp;Le coucher de soleil romantique&nbsp;\u00bb. Plusieurs po\u00e8mes des <em>Fleurs du Mal<\/em> mettent complaisamment en sc\u00e8ne le spectre, l\u2019ombre de la mort qui r\u00f4de au cr\u00e9puscule, attendant son heure, nocturne, forc\u00e9ment nocturne&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sous une lumi\u00e8re blafarde \/ Court, danse et se tord sans raison \/ La Vie, impudente criarde&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;La fin de la journ\u00e9e&nbsp;\u00bb)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Cependant des d\u00e9mons malsains dans l\u2019atmosph\u00e8re \/ S\u2019\u00e9veillent lourdement, comme des gens d\u2019affaire, \/ Et cognent en volant les volets et l\u2019auvent. \/ [\u2026] C\u2019est l\u2019heure o\u00f9 les douleurs des malades s\u2019aigrissent&nbsp;! \/ La sombre Nuit les prend \u00e0 la gorge&nbsp;; ils finissent \/ Leur destin\u00e9e et vont vers le gouffre commun&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Le cr\u00e9puscule du soir&nbsp;\u00bb). Les soirs baudelairiens sont tourn\u00e9s vers la nuit qu\u2019ils annoncent, oblit\u00e9rant le jour qu\u2019ils ach\u00e8vent de tuer \u2013 ce qui leur donne ce m\u00eame caract\u00e8re lugubre qu\u2019on a trouv\u00e9 chez Bi\u00e9ly.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Encore un vers de Baudelaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le soleil s\u2019est noy\u00e9 dans son sang qui se fige&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Harmonie du soir&nbsp;\u00bb). Un autre po\u00e8te, Vladimir Ma\u00efakovski, reprend l\u2019image dans sa pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre intitul\u00e9e <em>Vladimir Ma\u00efakovski<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le couchant, boucher sanglant, \/ \u00e9ventre le cadavre des nuages<sup><a id=\"sdfootnote59anc\" href=\"#sdfootnote59sym\"><sup>59<\/sup><\/a><\/sup>. L\u2019harmonieux soir coloriste de L\u00e9vi-Strauss se mue ici en sauvage qui se repa\u00eet du sang, jusqu\u2019au sien, qu\u2019il r\u00e9pand. Rouge combat qui a lieu dans le ciel tandis que sur la terre abandonn\u00e9e le soleil travaille en&nbsp;architecte, froid, sec, avant de d\u00e9finitivement c\u00e9der la place \u00e0 la nuit, que quelques ombres ultimes, spectrales, comme sur la ville de Bagdad d\u00e9crite par Alfred D\u00f6blin&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00ab&nbsp;Le soir \u00e9tait descendu sur Bagdad. Les rayons rouges du soleil s\u2019\u00e9taient \u00e9teints, plus un scintillement sur les minarets, les coupoles, les toits des maisons, la surface de l\u2019eau, les palmiers avaient perdu leur \u00e9clat, seules des ombres se d\u00e9tachaient encore sur la vaste surface du ciel color\u00e9.&nbsp;\u00bb<sup><a id=\"sdfootnote60anc\" href=\"#sdfootnote60sym\"><sup>60<\/sup><\/a><\/sup>Puis le soir finit par \u00ab&nbsp;prendre le noir dans son filet&nbsp;\u00bb pour \u00ab&nbsp;le r\u00e9pandre sur le ciel&nbsp;\u00bb o\u00f9 petit \u00e0 petit \u00ab&nbsp;se risquent les \u00e9toiles&nbsp;\u00bb. C\u2019est la nuit, suite \u2013 et fin \u2013 in\u00e9luctable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Avec ces \u00e9crivains, ces po\u00e8tes, on entre de plein pied dans le monde de la \u00ab&nbsp;b\u00e9molisation&nbsp;\u00bb de Jank\u00e9l\u00e9vitch, monde \u00ab&nbsp;d\u00e9j\u00e0 nocturne&nbsp;\u00bb o\u00f9 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9clairage mourant&nbsp;\u00bb est \u00ab&nbsp;tourn\u00e9 vers la nuit&nbsp;\u00bb, \u00e9crit le philosophe<sup><a href=\"#sdfootnote61sym\"><sup>61<\/sup><\/a><\/sup>. Moins attentifs \u00e0 la r\u00e9capitulation du jour qui pourrait \u00eatre une fa\u00e7on de consid\u00e9rer le soir, ou \u00e0 l\u2019explosion des couleurs que L\u00e9vi-Strauss privil\u00e9gie, ils tirent le cr\u00e9puscule vers son futur nocturne. Davantage sensibles aux architectures soulign\u00e9es par les ombres qui s\u2019allongent sur la terre qu\u2019\u00e0 la palette color\u00e9e du ciel \u00e0 la tomb\u00e9e du jour, c\u2019est l\u2019obscurcissement du monde qu\u2019ils soulignent \u00e0 l\u2019envi&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u2019en vient le soir\/ Qui pose sa capuche\/ Emplie d\u2019ombre. \/ Sur toute chose, \/ Tombe le silence&nbsp;\u00bb<a href=\"#sdfootnote62sym\"><sup>62<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">L\u2019homologie cr\u00e9puscule-vieillesse fonctionne \u00e0 plein. Le soir est ici tout entier tourn\u00e9 vers l\u2019approche de la mort, de son silence \u00e9ternel. Ainsi encore pour Robert Desnos, explicite dans sa comparaison&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comme une main \u00e0 l\u2019instant de la mort et du naufrage se dresse comme les rayons du soleil couchant&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote63sym\" id=\"sdfootnote63anc\"><sup>63<\/sup><\/a><\/sup>\u2026 Eternelle analogie entre l\u2019avanc\u00e9e du soir et le processus du mourir \u2013 on retrouve \u00e0 nouveau Platon. Couleurs encore&nbsp;? Dans une dominante de gris morne alors, \u00e9teint : \u00ab&nbsp;Le soir \u00e9tait descendu sans une tra\u00een\u00e9e de rouge au ciel, sans aucun des signes recueillant la beaut\u00e9 des heures changeantes du jour. Une p\u00e9nombre noir\u00e2tre et triste tombait des nuages bas et du ciel brumeux commen\u00e7a \u00e0 tomber une pluie silencieuse sur le jeune homme \u00e9tendu.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote64sym\" id=\"sdfootnote64anc\"><sup>64<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Pour certains, ces ternes colorations envahissent m\u00eame les journ\u00e9es enti\u00e8res, qui s\u2019\u00e9tirent comme si elles n\u2019\u00e9taient que cr\u00e9puscules prolong\u00e9s. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit de mani\u00e8re clinique, dans <em>\u00catre sans destin<\/em>, sa terrible exp\u00e9rience des camps nazis, Imre Kertesz raconte dans <em>Le refus<\/em> la vie dans la Hongrie communiste : \u00ab&nbsp;Il avait l\u2019impression que tout le temps qu\u2019il avait pass\u00e9 ici ne formait qu\u2019un seul et m\u00eame jour, avec certes des matins et des nuits, mais c\u2019\u00e9taient ceux de la m\u00eame longue journ\u00e9e monotone qui d\u00e9clinait toujours les couleurs grises d\u2019un cr\u00e9puscule qu\u2019il ne faisait qu\u2019effriter avec sa lime, comme une ferraille inusable&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote65sym\" id=\"sdfootnote65anc\"><sup>65<\/sup><\/a><\/sup>. A l\u2019image, elle aussi presque oblig\u00e9e, de la longue \u00ab&nbsp;nuit totalitaire&nbsp;\u00bb, Kertesz pr\u00e9f\u00e8re celle, peut-\u00eatre plus d\u00e9primante encore, d\u2019un cr\u00e9puscule terne, qui a \u00e0 peine la force d\u2019atteindre la nuit, espace d\u2019une fragile libert\u00e9 faite de \u00ab&nbsp;lambeaux d\u2019un r\u00eave commun&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote66sym\" id=\"sdfootnote66anc\"><sup>66<\/sup><\/a><\/sup>, et susceptible d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019emprise du pouvoir totalitaire. Mais une telle nuit semble ne jamais venir, les journ\u00e9es s\u2019\u00e9coulent, interminables comme des soirs qui commenceraient d\u00e8s le d\u00e9but du jour. Chaque instant semble une \u00e9ternit\u00e9 molle, la vie appara\u00eet comme \u00ab&nbsp;un immense gaspillage, des conditions difficiles, une lutte \u2013 pour quoi d\u2019ailleurs&nbsp;?<sup><a href=\"#sdfootnote67sym\" id=\"sdfootnote67anc\"><sup>67<\/sup><\/a><\/sup> Pour quoi se battre en effet, puisque m\u00eame \u00ab&nbsp;l\u2019ennui est impuissant comme un combat&nbsp;\u00bb dont de toute fa\u00e7on la fin est la mort&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il n\u2019est plus question de couchant architecte, jouant avec les ombres pour amplifier les reliefs, les volumes. Ne reste qu\u2019une \u00ab&nbsp;arm\u00e9e d\u2019ombres en d\u00e9route&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote68sym\" id=\"sdfootnote68anc\"><sup>68<\/sup><\/a><\/sup>. Gracq, encore lui, d\u00e9taille cette petite mort quotidienne qui pr\u00e9figure la grande, ce glissement progressif vers l\u2019absence de reliefs de la nuit, quand les dimensions de l\u2019espace sont ramen\u00e9es \u00e0 une surface plane o\u00f9 s\u2019\u00e9teignent les couleurs, noy\u00e9es d\u2019ombres : \u00ab&nbsp;La lumi\u00e8re des sommets qui regardent le soleil longtemps et se dorent \u00e0 lui par-dessus l\u2019\u00e9paule des vall\u00e9es touche encore les escarpements modestes des toits et des chemin\u00e9es, semble dilater autour d\u2019eux l\u2019espace all\u00e8gre et revigorant qui baigne le plus haut pont d\u2019un navire. Puis une grisaille cendreuse pleut du ciel d\u00e9color\u00e9&nbsp;; la succession si nette des plans s\u2019abolit et le sentiment de la profondeur s\u2019envole&nbsp;; il ne reste plus qu\u2019une image plate et terne, d\u00e9calqu\u00e9es contre la vitre, qui p\u00e2lit et se fane distraitement derri\u00e8re les rideaux&nbsp;: le th\u00e9\u00e2tre sans pr\u00e9tention des goutti\u00e8res, des mansardes et des chemin\u00e9es replie et enroule son cyclorama, ses toiles et ses portants.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote69sym\" id=\"sdfootnote69anc\"><sup>69<\/sup><\/a><\/sup> Vous pouvez rentrer chez vous, le spectacle est termin\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chez ces auteurs, le soir est le monde de l\u2019ombre, o\u00f9 l\u2019architecte n\u2019a presque plus son mot \u00e0 dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les ombres jet\u00e9es dans le jardin \u00e9taient si longues et si d\u00e9form\u00e9es qu\u2019elles n\u2019avaient pratiquement plus de ressemblance avec les formes qui les faisaient na\u00eetre. Comme si elles grandissaient d\u2019elles-m\u00eames, comme s\u2019il existait une r\u00e9alit\u00e9 parall\u00e8le de la p\u00e9nombre.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote70sym\" id=\"sdfootnote70anc\"><sup>70<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le soir, b\u00e9molis\u00e9, est tourn\u00e9 vers la nuit post\u00e9rieure&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh, n\u2019est-ce pas pour \u00e7a que les ombres s\u2019allongent le soir&nbsp;? Elles s\u2019\u00e9tirent vers la nuit, cette mar\u00e9e d\u2019obscurit\u00e9 qui d\u00e9ferle sur la terre et comble pour quelques heures leur aspiration d\u2019ombres.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote71sym\" id=\"sdfootnote71anc\"><sup>71<\/sup><\/a><\/sup> Tous ces \u00e9crivains du soir, tourn\u00e9s bien davantage vers la nuit qui arrive que vers le jour qui s\u2019\u00e9teint, nous conduisent \u00e0 voir dans le cr\u00e9puscule la mort qui s\u2019annonce, synonyme de la nuit. Approche paisible et douce comme une s\u00e9r\u00e9nade, glissant lentement, sereinement vers celle-ci pour les uns&nbsp;; annonc\u00e9e par l\u2019emprise des ombres sur les couleurs, angoissante et triste comme un assombrissement pour les autres. Les seconds, saisis peut-\u00eatre par le sentiment du n\u00e9ant, semblent davantage craindre le couchant, son aura cr\u00e9pusculaire \u2013 que les premiers au contraire c\u00e9l\u00e8brent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Pour les uns, lorsque la nuit se l\u00e8ve, les passions diurnes, perdant de ce qu\u2019on croyait \u00eatre leur importance, s\u2019apaisent. Pour les autres, c\u2019est le moment de \u00ab&nbsp;la nuit obscure de l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb mystique, s\u0153ur jumelle de la mort.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"951\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/fond-blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1766%2C824&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1766,824\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"fond blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=300%2C140&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1000%2C467&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=43%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-951\" width=\"43\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1024%2C478&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=300%2C140&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=768%2C358&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1536%2C717&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?w=1766&amp;ssl=1 1766w\" sizes=\"(max-width: 43px) 100vw, 43px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Conclusion<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Or voil\u00e0 qu\u2019achevant ainsi mon p\u00e9riple aux deux bouts de la nuit, un doute me vient. Certes, ce voyage \u00e0 travers tous ces textes, si vari\u00e9s, a permis de d\u00e9gager certains traits de cette moiti\u00e9 nocturne de nos vies. Mais ceux-ci ne sont-ils pas <em>orient\u00e9s<\/em> par la grille de lecture privil\u00e9gi\u00e9e&nbsp;? D\u2019autres crit\u00e8res choisis pour s\u00e9rier tous ces matins et ces soirs n\u2019auraient-ils pas conduit \u00e0 mettre en avant de tout autres caract\u00e9ristiques de la nuit&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Par exemple en se faisant davantage g\u00e9ographe. Pessoa pr\u00e9f\u00e9rait \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9veil d\u2019une ville&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;la naissance de l\u2019aurore \u00e0 la campagne&nbsp;\u00bb. On pourrait poursuivre dans cette voie en distinguant davantage les lieux. Car il est vrai que le Beyrouth de Darwich n\u2019est pas la Malanje angolaise de Lobo Antunes, ni la jungle de Borneo de Conrad celle des tropiques br\u00e9siliens de L\u00e9vi-Strauss, etc. Nul doute qu\u2019\u00e0 adopter un point de vue davantage g\u00e9ographique nous aurions \u00e9t\u00e9 conduits ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">On aurait aussi pu se servir d\u2019une grille plus m\u00e9t\u00e9orologique, ou climatique. Les textes auraient alors \u00e9t\u00e9 tri\u00e9s par saisons, par ciels, bleus ou nuageux, par temps, brumeux ou d\u00e9gag\u00e9, comme autant de d\u00e9cors pour la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre que jouent le matin et le soir sur leur fond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Et on aurait encore pu partir des explications scientifiques&nbsp;: quand le soleil est plus bas sur l\u2019horizon, au matin ou au soir, la lumi\u00e8re traverse une plus grande couche d\u2019atmosph\u00e8re, dont les particules d\u00e9vient davantage la couleur bleue que dans la journ\u00e9e (le bleu ayant une longueur d\u2019onde tr\u00e8s courte, il est plus sujet \u00e0 dispersion \u2013 d\u2019o\u00f9 le bleu du ciel diurne). Cette couleur bleue a alors tendance \u00e0 dispara\u00eetre au profit du rouge, de l\u2019orange, du jaune, aux longueurs d\u2019onde plus grandes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tels ne furent pas mes choix \u2013 men\u00e9 peut-\u00eatre par l\u2019impression qu\u2019\u00e0 privil\u00e9gier un \u00ab&nbsp;sentiment g\u00e9ographique&nbsp;\u00bb (pour reprendre le beau titre de Michel Chaillou) ou m\u00e9t\u00e9orologique, rapprocher des \u00e9crivains aussi dissemblables aurait \u00e9t\u00e9 sans doute plus difficile, tant ceux cit\u00e9s sont souvent \u00e9loign\u00e9s dans le temps comme dans l\u2019espace ou les climats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Subsiste encore une derni\u00e8re incertitude&nbsp;: et si la discrimination choisie, plac\u00e9e sous les hauts patronages de Val\u00e9ry et de L\u00e9vi-Strauss, avait un caract\u00e8re un peu artificiel&nbsp;? Si finalement soir et matin, c\u2019\u00e9tait quand m\u00eame, sinon presque la m\u00eame chose, du moins des moments sym\u00e9triques dans leur d\u00e9roulement&nbsp;? Le rapprochement de deux textes po\u00e9tiques de Philippe Jaccottet me conduit \u00e0 ces questions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le premier est extrait d\u2019<em>A travers un verger<\/em>&nbsp;:\u00ab&nbsp;Quand on part tr\u00e8s t\u00f4t, avant que le soleil ne soit dans sa force, on croit surprendre, au bord de la route vide, le sommeil des pr\u00e9s. Quelque chose de nocturne, d\u2019humide et de frileux s\u2019attarde \u00e0 l\u2019or\u00e9e des bois de ch\u00eanes, et aussi une sorte de silence. [\u2026] Au petit jour. Le vert sombre du figuier, le jaune d\u2019un arbre plus lointain, les taches de vigne, et la brume.&nbsp;\u00bb&nbsp;Sensibilit\u00e9 atmosph\u00e9rique du po\u00e8te qui, cherchant le mot capable de dire ces instants d\u2019impalpable transition entre la nuit et le jour, en choisit un bien particulier : \u00ab&nbsp;Le monde est alors autre, plus singulier peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 aucun autre moment. Plus grave, oui, plus cach\u00e9, plus int\u00e9rieur. Le mot limbes.&nbsp;\u00bb Limbes&nbsp;: c\u2019est le mot qui dans la doctrine catholique d\u00e9signe le lieu de s\u00e9jour temporaire des \u00e2mes des justes morts avant la venue du Christ R\u00e9dempteur.&nbsp; On pourrait faire cette proposition&nbsp;: et si l\u2019on r\u00e9servait dor\u00e9navant le mot de \u00ab&nbsp;cr\u00e9puscule&nbsp;\u00bb au soir, comme c\u2019est maintenant l\u2019usage, pour utiliser celui de \u00ab&nbsp;limbes&nbsp;\u00bb pour ces moments \u00e9quivalents du matin qui s\u2019\u00e9tirent de l\u2019aube \u00e0 l\u2019aurore, quand le monde se fait \u00ab&nbsp;plus int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Or voil\u00e0 que dans un autre texte, dans le <em>Cahier de verdure<\/em>, Jaccottet, m\u00e9ditant sur le cr\u00e9puscule justement, ces limbes vesp\u00e9raux pourrait-on alors dire, lorsque le soleil n\u2019est plus visible mais que s\u2019\u00e9claire encore le paysage&nbsp; (\u00ab C\u2019\u00e9tait le soir, assez tard m\u00eame, longtemps apr\u00e8s le coucher du soleil, \u00e0 cette heure o\u00f9 la lumi\u00e8re se prolonge au-del\u00e0 de ce qu\u2019on esp\u00e9rait, avant que l\u2019obscurit\u00e9 ne l\u2019emporte d\u00e9finitivement&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote72sym\" id=\"sdfootnote72anc\"><sup>72<\/sup><\/a><\/sup>, puise \u00e0 nouveau dans le vocabulaire religieux pour dire ces instants. Il y a l\u00e0, \u00e9crit-il, \u00ab&nbsp;une <em>gr\u00e2ce<\/em> ; parce qu\u2019un d\u00e9lai est accord\u00e9, une s\u00e9paration retard\u00e9e, un sourd d\u00e9chirement att\u00e9nu\u00e9&nbsp;\u00bb. Le parall\u00e8le se poursuit quand le po\u00e8te retrouve dans le cr\u00e9puscule l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 matinale&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est aussi une heure o\u00f9 cette lumi\u00e8re survivante, son foyer n\u2019\u00e9tant plus visible, semble \u00e9maner de l\u2019int\u00e9rieur des choses et monter du sol.&nbsp;\u00bb Jour et nuit, lumi\u00e8re et obscurit\u00e9 finissent par se confondre, \u00e0 tel point que s\u2019en indiff\u00e9rencie l\u2019origine&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait comme si les contraires se rapprochaient, se fondaient, dans ce moment, lui-m\u00eame, de transition du jour \u00e0 la nuit. \u00bb C\u2019est \u00ab&nbsp;l\u2019heure du glissement des choses les unes sur les autres, [\u2026] l\u2019heure o\u00f9 quelque chose semble tourner comme une porte sur ses gonds \u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote73sym\" id=\"sdfootnote73anc\"><sup>73<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">C\u2019est alors aussi bien au matin qu\u2019au soir, en ces moments \u00ab o\u00f9 l\u2019on passe un relais&nbsp;\u00bb que pour le po\u00e8te, \u00ab&nbsp;des heures pendant lesquelles j\u2019avais moi-m\u00eame v\u00e9cu, c\u2019est-\u00e0-dire du jour, mais aussi de la nuit&nbsp;\u00bb p\u00e9n\u00e8trent les choses, les lieux, les objets, leur donnant des couleurs, des parfums qu\u2019\u00ab&nbsp;ils contiennent en suspens&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote74sym\" id=\"sdfootnote74anc\"><sup>74<\/sup><\/a><\/sup>. En suspens, c\u2019est-\u00e0-dire suspendus entre jour et nuit, ou nuit et jour, parsem\u00e9s d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui viennent des deux c\u00f4t\u00e9s&nbsp;: ombre et lumi\u00e8re, couleurs et noir, aube et aurore, limbes et gr\u00e2ce m\u00eal\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">On le constate&nbsp;: lorsque Jaccottet s\u2019attache \u00e0 caract\u00e9riser certains matins, certains cr\u00e9puscules, les mots qui lui viennent rel\u00e8vent des m\u00eames champs lexicaux (vocabulaire religieux, int\u00e9riorit\u00e9). D\u2019o\u00f9 le questionnement que j\u2019\u00e9voquais&nbsp;: et si soir et matin \u00e9taient des moments aux sp\u00e9cifications finalement assez voisines&nbsp;? Et si Val\u00e9ry et L\u00e9vi-Strauss n\u2019\u00e9taient pas si distants qu\u2019on a fait mine de le croire en construisant entre eux (\u00ab&nbsp;matinaux&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;vesp\u00e9raux&nbsp;\u00bb) une opposition peut-\u00eatre un peu trop facile&nbsp;? Si les \u00ab&nbsp;orthographes b\u00e9molis\u00e9e et di\u00e9s\u00e9e&nbsp;\u00bb \u00e9taient somme toute beaucoup plus proches que ne le voulait Jank\u00e9l\u00e9vitch&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Une pens\u00e9e de Chamfort me sugg\u00e8re une m\u00e9thode&nbsp;: \u00ab&nbsp;Toute m\u00e9taphore fond\u00e9e sur l\u2019analogie doit \u00eatre \u00e9galement juste dans le sens renvers\u00e9. Ainsi, l\u2019on a dit de la vieillesse qu\u2019elle est l\u2019hiver de la vie&nbsp;; renversez la m\u00e9taphore et vous la trouverez \u00e9galement juste, en disant que l\u2019hiver est la vieillesse de l\u2019ann\u00e9e.&nbsp;\u00bb (Pens\u00e9e n\u00b0 CDXXVIII). Faisons comme l\u2019auteur des <em>Maximes&nbsp;<\/em>: inversons les m\u00e9taphores des \u00e9crivains \u2013 on pourrait proposer l\u2019exp\u00e9rience aux oulipiens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Soir<\/strong>, Elfriede Jelinek (Autriche) : \u00ab&nbsp;Le soir se couche sur la terre comme un chien, d\u2019une patience infinie&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote75sym\" id=\"sdfootnote75anc\"><sup>75<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Matin<\/strong> : Le jour se couche sur la terre comme un chien, d\u2019une patience infinie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela \u00ab&nbsp;fonctionne&nbsp;\u00bb assez bien, on le voit. Poursuivons.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Soir<\/strong>, m\u00eame romanci\u00e8re&nbsp;: Le jour \u00ab&nbsp;passe, d\u00e9finitivement, son masque de nuit&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote76sym\" id=\"sdfootnote76anc\"><sup>76<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Matin&nbsp;<\/strong>: La nuit passe, d\u00e9finitivement, son masque de jour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Soir<\/strong>, James Baldwin (Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique)&nbsp;: La lumi\u00e8re \u00ab&nbsp;se replie sur elle-m\u00eame avant de dispara\u00eetre&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote77sym\" id=\"sdfootnote77anc\"><sup>77<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Matin<\/strong> : L\u2019obscurit\u00e9 se replie sur elle-m\u00eame avant de dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">D\u00e9cid\u00e9ment, cela a l\u2019air de \u00ab&nbsp;marcher&nbsp;\u00bb \u2013 signe que les m\u00e9taphores de Jelinek et de Baldwin sont \u00ab justes \u00bb alors, selon le crit\u00e8re de Chamfort (et d\u2019Aristote, auquel l\u2019auteur des <em>Maximes <\/em>fait explicitement r\u00e9f\u00e9rence). \u00ab&nbsp;Dans le sens renvers\u00e9&nbsp;\u00bb elles sont en tout cas aussi frappantes \u2013 voire davantage&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame jeu, dans l\u2019autre sens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Matin<\/strong>, Blaise Cendrars (Suisse)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le cr\u00e9puscule de l\u2019aube efface une \u00e0 une les \u00e9toiles&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote78sym\" id=\"sdfootnote78anc\"><sup>78<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Soir<\/strong> : Le cr\u00e9puscule du soir allume une \u00e0 une les \u00e9toiles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Matin<\/strong>, Antonio Lobo Antunes (Portugal)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le matin d\u00e9vore dans ses plis clairs le c\u0153ur scintillant du jour&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote79sym\" id=\"sdfootnote79anc\"><sup>79<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Soir<\/strong> : Le soir d\u00e9vore dans ses plis sombres le c\u0153ur \u00e9teint de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout aussi \u00ab&nbsp;justes&nbsp;\u00bb, les m\u00e9taphores de Cendrars et de Lobo Antunes. Tentons plus ambitieux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><strong>Matin, journ\u00e9e, puis soir<\/strong>, Katherine Mansfield (Nouvelle-Z\u00e9lande)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chaque matin, le soleil entrait et dessinait sur le mur de nouveaux carr\u00e9s de lumi\u00e8re dor\u00e9e. [\u2026] Le jour s\u2019ouvrait lentement, lentement, comme une fleur&nbsp;et retenait le soleil longtemps, longtemps, avant de lentement, lentement se refermer&nbsp;\u00bb.<sup><a id=\"sdfootnote80anc\" href=\"#sdfootnote80sym\"><sup>80<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">           <strong>Soir, nuit, puis matin<\/strong>&nbsp;: Chaque soir, le soleil sortait et effa\u00e7ait sur le mur ses anciens carr\u00e9s de lumi\u00e8re dor\u00e9e. La nuit s\u2019ouvrait lentement, lentement, comme une fleur, et retenait la lune longtemps, longtemps, avant de lentement, lentement, se refermer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici on objectera peut-\u00eatre&nbsp;: la nuit qui s\u2019ouvre comme une fleur&nbsp;? La m\u00e9taphore est-elle vraiment \u00ab&nbsp;juste&nbsp;\u00bb&nbsp;? Oui, si l\u2019on sait qu\u2019il existe des fleurs qui s\u2019ouvrent le soir&nbsp;: elles s\u2019appellent belle-de-nuit ou fleur-de-lune, galant-de-nuit ou sil\u00e8ne pench\u00e9 entre autres\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dernier exemple, dans une autre culture&nbsp;encore :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Matin<\/strong>, Keita Fodeba (Guin\u00e9e)&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait l\u2019aube. Combat du jour et de la nuit. Mais celle-ci ext\u00e9nu\u00e9e n\u2019en pouvait plus, et, lentement expirait. Quelques rayons de soleil en signe avant-coureur de cette victoire du jour tra\u00eenaient encore, timides et p\u00e2les, \u00e0 l\u2019horizon, les derni\u00e8res \u00e9toiles doucement glissaient sous des tas de nuages, pareils aux flamboyants en fleurs&nbsp;\u00bb.<sup><a href=\"#sdfootnote81sym\" id=\"sdfootnote81anc\"><sup>81<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><strong> <\/strong>                        <strong>Soir<\/strong> : C\u2019\u00e9tait le soir. Combat de la nuit et du jour. Mais celui-ci ext\u00e9nu\u00e9 n\u2019en pouvait plus, et lentement expirait. Quelques rayons de lune en signe avant-coureur de cette victoire de la nuit tra\u00eenaient encore, timides et p\u00e2les, \u00e0 l\u2019horizon, les premi\u00e8res \u00e9toiles doucement glissaient sous des tas de nuages, pareils aux flamboyants en fleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">On va s\u2019arr\u00eater l\u00e0. La d\u00e9monstration para\u00eet convaincante, et reprendre les exemples cit\u00e9s depuis le d\u00e9but de cette \u00e9tude pour leur faire subir le m\u00eame sort montrerait que la plupart des m\u00e9taphores de nos \u00e9crivains sont \u00ab&nbsp;justes&nbsp;\u00bb au sens de Chamfort \u2013 au prix peut-\u00eatre parfois de quelques acrobaties\u2026 La le\u00e7on \u00e0 tirer de ce jeu&nbsp;? Ce serait que soir et matin sont moments finalement assez \u00ab&nbsp;ressemblants&nbsp;\u00bb, qu\u2019aubade et s\u00e9r\u00e9nade sont musiques assez proches, comme le sont m\u00e2tines et v\u00eapres&nbsp;? Et, si l\u2019on prolonge dans la m\u00eame veine, nuit et jour seraient eux aussi de nature&nbsp;assez proche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>La servante \u00e9carlate<\/em>,Margaret Atwood s\u2019interroge&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment se fait-il que la nuit tombe au lieu de se lever, comme l\u2019aube&nbsp;? Et pourtant si l\u2019on regarde vers l\u2019est, au coucher du soleil, on peut voir la nuit se lever, non pas tomber, l\u2019obscurit\u00e9 monter dans le ciel depuis l\u2019horizon, comme un soleil noir, derri\u00e8re une couverture de nuages. [\u2026] Peut-\u00eatre la nuit tombe-t-elle parce qu\u2019elle est lourde, un \u00e9pais rideau remont\u00e9 par-dessus les yeux.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote82sym\" id=\"sdfootnote82anc\"><sup>82<\/sup><\/a><\/sup>. La fin du jour, porte qui se ferme au soir&nbsp;? C\u2019est tout aussi bien le d\u00e9but de la nuit, dont s\u2019ouvre l\u2019huis. Le matin, fen\u00eatre du jour qui \u00e9carte ses vantaux&nbsp;? Aussi bien volet de la nuit qui cl\u00f4t les siens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Face au parti-pris du jour, proposer alors aussi celui de la nuit. Le jour se l\u00e8ve, la nuit tombe&nbsp;? Dire aussi&nbsp;: le jour tombe, au matin&nbsp;; la nuit se l\u00e8ve, au soir. Au point du jour, au point de la nuit&nbsp;: c\u2019est \u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce qui donnerait peut-\u00eatre un autre <em>\u00e9clairage<\/em> sur ce que peut \u00eatre la nuit. Probl\u00e8me&nbsp;: cette derni\u00e8re phrase montre que le langage reste prisonnier d\u2019un tropisme diurne sp\u00e9cifique, qui emp\u00eache, quoi qu\u2019on en ait, de faire toute la <em>lumi\u00e8re<\/em> sur la sp\u00e9cificit\u00e9 de la nuit, en toute <em>lucidit\u00e9<\/em>. Comment en effet donner un <em>assombrissement<\/em> de ce que peut \u00eatre la nuit&nbsp;? Comment faire l\u2019<em>obscurit\u00e9<\/em> sur elle, en tout <em>aveuglement<\/em>&nbsp;? Je rejoue ici mon jeu oulipien pr\u00e9c\u00e9dent. Avec moins de bonheur, on le voit&nbsp;: Limites impossibles \u00e0 franchir de notre langage, qui a tant de mal \u00e0 parler de la nuit (cet atavisme h\u00e9liotrope, Jacques Derrida l\u2019a finement analys\u00e9 dans un texte qui traite de l\u2019origine m\u00e9taphorique des concepts philosophiques. Or ce texte s\u2019intitule <em>La mythologie blanche&nbsp;<\/em>: blanche, comme le jour pr\u00e9cis\u00e9ment, o\u00f9 notre langage trouve son espace, ses bornes).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Bornes qu\u2019on a ici cherch\u00e9 \u00e0 approcher au plus pr\u00e8s, en effleurant celles de la nuit que sont le matin et le soir, un peu comme on irait chercher l\u2019ultime v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un pays vers ses confins, par essence ind\u00e9finissables. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cet ind\u00e9finissable nocturne qui permet aux \u00e9crivains, \u00e0 ceux que nous avons cit\u00e9s comme \u00e0 tant d\u2019autres, de d\u00e9ployer toute la richesse de leurs \u00ab&nbsp;justes&nbsp;\u00bb m\u00e9taphores pour tenter de dire ces instants de bascule, ces lieux de passage que sont aube, aurore, cr\u00e9puscules o\u00f9 jour et nuit se disputent la priorit\u00e9, font l\u2019\u00e9change de leurs pr\u00e9rogatives. O\u00f9 la nuit finalement d\u00e9voile, un peu, de son myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00ab&nbsp;Apparition disparaissante&nbsp;\u00bb, c\u2019est une autre expression de Jank\u00e9l\u00e9vitch pour parler de ces choses \u00e9vanescentes qui sont au c\u0153ur de la vie, ce qu\u2019il appelle encore \u00ab&nbsp;le presque rien&nbsp;\u00bb. C\u2019est cette apparition disparaissante de la nuit, ce presque rien qui alors a lieu chaque matin, chaque soir, dont on a tent\u00e9 de saisir quelque bribes, sans doute maladroites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ph\u00e9nom\u00e8nes des deux cr\u00e9puscules (ou plut\u00f4t des limbes et du cr\u00e9puscule\u2026) \u00e0 la fois identiques et diff\u00e9rents chaque jour&nbsp;? Osons un dernier retournement&nbsp;: \u00e0 la fois identiques et diff\u00e9rents chaque nuit. Le domaine de l\u2019obscurit\u00e9 nocturne ne prend pas moins de place que celui de la clart\u00e9 du jour.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"951\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/fond-blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1766%2C824&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1766,824\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"fond blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=300%2C140&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1000%2C467&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=43%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-951\" width=\"43\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1024%2C478&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=300%2C140&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=768%2C358&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1536%2C717&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?w=1766&amp;ssl=1 1766w\" sizes=\"(max-width: 43px) 100vw, 43px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"951\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/fond-blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1766%2C824&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1766,824\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"fond blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=300%2C140&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1000%2C467&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=43%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-951\" width=\"43\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1024%2C478&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=300%2C140&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=768%2C358&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1536%2C717&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?w=1766&amp;ssl=1 1766w\" sizes=\"(max-width: 43px) 100vw, 43px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Note sur l&rsquo;auteur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Marc Courtieu est un ancien professeur de math\u00e9matiques dans le secondaire. Membre de l\u2019ILLE (Institut de Langues et Litt\u00e9ratures Europ\u00e9ennes), Universit\u00e9 de Haute Alsace, Mulhouse (France). Il a poursuivi des \u00e9tudes de philosophie dans les ann\u00e9es 1980, puis soutenu en 2007 un doctorat de lettres modernes sur \u00ab L\u2019\u00e9v\u00e9nement dans le roman occidental du XXe si\u00e8cle&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lyon II, sous la direction de Jean-Pierre Martin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Publications&nbsp;: <em>Ev\u00e9nement et roman. Une relation critique<\/em>, 2012, \u00e9d. Rodopi (Amsterdam\/New-York). Nombreux articles et interventions sur diff\u00e9rents th\u00e8mes&nbsp;: litt\u00e9rature et \u00e9v\u00e9nement, r\u00e9cits concentrationnaires, science et litt\u00e9rature, \u00e9criture fragmentaire, litt\u00e9rature et silence, b\u00e9gaiement et litt\u00e9rature, entredeux, la notion de fronti\u00e8re, le th\u00e8me des vagues, etc.&nbsp;; et sur diff\u00e9rents auteurs&nbsp;: Armand Gatti, Antonin Artaud, \u00c9ric Chevillard, Thomas Pynchon, Claude Simon, Jean-Loup Trassard, Maurice Blanchot, etc&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il habite \u00e0 Die, dans la Dr\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"951\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/fond-blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1766%2C824&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1766,824\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"fond blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=300%2C140&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?fit=1000%2C467&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=43%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-951\" width=\"43\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1024%2C478&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=300%2C140&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=768%2C358&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?resize=1536%2C717&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/fond-blanc.png?w=1766&amp;ssl=1 1766w\" sizes=\"(max-width: 43px) 100vw, 43px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Sauf indication contraire, le lieu d\u2019\u00e9dition est Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>ATWOOD, Margaret, <em>La servante \u00e9carlate<\/em> (1987), trad. de l\u2019anglais (Canada) par S. Tu\u00e9, Robert Laffont, \u00ab&nbsp;Pavillons Poche&nbsp;\u00bb, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>AUGUSTIN (saint), <em>Les confessions<\/em>, trad. du latin par J. Trabucco, GF-Flammarion, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p>BALDWIN, James, <em>Un autre pays<\/em> (1962), trad. de l\u2019anglais (am\u00e9ricain) par J. Autret, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>BARBUSSE, Henri, <em>Le feu<\/em> (1916), Cercle du Bibliophile, Non dat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>BAUDELAIRE, Charles, <em>Les fleurs du mal<\/em> (1857), Livre de Poche, 1973.<\/p>\n\n\n\n<p>BIELY, Andre\u00ef, <em>la colombe d\u2019argent<\/em> (1909), trad. du russe par A.-M. Tatsis-Botton, \u00e9ditions Noir sur Blanc, 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>BOLANO, Roberto, <em>Les d\u00e9tectives sauvages<\/em> (1998), trad. de l\u2019espagnol (Chili) par R. Amutio, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>BORGES, Jorge Luis, <em>Histoire de l\u2019\u00e9ternit\u00e9<\/em> (1936), trad. de l\u2019espagnol (Argentine) par L. Guille-Bataillon, 10-18, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>CALAFERTE, Louis, <em>Septentrion<\/em> (1963), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2014.<\/p>\n\n\n\n<p>CENDRARS, Blaise, <em>Bourlinguer<\/em> (1948), in <em>Partir. Po\u00e8mes, romans, nouvelles, m\u00e9moires<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Quarto&nbsp;\u00bb, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p>CHAMFORT, Nicolas de, <em>Maximes et pens\u00e9es, Caract\u00e8res et anecdotes<\/em> (1795), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p>CHAR, Ren\u00e9, MOUNIN, Georges, <em>Correspondance 1943-1988<\/em>, Gallimard, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>CONRAD, Joseph, <em>Un paria des \u00eeles<\/em> (1896), trad. de l\u2019anglais par G. Jean-Aubry, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p>DANTZIG, Charles, <em>Dictionnaire \u00e9go\u00efste de la litt\u00e9rature mondiale<\/em>, Livre de Poche, 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>DARWICH, Mahmoud, <em>Une m\u00e9moire pour l\u2019oubli<\/em>, trad. de l\u2019arabe (Palestine) par Y. Gonzalez-Quijano et F. Mardam-Bey, Arles, Actes Sud, 1994.<\/p>\n\n\n\n<p>DE LUCA, Erri, <em>Pas ici, pas maintenant<\/em> (1989), trad. de l\u2019italien par D. Valin, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p>DERRIDA, Jacques, <em>La mythologie blanche<\/em> (1971), in <em>Marges \u2013 de la philosophie<\/em>, \u00e9ditions de Minuit, \u00ab&nbsp;Critique&nbsp;\u00bb, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>DESNOS, Robert, <em>Corps et biens<\/em>, (1930), Gallimard, \u00ab&nbsp;Po\u00e9sie&nbsp;\u00bb, 1978.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00d6BLIN, Alfred, <em>Voyage babylonien<\/em> (1934), trad. de l\u2019allemand par M. Vanoosthuyse, Gallimard, \u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire&nbsp;\u00bb, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>DUBY, Georges, <em>Le temps des cath\u00e9drales<\/em> (1976), Gallimard, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>FANON, Frantz, <em>Les damn\u00e9s de la terre<\/em> (1961), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>FARGUE, L\u00e9on Paul, <em>Haute solitude<\/em> (1941), Gallimard, \u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire&nbsp;\u00bb, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p>FRANKETIENNE, <em>M\u00fbr \u00e0 crever<\/em> (1968), Bordeaux, Ana \u00e9ditions, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>FROMENTIN, Eug\u00e8ne, <em>Une ann\u00e9e dans le Sahel<\/em> (1858), Plon, 1934.<\/p>\n\n\n\n<p>GRACQ, Julien, <em>Lettrines 2<\/em>, Jos\u00e9 Corti, 1974.<\/p>\n\n\n\n<p>GUILLOUX, Louis, <em>Le sang noir<\/em> (1935), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>HEGEL, Georg Wilhelm Friedrich, <em>Principes de la philosophie du droit<\/em> (1820), trad. de l\u2019allemand par A. Kaan, Gallimard, \u00ab&nbsp;Id\u00e9es&nbsp;\u00bb, 1973.<\/p>\n\n\n\n<p>HOFMANNSTHAL, Hugo von, <em>Andreas<\/em> (1927), trad. de l\u2019allemand par E. Badoux, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio bilingue&nbsp;\u00bb, 1994.<\/p>\n\n\n\n<p>HOMERE, <em>L\u2019Iliade<\/em>, trad. du grec par E Lasserre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 <em>L\u2019odyss\u00e9e<\/em>, trad. du grec par M. Dufour et J. Raison.<\/p>\n\n\n\n<p>HUCH, Ricarda, <em>Les romantiques allemands, <\/em>t. I (1946), trad. de l\u2019allemand par A. Babelon, Pandora, \u00ab&nbsp;Essais&nbsp;\u00bb, 1978.<\/p>\n\n\n\n<p>JACCOTTET, Philippe,<\/p>\n\n\n\n<p><em>A travers un verger<\/em> (1975), Gallimard, 2000.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cahier de verdure<\/em> (1990), suivi de <em>Apr\u00e8s beaucoup d\u2019ann\u00e9es<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;po\u00e9sie&nbsp;\u00bb, 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>JANKELEVITCH, Vladimir, <em>La musique et l\u2019ineffable<\/em> (1961), Seuil, \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>JELINEK, Elfriede,<\/p>\n\n\n\n<p><em>Enfants des morts<\/em> (1995), trad. de l\u2019allemand (Autriche) par O. Le Lay, Seuil, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Lust<\/em> (1989), trad. de l\u2019allemand (Autriche) par Y. Hoffmann et M. Litaize, Seuil, \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>KAPUSCINSKI, Ryszard, <em>Eb\u00e8ne. Aventures africaines <\/em>(1998), trad. du polonais par V. Patte, Plon, \u00ab&nbsp;Pocket&nbsp;\u00bb, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>KERTESZ, Imre, <em>Le refus<\/em> (1988), trad. du hongrois par N. Zaremba-Husvai, Arles, Actes Sud, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>KNAUSGAARD, Karl Ove, <em>Jeune homme<\/em> (2010), trad. du norv\u00e9gien par M.-P. Fiquet, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>LE CLEZIO, J.M.G., <em>L\u2019extase mat\u00e9rielle<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Le Chemin&nbsp;\u00bb, 1967.<\/p>\n\n\n\n<p>LEIRIS, Michel, <em>Fourbis <\/em>(1955), Paris, Gallimard, 1977.<\/p>\n\n\n\n<p>LEVI-STRAUSS, Claude, <em>Tristes tropiques<\/em> (1955), Plon, \u00ab&nbsp;Terre Humaine&nbsp;\u00bb, 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>LOBO ANTUNES, Antonio, <em>Le cul de Judas<\/em> (1979), trad. du portugais par P. L\u00e9glise-Costa, M\u00e9taili\u00e9, \u00ab&nbsp;Suites&nbsp;\u00bb, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>MA\u00cfAKOVSKI, Vladimir, <em>Vladimir Ma\u00efakovski<\/em> (1913), trad. du russe par M. Vassiltchikov, Grasset, \u00ab&nbsp;Cahiers Rouges&nbsp;\u00bb, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p>MANSFIELD, Katherine, <em>Journal<\/em> (1927), trad. de l\u2019anglais par M. Duproix, A. Marcel et A. Bay, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 <em>La garden-party et autres nouvelles<\/em> (1922), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2014.<\/p>\n\n\n\n<p>MARA\u00cf, Sandor, <em>M\u00e9tamorphoses d\u2019un mariage<\/em> (1980), trad. du hongrois par G. Kassai et Z. Bianu, Livre de Poche, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p>MAUVIGNIER, Laurent, <em>Continuer<\/em> (2016), \u00e9d. de Minuit, 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>MODIANO, Patrick, <em>Livret de famille<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1977.<\/p>\n\n\n\n<p>MONOD, Th\u00e9odore, <em>M\u00e9har\u00e9es<\/em> (1937), Arles, Actes-Sud, 2003.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00dcLLER, Herta, <em>Le renard \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le chasseur <\/em>(1992), trad. de l\u2019allemand par Cl. de Oliveira, Seuil, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>NOVALIS, Friedrich, <em>Henri d\u2019Ofterdingen<\/em> (1802), trad. de l\u2019allemand par Y. Del\u00e9tang-Tardif, in <em>Les romantiques allemands<\/em>, t. I, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1963.<\/p>\n\n\n\n<p>OVIDE, <em>M\u00e9tamorphoses<\/em>, trad. du latin par G. Lafaye, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio Classique&nbsp;\u00bb, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>PENA-RUIZ, Henri, <em>Le roman du monde. L\u00e9gendes philosophiques<\/em> (2001), Flammarion, \u00ab&nbsp;Champs&nbsp;\u00bb, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>PESSOA, Fernando, <em>Le livre de l\u2019intranquillit\u00e9 de Bernardo Soares, II<\/em> (1982), trad. du portugais par F. Laye, Christian Bourgois, 1992.<\/p>\n\n\n\n<p>PLATON, <em>Ph\u00e9don ou de l\u2019\u00e2me<\/em>, trad. du grec par L. Robin et M.-J. Moreau, Gallimard, \u00ab&nbsp;Id\u00e9es&nbsp;\u00bb, 1981.<\/p>\n\n\n\n<p>PROUST, Marcel, <em>Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann<\/em> (1913), <em>A l\u2019ombre des jeunes filles en fleur<\/em> (1918), <em>A la recherche du temps perdu<\/em>, t. I, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p>ROUD, Gustave, <em>Requiem<\/em> (1967), Ch\u00eane-Bourg (Suisse), Zo\u00e9 \u00e9ditions, \u00ab&nbsp;Mini&nbsp;\u00bb, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>SABATO, Ernesto, <em>Alejandra<\/em> 1961), trad. de l\u2019espagnol (Argentine) par J.-J. Villard, Seuil, \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p>STAROBINSKI, Jean, \u00ab&nbsp;Je suis rapide ou rien&nbsp;\u00bb, in <em>La beaut\u00e9 du monde. La litt\u00e9rature et les arts<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Quarto&nbsp;\u00bb, 2016 (p. 591-594).<\/p>\n\n\n\n<p>STEFANSSON, Jon Kalman, <em>Entre ciel et terre<\/em> (2007), trad. de l\u2019islandais par E. Boury, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>VALERY, Paul, <em>Tel Quel<\/em> (1941), Gallimard, \u00ab&nbsp;Id\u00e9es&nbsp;\u00bb, 1971, 2 vol. (t. II).<\/p>\n\n\n\n<p>WALLACE, David Foster, <em>L\u2019infinie com\u00e9die <\/em>(1996), trad. de l\u2019anglais (Etats-Unis) par F. Kerline, \u00e9ditions de l\u2019Olivier, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>YOURCENAR, Marguerite, <em>Le coup de gr\u00e2ce<\/em> (1939), Livre de Poche, 1974.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"1029\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-photographie-a-lepreuve-de-la-nuit-fps-60-de-liz-deschenes-helene-kuchmann\/fond_blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1029\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote1anc\" id=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> LEIRIS, Michel, <em>Fourbis <\/em>(1955), Paris, Gallimard, 1977, p. 25.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote2anc\" id=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> MODIANO, Patrick, <em>Livret de famille<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1977, p. 191.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote3anc\" id=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> KAPUSCINSKI, Ryszard, <em>Eb\u00e8ne. Aventures africaines <\/em>(1998), trad. du polonais par V. Patte, Plon, \u00ab&nbsp;Pocket&nbsp;\u00bb, 2012, p. 33.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote4anc\" id=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> MARA\u00cf, Sandor, <em>M\u00e9tamorphoses d\u2019un mariage<\/em> (1980), trad. du hongrois par G. Kassai et Z. Bianu, Livre de Poche, 2008, p. 392.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote5anc\" id=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> JANKELEVITCH, Vladimir, <em>La musique et l\u2019ineffable<\/em> (1961), Seuil, \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 2015, p. 129.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote6anc\" id=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> STAROBINSKI, Jean, \u00ab&nbsp;Je suis rapide ou rien&nbsp;\u00bb, in <em>La beaut\u00e9 du monde. La litt\u00e9rature et les arts<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Quarto&nbsp;\u00bb, 2016, pp. 592-593.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote7anc\" id=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> VALERY, Paul, <em>Tel Quel<\/em> (1941), Gallimard, \u00ab&nbsp;Id\u00e9es&nbsp;\u00bb, 1971, 2 vol. (t. II), p. 108. C\u2019est Val\u00e9ry qui souligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote8anc\" id=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> STAROBINSKIS, <em>op. cit.<\/em>, p. 593.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote9anc\" id=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> LEVI-STRAUSS, Claude, <em>Tristes tropiques<\/em> (1955), Plon, \u00ab&nbsp;Terre Humaine&nbsp;\u00bb, 1980, p. 68.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote10anc\" id=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> HEGEL, Georg Wilhelm Friedrich, <em>Principes de la philosophie du droit<\/em> (1820), trad. de l\u2019allemand par A. Kaan, Gallimard, \u00ab&nbsp;Id\u00e9es&nbsp;\u00bb, 1973, p.45.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote11anc\" id=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> PENA-RUIZ, Henri, <em>Le roman du monde. L\u00e9gendes philosophiques<\/em> (2001), Flammarion, \u00ab&nbsp;Champs&nbsp;\u00bb, 2004, pp. 384-386.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote12anc\" id=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> M\u00dcLLER, Herta, <em>Le renard \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le chasseur <\/em>(1992), trad. de l\u2019allemand par Cl. de Oliveira, Seuil, 1997, p. 89.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote13anc\" id=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> LEVI-STRAUSS, <em>Ibid.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote14anc\" id=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> HOMERE,<em> L\u2019odyss\u00e9e<\/em>, trad. du grec par M. Dufour et J. Raison, XXIII, p. 246.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote15anc\" id=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> OVIDE, <em>M\u00e9tamorphoses<\/em>, trad. du latin par G. Lafaye, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio Classique&nbsp;\u00bb, 2016, VII-703,<\/p>\n\n\n\n<p>p. 245.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote16anc\" id=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> LEIRIS, <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote17anc\" id=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> LEVI-STRAUSS,<em> op. cit<\/em>., p. 71.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote18anc\" id=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> DUBY, Georges, <em>Le temps des cath\u00e9drales<\/em> (1976), Gallimard, 2020, p. 336.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote19anc\" id=\"sdfootnote19sym\">19<\/a> FRANKETIENNE, <em>M\u00fbr \u00e0 crever<\/em> (1968), Bordeaux, Ana \u00e9ditions, 2004, pp. 137-138.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote20anc\" id=\"sdfootnote20sym\">20<\/a> DARWICH, Mahmoud, <em>Une m\u00e9moire pour l\u2019oubli<\/em>, trad. de l\u2019arabe (Palestine) par Y. Gonzalez-Quijano et F. Mardam-Bey, Arles, Actes Sud, 1994, pp. 10-13, et p. 21.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote21anc\" id=\"sdfootnote21sym\">21<\/a> FARGUE, L\u00e9on Paul, <em>Haute solitude<\/em> (1941), Gallimard, \u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire&nbsp;\u00bb, 1999, p. 170.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote22anc\" id=\"sdfootnote22sym\">22<\/a> MANSFIELD, Katherine, <em>La garden-party et autres nouvelles<\/em> (1922), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2014, p. 48.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote23anc\" id=\"sdfootnote23sym\">23<\/a> ROUD, Gustave, <em>Requiem<\/em> (1967), Ch\u00eane-Bourg (Suisse), Zo\u00e9 \u00e9ditions, \u00ab&nbsp;Mini&nbsp;\u00bb, 1997, p. 45.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote24anc\" id=\"sdfootnote24sym\">24<\/a> HOMERE, <em>L\u2019Iliade<\/em>, trad. du grec par E Lasserre, XXIII, p.235.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote25anc\" id=\"sdfootnote25sym\">25<\/a> GRACQ, Julien, <em>Lettrines 2<\/em>, Jos\u00e9 Corti, 1974, p.180.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote26anc\" id=\"sdfootnote26sym\">26<\/a> PROUST, Marcel, <em>Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann<\/em> (1913), <em>A l\u2019ombre des jeunes filles en fleur<\/em> (1918), <em>A la recherche du temps perdu<\/em>, t. I, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1968, pp. 654-655.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote27anc\" id=\"sdfootnote27sym\">27<\/a> LEVI-STRAUSS,<em> op. cit<\/em>., p. 75.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote28sym\" href=\"#sdfootnote28anc\">28<\/a> MAUVIGNIER, Laurent, <em>Continuer<\/em> (2016), \u00e9d. de Minuit, 2019, p. 183.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote29sym\" href=\"#sdfootnote29anc\">29<\/a> NOVALIS, Friedrich, <em>Henri d\u2019Ofterdingen<\/em> (1802), trad. de l\u2019allemand par Y. Del\u00e9tang-Tardif, in <em>Les romantiques allemands<\/em>, t. I, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1963.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote30anc\" id=\"sdfootnote30sym\">30<\/a> BARBUSSE, Henri, <em>Le feu<\/em> (1916), Cercle du Bibliophile, Non dat\u00e9, p. 69.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote31anc\" id=\"sdfootnote31sym\">31<\/a> LOBO ANTUNES, Antonio, <em>Le cul de Judas<\/em> (1979), trad. du portugais par P. L\u00e9glise-Costa, M\u00e9taili\u00e9, \u00ab&nbsp;Suites&nbsp;\u00bb, 1997, p. 148.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote32sym\" href=\"#sdfootnote32anc\">32<\/a><em> Ibid.<\/em>, p. 188.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote33sym\" href=\"#sdfootnote33anc\">33<\/a><em> Ibid<\/em>., 196-197.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote34sym\" href=\"#sdfootnote34anc\">34<\/a><em> Ibid<\/em>, p. 197.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote35anc\" id=\"sdfootnote35sym\">35<\/a> PESSOA, Fernando, <em>Le livre de l\u2019intranquillit\u00e9 de Bernardo Soares, II<\/em> (1982), trad. du portugais par F. Laye, Christian Bourgois, 1992, pp. 97-98.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote36anc\" id=\"sdfootnote36sym\">36<\/a> AUGUSTIN (saint), <em>Les confessions<\/em>, trad. du latin par J. Trabucco, GF-Flammarion, 1988, Livre XI, chap. XVIII.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote37anc\" id=\"sdfootnote37sym\">37<\/a> GUILLOUX, Louis, <em>Le sang noir<\/em> (1935), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2015, p. 623.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote38anc\" id=\"sdfootnote38sym\">38<\/a> SABATO, Ernesto, <em>Alejandra<\/em> 1961), trad. de l\u2019espagnol (Argentine) par J.-J. Villard, Seuil, \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 1982, p.190.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote39anc\" id=\"sdfootnote39sym\">39<\/a> BOLANO, Roberto, <em>Les d\u00e9tectives sauvages<\/em> (1998), trad. de l\u2019espagnol (Chili) par R. Amutio, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2015, p. 754.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote40anc\" id=\"sdfootnote40sym\">40<\/a> CONRAD, Joseph, <em>Un paria des \u00eeles<\/em> (1896), trad. de l\u2019anglais par G. Jean-Aubry, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1999, pp. 284-285.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote41anc\" id=\"sdfootnote41sym\">41<\/a> CALAFERTE, Louis, <em>Septentrion<\/em> (1963), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2014, p.131.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote42anc\" id=\"sdfootnote42sym\">42<\/a> YOURCENAR, Marguerite, <em>Le coup de gr\u00e2ce<\/em> (1939), Livre de Poche, 1974, ,p.135.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote43anc\" id=\"sdfootnote43sym\">43<\/a> CHAR, Ren\u00e9, MOUNIN, Georges, <em>Correspondance 1943-1988<\/em>, Gallimard, 2020, p.98.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote44anc\" id=\"sdfootnote44sym\">44<\/a> DANTZIG, Charles, <em>Dictionnaire \u00e9go\u00efste de la litt\u00e9rature mondiale<\/em>, Livre de Poche, 2022, p. 452.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote45anc\" id=\"sdfootnote45sym\">45<\/a> CALAFERTE, Louis, <em>Septentrion<\/em> (1963), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2014, p. 291.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote46anc\" id=\"sdfootnote46sym\">46<\/a> WALLACE, David Foster, <em>L\u2019infinie com\u00e9die <\/em>(1996), trad. de l\u2019anglais (Etats-Unis) par F. Kerline, \u00e9ditions de l\u2019Olivier, 2015, p. 126.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote47anc\" id=\"sdfootnote47sym\">47<\/a> PROUST, Marcel, <em>op. cit.<\/em>, p. 130.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote48anc\" id=\"sdfootnote48sym\">48<\/a> BOLANO, Roberto, <em>op. cit., <\/em>p. 452.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote49anc\" id=\"sdfootnote49sym\">49<\/a> MONOD, Th\u00e9odore, <em>M\u00e9har\u00e9es<\/em> (1937), Arles, Actes-Sud, 2003, pp. 25-26.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote50anc\" id=\"sdfootnote50sym\">50<\/a> LE CLEZIO, J.M.G., <em>L\u2019extase mat\u00e9rielle<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Le Chemin&nbsp;\u00bb, 1967, p. 203.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote51anc\" id=\"sdfootnote51sym\">51<\/a> FROMENTIN, Eug\u00e8ne, <em>Une ann\u00e9e dans le Sahel<\/em> (1858), Plon, 1934, pp. 120-121.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote52anc\" id=\"sdfootnote52sym\">52<\/a> DE LUCA, Erri, <em>Pas ici, pas maintenant<\/em> (1989), trad. de l\u2019italien par D. Valin, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2008, p. 97.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> <a href=\"#sdfootnote53anc\" id=\"sdfootnote53sym\">53<\/a> BIELY, Andre\u00ef, <em>la colombe d\u2019argent<\/em> (1909), trad. du russe par A.-M. Tatsis-Botton, \u00e9ditions Noir sur Blanc, 2019, p. 54.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote54sym\" href=\"#sdfootnote54anc\">54<\/a><em> Ibid., <\/em>p. 178.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote55sym\" href=\"#sdfootnote55anc\">55<\/a><em> Ibid., <\/em>p. 300.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote56sym\" href=\"#sdfootnote56anc\">56<\/a><em> Ibid.<\/em>, p. 367.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote57anc\" id=\"sdfootnote57sym\">57<\/a> BORGES, Jorge Luis, <em>Histoire de l\u2019\u00e9ternit\u00e9<\/em> (1936), trad. de l\u2019espagnol (Argentine) par L. Guille-Bataillon, 10-18, 1975, p. 199.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote58anc\" id=\"sdfootnote58sym\">58<\/a> HUCH, Ricarda, <em>Les romantiques allemands, <\/em>t. I (1946), trad. de l\u2019allemand par A. Babelon, Pandora, \u00ab&nbsp;Essais&nbsp;\u00bb, 1978, p. 221.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote59anc\" id=\"sdfootnote59sym\">59<\/a> MA\u00cfAKOVSKI, Vladimir, <em>Vladimir Ma\u00efakovski<\/em> (1913), trad. du russe par M. Vassiltchikov, Grasset, \u00ab&nbsp;Cahiers Rouges&nbsp;\u00bb, 1989, p. 62.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote60anc\" id=\"sdfootnote60sym\">60<\/a> D\u00d6BLIN, Alfred, <em>Voyage babylonien<\/em> (1934), trad. de l\u2019allemand par M. Vanoosthuyse, Gallimard, \u00ab&nbsp;L\u2019Imaginaire&nbsp;\u00bb, 2007, pp. 149-150.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote61anc\" id=\"sdfootnote61sym\">61<\/a> JANKELEVITCH, Vladimir, <em>La musique et l\u2019ineffable<\/em> (1961), Seuil, \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 2015, p.129.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote62anc\" id=\"sdfootnote62sym\">62<\/a> STEFANSSON, Jon Kalman, <em>Entre ciel et terre<\/em> (2007), trad. de l\u2019islandais par E. Boury, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2017, p. 41.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote63anc\" id=\"sdfootnote63sym\">63<\/a> DESNOS, Robert, <em>Corps et biens<\/em>, (1930), Gallimard, \u00ab&nbsp;Po\u00e9sie&nbsp;\u00bb, 1978, p. 100.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote64anc\" id=\"sdfootnote64sym\">64<\/a> HOFMANNSTHAL, Hugo von, <em>Andreas<\/em> (1927), trad. de l\u2019allemand par E. Badoux, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio bilingue&nbsp;\u00bb, 1994, p. 149.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote65anc\" id=\"sdfootnote65sym\">65<\/a> KERTESZ, Imre, <em>Le refus<\/em> (1988), trad. du hongrois par N. Zaremba-Husvai, Arles, Actes Sud, 2002<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote66sym\" href=\"#sdfootnote66anc\">66<\/a><em> Ibid.<\/em>, p. 259.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote67sym\" href=\"#sdfootnote67anc\">67<\/a><em> Ibid.<\/em>, pp. 238-239.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote68anc\" id=\"sdfootnote68sym\">68<\/a> In\u00e8s de la Cruz, cit\u00e9e par DANTZIG, Charles, <em>Dictionnaire \u00e9go\u00efste de la litt\u00e9rature mondiale<\/em>, Livre de Poche, 2022, p. 272.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote69anc\" id=\"sdfootnote69sym\">69<\/a> GRACQ, Julien, <em>Lettrines 2<\/em>, Jos\u00e9 Corti, 1974, pp. 12-13.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote70anc\" id=\"sdfootnote70sym\">70<\/a> KNAUSGAARD, Karl Ove, <em>Jeune homme<\/em> (2010), trad. du norv\u00e9gien par M.-P. Fiquet, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 2017, p. 64.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote71anc\" id=\"sdfootnote71sym\">71<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote72anc\" id=\"sdfootnote72sym\">72<\/a> JACCOTTET, Philippe,<em> Cahier de verdure <\/em>(1990), suivi de Apr\u00e8s beaucoup<\/p>\n\n\n\n<p>d\u2019ann\u00e9es, Gallimard, \u00ab&nbsp;po\u00e9sie&nbsp;\u00bb, 2022, p.13.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote73sym\" href=\"#sdfootnote73anc\">73<\/a><em> Ibid<\/em>., p. 14.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote74sym\" href=\"#sdfootnote74anc\">74<\/a><em> Ibid<\/em>., p. 18.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote75anc\" id=\"sdfootnote75sym\">75<\/a> JELINEK, Elfriede, <em>Enfants des morts<\/em> (1995), trad. de l\u2019allemand (Autriche) par O. Le Lay, Seuil, 2007, p.38.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote76anc\" id=\"sdfootnote76sym\">76<\/a><em>Lust<\/em> (1989), trad. de l\u2019allemand (Autriche) par Y. Hoffmann et M. Litaize, Seuil, \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 1996, p. 122.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote77anc\" id=\"sdfootnote77sym\">77<\/a> BALDWIN, James, <em>Un autre pays<\/em> (1962), trad. de l\u2019anglais (am\u00e9ricain) par J. Autret, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1996, p. 265.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote78anc\" id=\"sdfootnote78sym\">78<\/a> CENDRARS, Blaise, <em>Bourlinguer<\/em> (1948), in <em>Partir. Po\u00e8mes, romans, nouvelles, m\u00e9moires<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Quarto&nbsp;\u00bb, 2011, p. 1016.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote79anc\" id=\"sdfootnote79sym\">79<\/a> LOBO ANTUNES, Antonio, <em>Le cul de Judas<\/em> (1979), trad. du portugais par P. L\u00e9glise-Costa, M\u00e9taili\u00e9, \u00ab&nbsp;Suites&nbsp;\u00bb, 1997, p.91.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote80anc\" id=\"sdfootnote80sym\">80<\/a> MANSFIELD, Katherine, <em>Journal<\/em> (1927), trad. de l\u2019anglais par M. Duproix, A. Marcel et A. Bay, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1996, p. 302.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote81anc\" id=\"sdfootnote81sym\">81<\/a> Fodeba, cit\u00e9 par FANON, Frantz, <em>Les damn\u00e9s de la terre<\/em> (1961), Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1991, p. 274.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote82sym\" href=\"#sdfootnote82anc\">82<\/a> ATWOOD, Margaret, <em>La servante \u00e9carlate<\/em> (1987), trad. de l\u2019anglais (Canada) par S. Tu\u00e9, Robert Laffont, \u00ab&nbsp;Pavillons Poche&nbsp;\u00bb, 2018, p. 319.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prendre la nuit comme un pays un peu myst\u00e9rieux, un peu effrayant, difficile \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer, qui se d\u00e9robe au fur et \u00e0 mesure qu\u2019on tente de s\u2019y glisser\u2026 Pour nous, animaux diurnes, le nocturne fait peur&nbsp;: plut\u00f4t que de l\u2019affronter, on pr\u00e9f\u00e8re souvent y dormir \u2013 cela permet de ne pas regarder en face son [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[109],"tags":[136,139,137,35,163,134,116,140],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8FFEZ-hI","jetpack-related-posts":[{"id":848,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/ecrire-la-nuit-caio-vinicius-russo-nogueira\/","url_meta":{"origin":1098,"position":0},"title":"\u00c9crire, la nuit \u2014 Caio Vin\u00edcius Russo Nogueira","author":"Administrateur","date":"28 juin 2023","format":false,"excerpt":"Nuit, le PDF \u00ab\u00a0Une mouche \u00e9ph\u00e9m\u00e8re na\u00eet \u00e0 neuf heures du matin dans les grands jours d\u2019\u00e9t\u00e9, pour mourir \u00e0 cinq heures du soir ; comment comprendrait-elle le mot nuit ?\u00a0\u00bb Stendhal La naissance de la lumi\u00e8re, r\u00e9sistance de la nuit Avant la lumi\u00e8re, la nuit \u00e9tait l\u00e0. 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