{"id":1518,"date":"2024-09-30T08:27:16","date_gmt":"2024-09-30T07:27:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=1518"},"modified":"2024-10-07T08:53:50","modified_gmt":"2024-10-07T07:53:50","slug":"le-meta-de-la-metaphysique-ou-limpossible-pensee-de-lombre-traversante-camille-herve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/le-meta-de-la-metaphysique-ou-limpossible-pensee-de-lombre-traversante-camille-herve\/","title":{"rendered":"Le m\u00e9ta de la m\u00e9taphysique, ou l\u2019impossible pens\u00e9e de l\u2019ombre traversante \u2014 Camille Herv\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c0 lire en pdf<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><object class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Esquisses-Meta-Le-meta-de-la-metaphysique-Camille-Herve.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9  .\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3a2b0023-ad86-43f4-9bc0-365819c4cf96\" href=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Esquisses-Meta-Le-meta-de-la-metaphysique-Camille-Herve.pdf\"> <\/a><a href=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Esquisses-Meta-Le-meta-de-la-metaphysique-Camille-Herve.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3a2b0023-ad86-43f4-9bc0-365819c4cf96\">Article en PDF<\/a><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>\u00c0 lire sur le site<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\">Penser le m\u00e9ta de la m\u00e9taphysique serait-il en penser le mouvement\u00a0? Il nous semble dans cet article de Camille Herv\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit de nourrir une proximit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre par la pens\u00e9e qui vise quelque chose d&rsquo;aussi \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb, initial<mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\"><\/mark>, absolu, en somme, mais qui involue et \u00e9volue en l&rsquo;objet que le philosophe pense, irr\u00e9ductible \u00e0 un objet. Au sein de ce paradoxe le m\u00e9ta de la m\u00e9taphysique en devient le seuil toujours inuitionn\u00e9, ressenti, franchi, autant derri\u00e8re soi que devant soi \u00e0 nouveau. Une sph\u00e8re fascinante que l&rsquo;\u00eatre en lequel, autour duquel et \u00e0 travers lequel l&rsquo;esprit circule. Il parle aussi de l&rsquo;impossible d\u00e9sir de dire l&rsquo;\u00eatre sans le regarder, l&rsquo;impossible dire absolu, sans tomber dans un dire absolument relatif, mais un qui s&rsquo;adresse \u00e0 l&rsquo;\u00eatre, transite par lui. La pens\u00e9e dite en devient le seuil&#8230;<\/mark><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le m\u00e9ta de la m\u00e9taphysique, ou l\u2019impossible pens\u00e9e de l\u2019ombre traversante<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il est impliqu\u00e9 dans la nature du commencement lui-m\u00eame, qu\u2019il soit l\u2019\u00eatre, et rien de plus. C\u2019est pourquoi il n\u2019est aucunement besoin d\u2019autres pr\u00e9parations pour entrer dans la philosophie&nbsp;; ni non plus de plus amples r\u00e9flexions et points de jonction.<\/p><cite>Georg Wilhelm Friedrich Hegel<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le commencement de la philosophie, la situation d\u2019un d\u00e9but de la pens\u00e9e dans un point du cercle de la connaissance ne se trouve que dans son impossible absoluit\u00e9 constituant pourtant son caract\u00e8re totalisant. S\u2019il appara\u00eet impossible de commencer en un point de l\u2019absolu, c\u2019est en tant que ce dernier n\u2019est pas un lieu fixe d\u00e9termin\u00e9 mais constitue un espace dans lequel se c\u00f4toient \u00e0 la fois \u00eatre et n\u00e9ant. S\u2019il y a un commencement possible, alors il doit se trouver en un lieu dans lequel rien n\u2019est encore advenu et qui contient en m\u00eame temps la possibilit\u00e9 que quelque chose commence. Ce qui doit se mettre en marche ici c\u2019est la philosophie, qui ne semble pouvoir prendre son impulsion que dans l\u2019\u00eatre. Si cette derni\u00e8re est bien une \u00ab science de l\u2019\u00eatre pour lui-m\u00eame \u00bb recherch\u00e9e par Aristote, alors son commencement ne peut que se situer \u00e0 m\u00eame son objet. Il faut ainsi qu\u2019elle prenne racine dans le lieu du d\u00e9veloppement de ce qu\u2019elle questionne, la philosophie, si elle veut pr\u00e9tendre \u00e0 la connaissance de l\u2019\u00eatre, ne peut \u00e9chapper au mouvement entra\u00eenant sa propre possibilit\u00e9. Cet \u00ab&nbsp;\u00eatre pour lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb, celui qui est tout ce qui peut \u00eatre en tant qu\u2019il est lui-m\u00eame cette totalit\u00e9, appara\u00eet ainsi comme \u00e9tant sa propre totalisation, pur, ou non-encore d\u00e9termin\u00e9 comme un \u00eatre particulier. Ce que l\u2019on entend donc par science de l\u2019\u00eatre serait cette connaissance de ce qui comprend la totalit\u00e9 des \u00eatres possibles. Il est ce qui est absolument, la possibilit\u00e9 m\u00eame de la pr\u00e9sence. En tant que tel, il est n\u00e9cessairement pur, non d\u00e9termin\u00e9 en tant qu\u2019\u00e9tant toute d\u00e9termination possible dans laquelle il prend forme. Si par cons\u00e9quent le commencement est un pas-encore-advenu qui existe, il est alors n\u00e9cessairement l\u2019\u00eatre qui se pr\u00e9sente en tant que lui-m\u00eame non \u00e9tant. C\u2019est ainsi qu\u2019il est situ\u00e9 par la m\u00e9taphysique moderne qui pense la s\u00e9paration entre ce non-d\u00e9termin\u00e9 et les choses soumises au changement. Cette science de l\u2019\u00eatre pour lui-m\u00eame ne peut donc pas se d\u00e9velopper \u00e0 la mani\u00e8re des sciences \u00e9tudiant des parties de ce dernier. Dans la possibilit\u00e9 m\u00eame de son existence, la philosophie contient in\u00e9vitablement une contradiction. Comme questionnement sur l\u2019\u00eatre, elle est recherche d\u2019une unit\u00e9 dans le champ d\u2019une manifeste multiplicit\u00e9. Il est par cons\u00e9quent impliqu\u00e9 dans le commencement m\u00eame du questionnement une confrontation entre deux entit\u00e9s oppos\u00e9es suppos\u00e9es se rencontrer dans le lieu de ce qui existe r\u00e9ellement. Un lieu commun qui laisse \u00eatre l\u2019identit\u00e9 stable et la diff\u00e9rence en mouvement, la philosophie se fait pens\u00e9e de ce qui existe sans se d\u00e9truire dans son autre, elle est un laisser \u00eatre ce qui est d\u00e9termin\u00e9 comme diff\u00e9rent. C\u2019est dans ce creux de la s\u00e9paration maintenue pour elle-m\u00eame que se situe l\u2019identit\u00e9 de chaque \u00eatre avec lui-m\u00eame, comme un \u00eatre d\u00e9termin\u00e9, identique \u00e0 soi en tant que diff\u00e9rent. Que peut donc \u00eatre ce questionnement visant d\u00e8s son commencement une contradiction&nbsp;? Est-il assur\u00e9 que l\u2019instabilit\u00e9 de l\u2019\u00eatre se diff\u00e9renciant puisse \u00eatre absorb\u00e9e dans une identit\u00e9 stable&nbsp;? C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce point que vient \u00e9merger la logique aristot\u00e9licienne, ne pouvant accepter de r\u00e9duire l\u2019existant \u00e0 la seule contingence d\u2019une nature creusant elle-m\u00eame le sillon de son mouvement. La philosophie n\u2019est donc pas seulement une approche m\u00e9thodique mais elle est questionnement n\u00e9cessaire, recherche renouvel\u00e9e manifestant les rapports de l\u2019\u00eatre humain au lieu de son s\u00e9jour. Si donc la philosophie peut \u00eatre cette science des sciences, c\u2019est seulement en tant qu\u2019elle est l\u2019attitude ouvrant tout questionnement possible par rapport aux \u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le commencement n\u2019est pas le pur n\u00e9ant, mais un n\u00e9ant dont quelque chose doit sortir ; en m\u00eame temps, l\u2019\u00eatre est d\u00e9j\u00e0 contenu en lui. Le commencement contient donc les deux termes, l\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant ; il est l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et du n\u00e9ant ; &#8211; ou encore, il est un non-\u00eatre qui est, en m\u00eame temps, \u00eatre, et un \u00eatre qui est, en m\u00eame temps, non-\u00eatre.<a id=\"sdfootnote1anc\" href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le commencement est ainsi cette possibilit\u00e9 de la d\u00e9couverte des \u00eatres, attitude d\u2019ouverture vers la pr\u00e9sence comme \u00e9tant l\u2019\u00eatre d\u00e9termin\u00e9 en sa multiplicit\u00e9. Le commencement est philosophie ou la philosophie est commencement, ce dernier n\u2019\u00e9tant rien d\u2019autre que l\u2019\u00eatre lui-m\u00eame comme ouvert dans la pr\u00e9sence. Si la philosophie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e comme \u00ab&nbsp;m\u00e9taphysique&nbsp;\u00bb, c\u2019est donc en tant qu\u2019elle est une recherche de ce qui englobe la totalit\u00e9 de l\u2019existant, une identit\u00e9 \u00e0 partir et vers laquelle chaque chose existe et \u00e9merge. Or, cette identit\u00e9 ou essence de l\u2019\u00e9tant dans sa totalit\u00e9, si elle est bien ce qui permet \u00e0 chaque \u00eatre d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il est, doit \u00e0 la fois s\u2019annoncer comme unit\u00e9 mais aussi comme pr\u00e9sente en chaque chose singuli\u00e8re. Cette transcendance du monde de l\u2019existant serait ainsi profond\u00e9ment contradictoire : \u00e0 la fois une et identique mais aussi multiple. Effectivement, si elle est un tout, alors elle doit aussi \u00eatre chaque chose particuli\u00e8re, aucun d\u00e9tail ne peut \u00e9chapper \u00e0 sa totalisation absolue. La direction philosophique vers l\u2019existant se pr\u00e9sente donc premi\u00e8rement comme une tentative de r\u00e9duction de la multiplicit\u00e9 chaotique de l\u2019\u00e9tant \u00e0 une totalit\u00e9 capable d\u2019en rendre raison. Ce qui appara\u00eet ici, c\u2019est donc une insuffisance de l\u2019existant ne s\u2019expliquant jamais. Il y aurait ainsi besoin de la pens\u00e9e philosophante afin de situer ce qui vient lier l\u2019existant dans la totalit\u00e9 des rapports entre les \u00eatres qui le composent. Il y aurait par cons\u00e9quent une s\u00e9paration essentielle entre la pens\u00e9e donnant raison de la mani\u00e8re dont les \u00eatres existent et la simple pr\u00e9sence mouvante de ces derniers. Si la m\u00e9taphysique tente de situer le fond \u00e0 partir duquel tous ces \u00eatres se rejoignent, elle semble pourtant incapable de questionner son propre parti pris. En effet, en d\u00e9terminant l\u2019attitude m\u00e9taphysique comme connaissance de l\u2019identit\u00e9 \u00e0 partir et vers laquelle tous les \u00e9tants se dirigent, la philosophie pose comme \u00e9vidente la s\u00e9paration entre la simple existence des choses particuli\u00e8res (sans raison, instable, non vraie) ; et la pens\u00e9e cens\u00e9e en donner l\u2019explication par une \u00e9l\u00e9vation \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 du concept. Ce \u00ab&nbsp;m\u00e9ta&nbsp;\u00bb de la philosophie, ce qui \u00e0 la fois soutient et d\u00e9passe la r\u00e9alit\u00e9 physique, ne serait ainsi pensable qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un ab\u00eeme creus\u00e9 entre ce qui se donne simplement comme l\u00e0 et la pens\u00e9e qui en saisit la v\u00e9rit\u00e9. Quel serait alors ce rapport entre l\u2019\u00eatre et la pens\u00e9e&nbsp;? Si cette derni\u00e8re est cens\u00e9e pouvoir saisir la v\u00e9rit\u00e9 fondamentale de l\u2019existant, elle doit \u00e0 la fois le d\u00e9passer et lui \u00eatre ad\u00e9quate. La v\u00e9rit\u00e9 se situerait ainsi dans un accord entre la pens\u00e9e et l\u2019existence r\u00e9elle qu\u2019elle parviendrait \u00e0 \u00e9tablir dans des concepts clairs et fixes. Or, c\u2019est sur ce point que vient \u00e9merger un paradoxe fondamental semblant vouer toute recherche m\u00e9taphysique \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Si le simple \u00eatre-l\u00e0 des choses n\u2019est pas encore le concept, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui existe selon le mode de l\u2019apparition instable et mouvante, et la pens\u00e9e une force d\u2019identification, comment cette derni\u00e8re pourrait pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019ad\u00e9quation avec son objet&nbsp;? Autrement dit, comment la pens\u00e9e pourrait \u00e0 la fois \u00eatre conforme au r\u00e9el si ce dernier n\u2019est qu\u2019un chaos instable devant \u00eatre fix\u00e9 dans une v\u00e9rit\u00e9 plus haute&nbsp;? Pour sortir de l\u2019impasse, il faudrait soit poser une coh\u00e9rence interne \u00e0 l\u2019existant que la pens\u00e9e viendrait saisir et \u00e9noncer, soit au contraire consid\u00e9rer la pens\u00e9e \u00e0 la lueur de son objet : mouvement infini de d\u00e9passement et instabilit\u00e9 productrice. Le terme m\u00e9ta implique une double direction : ce qui est \u00e0 la fois au-del\u00e0 de l\u2019objet et ce qui le traverse, la m\u00e9taphysique serait par cons\u00e9quent un dedans et un dehors. Si la philosophie ne peut pas commencer ailleurs que dans l\u2019\u00eatre, elle ne semble pas pouvoir finir en lui si elle est bien ce qui se situe tout aussi bien en dehors de cet objet dont elle s\u2019occupe. Avant de poursuivre notre cheminement \u00e0 travers ce qui \u00e0 la fois semble \u00eatre le plus \u00e9vident et qui pourtant devrait receler un myst\u00e8re \u00e0 d\u00e9voiler par la pens\u00e9e, il est n\u00e9cessaire de revenir sur ce que l\u2019on a d\u00e9termin\u00e9 comme objet de la r\u00e9flexion m\u00e9taphysique. Nous avons indiqu\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019Aristote que la philosophie doit \u00eatre science de l\u2019\u00eatre pour lui-m\u00eame. Or, qu\u2019est-ce \u00e0 dire de ce dernier&nbsp;? Hegel, dans le premier tome de son encyclop\u00e9die des sciences philosophiques, vient d\u00e9terminer ce qui se situe au centre de la r\u00e9flexion philosophique. Il ne peut en aucun cas s\u2019agir d\u2019un \u00eatre dit \u00ab&nbsp;pur&nbsp;\u00bb, en tant que ce dernier est tout aussi bien n\u00e9ant. La philosophie ne peut pas avoir pour objet un \u00eatre absolu d\u00e9pourvu de contenu, si ce dernier est la totalit\u00e9 de ce qui est, il doit n\u00e9cessairement s\u2019annoncer comme \u00e9tant la totalit\u00e9 de l\u2019existant. Cet \u00eatre \u00e9vacu\u00e9 par la m\u00e9taphysique comme abstraction vide constitue ainsi le point limite de la philosophie qui n\u2019a rien \u00e0 dire sur lui. Or, si cette derni\u00e8re ne peut parler de lui en tant qu\u2019il se d\u00e9truit en passant dans son autre (le n\u00e9ant), alors elle est vou\u00e9e \u00e0 \u00eatre un discours sur l\u2019\u00e9tant ou ce qui appara\u00eet dans un contenu d\u00e9termin\u00e9. Nous voil\u00e0 transport\u00e9s de la science de l\u2019\u00eatre vers la science de la mani\u00e8re dont il appara\u00eet. Le n\u00e9ant appara\u00eet non pas seulement comme n\u00e9gation de l\u2019\u00eatre mais devient ici son \u00e9quivalent. Tandis qu\u2019elle doit commencer dans l\u2019\u00eatre, la m\u00e9taphysique commence et se d\u00e9ploie dans l\u2019existant, elle est connaissance des multiples mani\u00e8res dont l\u2019\u00eatre se manifeste. Elle trouve ainsi sa limite dans ce qui constitue son fondement, c\u2019est ce dernier qui reste in-questionn\u00e9 par elle en tant qu\u2019elle ne peut rien en dire. C\u2019est donc dans ce rien, ce trou de l\u2019\u00eatre, qu\u2019elle prend impulsion et dans lequel s\u2019effondre son discours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La question qui \u00e9merge n\u00e9cessairement ici c\u2019est la possibilit\u00e9 de l\u2019existence du n\u00e9ant, mais aussi celle d\u2019un \u00eatre sans contenu, un \u00eatre en g\u00e9n\u00e9ral qui ne serait lui-m\u00eame rien d\u2019\u00e9tant. Ces deux extr\u00eames traversent la m\u00e9taphysique sans qu\u2019elle parvienne \u00e0 les penser. Si elle est science de la totalit\u00e9 du physique, ce qui le traverse et le fonde, reste \u00e0 savoir ce qui fonde la m\u00e9taphysique elle-m\u00eame. Ce que nous nous proposons de questionner, c\u2019est par cons\u00e9quent le m\u00e9ta de la m\u00e9taphysique qu\u2019elle ne peut pas dire et qu\u2019elle laisse ainsi n\u00e9cessairement de c\u00f4t\u00e9. Si avec Hegel la philosophie devient la pens\u00e9e qui se sait elle-m\u00eame, le savoir qui retourne en lui en posant son autre comme un de ses moments, ce dernier est la nature dans sa totalit\u00e9 qui constitue le moment de l\u2019objectivit\u00e9 de l\u2019esprit pr\u00e9sent \u00e0 lui-m\u00eame. Or, s\u2019il est rationnel qu\u2019il y ait de l\u2019irrationnel, il n\u2019en reste pas moins que la philosophie \u00e9vacue d\u00e8s le commencement de son mouvement sp\u00e9culatif un quelconque \u00e9nonc\u00e9 sur le n\u00e9ant. Si ce dernier est ce qui n\u2019a pas de contenu, alors aucun discours ne peut lui correspondre. Nous demandons alors : le langage peut-il seulement \u00eatre compris comme une correspondance entre la pens\u00e9e qui \u00e9nonce et une r\u00e9alit\u00e9 dont elle manifeste la v\u00e9rit\u00e9 profonde&nbsp;? Autrement dit, si la m\u00e9taphysique se trouve enferm\u00e9e dans ses propres pr\u00e9suppos\u00e9s s\u00e9mantiques faisant n\u00e9cessairement du n\u00e9ant un \u00eatre et de l\u2019\u00eatre pur une abstraction vide, n\u2019y aurait-il pas aussi une parole venant montrer cet autre dans lequel elle trouve sa limite&nbsp;? Tandis qu\u2019elle est une pr\u00e9tention \u00e0 la possible connaissance de la totalit\u00e9 de l\u2019\u00eatre mais ne pouvant cependant rien dire sur lui, elle ne peut par cons\u00e9quent que se d\u00e9truire dans son propre imp\u00e9ratif. C\u2019est finalement en tant qu\u2019elle se pose comme science qu\u2019elle ne peut jamais atteindre ce qui fonde le mouvement m\u00eame de la pens\u00e9e. Le savoir qui se sait se cherche dans ses objets, ce qu\u2019il y trouve c\u2019est la v\u00e9rification de ses concepts mais en aucun cas la raison d\u2019un tel besoin de connaissance. Si la pens\u00e9e ne semble pas pouvoir s\u2019en tenir \u00e0 la seule imm\u00e9diatet\u00e9 de l\u2019intuition sensible, mais tente de venir mettre au jour la raison de la totalit\u00e9 de cette apparence qu\u2019elle trouve d\u2019abord face \u00e0 elle, c\u2019est en tant que l\u2019\u00eatre seul ne donne jamais ses raisons. Il y aurait alors au fond de l\u2019existant une instabilit\u00e9 fondamentale bien plus qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 claire et transparente que la pens\u00e9e pourrait venir saisir. Si la m\u00e9taphysique est un au-del\u00e0 du physique en tant qu\u2019elle le fonde en raison c\u2019est donc qu\u2019\u00e0 ce dernier n\u2019appartient pas la logique mais au contraire un n\u00e9ant de signification que la pens\u00e9e ne peut endurer. Le besoin de connaissance vient ainsi traduire une angoisse fondamentale face \u00e0 un \u00e9clatement du r\u00e9el qui seul ne donne jamais d\u2019explication. Il ne s\u2019agit en aucun cas ici d\u2019insinuer que la pens\u00e9e constitue seulement une construction artificielle de lois radicalement ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019existence de ses objets. Les rapports \u00e9tablis par la connaissance conceptuelle entre les objets est une n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019existence humaine qui est avant tout un habiter-avec. Sans aucun rep\u00e8re dans le monde s\u2019offrant ainsi fondamentalement comme une totalit\u00e9 sans signification, il serait impossible de s\u00e9journer aupr\u00e8s des autres existants. Or, il est \u00e9vident que la mani\u00e8re dont l\u2019existence se d\u00e9ploie est toujours sur le mode du avec, ou celui du rapport avec les choses et les \u00eatres multiples. Nous disons cependant que si la connaissance est absolument n\u00e9cessaire au confort de l\u2019\u00eatre-chez-soi dans le monde, cette derni\u00e8re vient pourtant manifester un vide fondamental, celui de la simple pr\u00e9sence. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en tant que cette derni\u00e8re constitue l\u2019\u00e9tranget\u00e9 radicale de la pens\u00e9e ne se trouvant plus chez elle, assur\u00e9e dans ses connaissances, que le besoin d\u2019organisation se fait sentir. La question n\u2019est donc plus celle de la valeur de v\u00e9rit\u00e9 des lois de la pens\u00e9e cens\u00e9es soit \u00eatre puis\u00e9es \u00e0 m\u00eame la r\u00e9alit\u00e9, soit au contraire \u00eatre la seule r\u00e9alit\u00e9 (production d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 subjective par la seule force de l\u2019esprit). La v\u00e9rit\u00e9 n\u2019a finalement de valeur que dans le cadre de la pens\u00e9e qui tente de se situer dans le r\u00e9el en \u00e9tablissant tous les rapports possibles entre les ph\u00e9nom\u00e8nes qui composent le monde dans lequel elle \u00e9volue. Cependant, si l\u2019existence n\u2019\u00e9tait que ce rassurement par une connaissance stable de la totalit\u00e9 du r\u00e9el, il n\u2019y aurait alors aucune exp\u00e9rience de ce dernier autre que la tranquillit\u00e9 du savoir. S\u2019il y a la perspective de l\u2019existence d\u2019un tout englobant cet \u00e9clatement des choses, c\u2019est donc bien que ce qui s\u2019offre \u00e0 la pens\u00e9e se pr\u00e9sente primairement sur le mode de la multiplicit\u00e9 \u00e9parpill\u00e9e. Toutes les tentatives de saisie d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 stable et essentielle viennent manifester cette incoh\u00e9rence de l\u2019existant, qui, dans sa seule existence ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant la v\u00e9rit\u00e9. Si le \u00ab&nbsp;m\u00e9ta&nbsp;\u00bb est ce qui traverse tout l\u2019existant et l\u2019englobe, alors cette v\u00e9rit\u00e9 serait bien plus \u00e0 comprendre comme un trou dans le r\u00e9seau de significations dans lesquelles la pens\u00e9e vient encadrer son mouvement ; situant chaque chose dans la totalit\u00e9 du syst\u00e8me de sa propre connaissance. On ne peut en effet pas affirmer sans se contredire que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler est \u00e0 la fois le repos simple du concept et poser une incoh\u00e9rence fondamentale dans l\u2019objet m\u00eame de ce savoir. Si le contenu de la pens\u00e9e est d\u00e9sorganis\u00e9, sans raison de sa simple existence (devant \u00eatre ramen\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre du savoir clair), alors soit la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019appartient qu\u2019au concept, soit il nous faut revoir ce que l\u2019on entend par elle. Le rapport semble encore plus complexe, peut-\u00eatre la pens\u00e9e dans ses \u00e9nonc\u00e9s ayant valeur de v\u00e9rit\u00e9 vient manifester malgr\u00e9 elle cette instabilit\u00e9 fondamentale. En tant qu\u2019elle se fait v\u00e9rit\u00e9, elle montre que cette derni\u00e8re \u00e9chappe \u00e0 la simple pr\u00e9sence de ce qui est. En se produisant comme force conceptualisante, la pens\u00e9e manifeste par opposition ce que le r\u00e9el n\u2019\u00e9nonce pas : sa v\u00e9rit\u00e9 comme absence profonde de raison. Ainsi, il appara\u00eet que ce qui traverse \u00e0 la fois l\u2019existence objective et le besoin m\u00e9taphysique de la r\u00e9flexion sp\u00e9culative sur cette derni\u00e8re c\u2019est une absence, ou un quelque chose ne s\u2019annon\u00e7ant qu\u2019en filigrane, en amont de la clart\u00e9 de la fixation signifiante. C\u2019est sur ce terrain, ou dans ce milieu comme trou b\u00e9ant laissant toutes les significations encore possibles, que l\u2019existence objective et la r\u00e9flexion sp\u00e9culative se rejoindre et trouver la n\u00e9cessit\u00e9 de leur rapport. L\u2019ad\u00e9quation se donne ainsi malgr\u00e9 elles, la pens\u00e9e n\u2019est pas \u00e0 l\u2019image du r\u00e9el et le r\u00e9el n\u2019est pas une production de la pens\u00e9e. C\u2019est seulement en tant que chacun de ces c\u00f4t\u00e9s contient au fond un n\u00e9ant signifiant qu\u2019ils peuvent se d\u00e9ployer l\u2019un avec l\u2019autre. Nous revenons ainsi \u00e0 notre question : est-il cependant possible de penser ce rien \u00e0 partir duquel \u00e9merge ce qui est en pr\u00e9sence&nbsp;? S\u2019il est impossible de le dire sous la forme d\u2019un logos logique en donnant la v\u00e9rit\u00e9 (puisqu\u2019il n\u2019a encore aucun contenu), alors une telle pens\u00e9e ne sera pas \u00e0 chercher au sein des \u00e9nonc\u00e9s de la science. Si la m\u00e9taphysique r\u00e9duit le n\u00e9ant \u00e0 une abstraction vide, il nous semble que c\u2019est seulement en tant qu\u2019il est ce qu\u2019elle ne parvient pas \u00e0 englober dans son discours. Sa pr\u00e9tention \u00e0 la science l\u2019emp\u00eache effectivement de pouvoir plonger dans ce n\u00e9ant sans le r\u00e9duire \u00e0 ses propres pr\u00e9suppos\u00e9s, venant finalement seulement justifier de ses premi\u00e8res v\u00e9rit\u00e9s. La plus fondamentale \u00e9tant celle qu\u2019en dehors de l\u2019\u00eatre il n\u2019y a rien \u00e0 conna\u00eetre. Nous suivons Hegel lorsqu\u2019il indique dans le dernier tome de son encyclop\u00e9die que l\u2019esprit a besoin de supprimer l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 de son autre qu\u2019est la nature en la ramenant au repos de son identit\u00e9 avec lui-m\u00eame. Cette n\u00e9gation de son autre lui faisant face constitue ainsi la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019esprit \u00e0 lui-m\u00eame, rassur\u00e9 dans son existence, trouvant sa signification. Cette derni\u00e8re manque sans l\u2019op\u00e9ration de la r\u00e9flexion. S\u2019il faut supprimer l\u2019autre c\u2019est en tant que l\u2019imposition de son existence insignifiante vient manifester l\u2019angoisse d\u2019une pens\u00e9e qui ne parvient pas \u00e0 se situer en lui. Pour que la conscience soit chez elle il faut ainsi qu\u2019elle domine les sensations qui la traversent :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Dans l\u2019habitude comme savoir-faire, l\u2019\u00eatre abstrait de l\u2019\u00e2me ne doit pas seulement \u00eatre tenu ferme pour lui-m\u00eame, mais se faire valoir comme un but subjectif dans la corpor\u00e9it\u00e9, celle-ci devant lui \u00eatre soumise et totalement perm\u00e9able.<a id=\"sdfootnote2anc\" href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce savoir-faire de l\u2019esprit, ayant \u00e9t\u00e9 parcouru par des sensations dont il ne peut pas rendre raison dans un premier temps doit ensuite les ramener \u00e0 un contenu fixe. La repr\u00e9sentation par habitude constitue ainsi le moment de lib\u00e9ration de l\u2019\u00e2me de son rapport magique \u00e0 sa propre existence. L\u2019esprit ne semble donc pas pouvoir en rester \u00e0 cet instant irrationnel de la pens\u00e9e. Or, si la pens\u00e9e est bien une capacit\u00e9 \u00e0 se faire conscience, \u00e0 se d\u00e9terminer comme un moi particulier, ce tout rassemblant la totalit\u00e9 de ses sensations comme \u00e9tant les siennes et qu\u2019elle peut contr\u00f4ler en tant qu\u2019elle les conna\u00eet, le sentiment lui-m\u00eame reste une imm\u00e9diatet\u00e9 n\u2019offrant aucune explication. Si la philosophie h\u00e9g\u00e9lienne, en tentant de redessiner l\u2019horizon de la m\u00e9taphysique, place dans l\u2019esprit la force de rassemblement de la totalit\u00e9 naturelle de ses sensations et affections, c\u2019est en tant que la conscience ne peut se sentir \u00ab&nbsp;chez elle&nbsp;\u00bb, se rassurer qu\u2019en tant qu\u2019elle fixe ce g\u00e9nie int\u00e9rieur qui agit d\u2019abord sans sa permission. Sans l\u2019\u00e9tablissement rationnel des rapports entre le contenu multiple de l\u2019\u00e2me, l\u2019esprit est malade, dans un rapport magique ne parvenant pas \u00e0 d\u00e9terminer un monde stable. Celui qui ne pense pas le monde sous le prisme de la connaissance rationnelle est donc \u00e0 la fois le \u00ab&nbsp;fou&nbsp;\u00bb mais aussi (selon les mots m\u00eame de Hegel) le \u00ab&nbsp;clairvoyant&nbsp;\u00bb. Il semble donc bien y avoir au fond du rapport de la pens\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eatre une imm\u00e9diatet\u00e9 qui ne donne pas ses raisons. Si l\u2019esprit a besoin de le fixer dans une connaissance certaine c\u2019est donc en tant que cette imm\u00e9diatet\u00e9 envahissante le place face \u00e0 ses propres bornes. Si l\u2019on reprend le cheminement de l\u2019\u00e2me se constituant comme un Soi particulier, il appara\u00eet que le sujet n\u2019est pas tout d\u2019abord rationnel mais se sent comme envahi par une immensit\u00e9 de sensations dont il ne peut donner raison. Ainsi, le premier rapport du sujet \u00e0 lui-m\u00eame se constitue comme une infection de l\u2019\u00e2me par un monde l\u2019affectant dans son \u00eatre. Le sujet qui se sent exister ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une entit\u00e9 enferm\u00e9e en elle mais il se trouve dans une posture d\u2019accueil de ce monde auquel il s\u2019ouvre en tant qu\u2019il existe. Or, cette immensit\u00e9 qui l\u2019envahit, cette ext\u00e9riorit\u00e9 non encore pens\u00e9e et ramen\u00e9e \u00e0 la totalit\u00e9 d\u2019une connaissance n\u2019est pas le rassurement du chez soi de la conscience. C\u2019est en tant que cette affection premi\u00e8re n\u2019est pas la r\u00e9v\u00e9lation du Moi comme Je particulier que le sujet se trouve perdu en elle. Il ne peut se situer dans cette totalit\u00e9 ouverte face \u00e0 lui et dans laquelle il doit trouver sa place. Ainsi, le moment du rapport magique et de l\u2019affection du sujet par son monde se pr\u00e9sente comme instant de l\u2019angoisse fondamentale. En effet, s\u2019il est impossible de se sentir chez soi dans ce monde sans signification, il faut alors n\u00e9cessairement le construire comme rationnel. Le sujet doit se situer, se d\u00e9terminer et expliquer son propre \u00eatre qui lui est cependant toujours d\u00e9j\u00e0 ouvert par l\u2019affection d\u2019un monde dont il n\u2019est pas le cr\u00e9ateur. Si la m\u00e9taphysique est bien la science de l\u2019\u00eatre, alors elle est possibilis\u00e9e par cet instant magique, une premi\u00e8re ouverture d\u2019un \u00eatre sans signification qui la traverse, se manifestant comme arrachement du sujet \u00e0 la certitude du rapport logique entre ses repr\u00e9sentations. Le besoin m\u00e9taphysique manifeste ainsi une angoisse fondamentale de la pens\u00e9e face \u00e0 ce qui s\u2019ouvre en elle, le fond de l\u2019\u00eatre n\u2019est donc pas rationnel mais profond\u00e9ment instable et sans raison. La connaissance constitue ainsi une lutte infinie de l\u2019esprit face \u00e0 sa propre insignifiance, une tentative de n\u00e9antisation de ce n\u00e9ant qui l\u2019affecte et l\u2019infecte. Si l\u2019esprit doit dominer ses sensations c\u2019est donc que ces derni\u00e8res, en tant que non produites par lui, sont tout d\u2019abord incontr\u00f4lables. Penser cet instant de n\u00e9ant de l\u2019esprit est impossible pour celui qui cherche \u00e0 \u00eatre chez lui ; pour se constituer en un Soi, il faut avoir la certitude que le contenu naturel est tout aussi bien la v\u00e9rit\u00e9 produite par l\u2019esprit. Si la philosophie, entendue comme science, ne peut pas dire ce qui la traverse ni conna\u00eetre cet \u00eatre qui est tout aussi bien n\u00e9ant d\u2019elle-m\u00eame ; il nous faut donc tenter d\u2019\u00e9couter ceux qui poss\u00e8dent cette clairvoyance ignorante. Tandis que la m\u00e9taphysique prend l\u2019\u00eatre comme un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre, \u00e0 situer comme origine de la totalit\u00e9 de l\u2019\u00e9tant, prend la forme d\u2019un logos sur ce dernier, il y a cependant des humains \u00ab&nbsp;d\u00e9lirants&nbsp;\u00bb, \u00e9non\u00e7ant un discours en dehors de la structure logique de la langue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Si \u00e0 la philosophie appartient le discours logique, on rel\u00e8gue alors la parole po\u00e9tique au rang de non-v\u00e9rit\u00e9, un langage emp\u00eatr\u00e9 dans le moment fictionnel de la pens\u00e9e. Or, si l\u2019on suit toujours le cheminement de l\u2019encyclop\u00e9die h\u00e9g\u00e9lienne, cet instant de la conscience se formant des images n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9 d\u2019objectivit\u00e9. On dit que le po\u00e8te n\u2019est pas \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9, le monde qu\u2019il \u00e9nonce se situe en dehors des structures habituelles de significations. Nous avons ici deux objections \u00e0 opposer \u00e0 cette conception de la parole po\u00e9tique. Il est tout d\u2019abord manifeste que la po\u00e9sie ne se situe en rien en dehors de la langue, elle est bien un discours. Ce dernier cependant joue avec les structures signifiantes, elle d\u00e9place les choses dans des lieux leur donnant une couleur inhabituelle. Les choses ainsi \u00e9nonc\u00e9es par le po\u00e8te ne font pas signe vers une place permettant leur utilisation possible. Est-il pour autant permis de consid\u00e9rer la parole po\u00e9tique comme un \u00e0-c\u00f4t\u00e9 du r\u00e9el dont la v\u00e9rit\u00e9 ne pourrait \u00eatre \u00e9nonc\u00e9e que par le discours logique&nbsp;? Nous disions plus haut que la connaissance est possibilis\u00e9e par une ouverture angoissante de la totalit\u00e9 du monde non encore signifiant. Si la raison r\u00e9pond \u00e0 ce manque fondamental de logique dans les choses ouvertes \u00e0 la conscience, alors il y a bien un premier acc\u00e8s de la pens\u00e9e \u00e0 cet ensemble non signifiant. Le po\u00e8te, en tant que d\u00e9lirant, semble ainsi indiquer ce trou inh\u00e9rent \u00e0 la pens\u00e9e. Cette derni\u00e8re serait primairement une ouverture au monde comme un d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 non organis\u00e9 par les structures de l\u2019entendement. Il devient essentiel de revenir sur cet instant magique de l\u2019\u00e2me qui se sent sentir le monde. En effet, ce rapport magique n\u2019est pas invention ex nihilo d\u2019un monde en dehors de toute r\u00e9alit\u00e9. Bien au contraire, il est le sentiment du monde, ou la sensation de l\u2019\u00eatre-l\u00e0 de la pens\u00e9e qui se d\u00e9termine \u00e0 partir de l\u2019existence de choses qui l\u2019affectent. Avant toute possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9nonciation logique se trouve ainsi un rapport po\u00e9tique ou \u00ab&nbsp;magique&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e2me qui se voit dans le monde ouvert face \u00e0 elle. On dit aussi que le po\u00e8te \u00e9nonce son \u00ab&nbsp;monde int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb, comme si ce dernier se constituait en dehors de toute existence ext\u00e9rieure. Que l\u2019on consid\u00e8re le langage comme \u00e9nonciation d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9elle ou de l\u2019existence int\u00e9rieure de celui qui parle, on reste ainsi dans un face \u00e0 face entre le sujet parlant et l\u2019objet du discours. Or, si le sujet peut parler c\u2019est en tant qu\u2019il ressent le monde dans lequel il se trouve lui-m\u00eame comme \u00e0 \u00eatre ce qu\u2019il est, devant donner raison de ce qui s\u2019ouvre face \u00e0 lui et le comprendre comme son propre contenu. Ainsi, il n\u2019y a pas de s\u00e9paration entre le sujet parlant et ce r\u00e9el (objet du discours), il y a au contraire une \u00e9mergence conjointe de la r\u00e9alit\u00e9 et de cette \u00ab \u00e2me \u00bb qui le comprend comme lieu de son existence possible. S\u2019il y a toujours des choses \u00e0 conna\u00eetre c\u2019est donc seulement en tant que le sujet s\u2019est toujours d\u00e9j\u00e0 compris comme \u00e9tant-au-monde, ayant \u00e0 exister et \u00e0 rendre raison de lui. Nous laissons donc \u00e0 la m\u00e9taphysique le soin de donner les fondements de cet ensemble d\u2019\u00e9tants dans lequel l\u2019\u00eatre humain existe. Cependant, pour effectuer le d\u00e9placement dans le trou laissant possible l\u2019\u00e9tablissement de la connaissance, cette autre v\u00e9rit\u00e9 dans laquelle la raison ne se retrouve pas, il nous faut partir en compagnie de ces \u00ab&nbsp;fous clairvoyants&nbsp;\u00bb ne cherchant pas la connaissance mais ayant toujours d\u00e9j\u00e0 compris l\u2019ouverture de l\u2019\u00eatre. Si les po\u00e8tes disent le monde c\u2019est en tordant les structures de la langue, faisant signe non pas vers le concept des choses qu\u2019ils disent mais en direction du n\u00e9ant inh\u00e9rent \u00e0 toute pens\u00e9e et donc \u00e0 tout discours. En effet, s\u2019il est possible de jouer avec les mots, d\u2019\u00e9noncer des contre-sens, c\u2019est seulement en tant qu\u2019au fond du monde se trouve un manque laissant le discours se d\u00e9ployer. Si les choses poss\u00e9daient bien un concept fixe et d\u00e9termin\u00e9, \u00e9non\u00e7able par le discours rationnel, alors il n\u2019y aurait ni besoin d\u2019une recherche scientifique ni aucune parole po\u00e9tique possible. Le lieu dans lequel se rejoignent \u00e0 la fois le logos et le muthos c\u2019est donc dans ce n\u00e9ant impossible \u00e0 dire mais vers lequel il est possible de faire signe. En retournant \u00e0 cet instant magique, en sortant des structures logiques et signifiantes, le po\u00e8te vient montrer la possibilit\u00e9 m\u00eame de se d\u00e9placer en elles. En parlant, il ne dit pas le n\u00e9ant mais le fait voir. Le vide ne serait donc pas un rien ou une absence d\u2019\u00eatre mais un trou fondamental et inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019existence, laissant possible le jeu de la parole et la vie des concepts, se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 l\u2019image d\u2019une pens\u00e9e cherchant \u00e0 s\u2019\u00e9tablir chez elle. Hegel indique d\u00e9j\u00e0 que la pens\u00e9e ne peut exister sans se cr\u00e9er des fictions, elle fonctionne par images. L\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de la sensation est rapport au possible, cette mati\u00e8re passive d\u2019Aristote qui est seulement la possibilit\u00e9 de l\u2019existence dans une figure, qui est donc le tout du monde pouvant \u00e9merger effectivement. On sait que la raison ne peut en rester \u00e0 cette imm\u00e9diatet\u00e9 non encore d\u00e9termin\u00e9e, or, est-il possible de la consid\u00e9rer comme d\u00e9nu\u00e9e de toute v\u00e9rit\u00e9&nbsp;? Si elle est bien l\u2019ouverture de tout monde possible, alors elle est un rapport \u00e0 une certaine v\u00e9rit\u00e9, une compr\u00e9hension de la possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019existence. Cette passivit\u00e9 serait ainsi la mise en marche de la raison, une compr\u00e9hension premi\u00e8re pr\u00e9c\u00e9dant toute structure logique. Si le po\u00e8te est bien celui qui parle sans raison, \u00e9non\u00e7ant des non-sens, alors il parvient \u00e0 dire cette ouverture premi\u00e8re. Il est passif en tant qu\u2019il se laisse prendre par cette totalit\u00e9 ind\u00e9termin\u00e9e, insignifiante. Si la raison ne peut endurer ce n\u00e9ant qui est le sien, cela n\u2019autorise en rien \u00e0 consid\u00e9rer la parole po\u00e9tique comme un \u00e0-c\u00f4t\u00e9 du r\u00e9el. Elle est bien au contraire le signe d\u2019une compr\u00e9hension essentielle, elle met la raison face au vide qui la rend possible. Ce laisser-\u00eatre les choses s\u2019imposant ainsi \u00e0 la pens\u00e9e est l\u2019endurance du vide fertile que le po\u00e8te ne tente pas de r\u00e9duire \u00e0 la fixation rassurante d\u2019une connaissance stable. C\u2019est cet instant douloureux dont nous parle Mallarm\u00e9 ; prendre par l\u2019instabilit\u00e9 de la pr\u00e9sence. Martin Heidegger, \u00e0 la fin de sa conf\u00e9rence intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Identit\u00e9 et diff\u00e9rence&nbsp;\u00bb conclut \u00e0 une impossibilit\u00e9 pour la m\u00e9taphysique de dire son n\u00e9ant, elle ne peut sortir de son propre langage puisque partout o\u00f9 elle se dirige, elle trouve de l\u2019\u00eatre. S\u2019il lui est impossible de dire ce qui lui \u00e9chappe c\u2019est en tant qu\u2019elle sait d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019elle recherche, en se dirigeant vers l\u2019\u00e9tant elle cherche \u00e0 confirmer qu\u2019en dehors de l\u2019\u00eatre, il n\u2019y a rien et elle n\u2019a rien \u00e0 dire sur lui. En sachant d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019elle cherche, elle ne peut effectivement que trouver ce qui lui est en fait toujours d\u00e9j\u00e0 acquis, une assurance de l\u2019\u00eatre ou de la pr\u00e9sence. En se questionnant elle ne fait finalement que se retrouver elle-m\u00eame parmi ses objets, posant et se reposant sur sa connaissance assur\u00e9e. Comme l\u2019indique Wittgenstein&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui ne peut \u00eatre dit, peut \u00eatre dit clairement ; et ce dont on ne peut parler, il faut le passer sous silence.<a href=\"#sdfootnote3sym\" id=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb Ce qui ne peut \u00eatre dit c\u2019est par cons\u00e9quent ce qui \u00e9chappe au langage de l\u2019ad\u00e9quation et l\u2019identit\u00e9 d\u00e9finie, le silence qui lui correspond est celui la pens\u00e9e maitrisant son objet. Si cependant nous nous tournons un instant vers une autre exp\u00e9rience du monde ne cherchant pas \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 une suppos\u00e9e v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9el pouvant s\u2019\u00e9noncer comme v\u00e9rit\u00e9 absolue dans le langage de l\u2019ad\u00e9quation , alors ce n\u2019est pas l\u2019\u00eatre qui se donne comme fond mais le n\u00e9ant de signification. C\u2019est cette absence de signifiant qui vient clore la conf\u00e9rence d\u2019Heidegger en laissant ouverte une question que nous souhaitons prendre en charge :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La substance des langues occidentales n\u2019a-t-elle re\u00e7u qu\u2019une empreinte, celle de la m\u00e9taphysique, est-elle, en d\u2019autres termes, d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9e par l\u2019onto-th\u00e9o-logique, ou bien ces langues nous offrent-elles d\u2019autres possibilit\u00e9s de la parole, y compris celles du non-dire qui parle&nbsp;?&nbsp;<a id=\"sdfootnote4anc\" href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce que nous tentons ici c\u2019est d\u2019\u00e9couter cette parole qui se d\u00e9place hors de la v\u00e9rit\u00e9 logique, se donnant non pas dans la recherche d\u2019une fondation absolue de l\u2019existant mais dans une exp\u00e9rience du jeu lui-m\u00eame dont nous parlait d\u00e9j\u00e0 Martin Heidegger. Ce jeu, qu\u2019il d\u00e9termine comme essence de l\u2019\u00eatre, doit \u00eatre repens\u00e9, nous semble-t-il, en dehors du prisme de la recherche de l\u2019essence. En effet, en se plongeant dans la diff\u00e9rence entre l\u2019\u00eatre et l\u2019\u00e9tant, tandis qu\u2019il sauvegarde la diff\u00e9rence elle-m\u00eame, Martin Heidegger se situe malgr\u00e9 tout dans une recherche d\u2019un fond ou d\u2019une origine, non pas de l\u2019\u00e9tant mais de l\u2019\u00eatre lui-m\u00eame. Ce dernier ne serait par cons\u00e9quent pas l\u2019essence de la totalit\u00e9 de l\u2019existant mais il y aurait une essence de l\u2019\u00eatre, oubli\u00e9e par la m\u00e9taphysique. Il reconna\u00eet ainsi lui-m\u00eame la difficult\u00e9 d\u2019un quelconque questionnement sur l\u2019\u00eatre en dehors du langage de ce qu\u2019il tente de d\u00e9passer. Les termes d\u2019essence, d\u2019\u00eatre et d\u2019\u00e9tant, charg\u00e9s de toute cette histoire de la pens\u00e9e, s\u2019imposer \u00e0 nous. Prenons ainsi toute la mesure de la fin de cette conf\u00e9rence en tentant l\u2019aventure de la sortie hors de la langue de la m\u00e9taphysique. A partir de l\u2019exp\u00e9rience de la parole de celui qui, en travaillant la signification, n\u2019a pas rencontr\u00e9 cette pleine lumi\u00e8re de l\u2019\u00eatre, mais bien plut\u00f4t le n\u00e9ant comme creux dans lequel fourmille le non-encore-l\u00e0. C\u2019est St\u00e9phane Mallarm\u00e9, apr\u00e8s un travail acharn\u00e9 de la langue dans une recherche de la signification absolue du monde qui fait l\u2019exp\u00e9rience de son absence. Il \u00e9crit ainsi \u00e0 son ami Henri Cazalis \u00e0 propos de la r\u00e9daction d\u2019<em>H\u00e9rodiade<\/em> :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Malheureusement, en creusant le vers \u00e0 ce point, j\u2019ai rencontr\u00e9 deux ab\u00eemes, qui me d\u00e9sesp\u00e8rent. L\u2019un est le N\u00e9ant, auquel je suis arriv\u00e9 sans conna\u00eetre le bouddhisme et je suis encore trop d\u00e9sol\u00e9 pour pouvoir croire m\u00eame \u00e0 ma po\u00e9sie et me remettre au travail, que cette pens\u00e9e \u00e9crasante m\u2019a fait abandonner. Oui, je le sais, nous ne sommes que de vaines formes de la mati\u00e8re, mais bien sublimes pour avoir invent\u00e9 Dieu et notre \u00e2me. Si sublimes, mon ami ! Que je veux me donner ce spectacle de la mati\u00e8re, ayant conscience d\u2019\u00eatre et, cependant, s\u2019\u00e9lan\u00e7ant forc\u00e9ment dans le R\u00eave qu\u2019elle sait n\u2019\u00eatre pas, chantant l\u2019\u00c2me et toutes les divines impressions pareilles qui se sont amass\u00e9es en nous depuis les premiers \u00e2ges et proclament, devant le Rien qui est la v\u00e9rit\u00e9, ces glorieux mensonges \u2026<a id=\"sdfootnote5anc\" href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">St\u00e9phane Mallarm\u00e9, dans la r\u00e9daction d\u2019<em>H\u00e9rodiade<\/em>, se met \u00e0 la recherche du mot absolu, de la structure id\u00e9ale de la langue pouvant dire le myst\u00e8re de la totalit\u00e9 du monde se donnant dans ses multiples sonorit\u00e9s. Or, en creusant ainsi la langue jusqu\u2019\u00e0 sa trame la plus profonde, ce qui vient \u00e0 sa rencontre ce n\u2019est pas cet absolu tant recherch\u00e9 mais un n\u00e9ant impossible \u00e0 saisir. Il s\u2019agit plus pr\u00e9cis\u00e9ment de \u00ab&nbsp;deux ab\u00eemes&nbsp;\u00bb, un creux dans lequel ne se meut pas la signification parfaite et totale de l\u2019existence mais le n\u00e9ant, ce n\u2019est pas l\u2019\u00eatre qui \u00e9merge dans sa totalit\u00e9, mais l\u2019Un n\u2019est que ce n\u00e9ant ne pouvant mener qu\u2019\u00e0 la perte du discours. Ainsi, cette premi\u00e8re rencontre avec l\u2019absence de signification le m\u00e8ne \u00e0 un profond d\u00e9sespoir le poussant \u00e0 abandonner la r\u00e9daction de l\u2019\u0153uvre absolue. Ce qu\u2019il abandonne ici c\u2019est finalement ce r\u00eave d\u2019un langage id\u00e9al, recherch\u00e9 par toute une g\u00e9n\u00e9ration de po\u00e8tes travaillant sans cesse le vers afin d\u2019en d\u00e9gager la r\u00e9alit\u00e9 structurelle et totale. Ce vieux r\u00eave, c\u2019est donc celui d\u2019une langue consciente d\u2019elle-m\u00eame, ou de cette langue se faisant pens\u00e9e absolue. Si l\u2019on a longtemps effectu\u00e9 des rapprochements entre les th\u00e9ories h\u00e9g\u00e9liennes de l\u2019absolu et l\u2019\u00e9criture mallarm\u00e9enne, il nous faut ici tenter d\u2019entendre ce qui est dit dans cette exp\u00e9rience du n\u00e9ant. En effet, si la langue est ce qui doit venir donner signification aux choses \u00e9tant l\u00e0, alors ce qui se meut en elle devrait \u00eatre la v\u00e9rit\u00e9 absolue de ces derni\u00e8res, traduction de la pens\u00e9e capable de saisir la totalit\u00e9 de l\u2019existant. Or, cette derni\u00e8re c\u2019est elle dont Hegel tente aussi l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 travers la m\u00e9thode de la philosophie sp\u00e9culative. S\u2019il est vrai que la d\u00e9marche du Mallarm\u00e9 d\u2019H\u00e9rodiade correspond effectivement \u00e0 cette recherche de l\u2019absolu, la rencontre avec ce dernier ne le m\u00e8ne pas au repos de la pens\u00e9e mais bien plut\u00f4t \u00e0 un ab\u00eeme d\u00e9sesp\u00e9rant. Ainsi, le r\u00e9el n\u2019est pas sauv\u00e9 dans l\u2019absolu de la pens\u00e9e le connaissant comme signifiant, comme poss\u00e9dant une place dans l\u2019existence. Ce qui se meut au fond de la langue n\u2019est pas une saisie fixe et authentifiante mais une pens\u00e9e qui \u00e9chappe \u00e0 elle-m\u00eame face au trou b\u00e9ant ouvert du n\u00e9ant dans lequel g\u00eet la signification absolue. S\u2019il ne peut plus croire en sa po\u00e9sie, ce n\u2019est pas le mot qui perd sa pr\u00e9sence mais ce vieil id\u00e9al d\u2019un mot capable d\u2019ordonner le r\u00e9el. La premi\u00e8re r\u00e9action face \u00e0 ce trou c\u2019est par cons\u00e9quent le d\u00e9sespoir, l\u2019impossibilit\u00e9 de continuer \u00e0 \u00e9crire si l\u2019on ne peut plus croire \u00e0 une possible fixation des choses dans une langue avouant ici son impuissance face \u00e0 la masse de ce qui se donne l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Plus encore, si le langage, comme ce qui permet de dire la v\u00e9rit\u00e9 des choses en pr\u00e9sence, trouve en son fond non pas l\u2019\u00eatre mais le n\u00e9ant, alors c\u2019est l\u2019existence elle-m\u00eame qui puise sa possibilit\u00e9 dans ce dernier. La v\u00e9rit\u00e9 profonde des choses n\u2019est pas la signification mais l\u2019absence de cette derni\u00e8re ou cet ab\u00eeme dans lequel elles plongent en tant qu\u2019existantes. Ce que le po\u00e8te rencontre dans le vers n\u2019est donc pas cet \u00eatre de la m\u00e9taphysique. Il puise son langage dans un entre-deux, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019\u00eatre n\u2019est pas encore advenu comme \u00e9tant l\u00e0 pouvant faire l\u2019objet d\u2019une d\u00e9finition. Dans le po\u00e8me, c\u2019est le n\u00e9ant qui \u00e9tend encore son r\u00e8gne. Si nous revenons \u00e0 la question du commencement, le langage po\u00e9tique devient donc exp\u00e9rience de ce pas-encore de l\u2019\u00eatre dans lequel le n\u00e9ant se donne comme fond absent de la pr\u00e9sence. Cependant, ce n\u2019est pas le mot qui semble pouvoir dire ce n\u00e9ant dans sa pl\u00e9nitude, mais c\u2019est bien en le travaillant, en le creusant dans ses multiples significations que peut advenir cette exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du monde et de la mati\u00e8re. Cette \u00e9tranget\u00e9 est celle d\u2019une mati\u00e8re qui, bien que se sachant existante, ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019effectuer le saut dans le r\u00eave, s\u2019\u00e9lancer vers ce qu\u2019elle n\u2019est pas. Autrement dit, la mati\u00e8re se dirige fondamentalement vers le n\u00e9ant qui appara\u00eet tout aussi bien comme sa possibilit\u00e9 m\u00eame. En abandonnant ainsi le r\u00eave de l\u2019absolu c\u2019est un autre qui vient \u00e9merger : celui de la rencontre avec cet ab\u00eeme premier. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une destruction de la parole pouvant mener \u00e0 un vide fondamental, mais bien plut\u00f4t d\u2019une prise en charge du langage comme lieu dans lequel se tient et dispara\u00eet le n\u00e9ant constituant sa possibilit\u00e9. En effet, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du discours se donne une parole qui ne dit pas ce que sont les choses \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de d\u00e9finition ou du discours. La langue et ainsi ce qui permet seulement de pouvoir la montrer dans toutes ses mutations : l\u2019ab\u00eeme laissant ouvert la possibilit\u00e9 d\u2019attribuer le mot. En effet, pour pouvoir jouer avec les mots, il faut que ces derniers ne soient pas fix\u00e9s dans une signification immuable. Il faut encore que soit possible un d\u00e9placement de la langue, l\u2019existence m\u00eame de la po\u00e9sie vient montrer la n\u00e9cessaire absence de fixation du mot et de la signification. Ainsi, le langage ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une attribution d\u2019un ensemble de d\u00e9terminations \u00e0 une chose se trouvant unies dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de d\u00e9finition. Ce qui permet seulement ce mode du dire propositionnel (parlant de l\u2019\u00e9tant \u00e0 partir de l\u2019\u00eatre comme son essence et sa v\u00e9rit\u00e9) c\u2019est l\u2019absence fondamentale de signification de l\u2019existence. L\u2019\u00eatre fait signe, il montre ce qu\u2019il y a \u00e0 dire dans l\u2019\u00e9claircie de la pr\u00e9sence. C\u2019est cet \u00eatre que la langue de la logique peut dire et authentifier, fixer dans un \u00e9nonc\u00e9. Or, s\u2019il y a besoin d\u2019attribution d\u2019une signification c\u2019est en tant que l\u2019existence humaine trouve son fond dans une absence radicale de cette derni\u00e8re. Cette absence est un laisser-\u00eatre possible des choses pouvant exister de multiples mani\u00e8res. Ce qui vient par cons\u00e9quent lier les choses avec elles-m\u00eames, ce n\u2019est pas une essence fixe mais bien plut\u00f4t la prise en charge du besoin d\u2019authentification, la v\u00e9rit\u00e9 de la chose est primairement inexistante. Si par cons\u00e9quent, la v\u00e9rit\u00e9 de la chose est bien la pens\u00e9e comme l\u2019indique Hegel ; cela implique qu\u2019aupr\u00e8s de cette derni\u00e8re se tient un rien laissant possible l\u2019\u00e9tablissement du concept dans le mot. Ce qui constitue ainsi l\u2019essence est l\u2019usage que la pens\u00e9e fait des choses n\u2019existant qu\u2019en tant qu\u2019elles ne disent rien, laissant possible le jeu du langage trouvant son fond dans une in-signifiance. Paradoxalement, ce n\u2019est pas en d\u00e9truisant le mot que Mallarm\u00e9 en vient \u00e0 rencontrer ce trou de l\u2019absence de signification mais bien plut\u00f4t en se d\u00e9pla\u00e7ant en lui, en l\u2019exp\u00e9rimentant dans tous ses possibles. Cette exp\u00e9rience de toutes les mani\u00e8res d\u2019authentifier le s\u00e9jour humain vient effectivement montrer ce laisser-\u00eatre de la signification par un ab\u00eeme dans lequel la parole po\u00e9tique prend racine. La parole ne dit pas la v\u00e9rit\u00e9 mais proclame ces \u00ab&nbsp;mensonges&nbsp;\u00bb comme autant de mani\u00e8res dont il est possible d\u2019exister avec les choses. Ce qui constitue la v\u00e9rit\u00e9 du s\u00e9jour humain c\u2019est ainsi n\u00e9cessairement ce rien d\u2019o\u00f9 peut encore jaillir le mot. Le po\u00e8te, en creusant la langue est celui qui sait qu\u2019il est toujours possible de jouer avec les multiples significations du monde, endurance de la fiction de l\u2019existence prenant origine dans un rien fondamental. Si nous effectuons un retour \u00e0 la conf\u00e9rence de Martin Heidegger intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que la m\u00e9taphysique&nbsp;?&nbsp;\u00bb, c\u2019est donc bien la parole po\u00e9tique qui semble montrer cette exp\u00e9rience du n\u00e9ant comme \u00e9mergence de la totalit\u00e9 des significations possibles du monde. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une n\u00e9gation de l\u2019\u00eatre mais bien plut\u00f4t d\u2019un creux constituant la possibilit\u00e9 de la pr\u00e9sence. Il est le non-encore-advenu, le non-fix\u00e9 et par cons\u00e9quent tout ce qui peut encore \u00eatre. Il constitue l\u2019ouverture n\u00e9cessaire laissant possibles toutes les mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, la non-pr\u00e9sence soutenant pourtant toute existence. Si la v\u00e9rit\u00e9 est bien le fond soutenant l\u2019existence de chaque chose, cette derni\u00e8re ne serait donc pas l\u2019\u00eatre compris comme essence et unit\u00e9 mais bien plut\u00f4t ce rien qui laisse possible toute existence. Il est le n\u00e9ant comme possibilit\u00e9 fondamentale, mise en marche de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019attribution et de la mesure des choses dans un lieu du monde. Ce n\u2019est par cons\u00e9quent pas par un mouvement de la pens\u00e9e venant n\u00e9antiser le monde que le n\u00e9ant pourrait appara\u00eetre, mais c\u2019est bien plut\u00f4t en tant qu\u2019il y a n\u00e9ant, un trou dans l\u2019existence, qu\u2019il est possible de penser. En effet, si la pens\u00e9e consiste en cette unification de la chose dans la liaison de ses multiples mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, c\u2019est en tant qu\u2019elle est tout d\u2019abord comme in-signifiante. Si chaque chose montrait de mani\u00e8re premi\u00e8re et \u00e9vidente sa signification, il n\u2019y aurait aucune recherche scientifique, ni aucun jeu po\u00e9tique avec ses concepts. Nous pouvons dire avec Mallarm\u00e9 que la signification est un glorieux mensonge, elle est finalement n\u00e9gation du n\u00e9ant, elle ne dit pas ce qu\u2019est profond\u00e9ment la chose mais bien plut\u00f4t comment elle est dans la fiction qu\u2019est le s\u00e9jour humain. Cette absence premi\u00e8re de signification rend non seulement possible mais n\u00e9cessaire l\u2019attribution d\u2019une place, ce que le mot du po\u00e8te vient par cons\u00e9quent montrer c\u2019est ce besoin essentiel de l\u2019humain d\u2019authentifier son s\u00e9jour. Sans la pens\u00e9e, l\u2019existence en reste \u00e0 ce n\u00e9ant. Ainsi, c\u2019est certes la pens\u00e9e qui vient attribuer une signification \u00e0 l\u2019\u00eatre, qui sans r\u00e9flexion reste tout aussi bien n\u00e9ant. Mais tandis que l\u2019id\u00e9alisme h\u00e9g\u00e9lien r\u00e9duit toute existence vraie au seul mouvement de l\u2019Esprit, l\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique ne vient pas tenter de d\u00e9passer ce vide du n\u00e9ant, elle le met en \u00e9vidence comme possibilit\u00e9 absolue. C\u2019est par cons\u00e9quent apr\u00e8s cette exp\u00e9rience n\u00e9cessaire du n\u00e9ant que la parole trouve sa vie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le vers qui de plusieurs vocables fait un mot total, neuf, \u00e9tranger \u00e0 la langue et comme incantatoire, ach\u00e8ve cet isolement de la parole : niant d\u2019un trait souverain, le hasard demeur\u00e9 aux termes malgr\u00e9 l\u2019artifice de leur retrempe altern\u00e9e en le sens et la sonorit\u00e9, et vous cause cette surprise de n\u2019avoir ou\u00ef jamais tel fragment ordinaire d\u2019\u00e9locution, en m\u00eame temps que la r\u00e9miniscence de l\u2019objet nomm\u00e9 baigne dans une neuve atmosph\u00e8re<sup><a href=\"#sdfootnote6sym\" id=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce mot total n\u2019est pas celui capable de dire l\u2019ensemble de l\u2019existant ou la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019objet saisi dans sa v\u00e9rit\u00e9 par la repr\u00e9sentation. La parole po\u00e9tique se place dans un \u00e0-c\u00f4t\u00e9 de la langue, elle r\u00e9v\u00e8le l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de cette totalit\u00e9 recr\u00e9\u00e9e ne venant pas traduire l\u2019essence de l\u2019objet nomm\u00e9 mais le transporte dans un lieu semblant \u00e9chapper au contr\u00f4le de l\u2019\u00e9nonc\u00e9. Il ne s\u2019agit pas pour autant d\u2019un \u00e0-c\u00f4t\u00e9 du r\u00e9el, ce lieu dans lequel l\u2019objet flotte en tant qu\u2019il est dit par le po\u00e8te est bien plut\u00f4t l\u2019espace d\u2019ouverture dans lequel transparaissent toutes les significations qu\u2019il peut prendre. Le po\u00e8me est le non-encore fix\u00e9 en une d\u00e9finition, il est l\u2019attribution d\u2019un nom ne restreignant pas la chose au statut d\u2019objet, il est direction de la parole vers la possibilit\u00e9 de fictionner l\u2019existence par le jeu de la signification. Il nous faut ici effectuer une remarque quant au projet po\u00e9tique mallarm\u00e9en. En effet, si la rencontre avec le n\u00e9ant le m\u00e8ne tout d\u2019abord \u00e0 un profond d\u00e9sespoir et \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de se remettre \u00e0 \u00e9crire, c\u2019est en tant qu\u2019il ne peut dire en un po\u00e8me la totalit\u00e9 de l\u2019existant. Si le mot ne peut r\u00e9pondre \u00e0 ce r\u00f4le que lui conf\u00e8re la science, c\u2019est bien parce qu\u2019au fond de toute langue se tient un n\u00e9ant fondamental. Le mot ne peut dire ce \u00ab&nbsp;trop plein&nbsp;\u00bb car ce dernier n\u2019est finalement qu\u2019un gouffre dans lequel s\u2019effondre toute tentative de saisie de l\u2019absolu. En tant que le mot ne peut fixer cette totalit\u00e9, il ne peut qu\u2019\u00eatre un jeu, un mouvement perp\u00e9tuel garanti par une absence premi\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019existant, dans le sens d\u2019une d\u00e9finition de l\u2019\u00eatre (qui n\u2019est donc plus essence de l\u2019\u00e9tant). C\u2019est cette rencontre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e avec le n\u00e9ant qui va pourtant ouvrir la voie au grand projet de Mallarm\u00e9. S\u2019il n\u2019y a effectivement aucune signification profonde de l\u2019existence, c\u2019est alors au langage de venir donner sens aux choses avec lesquelles l\u2019humain existe. Ainsi, en tant qu\u2019il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 essentielle des objets en dehors de la mani\u00e8re dont ils sont dits, tel que l\u2019humain peut les penser, c\u2019est par cons\u00e9quent \u00e0 celui qui se meut dans la langue et sait son n\u00e9ant que revient la t\u00e2che d\u2019authentifier le s\u00e9jour humain dans le monde. Il y a donc une contradiction n\u00e9cessaire qui garantit cependant le mouvement m\u00eame de la parole po\u00e9tique. Si elle tend vers l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un lieu dans lequel l\u2019humain peut exister (authentification du monde par le nom), elle ne peut cependant le faire qu\u2019en tant qu\u2019elle conserve et prend en garde ce Rien qui est finalement la seule v\u00e9rit\u00e9. L\u2019existence humaine se fait par cons\u00e9quent fiction, elle est un raconter le monde par les divers vocables et mutations de la langue nommant les choses qui viennent faire encontre en tant qu\u2019elles-m\u00eames se tiennent dans le silence. Le discours ne serait ainsi jamais la fixation d\u00e9finitive dans une d\u00e9finition mais seulement une mani\u00e8re de se placer parmi les choses, cette derni\u00e8re n\u2019\u00e9tant jamais absolue mais pouvant muter infiniment. Le mot donne sens dans son inach\u00e8vement essentiel, le langage constitue cette r\u00e9serve jamais \u00e9puis\u00e9e laissant \u00eatre les choses dans le n\u00e9ant qui constitue leur \u00eatre (ce qui garantit la possibilit\u00e9 de les dire dans toutes leurs mani\u00e8res d\u2019\u00eatre possibles). Ainsi, les cat\u00e9gories aristot\u00e9liciennes qui constituaient les premi\u00e8res diff\u00e9rences de l\u2019\u00eatre, intuitionn\u00e9es dans leur unit\u00e9 par l\u2019intellect, ne sont finalement que des mani\u00e8res dont l\u2019\u00eatre humain pense les choses qui ne sont pas unies dans une forme essentielle, mais se pr\u00e9sentent d\u2019abord dans une absence d\u2019identit\u00e9. Ce qui vient fixer et authentifier c\u2019est donc bien la pens\u00e9e qui dit les choses comme objets, ayant une place dans le monde que le langage organise. Cependant, cette assignation \u00e0 une identit\u00e9 n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 derni\u00e8re de l\u2019existant, elle est seulement la traduction du besoin humain de se rep\u00e9rer dans son existence, de s\u2019attribuer un lieu dans lequel il peut d\u00e9ployer son s\u00e9jour. Si par cons\u00e9quent la pens\u00e9e trouve de l\u2019\u00eatre partout o\u00f9 elle dirige son attention, c\u2019est seulement parce qu\u2019elle constitue cette recherche d\u2019\u00e9tablissement de sa propre pr\u00e9sence et connaissance dans les objets qu\u2019elle saisit. Or, si elle peut \u00eatre cette force unifiante c\u2019est seulement parce que les choses se laissent ainsi unifier, l\u2019identit\u00e9 ne se situe pas dans le quelque chose mais dans le nom venant fabriquer l\u2019unit\u00e9. Le langage, loin de d\u00e9truire cette absence premi\u00e8re de signification, vient au contraire la r\u00e9v\u00e9ler dans sa possibilit\u00e9 m\u00eame et dans ses multiples mutations. La parole po\u00e9tique, jouant ainsi avec les vocables et les significations, constitue une monstration de ce n\u00e9ant signifiant permettant le mouvement de la parole authentifiante :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Seulement, sachons n\u2019existerait pas le vers : lui, philosophiquement r\u00e9mun\u00e8re le d\u00e9faut des langues, compl\u00e9ment sup\u00e9rieur. Arcane \u00e9trange ; et, d\u2019intentions pas moindres, a, jailli la m\u00e9trique aux temps incubatoires. Qu\u2019une moyenne \u00e9tendue de mots, sous la compr\u00e9hension du regard, se range en traits d\u00e9finitifs, avec quoi le silence.<a id=\"sdfootnote7anc\" href=\"#sdfootnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce qui se trouve ainsi conserv\u00e9 dans le langage c\u2019est ce silence du non-encore nomm\u00e9, une r\u00e9serve du discours se mouvant dans le lieu du n\u00e9ant de l\u2019existence toujours \u00e0 dire. Ce n\u2019est donc pas un exc\u00e8s d\u2019\u00eatre qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de continuer \u00e0 \u00e9crire, mais au contraire une absence qui nie la possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019\u00e9nonc\u00e9. En effet, si l\u2019existence est n\u00e9ant, un non-mot, alors le langage se trouve d\u00e9truit en sa propre possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9nonciation de l\u2019existant. Nous avons d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 cette impossibilit\u00e9 pour la langue de dire le n\u00e9ant sans recourir \u00e0 l\u2019\u00eatre. Si par cons\u00e9quent la langue ne peut pas dire ce qui la possibilise sans se d\u00e9truire, alors le po\u00e8me ne peut que sombrer devant l\u2019ouverture de cet ab\u00eeme qui le fonde. Or, s\u2019il est bien impossible de nommer cette absence totale, c\u2019est pourtant dans le nom lui-m\u00eame qu\u2019elle se montre. Le langage, s\u2019il ne veut pas courir \u00e0 sa perte ne doit donc pas se n\u00e9antiser, ne plus rien dire, mais au contraire continuer \u00e0 fictionner cette existence venant montrer son autre. C\u2019est dans cette impossibilit\u00e9 que vient se situer l\u2019instant d\u2019\u00e9clair du n\u00e9ant, dans ce non-dicible que l\u2019on tente de signifier par le mot que le creux du possible trouve son espace. Ainsi, en continuant de mettre en \u00e9vidence la trame de la langue, le po\u00e8te en montre ses limites, ces espaces de non-droit de la d\u00e9finition qui laissent possible le jeu des vocables en un tout jamais achev\u00e9. Ce qui se donne dans la parole du po\u00e8te c\u2019est par cons\u00e9quent le silence comme ce sur quoi le discours veille, en faisant l\u2019exp\u00e9rience de sa propre impossibilit\u00e9 de totalisation. Si le po\u00e8me forme un mot total c\u2019est seulement en tant qu\u2019il montre ce rien qui est le tout de l\u2019existence, pour autant qu\u2019il continue \u00e0 endurer les failles de la parole humaine toujours mouvante. Elle devient conservation du non-dire de l\u2019existence, mise \u00e0 l\u2019abri du silence en travaillant le mot dans ses profondeurs. Pour en revenir \u00e0 la question pos\u00e9e par Martin Heidegger \u00e0 la fin de sa conf\u00e9rence (Identit\u00e9 et diff\u00e9rence), quant \u00e0 la possibilit\u00e9 de sortie hors du langage de l\u2019onto-th\u00e9o-logie, il semble que St\u00e9phane&nbsp;Mallarm\u00e9 vienne y r\u00e9pondre ici. Si l\u2019on ne peut en sortir, il faut alors le creuser dans ses propres impossibilit\u00e9s, c\u2019est dans ces failles que ce qu\u2019il ne peut pas dire vient se montrer. Dans ses limites, la langue de la logique montre son autre, manifestation d\u2019une non-identit\u00e9 qu\u2019elle tente de ramener \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de la pens\u00e9e synth\u00e9tisante. Ainsi le langage se fait conservation du silence, r\u00e9serve du discours comme tentative jamais achev\u00e9e de raconter le r\u00e9el qui, dans sa v\u00e9rit\u00e9 ne signifie rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici donc ce qu\u2019il en est du livre, lieu de la vie du myst\u00e8re se conservant dans la parole :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-text-align-center\"><blockquote><p>\u00c9crire \u2013<br>L\u2019encrier, cristal comme une conscience, avec goutte, au fond, de t\u00e9n\u00e8bres relative \u00e0 ce que quelque chose soit : puis, \u00e9carte la lampe.<br>Tu remarqueras, on n\u2019\u00e9crit pas, lumineusement, sur champ obscur, l\u2019alphabet des astres, seul, ainsi s\u2019indique \u00e9bauch\u00e9 ou interrompu ; l\u2019homme poursuit noir sur blanc.<br>Ce pli de sombre dentelle, qui retient l\u2019infini, tiss\u00e9 par mille, chacun selon le fil ou prolongement ignor\u00e9 son secret, assemble des entrelacs distants o\u00f9 dort un luxe \u00e0 inventorier, stryge, n\u0153ud, feuillages et pr\u00e9senter.<br>Avec le rien de myst\u00e8re, indispensable, qui demeure, exprim\u00e9, quelque peu.<a href=\"#sdfootnote8sym\" id=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a> Note sur l&rsquo;auteur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Apr\u00e8s avoir obtenu une licence d\u2019esth\u00e9tique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne en 2019, Camille Herv\u00e9 a poursuivi ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris 8 Saint-Denis puis a achev\u00e9 son master d\u2019esth\u00e9tique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paul Val\u00e9ry de Montpellier. Apr\u00e8s avoir fait la rencontre de Monsieur Bernard Salignon et de Madame Fr\u00e9d\u00e9rique Malaval, elle a produit un m\u00e9moire de master portant sur la question de l\u2019esth\u00e9tique du vide en po\u00e9sie. Elle r\u00e9dige actuellement une th\u00e8se de doctorat visant \u00e0 remettre en question la distinction effectu\u00e9e par la m\u00e9taphysique traditionnelle entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction. Elle s\u2019appuie sur la m\u00e9thode de d\u00e9construction Heidegg\u00e9rienne et des travaux d\u2019auteurs tels que St\u00e9phane Mallarm\u00e9, Lewis Caroll, Samuel Beckett, Emily Dickinson ou Antonin Artaud.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a> Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>ARISTOTE, <em>M\u00e9taphysique<\/em>, Trad. Marie-Paul Duminil et Annick Jaulin, Flammarion, Paris, 2008<\/p>\n\n\n\n<p>BENOIT \u00c9ric, <em>Mallarm\u00e9 et le myst\u00e8re du \u00ab Livre \u00bb<\/em>, Honor\u00e9 Champion, Paris, 1998<\/p>\n\n\n\n<p>BENOIT \u00c9ric, <em>N\u00e9ant sonore : Mallarm\u00e9 ou la travers\u00e9e des paradoxes<\/em>, Droz, Gen\u00e8ve, 2007<\/p>\n\n\n\n<p>FREGE GOTTLOB, <em>\u00c9crits logiques et philosophiques<\/em>, Seuil, Paris, 1971<\/p>\n\n\n\n<p>G.W.F HEGEL, <em>Science de la logique<\/em>, Textes de 1812 et 1832, Traduction Bernard Bourgeois,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ditions Vrin, Paris, 2015<\/p>\n\n\n\n<p>G.W.F HEGEL, <em>Philosophie de la nature<\/em>, Presses universitaires de France, 1998<\/p>\n\n\n\n<p>G.W.F. HEGEL, <em>Philosophie de l\u2019esprit<\/em>, trad. Bernard Bourgeois, Vrin, Paris, 1988<\/p>\n\n\n\n<p>G.W.F HEGEL, <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019esprit<\/em>, Vrin, Paris, 1920<\/p>\n\n\n\n<p>HEIDEGGER Martin, <em>Questions I et II<\/em>, Gallimard, Paris, 1968<\/p>\n\n\n\n<p>HEIDEGGER Martin, <em>Acheminement vers la parole<\/em>, premi\u00e8re parution en 1959 dans les \u00e9ditions Verlag G\u00fcnter Neske, Pfullingen et en 1976 chez Gallimard, Paris pour l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise<\/p>\n\n\n\n<p>Heidegger Martin, <em>Parm\u00e9nide<\/em>, Gallimard, Paris, 1992<\/p>\n\n\n\n<p>HEIDEGGER Martin, <em>Essais et conf\u00e9rences<\/em>, trad. Andr\u00e9 Pr\u00e9au, Gallimard, Paris, 1958<\/p>\n\n\n\n<p>HEIDEGGER Martin, <em>Qu\u2019appelle-t-on penser&nbsp;?<\/em> Cours profess\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Fribourg-en-Brisgau, 1951-1952, trad.Aloys Becker et G\u00e9rard Granel, Presses universitaires de France, Paris, 1967<\/p>\n\n\n\n<p>HEIDEGGER Martin, <em>\u00catre et temps<\/em>, Annales de philosophie et de recherche ph\u00e9nom\u00e9nologique, Halle, 1927 pour la premi\u00e8re \u00e9dition, trad. Emmanuel Martineau, Edition num\u00e9rique hors-commerce, 1985<\/p>\n\n\n\n<p>JAULIN Annick, <em>Eidos et Ousia<\/em>, Classiques Garnier, Paris, 2015<\/p>\n\n\n\n<p>MALLARM\u00c9 St\u00e9phane, <em>\u00ab Correspondance \u00bb<\/em>, St\u00e9phane Mallarm\u00e9, sous la direction de Laupin Patrick, \u00c9ditions Seghers, 2004<\/p>\n\n\n\n<p>MALLARM\u00c9 St\u00e9phane, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, Gallimard, Paris, 1945<\/p>\n\n\n\n<p>WITTGENSTEIN Ludwig, <em>Tractatus logico-philosophicus<\/em>, Gallimard, Paris, 1922<\/p>\n\n\n\n<p>WITTGENSTEIN Ludwig, <em>Recherches philosophiques<\/em>, Gallimard, Paris, 2004<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote1anc\" id=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Op. cit, p.88<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote2anc\" id=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> Hegel G.W.F, <em>Encyclop\u00e9die<\/em><em>des<\/em><em>sciences<\/em><em>philosophiques,<\/em><em>III,<\/em><em>Philosophie<\/em><em>de<\/em><em>l\u2019esprit,<\/em>trad. Bernard Bourgeois, Editions Vrin, Paris, 1988<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote3anc\" id=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Ludwig Wittgenstein, <em>Tractatus logico-philosophicus, <\/em>pour la traduction Fran\u00e7aise<em>, <\/em>Gallimard, Paris, 1993, proposition 7, p.112.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote4anc\" id=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> Heidegger Martin, <em>Questions<\/em><em>I<\/em><em>et<\/em><em>II<\/em>, Gallimard, Paris, 1968, p.30<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote5anc\" id=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> Mallarm\u00e9, St\u00e9phane, <em>\u00ab<\/em><em>Correspondance<\/em><em>\u00bb,<\/em> St\u00e9phane Mallarm\u00e9, sous la direction de Laupin Patrick, \u00c9ditions Seghers, 2004, pp. 227-242.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote6anc\" id=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> Mallarm\u00e9 St\u00e9phane, <em>\u0152uvres<\/em><em>compl\u00e8tes,<\/em><em>Variations<\/em><em>sur<\/em><em>un<\/em><em>sujet,<\/em><em>Conflit<\/em>, biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, Gallimard, Paris, 1945, p.368<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote7anc\" id=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> Mallarm\u00e9 St\u00e9phane, <em>\u0152uvres<\/em><em>compl\u00e8tes,<\/em><em>Variations<\/em><em>sur<\/em><em>un<\/em><em>sujet,<\/em><em>Crise<\/em><em>de<\/em><em>vers,<\/em>biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, Gallimard, Paris, 1945, p.364<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote8anc\" id=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> Mallarm\u00e9 St\u00e9phane , <em>\u0152uvres<\/em><em>compl\u00e8tes,<\/em><em>Variations<\/em><em>sur<\/em><em>un<\/em><em>sujet,<\/em><em> \u201c<\/em><em>Quant<\/em><em>au<\/em><em>livre\u201d,<\/em>biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, Gallimard, Paris, 1945, p.370<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 lire en pdf \u00c0 lire sur le site Penser le m\u00e9ta de la m\u00e9taphysique serait-il en penser le mouvement\u00a0? Il nous semble dans cet article de Camille Herv\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit de nourrir une proximit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre par la pens\u00e9e qui vise quelque chose d&rsquo;aussi \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb, initial, absolu, en somme, mais qui involue et \u00e9volue [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[180],"tags":[219,215,207,216,217,31,220,218],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8FFEZ-ou","jetpack-related-posts":[{"id":1531,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/lesprit-metaphysique-de-raymond-ruyer-habib-bardi\/","url_meta":{"origin":1518,"position":0},"title":"L\u2019esprit m\u00e9taphysique de Raymond Ruyer \u2014 Habib Bardi","author":"Administrateur","date":"30 septembre 2024","format":false,"excerpt":"\u00c0 lire en PDF Article en PDF Ou sur le site Table des mati\u00e8res Le structuralisme pur de l\u2019Esquisse d\u2019une philosophie de la structure\u00a0(1930) La conception de la conscience dans la premi\u00e8re philosophie de Ruyer Le quantum d\u2019action : l\u2019envers du d\u00e9cor L\u2019embryologie et la d\u00e9couverte du trans-spatial\u00a0: le travers\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Meta&quot;","block_context":{"text":"Meta","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/meta\/"},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":1537,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/quest-ce-que-la-metapsychologie-bernard-salignon\/","url_meta":{"origin":1518,"position":1},"title":"Qu&rsquo;est-ce que la M\u00e9tapsychologie ? \u2014 Bernard Salignon","author":"Administrateur","date":"30 septembre 2024","format":false,"excerpt":"\u00c0 lire en pdf Article en PDF Ou sur le site D'abord paru dans la revue du Centre d'\u00e9tudes freudiennes Dires, dont Esquisses est un prolongement, l'int\u00e9r\u00eat de cet article est de montrer \u00e0 quel point une approche a le pouvoir de renouveler la question de l'\u00eatre de l'homme. 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