{"id":164,"date":"2016-02-27T00:41:44","date_gmt":"2016-02-26T23:41:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=164"},"modified":"2023-09-06T18:08:55","modified_gmt":"2023-09-06T17:08:55","slug":"la-presence-de-loeil-solaire-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-presence-de-loeil-solaire-2\/","title":{"rendered":"La pr\u00e9sence de l&rsquo;\u0153il solaire \u2014 Nathalie Schleif"},"content":{"rendered":"<h4><a href=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/La-pre%CC%81sence-de-l%E2%80%99%C5%93il-solaire-2.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Article sous format pdf: La pre\u0301sence de l\u2019\u0153il solaire<\/a><\/h4>\n<h1 style=\"text-align: center;\">La pr\u00e9sence de l\u2019\u0153il solaire &#8211;<\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\">de Nathalie Schleif<\/h2>\n<h2><a name=\"_Toc317242166\"><\/a><a name=\"_Toc317241566\"><\/a>Pr\u00e9ambule<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le po\u00e8me, ses figures, s\u2019ouvre \u00e0 nous comme une surface \u00e0 sa profondeur. Ce n\u2019est qu\u2019en traversant le po\u00e8me, et cela veut dire parvenir \u00e0 le quitter, que l\u2019on peut arriver non \u00e0 une interpr\u00e9tation, mais \u00e0 \u00eatre dans le lieu de celui qui \u00e9coute et tisse \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture le <em>lieu de l\u2019\u00e9coute<\/em> au sein de la <em>phantasia<\/em>. Il nous semble n\u00e9cessaire de rester dans un premier temps dans un langage figural pour sa fonction r\u00e9fl\u00e9chissante des figures du po\u00e8me apparaissant et disparaissant au regard au fur et \u00e0 mesure. Les figures comme m\u00e9taphores ne cachent donc pas un sens plus abstrait et complexe, mais sont le lieu-m\u00eame, le champ de nos analyses pour lesquelles les figures sont \u00e0 <em>traverser.<\/em> Comme phantasme, les figures sont investies par notre propre regard transcrit en \u00e9criture. Le lieu de la phantasia reste alors de l\u2019ordre de l\u2019intime et notre \u00e9criture est trace et r\u00e9flexion de ce qui ne peut \u00eatre donn\u00e9 imm\u00e9diatement. Elles impliquent donc un temps et un espace et plus pr\u00e9cis\u00e9ment une temporalit\u00e9 et un lieu intimes. Le pr\u00e9sent article se propose donc \u00e0 analyser le sens que donnent les figures de <em>Magnitudo parvi<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a> \u00e0 la contemplation du po\u00e8te et en cela le sens que prennent le temps et l\u2019espace au sein de la phantasia.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019objet que constitue la phantasia pour notre recherche est en m\u00eame temps notre moyen par lequel nous pouvons l\u2019\u00e9claircir. Il s\u2019agit \u00e0 la fois d\u2019un saisissement et d\u2019un d\u00e9saisissement de ce m\u00eame objet qui est une facult\u00e9 de la pens\u00e9e de par ses repr\u00e9sentations. Ainsi nous ne pourrions faire l\u2019impasse de la consid\u00e9rer \u00e0 la fois comme objet et moyen, imaginaire pensant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En po\u00e9sie, nous avons choisi le po\u00e8me <em>Magnitudo parvi<\/em> de Victor Hugo pour sa mise en lumi\u00e8re \u00e0 la fois po\u00e9tique et po\u00ef\u00e9tique de l\u2019\u00e9criture, de la mani\u00e8re dont se cr\u00e9e la cr\u00e9ation\u00a0; un regard port\u00e9 en miroir. Cette formule insuffisante entend ouvrir le champ du regard comme un lieu o\u00f9 non seulement se manifestent visuellement les ph\u00e9nom\u00e8nes, mais aussi &#8211; et dans cette \u00e9tude exclusivement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 cette seconde forme de manifestation &#8211; les phantasmes. \u00c9tymologiquement, ph\u00e9nom\u00e8ne et phantasme proviennent du m\u00eame radical <em>phao<\/em>, signifiant la clart\u00e9, la lumi\u00e8re. S\u2019il demeure impossible de faire voir un phantasme sans interm\u00e9diaire qui traduit, il n\u2019en est pas tout \u00e0 fait de m\u00eame pour le ph\u00e9nom\u00e8ne ayant son lieu et son espace dans un monde donn\u00e9 et partag\u00e9. Et pourtant les deux participent aux apparences du monde et ainsi \u00e0 notre rapport \u00e0 lui.<\/p>\n<h2><a name=\"_Toc317242167\"><\/a>Le centre et l\u2019infini<\/h2>\n<h3><a name=\"_Toc317242168\"><\/a><em>La terre<\/em><\/h3>\n<blockquote><p><em>La terre s\u2019inclinait comme un vaisseau qui sombre,<\/em><\/p>\n<p><em>En tournant dans l\u2019espace allait plongeant dans l\u2019ombre\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>La p\u00e2le nuit montait.<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le po\u00e8te est pris dans le mouvement de la terre qui le porte et l\u2019emporte dans son mouvement vacant, paradoxalement per\u00e7u par inversion du mouvement savamment rectifi\u00e9\u00a0: la terre tourne sur son axe propre et gravite autour du soleil, le soleil restant \u00e0 son point fixe, le contemplateur prend part au mouvement qu\u2019il ne per\u00e7oit pas, mais qui s\u2019effectue en de\u00e7\u00e0 de sa perception, ici, dans la parole transcrite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mouvement de la terre se joue non plus dans l\u2019espace ordonn\u00e9 de la terre, mais dans celui qui la contient comme son contraire, celui qui est trou\u00e9 de failles, de gouffres, d\u2019ab\u00eemes, un espace qui entra\u00eene le mouvement, le rythme, la chute ou l\u2019ascension\u00a0; la terre devient un corps mouvant dans la vacuit\u00e9 de l\u2019espace o\u00f9 rien ne repose que par le mot. Les vers pos\u00e9s sont l\u2019ancre se levant et \u00e9levant le lecteur au regardeur qui entrevoit la possibilit\u00e9 d\u2019un monde jamais saisi, jamais per\u00e7u, infini par son rayonnement qui est pure travers\u00e9e dans l\u2019ombre (ap)port\u00e9e par la nuit du po\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour mourant &#8211; la commune lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teint &#8211; et la nuit montant, le cr\u00e9puscule, l\u2019entre deux, r\u00e9veille le mouvement, la prise de l\u2019instant.<\/p>\n<blockquote><p><em>Mon \u00e2me, o\u00f9 se m\u00ealaient ces ombres et ces gloires,<\/em><\/p>\n<p><em>Sentait confus\u00e9ment\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>De tout cet oc\u00e9an, de toute cette terre,<\/em><\/p>\n<p><em>Sortir sous l\u2019\u0153il de Dieu je ne sais quoi d\u2019aust\u00e8re,<\/em><\/p>\n<p><em>D\u2019auguste et de charmant\u00a0!<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ombre surgit des distinctions\u00a0du jour effac\u00e9es ; la terre plong\u00e9e dans l\u2019ombre r\u00e9v\u00e8le les soleils \u00e9blouis durant la journ\u00e9e. \u00ab\u00a0L\u2019\u0153il de Dieu\u00a0\u00bb toujours pr\u00e9sent voit la mont\u00e9e de l\u2019ombre<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, ombre devenant le jour de la nuit du po\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Paupi\u00e8res baiss\u00e9es\u00a0\u00bb devant cette nuit de Dieu qui a laiss\u00e9 l\u2019\u00e9toile comme un appel par sa pr\u00e9sence lointaine. La nuit est ici double\u00a0: s\u00e9paration entre le po\u00e8te et le monde visible et r\u00e9-union entre le po\u00e8te et le monde invisible, la privation et n\u00e9gation de l\u2019impossibilit\u00e9 de rendre \u00e0 la lumi\u00e8re du jour l\u2019absence.<\/p>\n<blockquote><p><em>Je tenais par la main ma fille, enfant qui r\u00eave<\/em> <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mains jointes sont le geste de la pri\u00e8re, mot central avec lequel se termine le po\u00e8me et tout le chapitre \u00ab\u00a0Autrefois\u00a0\u00bb. Nous savons par la lecture des manuscrits que Hugo a contre-dat\u00e9 les po\u00e8mes des <em>Contemplations<\/em> afin de les agencer en deux p\u00f4les articul\u00e9s autour d\u2019une date pr\u00e9cise, d\u00e9cisive dans sa vie\u00a0: le 4 septembre 1843, date de la mort de sa fille L\u00e9opoldine et de son gendre. Cette date reste \u00e9crite sans aucun po\u00e8me qui lui est attribu\u00e9, elle reste vide comme le tombeau dont le cadavre manifeste l\u2019absence, lieu du silence, lieu du dire du po\u00e8te<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, ici tombeau vide. La pri\u00e8re prend \u00e0 cet \u00e9gard une place particuli\u00e8re dans tout le recueil, car elle est le \u00ab\u00a0pont\u00a0\u00bb entre l\u2019homme seul et \u00ab\u00a0l\u2019infini muet\u00a0\u00bb que Dieu habite<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, elle est la lumi\u00e8re qui traverse les t\u00e9n\u00e8bres, elle est consolatrice et porteuse des paroles du po\u00e8te qui s\u2019adressent aux \u00e9ternels absents dor\u00e9navant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Joindre ce jour \u00e0 la nuit, comme l\u2019obscurit\u00e9 de son ombre propre \u00e0 l\u2019\u00e9toile du berger dont la lumi\u00e8re ne jette pas d\u2019ombre<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, ou peu, mais appelle vers elle, appelle \u00e0 l\u2019\u00e9blouissement. Ainsi ce po\u00e8me articule la travers\u00e9e solitaire du po\u00e8te voyant le feu de p\u00e2tre et l\u2019\u00e9toile qui <em>s<\/em>\u2019\u00e9clairent par del\u00e0 la mer et sont aper\u00e7us et indiqu\u00e9s par la fille du po\u00e8te dans l\u2019\u00e9tonnement brisant son silence (<em>enfant qui r\u00eave\/Jeune esprit qui se tait<\/em>).<\/p>\n<blockquote><p><em>Et me montrant l\u2019eau sombre et la rive \u00e2pre et brune<\/em><\/p>\n<p><em>Deux points lumineux qui tremblaient sur la dune\u00a0:<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; P\u00e8re, dit-elle, vois,<\/em><\/p>\n<p><em>Vois donc, l\u00e0-bas, o\u00f9 l\u2019ombre aux flancs des coteaux rampe,<\/em><\/p>\n<p><em>Ces feux jumeaux briller comme une double lampe<\/em><\/p>\n<p><em>Qui remuerait au vent\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Quels sont ces deux foyers qu\u2019au loin la brume voile\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; L\u2019un est un feu de p\u00e2tre et l\u2019autre est une \u00e9toile.<\/em><\/p>\n<p><em>Deux mondes, mon enfant\u00a0!<\/em>\u00a0<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux deux lumi\u00e8res s\u2019approche le chant du po\u00e8te comme une contemplation s\u2019articulant en miroir<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Le mouvement cosmique tend vers les \u00e9toiles ou tient \u00e0 elles, fixes, autours desquelles le temps se d\u00e9roule par la gravitation des plan\u00e8tes, com\u00e8tes etc. Le contemplateur suit ce mouvement, s\u2019oublie pour cet instant en quittant son centre qui est la terre, espace du vivant. Le songe fun\u00e8bre qui est le regard que quitte la lumi\u00e8re du jour et ainsi les choses vues ici-bas, trouve son reflet ou est lui-m\u00eame reflet du <em>moment o\u00f9 <\/em>la nuit arrive. Les choses vues meurent en la nuit (<em>Quand il monte de l\u2019ombre, il tombe de la cendre<\/em>) et renaissent \u00e0 l\u2019aurore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le po\u00e8me <em>Magnitudo parvi<\/em> des \u00e9chos et des reflets se forment, se forgent par la qu\u00eate de l\u2019origine de la lumi\u00e8re. Ce qui interpelle les deux regardeurs, le po\u00e8te et sa fille, ce sont ces deux lumi\u00e8res situ\u00e9es \u00ab\u00a0sur la dune\u00a0\u00bb. S\u2019agit-il des reflets des deux lumi\u00e8res\u00a0? Ou alors l\u2019une se refl\u00e9tant dans l\u2019eau\u00a0? Pourquoi semblent-elles \u00eatre en mouvement, comme vacillantes\u00a0? \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 l\u2019ombre [\u2026] <em>rampe<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0comme une double lampe\u00a0qui <em>remuerait<\/em> au vent\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les points lumineux qui <em>tremblent<\/em> sur la dune\u00a0\u00bb. Les lumi\u00e8res vues sont entrevues, la brume les voile et la vision est elle-m\u00eame vacillante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Indiqu\u00e9 est le lieu o\u00f9 \u00ab\u00a0l\u2019ombre aux flancs des coteaux rampe\u00a0\u00bb, <em>l\u00e0-bas<\/em> en tout cas, deux lumi\u00e8res se pr\u00e9sentent aux yeux des regardeurs. L\u2019un est assign\u00e9 au p\u00e2tre, l\u2019autre \u00e0 l\u2019\u00e9toile. N\u2019oublions pas que les deux sont figures donc \u00e9chos redoubl\u00e9s dans la parole po\u00e9tique. Le po\u00e8te part donc dans ce qu\u2019il appelle les deux mondes, celui du p\u00e2tre et celui de l\u2019\u00e9toile qui est soleil, donc pure lumi\u00e8re, astre se consumant, \u00e9blouissant\u00a0; d\u00e9pourvu de son ombre propre, le soleil la produit uniquement pour ce qu\u2019il \u00e9claire \u00e0 la vue de celui qui voit. Or, le soleil \u00e9claire la terre, alors que l\u2019\u00e9toile \u00e9claire la nuit et les deux s\u2019\u00e9clairent eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La terre porteuse des contemplateurs &#8211; l\u2019un disant vers, l\u2019autre silencieux est plein d\u2019\u00e9tonnement &#8211; est le sol d\u2019\u00e9lancement, d\u00e9j\u00e0 en mouvement, qui se penche afin qu\u2019entrent les regardeurs dans le rythme cosmique allant avec le rythme de la parole (il est \u00e0 remarquer qu\u2019ici aussi il y a une figure du miroitement, du reflet). Rythme mis en branle par la gravitation comme le d\u00e9sir de joindre les lumi\u00e8res jumelles en allant de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre\u00a0; deux soleils s\u2019illuminant : les deux rendent leurs ombres \u00e0 l\u2019ombre, les deux donnent leurs lumi\u00e8res \u00e0 la lumi\u00e8re. Le cheminement a son d\u00e9but dans la vue de diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments ensuite articul\u00e9s en monde\u00a0: les deux lumi\u00e8res regard\u00e9es provoquent la mise en lumi\u00e8re par le regardeur-po\u00e8te, cr\u00e9ant entre ces deux feux l\u2019\u00e9claircissement de la travers\u00e9e joignant en figure ombre et lumi\u00e8re. Ce qui, au final, relie l\u2019astre au p\u00e2tre est le po\u00e8te qui dit les lumi\u00e8res silencieuses et emporte chaque regard acquies\u00e7ant au voyage-voyance donn\u00e9 \u00e0 regarder.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux feux \u00ab\u00a0comme une double lampe\u00a0\u00bb qu\u2019un souffle, le vent, mettrait en mouvement, en vacillement, afin que le po\u00e8me aille vers comme destination, destin et destin\u00e9e du contemplateur. Le feu se r\u00e9v\u00e8le pur mouvement par le souffle, car ne pouvant \u00eatre tenu, saisi, il est fr\u00f4l\u00e9, anim\u00e9, aliment\u00e9, pure \u00e9nergie transformatrice.<\/p>\n<h3><a name=\"_Toc317242169\"><\/a><em>L\u2019espace<\/em><\/h3>\n<blockquote><p>Deux mondes\u00a0! &#8211; L\u2019un est dans l\u2019espace,<\/p>\n<p><em>Dans les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019azur,<\/em><\/p>\n<p><em>Dans l\u2019\u00e9tendue o\u00f9 tout s\u2019efface,<\/em><\/p>\n<p><em>Radieux gouffre\u00a0! ab\u00eeme obscur\u00a0!<\/em><a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Si nous pouvions\u2026\u00a0\u00bb marque l\u2019exp\u00e9rience dans le mode du conditionnel au d\u00e9but de la partie II du po\u00e8me. Le d\u00e9sir de traverser l\u2019espace des astres \u00e9merge \u00e0 la vue de l\u2019\u00e9toile lointaine que r\u00e9v\u00e8le la nuit en son apparence d\u2019ombre \u00e9paisse et espa\u00e7ante. Le po\u00e8te d\u00e9sire montrer \u00e0 sa fille et voir lui-m\u00eame cette \u00e9toile en son essence\u00a0: en lumi\u00e8re pure engendrant l\u2019\u00e9blouissement retourn\u00e9 en travers\u00e9e de l\u2019espace. \u00ab\u00a0Dans l\u2019\u00e9tendue o\u00f9 tout s\u2019efface\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9toile se consume, les plan\u00e8tes gravitent, Rien n\u2019est fixe, Rien n\u2019est \u00e0 saisir\u00a0: apparaissent le gouffre radieux, l\u2019ab\u00eeme obscur comme la nuit, non Chaos qui lui reste en puissance comme \u00ab\u00a0\u00e9paisseur \/D\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation d\u00e9coule\u00a0\u00bb, en n\u00e9gation soutenant ce qui \u00e9merge en son sein.<\/p>\n<blockquote><p><em>Oh\u00a0! si tous deux, \u00e2mes fid\u00e8les,<\/em><\/p>\n<p><em>Nous pouvions fuir \u00e0 tire-d\u2019ailes<\/em><\/p>\n<p><em>Et plonger dans cette \u00e9paisseur<\/em><\/p>\n<p><em>D\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation d\u00e9coule,<\/em><\/p>\n<p><em>O\u00f9 flotte, vit, meurt, brille et roule<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019astre imperceptible \u00e0 la foule,<\/em><\/p>\n<p><em>Incommensurable au penseur<\/em> <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><strong>[12]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019astre, l\u2019\u00e9toile, est im<em>perceptible<\/em> \u00e0 ceux qui ne savent assumer la solitude de la contemplation et elle est in<em>commensurable<\/em> au penseur, car le po\u00e8te l\u2019approche diff\u00e9remment\u00a0: ni par l\u2019<em>aisthesis<\/em>, sensiblement, ni par la <em>noesis<\/em>, conceptuellement, mais par son regard phantasmant en une travers\u00e9e scand\u00e9e par la parole. L\u2019impossible voyage ne fixerait pas une image r\u00eav\u00e9e de cet astre, dans le sens commun de fantasme, mais le regard vise ce qui est en puissance dans le Cosmos, ce qui reste informe, sans figure.<\/p>\n<blockquote><p><em>Rien, pas de vision, pas de songe insens\u00e9,<\/em><\/p>\n<p><em>Qui ne f\u00fbt d\u00e9pass\u00e9 par ce spectacle \u00e9trange,<\/em><\/p>\n<p><em>Monde informe, et d\u2019un tel myst\u00e8re compos\u00e9,<\/em><\/p>\n<p><em>Que son rayon fondrait nos chairs, cire vivante,<\/em><\/p>\n<p><em>Et qu\u2019il ne resterait de nous dans l\u2019\u00e9pouvante<\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019un regard \u00e9bloui sous un front h\u00e9riss\u00e9\u00a0<\/em>!<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le \u00ab\u00a0monde informe et d\u2019un tel myst\u00e8re compos\u00e9\u00a0\u00bb comme figure paradoxale de ce qui n\u2019appara\u00eet pas, mais agit dans ce qui appara\u00eet\u00a0: la chair, mall\u00e9able mati\u00e8re n\u2019est plus con<em>tenue<\/em> par sa forme, mais elle est remise en mouvement par la mort ou plut\u00f4t la mort phantasm\u00e9e. Rien n\u2019est \u00e0 voir, la terre est quitt\u00e9e (<em>Si nous pouvions fuir notre centre<\/em>) et avec elle les formes stables et reconnaissables afin de s\u2019\u00e9lancer dans son contraire\u00a0: comment \u00e9clairer ce qui \u00e9claire\u00a0? Non en sa figure, mais en son mouvement \u00e9clairant qui rend visible la forme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard dans le po\u00e8me, mais dans la m\u00eame partie consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019espace, le po\u00e8te \u00e9voque l\u2019\u0153il crev\u00e9 regardant l\u2019ab\u00eeme, Rien n\u2019apparaissant de saisissable \u00e0 ce qui reste \u00e0 distance et c\u2019est bien la distance que le po\u00e8te diminue petit \u00e0 petit entre lui et l\u2019\u00e9toile. \u00ab\u00a0L\u2019\u0153il est crev\u00e9\u00a0\u00bb, car il doit regarder sans rien voir<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, et c\u2019est cela la contemplation\u00a0: une fois l\u2019objet dessaisi, l\u2019irrepr\u00e9sentable puissance cr\u00e9atrice agit dans le contemplateur. Dans cette deuxi\u00e8me partie du po\u00e8me, le contemplateur fait face au gouffre de l\u2019espace comme \u00e0 un miroir noir o\u00f9 s\u2019engouffre le regard dans sa propre lumi\u00e8re.<\/p>\n<blockquote><p><em>Nous dirions\u00a0: Qu\u2019\u00eates-vous, t\u00e9n\u00e8bres\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>Ils diraient\u00a0: D\u2019o\u00f9 venez vous, nuit\u00a0?<\/em> <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><strong>[15]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il provient et vient de l\u2019irrepr\u00e9sentable, ce point aveugle qu\u2019est le regard \u00e0 lui-m\u00eame. Le po\u00e8te, l\u2019humain connaissant la nuit en son point intime donne sa parole \u00e0 la lumi\u00e8re de la mesure, de la figure, mais ne pourra jamais donner sa puissance chaotique qui l\u2019anime et cela veut dire\u00a0: mourant avec sa vie. Cette puissance est impartageable &#8211; \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la foule qui s\u2019entend par des repr\u00e9sentations entendues comme communes &#8211; car elle renvoie chacun \u00e0 sa propre solitude et ne peut se signifier au sens propre que par le paradoxe de la signification qui implique une barri\u00e8re, un saut et une fracture entre le signifi\u00e9 et le signifiant. Ici nous sommes face \u00e0 un signifiant appelant ce qu\u2019il indique en lui pr\u00eatant figure paradoxale, inimaginable et, sans pouvoir lui donner une repr\u00e9sentation partageable, il se tient \u00e0 distance au sein m\u00eame du langage, mais l\u2019appelle en ab\u00eeme en chacun de nous. \u00c0 ce propos, Agamben, en prenant l\u2019exemple du sphinx, rapproche le paradoxe de la pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019\u00e9nigme\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le propos du Sphinx n\u2019\u00e9tait pas simplement un signifi\u00e9 cach\u00e9 et voil\u00e9 derri\u00e8re un signifiant \u00a0\u00bb\u00a0\u00e9nigmatique\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: dans son dire, la fracture originelle de la pr\u00e9sence \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9e par le paradoxe d\u2019une parole qui se rapproche de son objet en se tenant ind\u00e9finiment \u00e0 distance. L\u2019<em>ainos<\/em> de l\u2019<em>ainigma <\/em>n\u2019est pas simplement obscurit\u00e9, mais un mode plus originel du dire.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a ici un \u00ab\u00a0rapport \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tant\u00a0\u00bb qui se manifeste et s\u2019entretient \u00e0 travers le dire po\u00e9tique qui a cela de commun avec l\u2019\u00e9nigme. \u00ab\u00a0En elles [les \u00e9nigmes archa\u00efques] le signifi\u00e9 ne devait pas pr\u00e9exister \u00e0 la formulation\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a> aussi peu que l\u2019on pourrait dire que Dieu ou le manque pr\u00e9existe au cri. Il n\u2019est pas question de d\u00e9terminer une existence divine, de d\u00e9terminer un encha\u00eenement temporel, mais de comprendre que le dire, s\u2019originant ici de la tombe, s\u2019entretient avec l\u2019outre-tombe et ne peut le tenir qu\u2019\u00e0 travers une distance \u00e0 parcourir, ici le dire po\u00e9tique espace. En m\u00eame temps se repousse l\u2019ineffable, comme les contours d\u2019une ombre ne sont saisissables que par le regard, jamais par le toucher o\u00f9 la main deviendrait support de l\u2019ombre (ce qui est senti est le froid, non le contour, \u00ab\u00a0l\u2019ombre ou Dieu seul entre\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>). Saisir en d\u00e9saisissant veut dire que les repr\u00e9sentations de l\u2019esprit ne sont jamais fixes et que l\u2019a\u00eetre ou le lieu phantasmatique o\u00f9 elles se manifestent est un ouvert, ouvert \u00e0 l\u2019appara\u00eetre et au dispara\u00eetre. Le N\u00e9ant n\u2019existe pas pour Hugo. La pr\u00e9sence n\u2019existe dans un pass\u00e9 archa\u00efque qu\u2019\u00e0 travers le pr\u00e9sent instant qui la pr\u00e9suppose comme ayant-\u00e9t\u00e9-pr\u00e9sente, donc comme n\u00e9gation de son pr\u00e9sent \u00e0 pr\u00e9sent, mais an\u00e9anti avec l\u2019instant qui passe. Ainsi s\u2019articule le paradoxe de la pr\u00e9sence dans lequel pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur s\u2019articulent en m\u00eame temps. Paradoxe que nous allons plus tard rapprocher de l\u2019<em>Ai\u00f4n<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaos est puissance cr\u00e9atrice oppos\u00e9e \u00e0 certains \u00e9gards \u00e0 Ga\u00efa, car la terre a une forme, elle est assise, sol, tangible et repr\u00e9sentable, or la puissance cr\u00e9atrice, ses tr\u00e9fonds comme racines dans Chaos, ne le sont pas.<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a> Ce sont les t\u00e9n\u00e8bres, qui ne sont pas la nuit apparaissant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du jour, qui sont en jeu ici. Chaos serait la nuit indistincte, l\u2019ab\u00eeme illimit\u00e9e, le gouffre sans fond, \u00ab\u00a0l\u2019ab\u00eeme qui n\u2019a pas de rivage\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, etc.\u00a0; autant de repr\u00e9sentations paradoxales ne pouvant qu\u2019indiquer la puissance cr\u00e9atrice qui n\u2019appara\u00eet jamais, qui est la part cach\u00e9e, mais g\u00e9n\u00e9ratrice de ce qui appara\u00eet et se montre ainsi cach\u00e9e. M\u00eame le mot Chaos en est une repr\u00e9sentation trop cern\u00e9e.<\/p>\n<blockquote><p><em>Hors de la terre il est l\u2019innomm\u00e9.<\/em><a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois la terre quitt\u00e9e, ce qui \u00e9merge de l\u2019espace t\u00e9n\u00e9breux est un encha\u00eenement d\u2019apparences en m\u00e9tamorphose chim\u00e9rique\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>Ce qu\u2019on prend pour un mont est une hydre\u00a0; ces arbres<\/em><\/p>\n<p><em>Sont des b\u00eates\u00a0; ces rocs hurlent avec fureur\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Le feu chante\u00a0; le sang coule aux veines des marbres.<\/em><\/p>\n<p><em>Ce monde est-il le vrai\u00a0? le notre est-il erreur\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>O possibles qui sont pour nous des impossibles\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>R\u00e9verb\u00e9rations des chim\u00e8res visibles\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Le baiser de la vie ici nous fait horreur.<\/em>\u00a0<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\"><strong>[22]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette volont\u00e9 apotropa\u00efque, d\u2019attirer l\u2019effroyable pour le tenir \u00e0 distance, l\u2019assumer, fait vaciller les apparences du monde terrestre en les opposant \u00e0 un monde chim\u00e9rique. Or, l\u2019effroyable n\u2019est pas tenu longtemps \u00e0 distance, il est comme d\u00e9fi\u00e9, le danger de mort qui sort de l\u2019ab\u00eeme est m\u00eame vaincu par l\u2019inversion qui consiste en ce que la vie devient le point d\u2019horreur, non plus la mort. Le po\u00e8te va au-del\u00e0 d\u2019une volont\u00e9 apotropa\u00efque, car il traverse l\u2019effroyable pour atteindre les tr\u00e9fonds, le dire po\u00e9tique se rapproche du dire du sphinx, car il indique l\u2019ineffable de son lieu-m\u00eame, comme l\u2019\u00e9nigme appelle la r\u00e9ponse qu\u2019elle indique mais ne pr\u00e9suppose pas. Ce qui se manifeste, et devient ainsi monde, est <em>vrai<\/em><a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a> (une parole vraie au sens de <em>muthos<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\"><strong>[24]<\/strong><\/a><\/em>), car travers\u00e9, craint, d\u00e9fi\u00e9 et surtout apparaissant \u00e0 la lumi\u00e8re du regard. C\u2019est un cauchemar sans soulagement du r\u00e9veil, car la nuit revient et avec elle l\u2019absence sous-jacente au jour et la pr\u00e9sence sous-jacente \u00e0 la nuit. La puissance cr\u00e9atrice de la vie terrestre est assimil\u00e9e \u00e0 celle de ce qui est toujours Mort, inapparent, qui n\u2019a jamais v\u00e9cu, mais qui est rencontr\u00e9 dans l\u2019effroi face aux t\u00e9n\u00e8bres, s\u2019articulant en figures fantastiques bien distingu\u00e9es des \u00eatres terrestres, en ce qu\u2019elles d\u00e9ferlent comme des masques<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. Ce qui se rencontre<em>rait<\/em> (car l\u2019espace travers\u00e9 reste dans le mode du conditionnel) est un monde effroyable et un monde terrestre, se questionnant, effar\u00e9s, l\u2019un \u00e9tant monstre (du radical <em>monere\u00a0<\/em>: avertir, inspirer, \u00e9clairer) pour l\u2019autre\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>Et si nous pouvions voir les hommes,<\/em><\/p>\n<p><em>Les \u00e9bauches, les embryons,<\/em><\/p>\n<p><em>Qui sont l\u00e0 ce qu\u2019ailleurs nous sommes,<\/em><\/p>\n<p><em>Comme, eux et nous, nous fr\u00e9mirions\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Rencontre inexprimable et sombre\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Nous nous regarderions dans l\u2019ombre<\/em><\/p>\n<p><em>De monstre \u00e0 monstre, fils du nombre<\/em><\/p>\n<p><em>Et du temps qui s\u2019\u00e9vanouit\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Et si nos langages fun\u00e8bres<\/em><\/p>\n<p><em>Pouvaient \u00e9changer leurs alg\u00e8bres,<\/em><\/p>\n<p><em>Nous dirions\u00a0: Qu\u2019\u00eates-vous, t\u00e9n\u00e8bres\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>Ils diraient\u00a0: D\u2019o\u00f9 venez-vous, nuit\u00a0?<\/em> <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\"><strong>[26]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La qu\u00eate vise l\u2019origine de la lumi\u00e8re, en quittant celle qui \u00e9claire les vivants (soleil) pour aller vers celle qui \u00e9claire les phant\u00f4mes (phantasia, un soleil inverse, chaos). L\u2019apparence, l\u2019\u00e9toile, devient phantasme de nuit au lieu \u00e9clair\u00e9 par la lumi\u00e8re phantasmatique. Comment d\u00e9finir ce lieu\u00a0? L\u2019\u00e9toile montre par sa lumi\u00e8re et ne se montre qu\u2019ainsi. <em>Elle \u00e9mane<\/em> de la lumi\u00e8re, ce qui la rend visible, et <em>elle \u00e9mane<\/em> de l\u2019\u00e9clairement ou plut\u00f4t de l\u2019illumination, ce qui la rend regardable &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire image sens\u00e9e\u00a0&#8211; et rend l\u2019\u0153il regardant. Comment parler de ce qui sans cesse se retire, tombe, appara\u00eet (en tant qu\u2019\u00e9toile ou gouffre) et dispara\u00eet (derri\u00e8re la figure qui appara\u00eet) sous le regard port\u00e9, lui, constant\u00a0en sa pr\u00e9sence \u00e0 <em>je<\/em>\u00a0? La dualit\u00e9 entre le regard\u00e9 et le regardant persiste, m\u00eame lorsqu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019image \u00e0 voir, \u00e0 arr\u00eater, \u00e0 fixer\u00a0; persistant reste, dans l\u2019\u00e9lan de celui qui veut vivre m\u00eame dans la mort imagin\u00e9e, par-del\u00e0 le seuil du tr\u00e9pas phantasm\u00e9, un gouffre en proie de l\u2019\u00ab\u00a0ouragan de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, mouvement pur, rejouant les gravitations incessantes des sph\u00e8res aux traits humains. Abolir cette dualit\u00e9 est dans le <em>Songe<\/em> de Jean-Paul souffrance du manque qui a perdu sa raison d\u2019\u00eatre face aux paroles du Christ proclamant que Dieu \u00ab\u00a0n\u2019est personne\u00a0\u00bb. Ce songe mettant \u00e0 mal le d\u00e9sir de Dieu et se heurtant au N\u00e9ant an\u00e9antit sa raison d\u2019\u00eatre, se rattrape parce qu\u2019il est songe et reste donc possibilit\u00e9, point d\u2019horreur figur\u00e9.<\/p>\n<h3><a name=\"_Toc317242170\"><\/a><em>Excursus sur<\/em> Un Songe <em>de Jean-Paul<\/em><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit d\u2019un chapitre du roman <em>Siebenk\u00e4s<\/em> de Jean-Paul Richter publi\u00e9 en 1796. Nous le citons pour sa proximit\u00e9 figurale qu\u2019il entretient avec l\u2019inversion de la nuit montante devenant le jour du po\u00e8te chez Hugo. Ce lieu inaugure la rencontre avec l\u2019inconnu terrifiant \u00e0 qui est pr\u00eat\u00e9 un visage et auquel le songeur peut s\u2019\u00e9chapper. Le chapitre en question commence par le r\u00e9veil du songeur dans son songe, la cloche sonne onze heures. L\u2019inversion entre le lieu du r\u00eave, comme celui de la mort, et le lieu des vivants, \u00e9tablit la tension entre deux temps\u00a0: le temps qui s\u2019\u00e9coule, empli d\u2019activit\u00e9s, et le temps fig\u00e9, l\u2019instant de la mort incommensurable pour le vivant qui lui pr\u00eate une apparence pourtant <em>de son temps<\/em>. \u00c0 l\u2019inconnu song\u00e9 participe un temps \u00e9tranger, ouvert au commencement, \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition, la rupture, l\u2019interruption et la reprise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>Songe<\/em> commence avec le songeur qui se r\u00e9veille en m\u00eame temps qu\u2019un mort s\u2019\u00e9veille, s\u2019assoit devant lui et ouvre une paupi\u00e8re. Ce que le songeur voit alors est une cavit\u00e9 vide, vid\u00e9e, non un \u0153il crev\u00e9, mais un \u0153il absent qui s\u2019est, pourrait-on dire, absent\u00e9 \u00e0 jamais lorsque la mort est advenue. De m\u00eame que l\u2019emplacement du c\u0153ur dans la poitrine est vid\u00e9 et \u00e0 sa place se tient une plaie. Paradoxalement, la poitrine \u00ab\u00a0bat\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0tremble\u00a0\u00bb lorsque le mort se r\u00e9veille en ce monde des morts qui attend la venue de Dieu afin d\u2019emplir, assouvir son manque et consoler leur chagrin commun et partag\u00e9. J\u00e9sus arrive et annonce que Dieu, \u00ab\u00a0<em>ce <\/em>n\u2019est personne\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ombres demeurent en attente de Dieu\u00a0; <em>personne<\/em> ne jette les ombres que voit le songeur\u00a0; il fait face \u00e0 la d\u00e9tresse qui est attente de la d\u00e9livrance du manque. Cet \u00e9tat tient, comme derni\u00e8re instance, le monde sacr\u00e9 et en lui les orphelins de Dieu.<\/p>\n<blockquote><p><em>Nous sommes tous orphelins, moi et vous, nous sommes sans P\u00e8re.<\/em><a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\"><strong>[28]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Cette parole du Christ prononc\u00e9e, le monde nocturne sous ses pieds, soutenu par la montagne, s\u2019effondre dans le gouffre de l\u2019espace &#8211; en lui terre et soleil.<\/p>\n<blockquote><p><em>Tout l&rsquo;\u00e9difice du monde s&rsquo;ab\u00eema devant nous dans son immensit\u00e9 &#8211; et en-haut telle une c\u00eeme de l&rsquo;incommensurable nature, le Christ \u00e9tait debout, pench\u00e9, contemplant l\u2019\u00e9difice du monde transperc\u00e9 de milliers de soleils, une mine enfouie dans l&rsquo;\u00e9ternelle nuit, dans laquelle les soleils allaient comme des lumi\u00e8res mini\u00e8res, et les voies lact\u00e9es comme des veines d&rsquo;argent.<\/em><a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\"><strong>[29]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tenants du monde s\u2019effondrent sous les pieds du regardeur. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0: la terre et le soleil tombent, s\u2019enfoncent\u00a0; les soleils ne faisant plus sol ou point fixe, mais deviennent des trou\u00e9es dans l\u2019\u00e9difice du monde (<em>Weltgeb\u00e4ude<\/em>). Ce qui reste est la \u00ab\u00a0nature incommensurable\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0nuit \u00e9ternelle\u00a0\u00bb et l\u2019espace, ce dernier nourrissant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ruminante, incessamment. Les soleils deviennent donc au regard des trou\u00e9es \u00e9clairant la tombe vide de l\u2019univers, tombe dans laquelle tombe le regard \u00e9ternellement, jamais se reposant ou se comblant dans la fusion, en Dieu qui n\u2019est personne et toutefois demeure en ce manque.<\/p>\n<blockquote><p><em>L\u2019\u00e9difice du monde effondr\u00e9 ajour\u00e9 par mille soleils.<\/em><a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\"><strong>[30]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mille soleils percent l\u2019\u00e9difice du monde qui ainsi appara\u00eet bris\u00e9, avec des vides. Est-ce que le noir complet, la Nuit non-\u00e9clair\u00e9e demeure intacte\u00a0? Elle demeure Rien (limites ind\u00e9finissables), repos, in-dialectis\u00e9e. Terre et ciel (\u00e9clair\u00e9s par le soleil) trou\u00e9s, scand\u00e9s entre vide et plein. Ce qui demeure\u00a0: le regard et son assise comme seuls t\u00e9moins\u2026 Le Christ l\u00e8ve le regard et voit le N\u00e9ant, Rien, l\u2019irrepr\u00e9sentable, le ciel en tant que si\u00e8ge de Dieu n\u2019est plus, et parle en tant qu\u2019homme en son d\u00e9sespoir, souffrant de son manque originel n\u2019\u00e9tant d\u00e8s lors plus manque, car le d\u00e9sir vise un objet qui n\u2019est personne, qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 illusion. Il lui reste la col\u00e8re contre l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019\u00eatre n\u00e9 avec ce d\u00e9sir et en dernier la volont\u00e9 de mourir, mort qu\u2019il ne peut se donner\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>Si tout moi est son propre p\u00e8re et cr\u00e9ateur, pourquoi n\u2019est-il pas son propre ange-\u00e9trangleur\u00a0?<\/em><a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\"><strong>[31]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le songeur s\u2019\u00e9veille de ce r\u00eave avec soulagement, car la n\u00e9antisation de Dieu reste hypoth\u00e9tique, la croyance demeure possible. Pour Hugo, dans le po\u00e8me et surtout \u00e0 travers le po\u00e8me comme contemplation, la pr\u00e9sence de Dieu, donc l\u2019ineffable de la pr\u00e9sence de l\u2019homme, reste toujours \u00e0 traverser, tracer et \u00e9crire.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h2><a name=\"_Toc317242171\"><\/a>Le c\u0153ur d\u2019un homme<\/h2>\n<blockquote><p><em>Enfant\u00a0! l\u2019autre de ces deux mondes,<\/em><\/p>\n<p><em>C\u2019est le c\u0153ur d\u2019un homme.- Parfois,<\/em><\/p>\n<p><em>Comme une perle au fond des ondes,<\/em><\/p>\n<p><em>Dieu cache une \u00e2me au fond des bois.<\/em><a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<h3><a name=\"_Toc317242172\"><\/a><em>La demeure du p\u00e2tre<\/em><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s l\u2019\u00e9toile qui \u00e9claire la nuit de l\u2019espace, voil\u00e0 le feu qui \u00e9claire la nuit de l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Regardant, s\u2019approchant, traversant l\u2019espace du p\u00e2tre, le po\u00e8te dresse le portrait de cette figure en sa solitude, son \u00eatre au monde qui n\u2019est \u00e0 prime abord pas celui d\u2019un savant, mais d\u2019un \u00eatre au monde proche de l\u2019animal.<\/p>\n<blockquote><p><em>Il est devenu presque fauve<\/em><\/p>\n<p><em>Son b\u00e2ton est son seul appui\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>En le voyant, l\u2019homme se sauve,<\/em><\/p>\n<p><em>La b\u00eate seule vient \u00e0 lui<\/em>.<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\"><strong>[33]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le savoir n\u2019est pas un socle pour lui<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>, car son lien reste entre son corps et ce qui l\u2019\u00e9l\u00e8ve\u00a0: son corps s\u2019appuie sur le b\u00e2ton, son regard s\u2019\u00e9l\u00e8ve au ciel<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>.<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a> Il s\u2019agit d\u2019un homme pauvre, restant en retrait complet de la soci\u00e9t\u00e9, en isolement, vivant du strict n\u00e9cessaire, de ce que la nature lui donne. Il vit dans les \u00ab\u00a0d\u00e9combres\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la ruine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sous la brume et la bruine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dans l\u2019ombre enseveli\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u2019est un habitant de l\u2019oubli\u00a0\u00bb.<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a> Tant de traits antith\u00e9tiques \u00e0 la vie sociale, \u00e0 son progr\u00e8s mat\u00e9riel et aux traits identitaires gard\u00e9s par la m\u00e9moire\u00a0: ce c\u0153ur d\u2019homme reste anonyme, la part humaine qui ne porte pas de <em>nom<\/em>, l\u2019ineffable, Dieu en l\u2019homme. Le po\u00e8te brosse le portrait d\u2019<em>un<\/em> homme, <em>du c\u0153ur d\u2019un homme<\/em> plus pr\u00e9cis\u00e9ment qui est le peu, le plus d\u00e9pourvu, le plus petit, le <em>parvi<\/em> du po\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0Un esprit dans l\u2019immensit\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. Une immensit\u00e9 qui s\u2019explore, se traverse, elle n\u2019est pas l\u2019\u00e9quivalent de l\u2019infini d\u2019un regard au loin. L\u2019immensit\u00e9 indique des limites lointaines, ou repouss\u00e9e infiniment, une \u00ab\u00a0dilatation immense\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a> en mouvement avec le corps qui les explore et le c\u0153ur qui en est le noyau\u00a0; l\u2019immensit\u00e9 contient, elle est un vide, non le gouffre du n\u00e9ant qui meurt continuellement et ne fini pas de vider le regard qui s\u2019y perd. Ce c\u0153ur du p\u00e2tre est \u00e0 chercher dans son battement. L\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e2me aux cieux ravie\u00a0\u00bb tente de retrouver, de refaire corps avec son origine qu\u2019est le mouvement cr\u00e9ateur et ceci n\u00e9cessite le tr\u00e9pas, le voyage vers un lieu auquel personne d\u2019autre que le contemplateur a acc\u00e8s et \u00e0 son retour le po\u00e8me en garde la trace. Ainsi le p\u00e2tre, pr\u00eatre, pasteur &#8211; autant de m\u00e9tonymies dans les figures religieuses ou pa\u00efennes (Zoroastre) rendant ce c\u0153ur d\u2019autant plus anonyme\u00a0! &#8211; monte l\u2019\u00e9chelle de l\u2019ombre<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a> pour rejoindre la lumi\u00e8re non en sa figure<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>, mais en sa puissance illuminatrice, une lumi\u00e8re qui ne voit jamais son ombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les figures du po\u00e8te sont puis\u00e9es dans la religion, dans les mythes anciens et trouvent leur pendant dans des figures visibles et \u00e9l\u00e9mentaires de la nature\u00a0: les lieux, les territoires de peuples bibliques comme la Jud\u00e9e, la Chald\u00e9e se trouvent r\u00e9unis dans la figure du ciel (comme lieu de la travers\u00e9e).<\/p>\n<blockquote><p><em>Dans nos temps, o\u00f9 l\u2019aube enfin dore<\/em><\/p>\n<p><em>Les bords du terrestre ravin<\/em><a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">donne la figure du soleil levant comme \u00e9veil spirituel, le regard qui se tourne vers Dieu sans appartenance \u00e0 une religion pr\u00e9cise, mais le Dieu que l\u2019on soup\u00e7onne et ressent derri\u00e8re <em>les choses vues<\/em>. Le p\u00e2tre, le pasteur ou le berger, le pr\u00eatre ou le proph\u00e8te sont des figures<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a> m\u00e9tonymiques, des chiffres soulignant l\u2019anonymat de l\u2019homme que regarde le po\u00e8te qui le nomme aussi <em>\u00e9tranger<\/em><a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>.<\/p>\n<h3><a name=\"_Toc317242173\"><\/a><em>Des deux lumi\u00e8res<\/em><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contemplateur met en tension ce qui est <em>vu<\/em> et vers o\u00f9 l\u2019arr\u00eat sur le paysage m\u00e8ne. C\u2019est ici que commence le voyage du regard, visionnaire, et d\u00e9gage des figures de la pr\u00e9sence qu\u2019il ressent\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>Dans nos temps, o\u00f9 l\u2019aube enfin dore<\/em><\/p>\n<p><em>Les bords du terrestre ravin,<\/em><\/p>\n<p><em>Le r\u00eave humain s\u2019approche encore<\/em><\/p>\n<p><em>Plus pr\u00e8s de l\u2019id\u00e9al divin<\/em>.<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Du<\/em> pr\u00e9sent instant \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de ce qui fuit infiniment, repousse la limite infiniment, <em>dans<\/em> un mouvement qui va ou qui s\u2019enfonce dans la profondeur\u00a0; le paysage se manifeste devant l\u2019\u0153il dans un mouvement d\u00e9termin\u00e9, comme r\u00e9gi par un sens que cherche le regard. Cependant, ce dernier est happ\u00e9 par un mouvement <em>ok\u00e9anique<\/em> qui n\u2019en finit pas de frayer son chemin<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. Jean Gaudon met l\u2019accent sur le verbe <em>pencher <\/em>dans l\u2019\u0153uvre de Hugo\u00a0: \u00ab\u00a0Tout se passe comme si le verbe pencher, dans la mesure o\u00f9 il repr\u00e9sente une d\u00e9viation par rapport \u00e0 l\u2019axe vertical, contenait en lui toutes les virtualit\u00e9s de chute, tous les risques du vertige, toutes les promesses d\u2019une gravitation fatale.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a> Il n\u2019est donc pas question d\u2019\u00e9tablir quelconque m\u00e9taphysique sur ce que le po\u00e8te n\u2019arrive pas \u00e0 saisir, mais de regarder, contempler, retracer incessamment avec la puissance en acte, la cr\u00e9ation que le po\u00e8te met en branle\u00a0; il n\u2019\u00e9tablit pas de th\u00e9orie, mais une figure du regard phantasmatique (ce regard qui produit sa propre lumi\u00e8re).<\/p>\n<blockquote><p><em>L\u2019homme, que la brume enveloppe,<\/em><\/p>\n<p><em>Dans le ciel que J\u00e9sus ouvrit,<\/em><\/p>\n<p><em>Comme \u00e0 travers un t\u00e9lescope<\/em><\/p>\n<p><em>Regarde \u00e0 travers son esprit<\/em>.<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce qui est \u00e9clair\u00e9\u00a0? L\u2019apparence spectrale des perceptions de la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9clairement lui-m\u00eame, et ainsi l\u2019\u00eatre toujours fuyant qui m\u00eame, et heureusement, dans le gouffre ne trouve pas son appara\u00eetre, toutefois le regard y trouve le paroxysme de ce qui peut \u00eatre \u00e9clair\u00e9, l\u2019invisible, le pur mouvement qui aspire le regard, produit le vertige et met en mouvement ou p\u00e9trifie. Contempler est donc suivre, suivre ce qui fuit infiniment dans une ombre qui gagne en \u00e9paisseur et ainsi en <em>espace<\/em> dans laquelle la distance, la travers\u00e9e et la lumi\u00e8re sont possibles. D\u00e8s lors, l\u2019assise visuelle bascule en un gouffre vertigineux qui au d\u00e9but est l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0urne\u00a0\u00bb vue \u00ab\u00a0d\u2019en haut\u00a0\u00bb d\u00e9notant une inversion des positions du ciel et de la terre et met l\u2019accent sur le geste de se pencher (v. aussi\u00a0: <em>L\u2019\u00e2me est au cercueil penchante<\/em><a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a>). Le po\u00e8te ne s\u2019arr\u00eate jamais dans l\u2019espace, \u00e0 l\u2019instar du berger, il grandit au ciel, d\u00e9passe la limite de l\u2019horizon vu, qui d\u00e9finit un seuil, et le suit dans son mouvement qui n\u2019est plus ligne mais <em>tracer<\/em>.<\/p>\n<blockquote><p><em>Dans le d\u00e9sert, l\u2019esprit qui pense<\/em><\/p>\n<p><em>Subit par degr\u00e9s sous les cieux<\/em><\/p>\n<p><em>La dilatation immense<\/em><\/p>\n<p><em>De l\u2019infini myst\u00e9rieux.<\/em><\/p>\n<p><em>Il plonge au fond. [\u2026]<\/em><\/p>\n<p><em>Sans qu\u2019il s\u2019en doute, il va, se dompte,<\/em><\/p>\n<p><em>Marche, et, grandissant en raison,<\/em><\/p>\n<p><em>Cro\u00eet comme l\u2019herbe aux champs, et monte<\/em><\/p>\n<p><em>Comme l\u2019aurore \u00e0 l\u2019horizon.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p><em>Il voit, il adore, il s\u2019effare<\/em><a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019aurore du regard monte dans la nuit\u00a0; des vers qui nous font remarquer une certaine familiarit\u00e9 avec ceux-l\u00e0, tir\u00e9s du po\u00e8me <em>Insomnie <\/em>o\u00f9 l\u2019horizon se fait jour en plein milieu de la nuit :<\/p>\n<blockquote><p><em>Dans ces grands horizons subitement rouverts,<\/em><\/p>\n<p><em>Il faut de strophe en strophe, il faut de vers en vers<\/em><\/p>\n<p><em>S\u2019en aller devant soi, pensif, ivre de l\u2019ombre<\/em><a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces derniers vers, la r\u00e9f\u00e9rence faite \u00e0 l\u2019\u00e9criture qui d\u00e9coule de la contemplation est explicite. Il s\u2019agit toujours d\u2019un aller vers un inconnu qui semble pr\u00e9c\u00e9der le po\u00e8te, et se mire en lui comme H\u00e9siode au d\u00e9but de sa Th\u00e9ogonie parle de lui-m\u00eame en la troisi\u00e8me personne comme p\u00e2tre qui, par le dire d\u2019un temps imm\u00e9morial, le temps archa\u00efque, devient po\u00e8te. Son \u00eatre incarne des figures diff\u00e9rentes en des formes de temps diff\u00e9rents, <em>Ka\u00efros<\/em>, l\u2019instant o\u00f9 les Muses l\u2019inspirent, et <em>Ai\u00f4n<\/em>, temps primordial qu\u2019il traverse.<\/p>\n<blockquote><p><em>La solitude fait le jour.<\/em><\/p>\n<p><em>Le d\u00e9sert au ciel nous convie.<\/em><\/p>\n<p><em>O seuil de l\u2019azur\u00a0! l\u2019homme seul,<\/em><\/p>\n<p><em>Vivant qui voit hors de la vie,<\/em><\/p>\n<p><em>d\u2019avance son linceul.<\/em><a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mourir \u00e0 sa vie par le regard (<em>Il se dit\u00a0: -Mourir, c\u2019est conna\u00eetre<\/em><a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>) s\u2019apparente \u00e0 de nombreux po\u00e8mes o\u00f9 le regard contemple, notamment dans <em>L\u2019infinito<\/em> de Giacomo Leopardi o\u00f9 le naufrage dit la fin d\u2019un \u00eatre-ici-pr\u00e9sent et dit en m\u00eame temps l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ressentie, unique saison, la mer, le feuillage ne disent que silence et appellent \u00e0 l\u2019unit\u00e9 retrouv\u00e9e par la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette solitude se fait chez Hugo par l\u2019appel d\u2019un autre, le grand Autre, Dieu, l\u2019ange en est un indice, un guide, un fant\u00f4me interm\u00e9diaire. Alors que le po\u00e8te se fond dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 chez Leopardi, Hugo la traverse et la quitte.<\/p>\n<blockquote><p><em>Il est l\u2019\u00eatre cr\u00e9pusculaire.<\/em><\/p>\n<p><em>On a peur de l\u2019apercevoir\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>P\u00e2tre tant que le jour l\u2019\u00e9claire,<\/em><\/p>\n<p><em>Fant\u00f4me d\u00e8s que vient le soir.<\/em><a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dieu reste l\u2019ineffable pr\u00e9sence, constant appel du lointain<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>, nom vide et par l\u00e0 le vide du nom. Les figures bibliques et mythiques emprunt\u00e9es ne pr\u00f4nent ni une appartenance religieuse du po\u00e8te, ni une sup\u00e9riorit\u00e9 entre elles. La spiritualit\u00e9 de Hugo reste un cheminement solitaire et personnel dans sa po\u00e9sie.<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>Dieu\u00a0! cris sans but peut-\u00eatre, et nom vide et terrible\u00a0!\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Souhait que fait l\u2019esprit devant l\u2019inaccessible\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Invocation vaine aventur\u00e9e au fond<\/em><\/p>\n<p><em>Du pr\u00e9cipice aveugle o\u00f9 nos songes s\u2019en vont\u00a0!<\/em><a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi que se cr\u00e9e le chemin et le po\u00e8te chemine en voyageur, sa voie, et de mani\u00e8re impropre sa voyance o\u00f9 sa clart\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9clairant hier par demain\u00a0\u00bb par la trace de la parole (parall\u00e8lement au vers d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 o\u00f9 le po\u00e8te doit \u00ab\u00a0S\u2019en aller devant soi\u00a0\u00bb, figure que l\u2019on retrouve aussi chez Dante<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>) ; stanc\u00e9 est l\u2019instant(ce) du pas effectu\u00e9 (stance voulant dire demeure, place). L\u2019\u00e9toile n\u2019est pas le luxe<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>, ce qui brille par une autre lumi\u00e8re et qui est ainsi d\u00e9cal\u00e9e, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son origine lumineuse qui la fait appara\u00eetre. L\u2019\u00e9toile lointaine n\u2019\u00e9clairant ainsi pas, mais n\u2019\u00e9claire que soi-m\u00eame et rend compte de la viduit\u00e9 qui l\u2019entoure. C\u2019est ainsi que se d\u00e9finit <em>parvi<\/em>, le peu estim\u00e9, le plus d\u00e9pourvu, le plus pauvre, ramen\u00e9 \u00e0 son divin qui est chemin, instant, n\u2019apparaissant que lorsque le monde visible est plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 et renvoie ainsi vers l\u2019origine de la lumi\u00e8re. La diff\u00e9rence entre le soleil et l\u2019\u00e9toile (bien que les deux soient dans le langage astronomique la m\u00eame chose, des \u00e9toiles fixes) est que le soleil brille, produit un \u00e9clat ou une brillance sur les choses de la terre comme un \u00e9cho de lui en ces choses. Alors que l\u2019\u00e9toile est seule \u00e0 s\u2019\u00e9clairer et ne produit pas d\u2019ombre projet\u00e9e, elle ne produit qu\u2019une lueur faible sur la terre. Quand la nuit enveloppe la terre, cette m\u00eame nuit fait ressortir les \u00e9toiles, toutes seules, reliant dans un seul espace le contemplateur sur terre et cet \u0153il solaire qu\u2019est l\u2019\u00e9toile. Car ce qui m\u00e8ne le po\u00e8te \u00e0 l\u2019\u00e9toile est la puissance du pas, de la mesure de cette travers\u00e9e qui fait rythme\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>Remuant dans l\u2019ombre et les brumes<\/em><\/p>\n<p><em>De sombres forces dans les cieux<\/em><\/p>\n<p><em>Qui font comme des bruits d\u2019enclumes<\/em><\/p>\n<p><em>Sons des marteaux myst\u00e9rieux <\/em><a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mesure\u00a0: l\u2019humain est celui qui donne le nombre, signe, figure \u00e0 l\u2019informe figure de l\u2019ombre, de l\u2019ab\u00eeme et de la brume indiquant paradoxalement en figure la puissance d\u2019o\u00f9 puise le po\u00e8te dans le pourtour de l\u2019\u00e9toile restant flou\u00a0: Chaos\u00a0; ceci est essentiel \u00e0 la figure de l\u2019ombre et de la brume (le brouillard et l\u2019onde sont de cette m\u00eame nature figurale) en ce qu\u2019elles forment le seuil entre la puissance du rythme et la figure accomplie en acte. Qu\u2019est-ce que l\u2019ombre, sinon une figure floue, le passage m\u00eame de l\u2019\u00e9criture advenante \u00e0 la saisie de l\u2019esprit conscientisant que l\u2019insaisissable lui est hors de port\u00e9e, mais lui apportant, comme son fond, l\u2019informe \u00e0 former\/se formant. L\u2019ombre est donc le seuil franchi du langage, figure apport\u00e9e par lui pour attester son passage.<\/p>\n<blockquote><p><em>Ils t\u00e2taient le ciel l\u2019un et l\u2019autre\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Et plus tard sous le feu divin,<\/em><\/p>\n<p><em>Du proph\u00e8te naquit l\u2019ap\u00f4tre<\/em><\/p>\n<p><em>Du p\u00e2tre naquit le devin.<\/em><\/p>\n<p><em>[\u2026]<\/em><\/p>\n<p><em>La nuit voyait, t\u00e9moin aust\u00e8re<\/em><\/p>\n<p><em>Se rencontrer sur les hauteurs,<\/em><\/p>\n<p><em>Face \u00e0 face dans le myst\u00e8re<\/em><\/p>\n<p><em>Les proph\u00e8tes et les pasteurs<\/em>.<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fracture entre terre et ciel se rend \u00e0 la noirceur de la nuit unifiante. \u00ab\u00a0La nuit voyait\u00a0\u00bb comme un fond qui t\u00e9moigne le tracer de ces figures touch\u00e9es par le divin, source, origine de toute chose, feu qui se meut, \u00e9claire, br\u00fble, mais tant qu\u2019il br\u00fble donne la constance de sa clart\u00e9, ininterrompue, ind\u00e9limitable, comme l\u2019instant. Ce qui l\u2019engendre et ce qui l\u2019engouffre, l\u2019\u00e9touffe, reste la puissance de l\u2019ombre, le non-\u00e9clair\u00e9 sans limite\u00a0: Chaos. La nuit r\u00e9v\u00e8le et se r\u00e9v\u00e8le par ce que le po\u00e8te regarde, or, le chaos, cette puissance par excellence, n\u2019existe pas dans sa forme, mais suscite l\u2019effondrement de la forme non \u00e9gale \u00e0 sa naissance, parce que la mort de la forme appelle son manque, sa trace, alors que son \u00eatre en puissance reste sans voix, sans voie, sans apparence, sans naissance, sans mort, \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<h3><a name=\"_Toc317242174\"><\/a><em>Th\u00e9ophanie invers\u00e9e\u00a0: de l\u2019homme se meut Dieu<\/em><\/h3>\n<blockquote><p><em>Et d\u00e9passant la cr\u00e9ature,<\/em><\/p>\n<p><em>Montant toujours, toujours accru,<\/em><\/p>\n<p><em>Il regarde tant la nature,<\/em><\/p>\n<p><em>Que la nature a disparu\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Car des effets allant aux causes,<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019\u0153il perce et franchit le miroir,<\/em><\/p>\n<p><em>Enfant\u00a0; et contempler les choses,<\/em><\/p>\n<p><em>C\u2019est finir par ne plus les voir.<\/em><\/p>\n<p><em>La mati\u00e8re tombe d\u00e9truite<\/em><\/p>\n<p><em>Devant l\u2019esprit aux yeux de lynx\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Voir, c\u2019est rejeter\u00a0; la poursuite<\/em><\/p>\n<p><em>De l\u2019\u00e9nigme est l\u2019oubli du sphinx.<\/em> <a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le p\u00e2tre franchit le seuil de ce qui est vu par la contemplation comme regard qui cesse de vouloir voir Dieu en une forme, le rendre intelligible. Il franchit le miroir, le perce et s\u2019affranchit de l\u2019image pour \u00eatre dans et par le mouvement cr\u00e9ateur qui l\u2019habite. Il ne peut y avoir d\u2019appartenance \u00e0 une religion \u00e9tablie entre humains, mais il y a une religion au premier sens dans un rapport impliquant une distance et donc une s\u00e9paration qui fait lien, \u00e0 r\u00e9tablir toujours \u00e0 nouveau, entre l\u2019homme solitaire, ind\u00e9pendant des dogmes eccl\u00e9siastes et discours th\u00e9ologiques, et ce qu\u2019il sent d\u2019ineffable face \u00e0 ce qui se manifeste \u00e0 ses sens.<\/p>\n<blockquote><p><em>Voir c\u2019est rejeter\u00a0; la poursuite<\/em><\/p>\n<p><em>De l\u2019\u00e9nigme est l\u2019oubli du sphinx.<\/em> <a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019oubli du sphinx, cet \u00eatre terrifiant et monstrueux, peut \u00eatre entendu de plusieurs mani\u00e8res. Tout d\u2019abord, ce vers est et reste une \u00e9nigme, fid\u00e8le en ce qu\u2019il \u00e9voque l\u2019\u00e9tranget\u00e9 et le monstrueux de la figure du sphinx. Dans la travers\u00e9e de l\u2019espace et l\u2019affrontement des chim\u00e8res qui \u00e9mergent dans l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019ombre, le contemplateur consent, donc ne se retire, ne fuit pas de l\u2019extr\u00eame \u00e9tranget\u00e9 qui advient lorsque l\u2019imaginaire quitte les choses vues de la terre. Il est dans le pur possible de ce qui paraissait impossible. C\u2019est alors que le contemplateur, le p\u00e2tre, oublie son \u00eatre dans le temps du pr\u00e9sent pour rejoindre son \u00eatre dans le temps de l\u2019<em>Ai\u00f4n<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>J\u2019\u00e9tais, je suis et je dois \u00eatre<\/em><a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\"><strong>[64]<\/strong><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9chelle qu\u2019il gravit dans l\u2019ombre et l\u2019oubli va du temps m\u00e9morial au temps imm\u00e9morial du pr\u00e9sent, puis \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019omnipr\u00e9sence de Dieu en toute chose, le bout infini dans le rapport entre le manifest\u00e9 et l\u2019immanent. Il n\u2019est alors pas question de r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme, donc d\u2019\u00eatre du c\u00f4t\u00e9 d\u2019\u0152dipe, mais de la poursuivre, allant, allant vers l\u2019\u00e9ternit\u00e9 comme \u00ab\u00a0la mer all\u00e9e avec le soleil\u00a0\u00bb -si nous pouvons nous permettre de citer Rimbaud ici dans sa vision de l\u2019\u00e9ternit\u00e9-, attraction qui demeure durant le jour, mais n\u00e9antis\u00e9e par l\u2019absence durant la nuit dont le po\u00e8te n\u2019en finit pas de s\u2019affranchir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dieu ne se manifeste pas de mani\u00e8re figurale, mais dans la puissance du mouvement mesur\u00e9, le rythme lequel permet de se tenir dans un espace o\u00f9 seul le mouvement (et ici du regard, de la voix qui envoient les figures) fait tenir l\u2019espace comme espace et le lieu du corps comme lieu, centre de cet espace. Ainsi de l\u2019homme se meut Dieu, non ne se manifeste, mouvement qui fait tenir le centre dans la viduit\u00e9 de l\u2019espace aux limites repouss\u00e9es. Lorsque l\u2019effet rejoint la cause, la cause en tant que telle dispara\u00eet aussit\u00f4t. Il reste le dire qui se compose \u00e0 l\u2019unisson et l\u2019\u00e9criture comme trace de la rupture et de l\u2019un en m\u00eame temps.<\/p>\n<h2><a name=\"_Toc317242175\"><\/a>Conclusion\u00a0: Voir et contempler<\/h2>\n<blockquote><p><em>Car, des effets allant aux causes<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019\u0153il perce et franchi le miroir,<\/em><\/p>\n<p><em>Enfant\u00a0; et contempler les choses,<\/em><\/p>\n<p><em>C\u2019est finir par ne plus les voir.<\/em><\/p>\n<p><em>La mati\u00e8re tombe d\u00e9truite<\/em><\/p>\n<p><em>Devant l\u2019esprit aux yeux de lynx\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Voir, c\u2019est rejeter\u00a0; la poursuite<\/em><\/p>\n<p><em>De l\u2019\u00e9nigme est l\u2019oubli du sphinx.<\/em> <a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voir est situer une chose dans l\u2019espace dans lequel <em>je<\/em> aussit\u00f4t <em>se<\/em> <em>positionne<\/em> par rapport \u00e0 ce qu\u2019il per\u00e7oit &#8211; et le regard proc\u00e8de ainsi, se situant par rapport \u00e0\u2026. Le plein et le vide scandent l\u2019espace de diaphane et de volume, s\u00e9parant et liant le regardeur avec ce qui l\u2019entoure. Le regardeur en devient le lieu corporant et ainsi espa\u00e7ant. Par lui se construit l\u2019image d\u2019une unit\u00e9 ouverte \u00e0 des possibles relations (spatiales, affectives, sensibles, etc.). En termes po\u00ef\u00e9tiques, le regard rythme l\u2019espace de son mouvement au sein de l\u2019espace. Nous nous posons ainsi la question de la dimension de l\u2019image comme espace \u00e0 parcourir qui aurait ses propres distances ou plut\u00f4t <em>mesures<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voir, en ce sens, est un processus d\u2019ordonnancement, de construction, d\u2019identification de soi par rapport aux choses vues (et g\u00e9n\u00e9ralement senties, mais pour l\u2019instant nous ne tenons compte que du sens visuel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voir est jeter en avant, en arri\u00e8re, autour de soi\u00a0; il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un acte de d\u00e9limitation et de s\u00e9paration comme \u00e9cart essentiel \u00e0 la relation\u00a0; acte spatialisant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voir stabilise l\u2019espace environnant du corps et fonde une assise imaginaire en ouvrant une possibilit\u00e9 de le traverser corporellement. On se projette dans un espace <em>travaill\u00e9<\/em> par la vue. Contempler est une toute autre chose, voire chose contraire. Ne plus voir les choses est par cons\u00e9quent en perdre leur signifiance, leur fonction espa\u00e7ante au premier degr\u00e9 (l\u2019espace concret, partag\u00e9), la distance vis-\u00e0-vis d\u2019elles, car soi-m\u00eame, le regardeur, ne se positionne plus dans cet espace en relation de ce qu\u2019autrui pourrait voir \u00e9galement. Son corps n\u2019est alors plus vu, il ne se mire pas, il ne peut plus faire image ni pour autrui ni pour soi en tant que corps. Voir devient alors sensation d\u2019un lieu int\u00e9rieur opacifi\u00e9 par la perte de l\u2019\u00e9l\u00e9ment espa\u00e7ant qu\u2019est le voir. Si contempler est ne plus voir les choses, au sens de percevoir, le contemplateur est aveugle parce qu\u2019il illumine <em>lui-m\u00eame <\/em>ce qu\u2019il regarde au lieu d\u2019\u00eatre spectateur de ce qui est illumin\u00e9 devant lui\u00a0; c\u2019est ainsi qu\u2019il est actif. Quitter l\u2019espace vu, partag\u00e9 -surtout \u00e0 l\u2019\u00e9gard du p\u00e8re qui parle \u00e0 sa fille<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a> o\u00f9 il y a un aspect fictif, mais vrai dans la parole adress\u00e9e \u00e0 sa fille-, afin de parcourir du regard l\u2019espace imp\u00e9n\u00e9trable de l\u2019univers, s\u2019assimile m\u00e9taphoriquement au tr\u00e9pas, selon le po\u00e8te. \u00ab\u00a0Ce livre doit \u00eatre lu comme on lirait le livre d\u2019un mort\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a> dit Hugo dans sa pr\u00e9face pr\u00eatant \u00e0 ses contemplations la figure du miroir d\u2019eau comme recueil d\u2019un v\u00e9cu de 25 ans. Dans le po\u00e8me \u00e0 la charni\u00e8re des <em>Contemplations<\/em><a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>, le po\u00e8te traverse ce qui reste invisible \u00e0 l\u2019\u0153il physique. L\u2019imagination de cet univers ouvre \u00e0 une travers\u00e9e entre deux formes de lumi\u00e8re<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>, celle du regard et celle de l\u2019\u00e9toile comme soleil qui \u00e9claire la nuit, l\u2019une \u00e9tant \u00e0 l\u2019image de l\u2019autre. Faire face \u00e0 la mort ici devient un d\u00e9passement de la <em>sid\u00e9ration<\/em><a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a>\u00a0: les \u00e9toiles provoquent un effet n\u00e9faste (du c\u00f4t\u00e9 \u00e9tymologique) dans les angoisses rencontr\u00e9es et donnent lieu \u00e0 un espace phantasmatique montr\u00e9 et d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019absente<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>. La contemplation cr\u00e9e un lieu de la mort ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de l\u2019angoisse de la mort de l\u2019autre o\u00f9 se retrouve aussi l\u2019angoisse de la mort de Dieu \u00e0 travers la figure de l\u2019\u0153il crev\u00e9\u00a0: \u0153il voyant la Cr\u00e9ation, mais ne pouvant voir son principe cr\u00e9ateur, immuablement pr\u00e9sent. Pr\u00e9sence sentie constamment, comme le souligne Philippe Lejeune<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a>, mais absente \u00e0 la saisie perceptive et intellectuelle. \u00c0 sa place \u00e9merge le gouffre noir infini ou son pendant microcosmique\u00a0: l\u2019orbite vide dans le cr\u00e2ne. Pour le po\u00e8te cette pr\u00e9sence se traduit en lumi\u00e8re \u00e9blouissante et \u00e9clairante m\u00eame quand elle est absorb\u00e9e, ab\u00eem\u00e9e dans les trous noirs. Elle est en puissance ce qui engendre le po\u00e8me\u00a0comme trace de la lumi\u00e8re du po\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019illuminateur est celui qui trace en s\u2019effa\u00e7ant en m\u00eame temps, comme l\u2019on peut percevoir un point lumineux sur le verso de notre paupi\u00e8re juste apr\u00e8s avoir regard\u00e9 le soleil. Ce soleil recr\u00e9\u00e9 ne reste qu\u2019un temps<a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a> de r\u00e9manence, la lumi\u00e8re s\u2019essouffle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u0153il solaire traverse de sa lumi\u00e8re, ne prenant garde \u00e0 l\u2019ombre cr\u00e9\u00e9e et chass\u00e9e qui se dissimule \u00e0 son regard. L\u2019ombre est indicateur du contact de la lumi\u00e8re avec l\u2019objet, l\u2019objet pr\u00e9sente un volume que la lumi\u00e8re informe \u00e9pouse en sa forme. De l\u00e0, de ce retour ou recueillement de sa lumi\u00e8re sur la surface, le regard observe son effet, mais non son action. L\u2019ombre compl\u00e8te, les t\u00e9n\u00e8bres, l\u2019absence de lumi\u00e8re est absence de contact entre le regard et l\u2019objet, ou une certaine face de l\u2019objet. Que reste-t-il \u00e0 voir lorsque l\u2019\u0153il solaire rencontre son semblable, l\u2019\u00e9toile ? Ce qui se forme est l\u2019\u00e9blouissement, l\u2019aveuglement, l\u2019informe par excellence, plus rien n\u2019est vu et la douleur reste seule \u00e0 \u00eatre per\u00e7ue. En aval de la br\u00fblure du regard est l\u2019espace travers\u00e9 et retranscrit en parole indiquant le lieu phantasmatique de cette travers\u00e9e qui ne rencontre pas de soleils \u00e9blouissants, mais leur contraire, si l\u2019on peut dire\u00a0: les gouffres, les ab\u00eemes o\u00f9 \u00ab\u00a0tout s\u2019efface\u00a0\u00bb, o\u00f9 le mouvement de naissance et de mort des \u00eatres \u00e9tranges qui habitent l\u2019espace se rejoue en po\u00e9sie ; l\u2019espace phantasm\u00e9 n\u2019a jamais exist\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9pass\u00e9 l\u2019\u00eatre phantasmant pour \u00eatre partag\u00e9 dans sa vision avec un autre regardeur, mais cet espace <em>a eu lieu<\/em> pour un seul regard exclusivement. Ce que le miroir d\u2019eau de Hugo montre comme figure regard\u00e9e reste \u00e0 jamais dans l\u2019intimit\u00e9 du regardeur. La phantasia \u00ab\u00a0en acte\u00a0\u00bb est exclusive et une exp\u00e9rience solitaire. L\u2019\u0153il contemplant<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a> devient un \u00e9metteur de lumi\u00e8re, physiquement impossible, mais po\u00e9tiquement en acte. Contempler est donc un voir, non dans le sens de la perception, mais dans sa dimension phantasmatique r\u00e9v\u00e9latrice du regard n\u00e9cessairement solitaire qui le porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette solitude est appel\u00e9e par une pr\u00e9sence qui l\u2019entoure, la traverse, existe par elle, en son centre qui se dissout dans la travers\u00e9e de l\u2019infini, comme le souligne Philippe Lejeune\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il suffit de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la nature de l\u2019infini, dont chaque point est le centre, pour voir l\u2019id\u00e9e m\u00eame de centre se dissoudre et perdre toute signification.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a> Signification est aussi \u00e0 entendre par son c\u00f4t\u00e9 identificatoire, les formes se m\u00e9tamorphosent en chim\u00e8res, s\u2019engouffrent comme si le contemplateur assistait \u00e0 leur mort, une mort sinon toujours cach\u00e9e, aussi subtile que le dernier souffle. L\u00e0 est entam\u00e9 l\u2019\u00e9blouissement, point de mort de toute forme et de tout regard afin de rena\u00eetre en l\u2019\u00e9mergence de ses figures.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Table des mati\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9ambule<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le centre et l\u2019infini<\/strong><\/p>\n<p><em>La terre<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019espace<\/em><\/p>\n<p><em>Excursus sur Un Songe de Jean-Paul<\/em><\/p>\n<p><strong>Le c\u0153ur d\u2019un homme<\/strong><\/p>\n<p><em>La demeure du p\u00e2tre<\/em><\/p>\n<p><em>Des deux lumi\u00e8res<\/em><\/p>\n<p><em>Th\u00e9ophanie invers\u00e9e\u00a0: de l\u2019homme se meut Dieu<\/em><\/p>\n<p><strong>Conclusion\u00a0: Voir et contempler<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Elles sont mises en lien avec d\u2019autres figures dans le m\u00eame recueil des <em>Contemplations<\/em>, mais aussi en lien avec le recueil <em>Dieu<\/em> qui au d\u00e9part devait faire partie des <em>Contemplations\u00a0<\/em>(v. Journet, Ren\u00e9 et Robert, Guy, \u00ab\u00a0Pourquoi Victor Hugo n\u2019a-t-il pas publi\u00e9 son po\u00e8me <em>Dieu\u00a0<\/em>?\u00a0\u00bb, <em>in<\/em> <em>Cahiers de l\u2019Association internationale des \u00e9tudes fran\u00e7aises<\/em>, 1967, Paris, No. 19, pp. 225-231).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Hugo, Victor, <em>Les Contemplations<\/em>, dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes, Po\u00e9sie V<\/em>, J. Hetzel &amp; Cie et A. Quentin, Paris, 1882, p. 303. Ouvrage consultable sur www.gallica.bnf.fr.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 304<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Le jour plonge au plus noir du gouffre, et va chercher<\/p>\n<p>L\u2019ombre, et la baise au front sous l\u2019eau sombre et hagarde.<\/p>\n<p>Tout est doux, calme, heureux, apais\u00e9\u00a0; Dieu regarde.<\/p>\n<p>Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, \u00ab\u00a0\u00c9claircie\u00a0\u00bb, p. 103<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 303<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Par rapport \u00e0 ce lieu jamais d\u00e9couvert, lieu o\u00f9 prend naissance le dire po\u00e9tique, le silence, Heidegger a consacr\u00e9 une \u00e9tude sur la po\u00e9sie de Trakl dans <em>L\u2019acheminement vers la parole<\/em> et notamment dans le chapitre \u00ab\u00a0La parole dans l\u2019\u00e9l\u00e9ment du po\u00e9tique &#8211; Situation du dict de Georg Trakl\u00a0\u00bb. En voil\u00e0 un extrait cl\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est au site m\u00eame du po\u00e8me que l\u2019onde prend source qui anime d\u2019un s\u00e9jour le dire du po\u00e9tique. [\u2026] Parce que le Dict de l\u2019Unique (<em>einzige Gedicht<\/em>) ne sort pas de l\u2019indivulgu\u00e9, nous ne pouvons situer son site qu\u2019\u00e0 condition d\u2019essayer, \u00e0 partir de ce que divulguent tels textes isol\u00e9s, [d\u2019indiquer] jusqu\u2019au site. \u00bb Heidegger, Martin, <em>Unterwegs zur Sprache<\/em>, G\u00fcnther Neske Pfullingen, T\u00fcbingen, 1959, p. 38. Traduit par Beaufret et Brokmeier.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Le livre sixi\u00e8me s\u2019intitulant \u00ab\u00a0Au bord de l\u2019infini\u00a0\u00bb commence par le po\u00e8me <em>Le pont<\/em> que cr\u00e9e la pri\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>Mon \u00e2me, \u00f4 mon \u00e2me\u00a0! il faudrait,<\/em><\/p>\n<p><em>Pour traverser ce gouffre o\u00f9 nul bord n\u2019appara\u00eet,<\/em><\/p>\n<p><em>Et pour qu\u2019en cette nuit jusqu\u2019\u00e0 ton Dieu tu marches,<\/em><\/p>\n<p><em>B\u00e2tir un pont g\u00e9ant sur des millions d\u2019arches.<\/em><\/p>\n<p><em>Qui le pourra jamais\u00a0? Personne\u00a0! O deuil\u00a0! effroi\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Pleure\u00a0! &#8211; Un fant\u00f4me blanc se dressa devant moi<\/em><\/p>\n<p>[\u2026]<\/p>\n<p><em>Et me dit\u00a0: &#8211; Si tu veux, je b\u00e2tirai le pont.<\/em><\/p>\n<p><em>Vers ce p\u00e2le inconnu je levai ma paupi\u00e8re.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Quel est ton nom\u00a0? lui dis-je. Il me dit\u00a0: &#8211; La pri\u00e8re.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> La lumi\u00e8re et l\u2019ombre sont r\u00e9gis par un rapport de n\u00e9cessit\u00e9 o\u00f9 l\u2019ombre t\u00e9n\u00e9breuse est distincte de l\u2019ombre rejet\u00e9e par la lumi\u00e8re, comme la nuit du jour est distincte de la Nuit initiale d\u2019H\u00e9siode ou primordiale, dirait Vernant. La pr\u00e9sence est alors r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la lumi\u00e8re du regard, par la pr\u00e9sence m\u00eame de ce regard qui est \u00e0 lui sa grande Nuit. \u00ab\u00a0La lumi\u00e8re a besoin de sortir de l\u2019ombre, de dissiper l\u2019ombre pour exister\u00a0: elle suppose une ombre ant\u00e9rieure, une ombre ext\u00e9rieure. L\u2019ombre, de son c\u00f4t\u00e9, n\u2019existe que par la lumi\u00e8re, qui, seule, peut r\u00e9v\u00e9ler sa pr\u00e9sence.\u00a0\u00bb Lejeune, Philippe, \u00ab\u00a0L\u2019ombre et la lumi\u00e8re dans <em>Les Contemplations <\/em>de Victor Hugo\u00a0\u00bb, <em>Archives des lettres modernes<\/em>, Archives hugoliennes N\u00b07, 1968, p.\u00a06<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 305<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00ab\u00a0L\u2019auteur a laiss\u00e9, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte \u00e0 goutte \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements et les souffrances, l\u2019a d\u00e9pos\u00e9 dans son c\u0153ur. Ceux qui s\u2019y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et triste, qui s\u2019est lentement amass\u00e9e l\u00e0, au fond d\u2019une \u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 1<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 305<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 305-306<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 307<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>Regardons, puisque nous y sommes\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Figure-toi\u00a0! figure-toi\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Plus rien des choses que tu nommes\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Un autre monde, une autre loi\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>La terre a fuit dans l\u2019\u00e9tendue\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Derri\u00e8re nous elle est perdue.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 308<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 309<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Agamben, Giorgio, <em>Stanze &#8211; Parole et fantasme dans la culture occidentale<\/em> [Bourgois, 1981], Payot\u00a0&amp; Rivages Poche, Paris, 1998, p. 230<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> ibid.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 306<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Vernant, Jean-Pierre, <em>L\u2019univers, les dieux, les hommes<\/em>, Seuil, Paris, 1999, pp. 15-19<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 89.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Hugo, <em>Dieu &#8211; L\u2019oc\u00e9an vu d\u2019en haut<\/em>, p. 155<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 308<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>Ceux qui sont dans la nuit ont raison quand ils disent\u00a0:<\/em><\/p>\n<p><em>Rien n\u2019existe\u00a0! Car c\u2019est dans un r\u00eave qu\u2019ils sont.<\/em><\/p>\n<p><em>Rien n\u2019existe que lui, le flamboiement profond,<\/em><\/p>\n<p><em>Et les \u00e2mes, les grains de lumi\u00e8re, les mythes,<\/em><\/p>\n<p><em>Les moi myst\u00e9rieux, atomes sans limites,<\/em><\/p>\n<p><em>Qui vont vers le grand moi, leur centre et leur aimant\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Points touchant au z\u00e9nith par le rayonnement.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Hugo,<em> Dieu &#8211; L\u2019oc\u00e9an vu d\u2019en haut<\/em>, p. 161<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Au sujet de l\u2019<em>Al\u00e9thea<\/em> et son rapport au <em>muthos<\/em>, v. Detienne, Marcel, <em>L\u2019invention de la mythologie<\/em>, Gallimard, Paris, 1981.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>L\u2019inconnu, celui dont maint sage<\/em><\/p>\n<p><em>Dans la brume obscure a dout\u00e9,<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019immobile et muet visage,<\/em><\/p>\n<p><em>Le voil\u00e9 de l\u2019\u00e9ternit\u00e9,<\/em><\/p>\n<p><em>A, pour montrer son ombre au crime,<\/em><\/p>\n<p><em>Sa flamme au juste magnanime,<\/em><\/p>\n<p><em>Jet\u00e9 p\u00eale-m\u00eale \u00e0 l\u2019ab\u00eeme<\/em><\/p>\n<p><em>Tous ses masques, noirs ou vermeils<\/em><\/p>\n<p>[\u2026]<\/p>\n<p><em>Et ce sont ces masques terribles<\/em><\/p>\n<p><em>Que nous appelons les soleils\u00a0!\u00a0<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 314<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 308-309<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00ab\u00a0&#8211; Christus\u00a0! ist kein Gott\u00a0? &#8211; Er antwortete\u00a0: \u00ab\u00a0Es ist keiner.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00ab\u00a0Wir sind alle Waisen, ich und ihr, wir sind ohne Vater.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> \u00ab Das ganze Weltgeb\u00e4ude sank in einer Unermesslichkeit vor uns vorbei &#8211; und oben ein Gipfel der unerme\u00dflichen Natur stand Christus und schauete in das mit tausend Sonnen durchbrochene Weltgeb\u00e4ude herab, gleichsam in das in die ewige Nacht gew\u00fchlte Bergwerk, in dem die Sonnen wie Grubenlichter und die Milchstra\u00dfe wie Silberadern gehen.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> \u00ab\u00a0Das mit tausend Sonnen durchbrochene Weltgeb\u00e4ude\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> \u00ab Ach wenn jedes Ich sein eigner Vater und Sch\u00f6pfer ist, warum kann es nicht auch sein eigner W\u00fcrgengel sein?&#8230; \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 315<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 316<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> <em>C\u2019est un indigent sous la bure<\/em>,<\/p>\n<p><em>ibid.<\/em>, p.\u00a0317<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> <em>L\u2019esprit d\u2019un pr\u00eatre involontaire<\/em><\/p>\n<p><em>ibid.<\/em>, p. 315<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Par ailleurs, dans l\u2019ode consacr\u00e9 \u00e0 Alphonse Lamartine, Hugo, encore plus jeune, d\u00e9finit un temps r\u00e9volu o\u00f9 le po\u00e8te puisait sa parole dans son rapport spirituel au monde. \u00ab\u00a0Ah nous ne sommes plus au temps o\u00f9 le po\u00e8te Parlait au ciel en pr\u00eatre, \u00e0 la terre en proph\u00e8te\u00a0!\u00a0\u00bb (Odes, Livre troisi\u00e8me, 1824-1828). Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 20, Hugo se r\u00e9clame monarchiste et catholique et se fait non peintre, mais po\u00e8te d\u2019histoire servant aux causes religieuses et royalistes des temps apr\u00e8s la Restauration, notamment dans ses premi\u00e8res odes. C\u2019est dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 20 que Hugo prend de la distance du catholicisme et que sa spiritualit\u00e9 trouve un dire tout \u00e0 fait singulier. Le rapport \u00e0 Dieu est pour Hugo essentiel, l\u2019ineffable du monde travaille Hugo jusqu\u2019\u00e0 sa mort et pr\u00e9sente le point central de sa po\u00e9sie. Le recueil de po\u00e8mes <em>Dieu<\/em> n\u2019est publi\u00e9 que posthum\u00e9ment, le manuscrit pr\u00e9sente encore des ratures, des ind\u00e9cisions par rapport \u00e0 l\u2019ordre des po\u00e8mes et \u00e0 des termes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 316-317<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a><em> ibid.<\/em>, p. 317<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p.\u00a0323<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> L\u2019ombre est une \u00e9chelle. Montons. ibid., p. 325<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>Un astre est un voile, il veut mieux\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Il re\u00e7oit de leur rayon m\u00eame<\/em><\/p>\n<p><em>Le regard qui va plus loin qu\u2019eux<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><em>ibid.<\/em>, p. 326<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 321<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>Des Zoroastres au front bl\u00eame<\/em><\/p>\n<p><em>Ou des Abrahams effar\u00e9s.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><em>ibid.<\/em>, p.320<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>D\u00e8s qu\u2019il est debout sur ce fa\u00eete,<\/em><\/p>\n<p><em>Le ciel reprend cet \u00e9tranger\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>La Jud\u00e9e avait le proph\u00e8te,<\/em><\/p>\n<p><em>La Chald\u00e9e avait le berger.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><em>ibid.<\/em>, p. 319<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> <em>ibid<\/em>., p. 321<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> La figure de l\u2019oc\u00e9an est une figure centrale non seulement du po\u00e8me dont il est question ici, mais dans de nombreuses \u0153uvres de Hugo. Ok\u00e9anos est le fleuve primordial qui coule autour de Ga\u00efa, \u00e9ternellement. Nous empruntons cette figure de la mythologie grecque parce qu\u2019elle donne un sens figural fort \u00e0 ce qui est assis et manifeste (Ga\u00efa) et \u00e0 ce qui n\u2019est pas per\u00e7u, mais maintient la terre par son mouvement incessant. Figure que Hugo a s\u00fbrement connu.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> Gaudon, Jean, <em>Victor Hugo &#8211; Le temps de la contemplation <\/em>[Flammarion, 1985], Honor\u00e9 Champion, Paris, 2003, p. 319.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 321<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> Hugo, <em>Dieu &#8211; L\u2019oc\u00e9an d\u2019en-haut<\/em>, in Gaudon, Victor Hugo &#8211; Le temps de la contemplation, p. 319.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p.323<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 273<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> <em>ibid<\/em>, p. 322<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 325<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 316<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> Rilke, en parlant de Michel-Ange, montre le lien toujours r\u00e9tabli entre l\u2019homme et Dieu. Dieu n\u2019est pas lointain (weit weg, ce que certains traducteurs confondent avec weit voulant dire vaste) donc un point fix\u00e9 par le regard comme il fixe une figure et mesure ou trace par une ligne le chemin de soi \u00e0 lui (Weg, chemin, d\u2019o\u00f9 d\u00e9rive le weg de weit weg). Dieu est vaste donc espa\u00e7ant, le lieu o\u00f9 les choses se montrent (Raum wird auf neuem Angesichte dit Rilke dans le m\u00eame po\u00e8me, trois pages avant\u00a0: Espace advient sur la face nouvelle &#8211; Angesicht traduit par \u00ab\u00a0face\u00a0\u00bb \u00e0 entendre comme visage qui me fait face). La diff\u00e9rence entre ce qui est lointain et ce qui est vaste est une question de dimension, l\u2019un se retire comme le bout oppos\u00e9 d\u2019une ligne et l\u2019autre s\u2019amplifie en espace (on ne peut pas fixer Dieu du regard qui est le lieu qui appara\u00eet en m\u00eame temps que la chose dont il est le fond comme fondement)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>nur Gott bleibt \u00fcber seinem Willen weit:<\/em><\/p>\n<p><em>da liebt er ihn mit seinem hohen Hasse<\/em><\/p>\n<p><em>f\u00fcr diese Unerreichbarkeit.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>(seul Dieu reste au-del\u00e0 de son vouloir, vaste\u00a0:<\/p>\n<p>il L\u2019aime alors, de sa sublime haine,<\/p>\n<p>pour cette inaccessibilit\u00e9.)<\/p>\n<p>Rilke, Rainer Maria, <em>Das Stunden-Buch<\/em>, Insel Verlag, Francfort sur le Main et Leipzig, 2000, p. 28 (traduit par nos soins)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> \u00c0 ce sujet v. l\u2019ouvrage de Godo, Emmanuel, <em>Victor Hugo et Dieu &#8211; Bibliographie d\u2019une \u00e2me<\/em>, Cerf, Paris, 2002, qui retrace bien le cheminement de Hugo qui, jeune, se proclame catholique et s\u2019en distancie au fur et \u00e0 mesure.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> Hugo, Victor, <em>Dieu &#8211; L\u2019Oc\u00e9an d\u2019en haut<\/em>, p. 20.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> Ducros, Franck, <em>L\u2019odeur de la panth\u00e8re,<\/em> Lucie \u00e9ditions, N\u00eemes, 2009, pp. 10-12<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre y a-t-il un rapport direct entre le labyrinthe et le luxe\u00a0? En tant qu\u2019adjectif <em>luxus <\/em>veut dire que quelque chose est d\u00e9log\u00e9, d\u00e9rang\u00e9, lux\u00e9, il d\u00e9signe ce qui s\u2019\u00e9loigne et s\u2019\u00e9carte de l\u2019habitude. L\u00e0 o\u00f9 le luxe devient un but \u00e0 lui-m\u00eame et se manifeste en grande quantit\u00e9, cela \u00e9gare et d\u00e9concerte. Le d\u00e9dale rel\u00e8ve du m\u00eame esprit. [\u2026] Qu\u2019est-ce pourtant qui reluit dans l\u2019\u00e9clat que lui-m\u00eame en sorte qu\u2019il ne puisse rien abriter ni receler\u00a0? Ne veut-il que briller au milieu du complexe nullement d\u00e9sordonn\u00e9 des b\u00e2timents, des statues et du mobilier\u00a0?\u00a0\u00bb Heidegger, Martin, <em>Aufenthalte<\/em> [<em>S\u00e9jours<\/em>], \u00c9ditions du Rocher, Monaco, 1992, p. 38-41.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 338<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 319-320<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> <em>ibid.<\/em>, pp. 331-332<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 332<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> <em>ibid.<\/em>, p. 325<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> <em>ibid.<\/em>, pp. 331-332<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> Le po\u00e8me est commenc\u00e9 en 1836 et achev\u00e9 en 1855. Commenc\u00e9 donc avant la mort de L\u00e9opoldine et achev\u00e9 12 ans apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> Hugo, Victor, <em>Les Contemplations<\/em>, Flammarion, Paris, 2008, p. 25<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> Car il se trouve \u00e0 la sortie du chapitre \u00ab\u00a0Autrefois\u00a0\u00bb et avant le chapitre \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb\u00a0; l\u2019antre vide comme entre-deux symbolique de la tombe de L\u00e9opoldine (Hugo) Vacqueries, vide qui articule \u00ab\u00a0Autrefois\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> D\u2019ailleurs, un des premiers titres du po\u00e8me \u00e9tait <em>Lumi\u00e8re Pens\u00e9e<\/em>. v. Journet, Ren\u00e9 et Robert, Guy, <em>Le manuscrit des Contemplations<\/em>, Annales litt\u00e9raires de l\u2019Universit\u00e9 de Besan\u00e7on, Tome 3, fasc. 5, Paris, 1956.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a> Le terme de sid\u00e9ration d\u00e9signait au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle la gangr\u00e8ne et la n\u00e9crose engendr\u00e9e par l\u2019influence des astres sur la sant\u00e9 d\u2019une personne. <em>Sideratio <\/em>voulant dire en latin \u00ab\u00a0action funeste des astres\u00a0; insolation\u00a0\u00bb avant de signifier l\u2019arr\u00eat de la respiration et un \u00e9tat de mort apparente et par m\u00e9tonymie la torpeur face \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement ou la perte d\u2019un \u00eatre cher (v. le site internet du Centre National des Recherches Textuelles et Lexicales\u00a0: http:\/\/www.cnrtl.fr\/etymologie\/sid\u00e9ration).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a> V. aussi\u00a0: <em>Les<\/em> <em>Contemplations<\/em>, livre VI<sup>e<\/sup>, \u00ab\u00a0Aux anges qui nous voient\u00a0\u00bb. Sa fille, devenue ange, voit le po\u00e8te et ce n\u2019est qu\u2019ainsi que la parole po\u00e9tique s\u2019adresse \u00e0 elle, toujours l\u00e0 en spectre.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a> \u00ab\u00a0Au fond de ce r\u00eave d\u2019ombre et de lumi\u00e8re, il devine la pr\u00e9sence de quelqu\u2019un. Une pr\u00e9sence voil\u00e9e, fuyante, myst\u00e9rieuse, qui est la limite vers laquelle tend le r\u00eave. [\u2026] On ne parvient pas \u00e0 la penser, \u00e0 la cerner, mais on sent, avec joie ou terreur, que c\u2019est elle qui nous pense et nous cerne. [\u2026] Ce n\u2019est pas un des moindres \u00e9tonnements du lecteur du livre intitul\u00e9 <em>Dieu<\/em> que de voir le po\u00e8te chercher obstin\u00e9ment \u00e0 saisir un mot qu\u2019en apparence il poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0. C\u2019est que ce mot n\u2019est qu\u2019un signe dont on sait qu\u2019il signifie quelque chose, mais on ne sait pas quoi\u00a0: on retrouve au niveau du langage la m\u00eame ambigu\u00eft\u00e9 qu\u2019au niveau des sens, une pr\u00e9sence allusive et fuyante, qui ne donne qu\u2019en se d\u00e9robant et en nous entra\u00eenant \u00e0 sa poursuite dans l\u2019infini.\u00a0\u00bb Lejeune, \u00ab\u00a0L\u2019ombre et la lumi\u00e8re dans <em>Les Contemplations <\/em>de Victor Hugo\u00a0\u00bb, p.\u00a026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> \u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e de clair-obscur implique une fixit\u00e9 tout \u00e0 fait contraire \u00e0 la vision de Hugo. Les rapports de cette syntaxe sont du domaine de la <em>succession<\/em>, non de la juxtaposition\u00a0: l\u2019ombre et la lumi\u00e8re dessinent la structure de l\u2019espace, mais aussi la dynamique du <em>temps<\/em>.\u00a0\u00bb <em>ibid.<\/em>, p.\u00a052<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a> Dans la pr\u00e9face Hugo d\u00e9crit le mouvement intrins\u00e8que et r\u00e9fl\u00e9chi dans ce recueil ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Ce livre contient, nous le r\u00e9p\u00e9tons, autant d\u2019individualit\u00e9 du lecteur que celle de l\u2019auteur. <em>Homo sum <\/em>[Je suis humain]. Traverser le tumulte, la rumeur, le r\u00eave, la lutte, le plaisir, le travail, la douleur, le silence\u00a0; se reposer dans le sacrifice, et, l\u00e0, contempler Dieu\u2026\u00a0\u00bb Hugo, <em>Les Contemplations<\/em>, p. 2.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> Lejeune, \u00ab\u00a0L\u2019ombre et la lumi\u00e8re dans <em>Les Contemplations <\/em>de Victor Hugo\u00a0\u00bb, p.\u00a06<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article sous format pdf: La pre\u0301sence de l\u2019\u0153il solaire La pr\u00e9sence de l\u2019\u0153il solaire &#8211; de Nathalie Schleif Pr\u00e9ambule Le po\u00e8me, ses figures, s\u2019ouvre \u00e0 nous comme une surface \u00e0 sa profondeur. 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