{"id":1965,"date":"2025-11-10T08:23:54","date_gmt":"2025-11-10T07:23:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=1965"},"modified":"2025-11-17T16:15:37","modified_gmt":"2025-11-17T15:15:37","slug":"de-lessoufflement-a-la-reprise-de-souffle-dans-lacrima-2024-de-caroline-guiela-nguyen-elise-lemenager-bertrand-jean-baptiste-richard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/de-lessoufflement-a-la-reprise-de-souffle-dans-lacrima-2024-de-caroline-guiela-nguyen-elise-lemenager-bertrand-jean-baptiste-richard\/","title":{"rendered":"De l\u2019essoufflement \u00e0 la reprise de souffle\u00a0dans Lacrima (2024) de Caroline Guiela Nguyen \u2014 \u00c9lise Lem\u00e9nager-Bertrand &#038; Jean-Baptiste Richard"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-2\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-justify\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\">Dans ce qui va suivre, il est question de souffle, d\u2019essoufflement, d\u2019asphyxie, de reprise de souffle. Du \u00ab<\/mark>\u00a0<mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\">second souffle\u00a0\u00bb au th\u00e9\u00e2tre. Il est question de mise en sc\u00e8ne, de jeu, d\u2019enjeux sociaux, professionnels, humains. Jusqu\u2019au final extr\u00eame de saturation mentale et physique traduit concr\u00e8tement par la sc\u00e9nographie, les \u00e9clairages, l\u2019absence de pauses. Une exp\u00e9rience collective du souffle et de l\u2019essoufflement v\u00e9cue par le public dans la salle. Un geste th\u00e9\u00e2tral articul\u00e9 par un souffle dans tous ses \u00e9tats, dans toutes ses nuances, d\u00e9clin\u00e9 par les deux auteurs.<\/mark><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019essoufflement \u00e0 la reprise de souffle&nbsp;dans <em>Lacrima <\/em>(2024) de Caroline Guiela Nguyen<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>Lacrima<\/em> (2024), Caroline Guiela Nguyen met en sc\u00e8ne un r\u00e9cit choral o\u00f9 l\u2019acte de perdre et de reprendre son souffle se trouve \u00eatre l\u2019une des trames th\u00e9matiques principales. Mais plus profond\u00e9ment, le spectacle montre que le th\u00e9\u00e2tre est lieu de souffles. Il d\u00e9passe la seule histoire racont\u00e9e \u2014&nbsp;autour de la cr\u00e9ation d\u2019une robe de mari\u00e9e par trois des ateliers de haute couture les plus r\u00e9put\u00e9s au monde&nbsp;\u2014 pour faire du souffle le c\u0153ur m\u00eame de la relation th\u00e9\u00e2trale qui unit sc\u00e8ne et salle. Comment comprendre cette sp\u00e9cificit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale qui concerne \u00e0 la fois la pratique du corps et de la voix par l\u2019acteur, mais aussi et surtout, comme cela sera d\u00e9velopp\u00e9, la construction d\u2019une dramaturgie, l\u2019inscription dans un espace sc\u00e9nique et le d\u00e9ploiement d\u2019une exp\u00e9rience spectatrice&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Maurice Mesnage, recherchant, au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, des points de convergence entre \u00ab&nbsp;le monde tragique grec et nous&nbsp;\u00bb, souligne que ces derniers se sont occup\u00e9s de la r\u00e9gulation du souffle \u00ab&nbsp;sur un plan collectif et th\u00e9\u00e2tral&nbsp;\u00bb, bien avant que cela ne devienne \u00ab&nbsp;une r\u00e9gulation simplement verbale et conceptuelle<sup><a href=\"#sdfootnote1sym\" id=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. Il met en lumi\u00e8re l\u2019articulation, dans le tragique grec, entre la \u00ab&nbsp;douleur&nbsp;\u00bb et le <em>pneuma<\/em> (\u00ab&nbsp;le bruit de la colonne d\u2019air&nbsp;\u00bb) consid\u00e9rant que le th\u00e9\u00e2tre construit cette exp\u00e9rience pour la rendre collective. La lecture de l\u2019<em>\u0152dipe roi<\/em> de Sophocle propos\u00e9e par Mesnage s\u2019inscrit dans cette perspective&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une ville enti\u00e8re \u00e9prouve la souffrance d\u2019un blocage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des impulsions vitales<sup><a href=\"#sdfootnote2sym\" id=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. Le spectacle, en plus d\u2019un encha\u00eenement d\u2019actions, se construit en vue de redonner \u00e0 un monde bloqu\u00e9 une respiration \u2014&nbsp;faite d\u2019inspiration et d\u2019expiration&nbsp;\u2014 centralis\u00e9e autour d\u2019un personnage, ici celui d\u2019\u0152dipe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Souvent consid\u00e9r\u00e9 du seul point de vue physiologique, le souffle implique beaucoup d\u2019autres aspects du th\u00e9\u00e2tre \u2014&nbsp;et jusqu\u2019\u00e0 la pr\u00e9sence, notamment. S\u2019il est absolument vital dans la pratique th\u00e9\u00e2trale, tant pour les corps en sc\u00e8ne que pour l\u2019exp\u00e9rience spectatrice, c\u2019est parce qu\u2019il se situe \u00e0 la crois\u00e9e de la dramaturgie, de la technique du com\u00e9dien et de la relation th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Toutefois, ce souffle, dans l\u2019art th\u00e9\u00e2tral, se suffit rarement \u00e0 lui-m\u00eame car l\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre est d\u2019\u00eatre un lieu de passages, et principalement du passage texte \u00e0 la sc\u00e8ne. Or, ces passages troublent le souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le th\u00e9\u00e2tre, plus qu\u2019\u00eatre travers\u00e9 par des corps, est surtout travers\u00e9 par des souffles. <em>Souffler<\/em>, au th\u00e9\u00e2tre, signifie par exemple souffler un texte. Autrefois, les souffleurs faisaient m\u00eame partie int\u00e9grante du lieu th\u00e9\u00e2tral. Un \u00ab&nbsp;trou des souffleurs&nbsp;\u00bb \u00e9tait int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la rampe des sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre pour qu\u2019ils puissent, depuis les coulisses ou l\u2019avant-sc\u00e8ne, dire tout bas aux acteurs leur texte perdu ou mal ma\u00eetris\u00e9. Aujourd\u2019hui, la figure du souffleur a quasiment disparu, elle a pris d\u2019autres formes ou a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e par d\u2019autres pratiques. Par le biais d\u2019oreillettes, par exemple. Mais le souffle, lui, reste une notion cl\u00e9, essentielle aux arts du spectacle, parce qu\u2019elle permet de penser les d\u00e9placements, les passages et tout ce qui prend forme au cours d\u2019un spectacle. Il permet de saisir ce qui passe.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2236\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2236\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">I.&nbsp;&nbsp;Construction dramaturgique d\u2019une asphyxie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">En ouverture de <em>Lacrima<\/em>, Marion Nicolas (Maud Le Grevellec), une cr\u00e9atrice de haute couture visiblement en d\u00e9tresse psychologique, est en visio avec une m\u00e9decin (Natasha Cashman). Durant la conversation, Marion r\u00e9v\u00e8le \u00e0 demi-mots avoir pris des m\u00e9dicaments. La m\u00e9decin comprend la gravit\u00e9 de la situation et appelle les secours en urgence, tandis que Marion, vaseuse, sombre peu \u00e0 peu tout en exprimant des remords quant \u00e0 sa fille, Camille (Anaele Jan Kerguistel), en disant qu\u2019elle a fait de son mieux. Lorsque les secours arrivent, ils tentent de ranimer Marion sans que l\u2019on sache s\u2019ils y arrivent ou non. Nous assistons probablement au dernier souffle de la protagoniste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00c0 cette ouverture \u00ab&nbsp;sans air&nbsp;\u00bb r\u00e9pond une structure fond\u00e9e sur un flash-back. La pi\u00e8ce reviendra, \u00e0 la fin, sur cette sc\u00e8ne initiale pour lui conf\u00e9rer une port\u00e9e ultime&nbsp;: contre toute attente, Marion reprend son souffle. Mais cette reprise, qui marque le d\u00e9nouement inattendu de la pi\u00e8ce, reste individuelle, propre \u00e0 un drame intime. Elle ne donne pas lieu \u00e0 une respiration g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, \u00e0 un souffle retrouv\u00e9 sur le plan \u00ab&nbsp;collectif et th\u00e9\u00e2tral&nbsp;\u00bb au sens que lui donne Mesnage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><em>Lacrima<\/em> plonge le public dans le travail de l\u2019ombre d\u2019une maison de haute couture parisienne suite \u00e0 la commande d\u2019une robe de mari\u00e9e pour une princesse anglaise, mais plus encore, la pi\u00e8ce raconte un essoufflement. Celui d\u2019une femme qui s\u2019\u00e9puise \u00e0 travailler sous la pression de ce projet international de robe de mari\u00e9e, \u00e9touffe sous l\u2019emprise de son mari et aide comme elle peut sa fille atteinte d\u2019une maladie qui provoque des difficult\u00e9s respiratoires. Autour de ce r\u00e9cit, le motif du souffle perdu ou coup\u00e9 puis repris revient plusieurs fois et trouve des r\u00e9sonances \u00e0 la fois fictives, sc\u00e9niques et humaines dans le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><em>Lacrima<\/em> nous am\u00e8ne donc \u00e0 r\u00e9interroger la structuration dramaturgique du souffle. Le spectacle ne se construit pas autour de la retenue puis de l\u2019expulsion du souffle, mais autour de l\u2019asphyxie puis de la reprise de ce souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le personnage de Marion, dont le spectacle suit la trajectoire, est la premi\u00e8re d\u2019atelier qui \u2014&nbsp;interpr\u00e9tant le dessin d\u2019un styliste&nbsp;\u2014 est en lien avec tous les jalons de la conception et porte sur ses \u00e9paules la pression croissante de ce projet. En sc\u00e9narisant une pression croissante et l\u2019\u00e9puisement qui s\u2019ensuit \u00e0 cause de cette commande irr\u00e9aliste et hors-sol, le spectacle produit une attente continue de respiration \u2014&nbsp;perceptible tant dans la construction dramaturgique et sc\u00e9nique que dans l\u2019exp\u00e9rience spectatorielle. De ce personnage de plus en plus sous pression, nous savons qu\u2019il sera pouss\u00e9 \u00e0 bout puisque d\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, un \u00e9change en visioconf\u00e9rence laisse entendre puis confirme qu\u2019elle cherche \u00e0 mettre fin \u00e0 ses jours. Ce prologue p\u00e8sera comme une menace sur le reste de la pi\u00e8ce pour le public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Pour autant, le th\u00e8me de l\u2019asphyxie est mis en sc\u00e8ne de plusieurs fa\u00e7ons. Il passe d\u2019abord par le m\u00e9tier m\u00eame des dentelli\u00e8res, dont on raconte qu\u2019elles sont parfois si concentr\u00e9es dans leur travail qu\u2019elles en oublient de respirer. Elles posent alors leur main sur l\u2019\u00e9paule de leurs coll\u00e8gues pour qu\u2019elles ne fassent pas d\u2019apn\u00e9e car cela pourrait entra\u00eener des probl\u00e8mes cardiaques. Mais ce th\u00e8me ne se limite pas \u00e0 des exp\u00e9riences individuelles&nbsp;: il engage tout au long du spectacle une dimension collective, reliant autour de Marion \u00e0 la fois les dentelli\u00e8res d\u2019Alen\u00e7on, l\u2019atelier parisien de haute couture Beliana et l\u2019atelier de broderie de la maison Shaina, \u00e0 Mumbai en Inde. Cet entrem\u00ealement permet \u00e0 Caroline Guiela Nguyen de mettre au jour dans sa pi\u00e8ce plusieurs r\u00e9gimes d\u2019asphyxie, de plus en plus pr\u00e9gnants&nbsp;: ceux induits par les logiques capitalistes mondialis\u00e9es du travail, o\u00f9 les personnages sont pris en \u00e9tau entre les exigences quasi irr\u00e9alisables d\u2019une princesse qu\u2019on ne verra jamais et la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un artisanat, que Marion doit r\u00e9guler en tant que premi\u00e8re d\u2019atelier&nbsp;; ceux des relations conjugales, o\u00f9 Marion est soumise \u00e0 une violence psychologique croissante de la part de son mari, lui aussi employ\u00e9 \u00e0 l\u2019atelier&nbsp;; enfin, ceux des relations familiales, marqu\u00e9es par les non-dits g\u00e9n\u00e9rationnels. Toutes ces tensions convergent vers le corps de Marion, lieu d\u2019incarnation d\u2019une asphyxie et d\u2019un sentiment d\u2019impasse grandissants, autour duquel se r\u00e9v\u00e8le d\u2019autres douleurs individuelles, non consol\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>Lacrima<\/em>, la question du souffle soutient la construction globale du spectacle. Elle accompagne la saturation progressive et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e autour du projet de la robe, maintenant une tension sans pause ni espace d\u2019air. Cette saturation se manifeste dans les gestes pr\u00e9cis qui mat\u00e9rialisent l\u2019absence ou la restriction du souffle \u2014&nbsp;jouant un r\u00f4le tout autant sensible que m\u00e9taphorique. Cette double dimension passe \u00e0 la fois par le corps des personnages et renvoie \u00e0 une m\u00e9taphore de l\u2019asphyxie professionnelle et familiale dans laquelle se trouve Marion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Parmi les tensions dramatiques qui s\u2019accumulent autour de Marion, l\u2019une d\u2019elle se cristallise sur les difficult\u00e9s respiratoires de Camille, sa fille, pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019atelier de haute couture car elle y fait un stage. Les probl\u00e8mes de sant\u00e9 de sa fille pr\u00e9occupent Marion, mais ils interf\u00e8rent directement avec son travail \u00e0 deux reprises. Nous comprenons qu\u2019elles ont un rituel m\u00e8re-fille pour apaiser les probl\u00e8mes de bronches de Camille, m\u00eame si, pr\u00e9cise-t-elle \u00e0 la m\u00e9decin, \u00ab&nbsp;elle devra[it] souvent respirer l\u2019air de la montagne&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote3sym\" id=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a><\/sup> pour aller mieux. Les s\u00e9quences 2<sup><a href=\"#sdfootnote4sym\" id=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a><\/sup> et 4<sup><a href=\"#sdfootnote5sym\" id=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a><\/sup> de la partie 2 se terminent avec la m\u00e8re aidant sa fille \u00e0 respirer. La premi\u00e8re fois, Camille traverse une crise \u2014&nbsp;confront\u00e9e \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re anxiog\u00e8ne de l\u2019atelier et aux tensions du couple parental&nbsp;\u2014 mais refuse l\u2019aide de sa m\u00e8re, dit ne plus \u00eatre une enfant et quitte pr\u00e9cipitamment l\u2019atelier. Mais la seconde fois, la m\u00e8re arrive \u00e0 la calmer lors d\u2019une nouvelle crise par le biais de leur rituel respiratoire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">MARION <em>(s\u2019approche de sa fille et prend son visage entre ses mains)<\/em>. Camille, regarde-moi. Tu vas respirer avec moi. Je respire. Tu respires. Je respire&#8230; Tu respires&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><em>Petit \u00e0 petit, Camille se calme.<\/em><sup><a href=\"#sdfootnote6sym\" id=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ainsi, de cette affection maternelle na\u00eet un lien qui ressurgira \u00e0 la toute fin, en cl\u00f4ture du spectacle. La construction en miroir de la pi\u00e8ce nous fait revenir au prologue. Nous n\u2019avions pas assist\u00e9 \u00e0 la fin de celui-ci, qui sera la r\u00e9solution de la repr\u00e9sentation. Nous assistons au retournement du geste entre Marion et sa fille&nbsp;: au lieu que ce soit la m\u00e8re qui pose une main sur le sternum de sa fille, en \u00e9non\u00e7ant les paroles ci-dessus, ce geste est repris par sa fille comme ultime recours pour ranimer sa m\u00e8re inconsciente. On assiste alors \u00e0 un renversement des r\u00f4les&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">CAMILLE. Je t\u2019aime maman, \u00e9coute mon c\u0153ur, \u00e9coute. Je respire, tu respires, je respire, tu respires, fais comme moi maman&#8230; Je respire, tu respires, je respire, tu respires&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le cardiogramme s\u2019acc\u00e9l\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>POMPIER 1. Elle respire&nbsp;!<sup><a href=\"#sdfootnote7sym\" id=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La pi\u00e8ce publi\u00e9e se termine sur cette r\u00e9plique, mais sur sc\u00e8ne, la m\u00e8re se rel\u00e8ve et, sur grand \u00e9cran, l\u2019image se fige sur cette m\u00e8re se redressant, prolongeant cet instant pr\u00e9cis o\u00f9 Marion respire \u00e0 nouveau. En surimpression, des informations concernant les personnages sont affich\u00e9es pour nous informer de ce qu\u2019ils sont devenus et le spectacle se termine l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce geste, qui r\u00e9sout la pi\u00e8ce et qui permet \u00e0 Marion de reprendre souffle, devient donc le moyen d\u2019une r\u00e9animation symbolique du personnage. Il redimensionne ce que <em>Lacrima<\/em> mettait en sc\u00e8ne, \u00e0 savoir un monde d\u2019excellence satur\u00e9, press\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9touffement, voire l\u2019asphyxie, o\u00f9 le souffle devient non seulement signe de survie, mais forme de r\u00e9sistance. Le geste de Camille devient un de ces gestes qui r\u00e9-humanisent les personnages et les rendent \u00e0 eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2239\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-3\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-3\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2239\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">II.&nbsp;&nbsp;Le th\u00e9\u00e2tre, lieu de seconds souffles<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle est affaire de corps autant qu\u2019il est affaire de signification. Si la dramaturgie, notamment par l\u2019influence aristot\u00e9licienne, privil\u00e9gie, au th\u00e9\u00e2tre, la notion d\u2019\u00ab&nbsp;action<sup><a href=\"#sdfootnote8sym\" id=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb, nous pourrions nous \u00e9tonner qu\u2019elle soit si peu envisag\u00e9e \u00e0 travers la structuration du souffle. Le souffle a eu sa place dans la pens\u00e9e de l\u2019acteur, en termes de diction ou d\u2019expression<sup><a href=\"#sdfootnote9sym\" id=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a><\/sup>, avec un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par le biais d\u2019une pens\u00e9e globale du corps de l\u2019acteur. Dans \u00ab&nbsp;Un athl\u00e9tisme affectif&nbsp;\u00bb, Antonin Artaud localise les bases organiques des passions en les reliant \u00e0 des mouvements de souffles \u2014&nbsp;\u00e9quilibr\u00e9, expansif, attractif&nbsp;\u2014 formant entre eux des combinaisons, chacune correspondant \u00e0 un sentiment.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle accompagne le sentiment et on peut p\u00e9n\u00e9trer dans le sentiment par le souffle. [\u2026] Un sentiment que l\u2019acteur n\u2019a pas, il peut y rep\u00e9n\u00e9trer par le souffle, \u00e0 condition d\u2019en combiner judicieusement les effets. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il est certain qu\u2019\u00e0 chaque sentiment, \u00e0 chaque mouvement de l\u2019esprit, \u00e0 chaque bondissement de l\u2019affectivit\u00e9 humaine correspond un souffle qui lui appartient.<sup><a href=\"#sdfootnote10sym\" id=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce lien entre souffle et sentiment s\u2019incarne, chez Artaud, dans ce qu\u2019il nomme \u00ab&nbsp;musculature affective&nbsp;\u00bb qui se contracte et se d\u00e9contracte au fil des souffles&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et ce souffle nous le localisons, nous le r\u00e9partissons dans des \u00e9tats de contraction et de d\u00e9contraction combin\u00e9s.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote11sym\" id=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a><\/sup> Ainsi, le corps de l\u2019acteur est l\u2019endroit o\u00f9 passe le souffle, mais ce passage est obstru\u00e9 dans le spectacle de Caroline Guiela Nguyen.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><em>Lacrima<\/em> prolonge sa dramaturgie de l\u2019asphyxie sur sc\u00e8ne. Le corps est contraint par le travail, oppress\u00e9 par les autres, atteint d\u2019une maladie qui l\u2019emp\u00eache d\u2019\u00eatre ce lieu de passage du souffle. Quant \u00e0 l\u2019espace, il mat\u00e9rialise plusieurs lieux et se trouve satur\u00e9 d\u2019actions, \u00e0 l\u2019image des <em>split screens<\/em> du grand \u00e9cran qui multiplient les gros plans sur les d\u00e9tails de la repr\u00e9sentation. Le dispositif sc\u00e9narise, \u00e0 m\u00eame le plateau, les diff\u00e9rents lieux du drame, les pla\u00e7ant tour \u00e0 tour en retrait ou au premier plan \u2014&nbsp;rapprochant ainsi Paris, Mumbai et Alen\u00e7on. La sc\u00e8ne \u00e9touffe, elle aussi, car elle ne laisse aucune respiration visuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Si la sc\u00e9nographie tisse des liens entre lieux et personnages, la pr\u00e9sence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de LEDs et les murs gris qui d\u00e9coupent la sc\u00e8ne uniformisent progressivement l\u2019espace plurispatial des ateliers et accentuent le sentiment d\u2019enfermement et de manque d\u2019air. Le dispositif n\u2019offre par ailleurs aucun usage de la coulisse&nbsp;: les interpr\u00e8tes restent parfois en sc\u00e8ne alors qu\u2019ils ne participent pas n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019action, ne marquant eux-m\u00eames de ce fait aucune pause.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">D\u2019autres gestes individuels viennent renforcer ces motifs du manque de souffle et de sa reprise. Au milieu du spectacle, une sc\u00e8ne met en pr\u00e9sence les trois derni\u00e8res brodeuses d\u2019Alen\u00e7on lors d\u2019une rencontre radiophonique o\u00f9 elles expliquent la fa\u00e7on dont elles s\u2019entraident entre coll\u00e8gues pour se rappeler mutuellement de respirer. C\u2019est en ces mots que Sophia (Nanii) traduit une vid\u00e9o de sa m\u00e8re en langue des signes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>SOPHIA. Alors, elle dit&nbsp;: Respire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Je passe toutes mes journ\u00e9es \u00e0 manipuler un fil plus fin que des cheveux. La concentration d\u2019une dentelli\u00e8re est telle qu\u2019elle en oublie r\u00e9guli\u00e8rement de respirer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Souvent, nous devons surveiller notre coll\u00e8gue pour nous assurer qu\u2019elle respire bien, qu\u2019elle ne fait pas d\u2019apn\u00e9e pour ne pas louper son point. L\u2019apn\u00e9e est si courante chez les dentelli\u00e8res qu\u2019elle entra\u00eene des phl\u00e9bites ou de grands dysfonctionnements cardiaques. Le sang ne circule plus. C\u2019est pour cette raison que les dentelli\u00e8res veillent les unes sur les autres. Si l\u2019une d\u2019elles arr\u00eate de respirer, nous d\u00e9posons doucement une main sur son \u00e9paule pour la sortir d\u00e9licatement de sa concentration et lui dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Attention, respire.&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote12sym\" id=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tandis que cette pratique est racont\u00e9e, le spectateur peut faire le parall\u00e8le avec un autre personnage, Abdul Gani (Charles Vinoth Irudhayaraj), le brodeur indien travaillant seul de mani\u00e8re ininterrompue sur une partie de la robe de mari\u00e9e, au prix de sa sant\u00e9. L\u00e0 encore, le geste verbalis\u00e9 rend visible l\u2019asphyxie du personnage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce motif de la main sur l\u2019\u00e9paule, nous le retrouvons \u00e0 plusieurs reprises au fil du spectacle, dans des contextes diff\u00e9rents de celui d\u00e9crit ci-dessus. Signe de soutien, il est parfois appliqu\u00e9 pour faire sortir d\u00e9licatement l\u2019autre de son \u00ab&nbsp;apn\u00e9e&nbsp;\u00bb. Ainsi Sophia sortant doucement Th\u00e9r\u00e8se de son choc apr\u00e8s un message laiss\u00e9 par sa petite-fille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cet acte de respirer \u00e0 nouveau s\u2019approfondit d\u00e8s lors que l\u2019on consid\u00e8re ce qu\u2019il repr\u00e9sente. Pour analyser son usage dans <em>Lacrima<\/em>, il nous faut prendre en compte son usage th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Th\u00e9\u00e2tralement, le souffle port\u00e9 par la sc\u00e8ne est d\u00e9sign\u00e9 par diff\u00e9rentes expressions. La philosophie du th\u00e9\u00e2tre d\u2019Henri Gouhier avait pour objet \u00ab&nbsp;l\u2019<em>\u00e2me&nbsp;<\/em>\u00bb du th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois le \u00ab&nbsp;principe spirituel&nbsp;\u00bb de cet art comme son \u00ab&nbsp;souffle vital<sup><a href=\"#sdfootnote13sym\" id=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. Pour Yannick Butel, c\u2019est le \u00ab&nbsp;souffle po\u00e9tique<sup><a href=\"#sdfootnote14sym\" id=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb du texte que l\u2019on retrouve \u00e0 la sc\u00e8ne et qui fait la vitalit\u00e9 propre du th\u00e9\u00e2tre. Plus largement, Edgar Morin parle d\u2019un \u00ab&nbsp;souffle cr\u00e9ateur&nbsp;\u00bb propre aux artistes. Il serait possible de multiplier les expressions, mais l\u2019id\u00e9e sous-jacente est que ce souffle s\u2019apparente parfois \u00e0 l\u2019inspiration ou parfois s\u2019en \u00e9loigne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Quelle que soit la fa\u00e7on de le nommer, ce qui porte une repr\u00e9sentation est toujours un souffle qui rend pr\u00e9sent \u00ab&nbsp;un morceau de r\u00e9el&nbsp;\u00bb sur sc\u00e8ne, pour reprendre les mots de Val\u00e8re Novarina&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chaque mot divise un morceau du r\u00e9el dans ta bouche. Ici est un lieu, dans ta bouche, o\u00f9 il y a \u00e9cart\u00e8lement de l\u2019homme par l\u2019espace et o\u00f9 nous \u00e9coutons appara\u00eetre le vide, l\u2019espace venir battre. Il s\u2019entend un souffle. Le r\u00e9el respire. Dans la pens\u00e9e, une source d\u2019air est ouverte&nbsp;: appara\u00eet de la naissance d\u2019espace entre les mots.<sup><a href=\"#sdfootnote15sym\" id=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Au th\u00e9\u00e2tre, le souffle est autant celui d\u2019un corps que celui d\u2019une pens\u00e9e, voire il fait le lien entre le corps et la pens\u00e9e. Le souffle est \u00e0 la fois une exp\u00e9rience corporelle car il incorpore la voix par la bouche et la respiration et il est un espace d\u2019\u00e9mergence de la pens\u00e9e et du sens qu\u2019il incarne. Il est l\u2019interface entre la chair et l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Voix qui anime l\u2019acteur et s\u2019accomplit dans le souffle. [\u2026] Car le souffle est le mouvement de la voix int\u00e9rieure qui trouve dans la voix de l\u2019acteur un abri. Le souffle est encore cette mati\u00e8re o\u00f9 vient s\u2019imprimer de fa\u00e7on fugitive la recherche de la litt\u00e9ralit\u00e9, de la pens\u00e9e. Il est en quelque sorte nostalgique de l\u2019\u0153uvre d\u2019origine. Il suppose la qu\u00eate de points de tangence avec l\u2019\u0153uvre d\u2019origine, plus que la solution et la r\u00e9solution d\u2019un \u00e9cart li\u00e9 \u00e0 l\u2019origine. Il incarne l\u2019ultime moment de l\u2019ajustement d\u2019une voix corporelle \u00e0 une voix int\u00e9rieure qui guide l\u2019acteur et a sa source en un lieu \u00e9tranger.<sup><a href=\"#sdfootnote16sym\" id=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cet \u00ab&nbsp;ultime moment&nbsp;\u00bb dont parle Yannick Butel est \u00e0 pr\u00e9ciser. D\u2019un certain point de vue, la repr\u00e9sentation semble \u00eatre une nouvelle pr\u00e9sentation de ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 soit dans la r\u00e9alit\u00e9 soit par le texte. C\u2019est toute la question de l\u2019imitation (qui remonte \u00e0 la <em>mim\u00e8sis <\/em>antique) comme \u00ab&nbsp;second souffle&nbsp;\u00bb qui se pose en ce sens. Il peut y avoir autant de \u00ab&nbsp;seconds souffles&nbsp;\u00bb qu\u2019il y aura de repr\u00e9sentations d\u2019un m\u00eame texte, sans compter les mises en sc\u00e8ne diff\u00e9rentes qui peuvent en \u00eatre faites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ainsi, le th\u00e9\u00e2tre peut aussi bien \u00eatre envisag\u00e9 comme un art de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, parce que lorsqu\u2019un texte (ou ce qui en tient lieu) est mis en sc\u00e8ne, il est l\u2019occasion, pour de nouveaux souffles, de s\u2019emparer de ce texte \u00e0 chaque nouvelle repr\u00e9sentation. Certes, il fait exister l\u2019acteur sur sc\u00e8ne, dans son corps, sa voix, sa pr\u00e9sence, mais cette vitalit\u00e9 sc\u00e9nique est elle-m\u00eame habit\u00e9e par une pens\u00e9e. Le souffle est \u00e0 la fois la trace physique, physiologique, de la parole incarn\u00e9e et la m\u00e9diation d\u2019une pens\u00e9e en mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Une repr\u00e9sentation agit comme cette \u00ab&nbsp;culture en action&nbsp;\u00bb dont parle Artaud, \u00ab&nbsp;qui devient en nous comme un nouvel organe, une sorte de souffle second&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote17sym\" id=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a><\/sup>. Ce qui vitalise le spectacle peut alors venir de tout artiste impliqu\u00e9 dans la cr\u00e9ation. Que ce soit l\u2019auteur dramatique (par l\u2019inspiration), le metteur en sc\u00e8ne (Jean-Fran\u00e7ois Peyret parle d\u2019une \u00ab&nbsp;pneumatisation de la langue&nbsp;\u00bb sur sc\u00e8ne<sup><a href=\"#sdfootnote18sym\" id=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a><\/sup>), etc. et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019acteur qui peut lui aussi en \u00eatre l\u2019initiateur et <em>insuffler<\/em> de la vie \u00e0 cette cr\u00e9ation par son jeu. Chacune de ces figures, \u00e0 sa mani\u00e8re, fait alors preuve de <em>g\u00e9nie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">On a longtemps parl\u00e9 d\u2019inspiration, puis ce terme devenu banal a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9. \u00c0 tort, pensons-nous. Car il \u00e9voque comme un souffle ou un esprit qui viendrait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019artiste lui donner la capacit\u00e9 cr\u00e9atrice. Le mot g\u00e9nie \u00e9voque un \u00eatre sup\u00e9rieur de nature spirituelle, soit la capacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de l\u2019artiste. Le mot italien <em>ingegno<\/em>, que Vico a utilis\u00e9 pour d\u00e9signer la facult\u00e9 productrice de l\u2019esprit humain, vaut particuli\u00e8rement pour la cr\u00e9ation artistique.<sup><a href=\"#sdfootnote19sym\" id=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce faisant, tout artiste peut impulser ce \u00ab&nbsp;second souffle&nbsp;\u00bb, pourvu qu\u2019il trouve cette nouvelle inspiration ou cette nouvelle motivation qui donne une autre tournure \u00e0 l\u2019\u0153uvre qu\u2019il participe \u00e0 cr\u00e9er. C\u2019est alors ce souffle qui r\u00e9activera l\u2019\u0153uvre autrement qu\u2019elle ne l\u2019a \u00e9t\u00e9 une premi\u00e8re fois, apr\u00e8s une p\u00e9riode de fatigue, de stagnation ou de perte. Un texte de th\u00e9\u00e2tre issu des si\u00e8cles pass\u00e9s pourra toujours \u00eatre remis en sc\u00e8ne d\u2019une mani\u00e8re nouvelle qui lui fera reprendre vie par un second souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Au th\u00e9\u00e2tre donc, le souffle soutient la diction, la transmission et l\u2019intelligibilit\u00e9 de la parole. Mais comme l\u2019\u00e9crit Novarina, il fait aussi appara\u00eetre \u00ab&nbsp;l\u2019espace entre les mots&nbsp;\u00bb. Cet espace lib\u00e8re un passage vers ce que l\u2019on nomme ici le second souffle, qui rapproche l\u2019espace th\u00e9\u00e2tral au plus pr\u00e8s du spectateur, jusqu\u2019\u00e0 pouvoir en sentir les battements les plus subtils.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2239\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-3\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-3\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2239\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-3.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">III.&nbsp;Accompagner le spectacle souffle par souffle<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Si le spectateur peut \u00e9prouver le bruit de la \u00ab&nbsp;colonne d\u2019air&nbsp;\u00bb \u2014&nbsp;espace lib\u00e9r\u00e9 par le souffle qui rapproche l\u2019exp\u00e9rience au-del\u00e0 des mots&nbsp;\u2014, ce passage permet de penser la modulation du souffle comme une exp\u00e9rience v\u00e9cue en commun, non seulement comme \u00e9v\u00e9nement final, mais \u00ab&nbsp;souffle par souffle&nbsp;\u00bb<sup><a href=\"#sdfootnote20sym\" id=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a><\/sup>. Cette exp\u00e9rience spectatrice se donne \u00e0 entendre dans des expressions comme \u00ab&nbsp;tenir en haleine&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;couper le souffle&nbsp;\u00bb. Avec Artaud, le rythme et les modulations du souffle partag\u00e9 traduisent les vibrations affectives et psychiques du spectacle, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un c\u0153ur dont les battements seraient modul\u00e9s par l\u2019\u00e9motion \u2014&nbsp;une exp\u00e9rience que l\u2019on retrouve avec <em>Lacrima<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Alors que l\u2019histoire racont\u00e9e est peut-\u00eatre essoufflement, \u00e9touffement, voire asphyxie, la mise en sc\u00e8ne de Caroline Guiela Nguyen est faite de respirations. L\u2019acte de reprendre son souffle n\u2019est pas qu\u2019un th\u00e8me, dans le spectacle. Il est aussi travaill\u00e9 dans la relation th\u00e9\u00e2trale. Reprendre son souffle signifie alors davantage que prendre \u00e0 nouveau sa respiration pour se r\u00e9oxyg\u00e9ner apr\u00e8s une perte de souffle pr\u00e9alable. C\u2019est faire une pause apr\u00e8s un moment de tension, mais cette reprise, si elle est possible par les moments transitoires am\u00e9nag\u00e9s dans la mise en sc\u00e8ne, elle est aussi un acte individuel des personnes qui constituent le public. Ce n\u2019est pas seulement une action voulue et orchestr\u00e9e par une metteuse en sc\u00e8ne, mais bien l\u2019acte de spectateurs \u00e9mancip\u00e9s. La mise en sc\u00e8ne accompagne ces modulations du souffle sans les imposer. Le spectateur suit les situations dramatiques, \u00ab&nbsp;souffle par souffle et temps par temps&nbsp;\u00bb pour cr\u00e9er son propre spectacle, int\u00e9rieurement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le public trouve dans les transitions entre les sc\u00e8nes du spectacle autant d\u2019occasions de reprendre lui aussi son souffle. Toutefois, il le reprend plus encore par son implication \u00e9motionnelle et r\u00e9flexive dans l\u2019exp\u00e9rience du spectacle que par son implication physique. Les spectateurs ne reprennent pas leur souffle \u00e0 la mani\u00e8re des interpr\u00e8tes qui le font apr\u00e8s un effort de jeu. Cette respiration ne se limite donc pas \u00e0 un simple rel\u00e2chement physique suite \u00e0 une tension dramatique. Elle permet la saisie r\u00e9flexive d\u2019une situation, \u00e0 l\u2019image de cette sc\u00e8ne oppressante (s\u00e9quence 2 de la partie 3) lors de laquelle Julien (Dan Artus), le mari de Marion, la retient dans l\u2019atelier de haute couture dans lequel ils travaillent et la harc\u00e8le de questions toute une nuit durant pour lui faire avouer un adult\u00e8re qui n\u2019existe pas. D\u2019autres pressions exerc\u00e9es sur le personnage la feront craquer, emportant le public dans un processus d\u2019immersion \u00e9motionnel et r\u00e9flexif. La s\u00e9quence se termine par l\u2019\u00e9vanouissement de Marion, appuy\u00e9 dans la mise en sc\u00e8ne par l\u2019immobilit\u00e9 des autres personnages avant que la s\u00e9quence suivante ne commence, nous faisant nous d\u00e9tacher un instant du flot dramatique. Ces transitions laissent \u00e0 chacune des personnes dans la salle le temps de se r\u00e9approprier la repr\u00e9sentation. Ce souffle, partag\u00e9 et organis\u00e9 par la structure dramatique, na\u00eet des passages entre les s\u00e9quences et invite le public \u00e0 s\u2019engager autrement dans le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00c0 mesure que les sc\u00e8nes se succ\u00e8dent, les pauses \u2014&nbsp;fugitives comme celles entre deux s\u00e9quences, ou plus assum\u00e9es, comme l\u2019entracte&nbsp;\u2014 permettent aux spectateurs de reprendre leur souffle, cr\u00e9ant un \u00e9cho intime entre l\u2019action sur sc\u00e8ne et l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue dans la salle. Ces moments d\u2019accalmie ne rompent pas la continuit\u00e9 dramatique mais tissent des liens entre l\u2019action sc\u00e9nique et l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue dans la salle. Le rythme de la mise en sc\u00e8ne alterne temps forts et temps de suspension, ouvrant \u00e0 une cyclicit\u00e9 des passages entre inspiration, r\u00e9tention et expiration, tant sur le plan physique et \u00e9motionnel que r\u00e9flexif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il existe \u00e9galement un souffle dans l\u2019espace interm\u00e9diaire entre le public et la repr\u00e9sentation. Jacques Ranci\u00e8re avance l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab&nbsp;souffle de l\u2019artiste&nbsp;\u00bb qui n\u2019est pas transmis directement, mais partag\u00e9 dans un entre-deux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">[La performance] n\u2019est pas la transmission du savoir ou du souffle de l\u2019artiste au spectateur. Elle est cette troisi\u00e8me chose dont aucun n\u2019est propri\u00e9taire, dont aucun ne poss\u00e8de le sens, qui se tient entre eux, \u00e9cartant toute transmission \u00e0 l\u2019identique, toute identit\u00e9 de la cause et de l\u2019effet.<sup><a href=\"#sdfootnote21sym\" id=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle cr\u00e9e une tension entre ce qui est re\u00e7u et ce qui est cr\u00e9\u00e9 sur sc\u00e8ne. Novarina parle de ce vide, de cet \u00ab&nbsp;\u00e9cart\u00e8lement de l\u2019homme par l\u2019espace&nbsp;\u00bb, comme un lieu de souffle et d\u2019\u00e9mergence. Il n\u2019est donc ni totalement individuel ni strictement transmissible, il cr\u00e9e un espace (corporel, po\u00e9tique, mental) entre texte et sc\u00e8ne, entre sc\u00e8ne et salle, entre artistes et public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ces moments de respiration partag\u00e9e deviennent l\u2019inspiration d\u2019une humanit\u00e9 retrouv\u00e9e et \u00e9prouv\u00e9e <em>par<\/em> le collectif et <em>dans<\/em> la relation th\u00e9\u00e2trale. Travers\u00e9 par un souffle commun qui devient symbole de solidarit\u00e9, le spectacle t\u00e9moigne d\u2019une exp\u00e9rience esth\u00e9tique v\u00e9cue ensemble. Le public vit et vibre en r\u00e9sonance avec la repr\u00e9sentation, participe \u00e0 un v\u00e9cu social, faisant du th\u00e9\u00e2tre le lieu d\u2019une exp\u00e9rience commune, m\u00eame et malgr\u00e9 le fait qu\u2019elle passe par les chemins d\u2019exp\u00e9riences individuelles parfois radicalement oppos\u00e9es. <em>Lacrima<\/em> fait partie de ces spectacles qui surmontent nos particularit\u00e9s pour nous emporter, indiff\u00e9remment, dans le souffle de sa cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2236\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2236\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Note sur les auteurs<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00c9lise Lem\u00e9nager-Bertrand est docteure en \u00c9tudes Th\u00e9\u00e2trales de la Sorbonne Nouvelle. Ses recherches portent sur la modernit\u00e9 artistique, l\u2019esth\u00e9tique th\u00e9\u00e2trale et l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9. Elle est l\u2019auteure d\u2019une th\u00e8se intitul\u00e9e <em>Cri et th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 dans les arts de la repr\u00e9sentation au XXe si\u00e8cle&nbsp;: Peinture, Th\u00e9\u00e2tre, Cin\u00e9ma<\/em>. Elle enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lille (d\u00e9partement Arts), est membre associ\u00e9e du CEAC et affili\u00e9e au RIRRA21. Elle co-dirige actuellement un dossier scientifique sur les dramaturgies du geste et le th\u00e9\u00e2tre d\u2019images.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Jean-Baptiste Richard est docteur en arts, dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 Polytechnique Hauts-de-France. Il enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lille et travaille sur les liens parfois \u00e9troits qui unissent et d\u00e9sunissent l\u2019activit\u00e9 spectatrice et la dramaturgie. Ses articles r\u00e9cemment publi\u00e9s portent sur l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale, l\u2019\u00e9criture dramatique assist\u00e9e par intelligence artificielle et le th\u00e9\u00e2tre de Chlo\u00e9 Delaume.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2236\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2236\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>ARTAUD Antonin, <em>Le Th\u00e9\u00e2tre et son double<\/em> (1938), Gallimard, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">BUTEL Yannick, <em>Essai sur la Pr\u00e9sence au th\u00e9\u00e2tre : L\u2019effet de cerne<\/em>, L\u2019Harmattan, 2000.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">GOUHIER Henri, <em>L\u2019Essence du th\u00e9\u00e2tre<\/em> (1943), Librairie philosophique J. Vrin, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>GUIELA NGUYEN Caroline, <em>Lacrima<\/em>, Actes Sud, 2024.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">GUIELA NGUYEN Caroline (texte et mise en sc\u00e8ne), <em>Lacrima<\/em>, Th\u00e9\u00e2tre du Nord, Lille, d\u00e9cembre 2024. Spectacle cr\u00e9\u00e9 le 14 mai 2024 au Th\u00e9\u00e2tre national de Strasbourg.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">MESNAGE Maurice, \u00ab Le Cri tragique chez les Grecs \u00bb, <em>Bulletin de l\u2019Association Guillaume Bud\u00e9&nbsp;: Lettres d\u2019humanit\u00e9<\/em>, d\u00e9cembre 1966, n\u00b0&nbsp;25.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">MORIN Edgar, <em>Sur l\u2019esth\u00e9tique<\/em>, \u00c9ditions Robert Laffont et Maison des sciences de l\u2019homme, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>NOVARINA Val\u00e8re, <em>Devant la parole<\/em> (1977), P.O.L \u00e9diteur, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>RANCI\u00c8RE Jacques, <em>Le Spectateur \u00e9mancip\u00e9<\/em>, La Fabrique \u00e9ditions, 2008.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2236\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2236\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote1anc\" id=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> MESNAGE Maurice, \u00ab&nbsp;Le Cri tragique chez les Grecs&nbsp;\u00bb, <em>Bulletin de l\u2019Association Guillaume Bud\u00e9&nbsp;: Lettres d\u2019humanit\u00e9<\/em>, d\u00e9cembre 1966, n\u00b0&nbsp;25, p.&nbsp;426.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote2anc\" id=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;428.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote3anc\" id=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> GUIELA NGUYEN Caroline, <em>Lacrima<\/em>, Actes Sud, 2024, pp.&nbsp;8 et 152.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote4anc\" id=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;[41].<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote5anc\" id=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><em> Ibid.<\/em>, p.&nbsp;[61].<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote6anc\" id=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><em> Ibid.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote7anc\" id=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;[155].<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote8anc\" id=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> \u00c9tymologie de <em>drama<\/em>. Lire \u00e9galement ARISTOTE, <em>Po\u00e9tique<\/em>, 1449&nbsp;b 21.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote9anc\" id=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> Cf. divers trait\u00e9s, 17e puis 18e si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote10anc\" id=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> ARTAUD Antonin, \u00ab&nbsp;Un athl\u00e9tisme affectif&nbsp;\u00bb dans <em>Le Th\u00e9\u00e2tre et son double <\/em>(1938), Gallimard, 2013, p.&nbsp;147-148.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote11anc\" id=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;148.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote12anc\" id=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> GUIELA NGUYEN, <em>op. cit.<\/em>, pp.&nbsp;101-102.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote13anc\" id=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> GOUHIER Henri, <em>L\u2019Essence du th\u00e9\u00e2tre <\/em>(1943), Librairie philosophique J. Vrin, 2002, p.&nbsp;9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote14anc\" id=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> BUTEL Yannick, <em>Essai sur la Pr\u00e9sence au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: L\u2019effet de cerne<\/em>, L\u2019Harmattan, 2000, p.&nbsp;42.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote15anc\" id=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> NOVARINA Val\u00e8re, <em>Devant la parole<\/em> (1977), P.O.L \u00e9diteur, 2010, p.&nbsp;18.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote16anc\" id=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> BUTEL, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;51.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote17anc\" id=\"sdfootnote17sym\">17<\/a>ARTAUD Antonin, \u00ab&nbsp;Le th\u00e9\u00e2tre et la culture&nbsp;\u00bb, <em>Le th\u00e9\u00e2tre et son double<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;10-11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote18anc\" id=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> Cit\u00e9 par BUTEL, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote19anc\" id=\"sdfootnote19sym\">19<\/a> MORIN Edgar, <em>Sur l\u2019esth\u00e9tique<\/em>, \u00c9ditions Robert Laffont et Maison des sciences de l\u2019homme, 2016, pp.&nbsp;39-40.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote20anc\" id=\"sdfootnote20sym\">20<\/a> ARTAUD, \u00ab&nbsp;Un athl\u00e9tisme affectif&nbsp;\u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;145.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote21sym\" href=\"#sdfootnote21anc\">21<\/a> RANCI\u00c8RE Jacques, <em>Le Spectateur \u00e9mancip\u00e9<\/em>, La Fabrique \u00e9ditions, 2008, p.&nbsp;21.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ce qui va suivre, il est question de souffle, d\u2019essoufflement, d\u2019asphyxie, de reprise de souffle. Du \u00ab\u00a0second souffle\u00a0\u00bb au th\u00e9\u00e2tre. Il est question de mise en sc\u00e8ne, de jeu, d\u2019enjeux sociaux, professionnels, humains. Jusqu\u2019au final extr\u00eame de saturation mentale et physique traduit concr\u00e8tement par la sc\u00e9nographie, les \u00e9clairages, l\u2019absence de pauses. Une exp\u00e9rience collective [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[230],"tags":[295,235,226,294,34],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8FFEZ-vH","jetpack-related-posts":[{"id":2075,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/souffles-de-chair-poetique-du-corps-feminin-dans-lecriture-contemporaine-kaoutar-elouahabi\/","url_meta":{"origin":1965,"position":0},"title":"Souffles de chair : Po\u00e9tique du corps f\u00e9minin dans l\u2019\u00e9criture contemporaine &#8212; Kaoutar Elouahabi","author":"Administrateur","date":"21 octobre 2025","format":false,"excerpt":"Kaoutar Elouahabi nous offre une travers\u00e9e extr\u00eamement sensible des \u00e9critures po\u00e9tiques de trois femmes : Annie Ernaux, H\u00e9l\u00e8ne Cixous et Le\u00efla Slimani afin d'y d\u00e9c\u00e9ler ce qu'il y a de plus charnel dans la trace offerte par le souffle. Explorant rythme et cadence, quand il est retenu ou on contraire\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1689,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-traversee-de-lair-bernard-salignon\/","url_meta":{"origin":1965,"position":1},"title":"La travers\u00e9e de l&rsquo;air \u2014 Bernard Salignon","author":"Administrateur","date":"10 novembre 2025","format":false,"excerpt":"Pour parler du souffle en po\u00e9sie et en peinture, le propos de Bernard Salignon donne l'illusion d'un ensemble d'aphorismes, parce que sans commentaire ni transition. En disant l'essentiel, le texte est justement \u00e9pars, le souffle anime de blancs la voix qui troue. C'est l\u00e0 que subsiste la parole vivante. La\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1756,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/lecho-dun-souffle-alexandre-mora-qiuhan-tu\/","url_meta":{"origin":1965,"position":2},"title":"L\u2019\u00c9cho d&rsquo;un souffle \u2014 Alexandre Mora &#038; Qiuhan Tu","author":"Administrateur","date":"10 novembre 2025","format":false,"excerpt":"A l'occasion de ce num\u00e9ro, Alexandre Mora a mis en musique le po\u00e8me \"L\u2019\u00c9cho d'un souffle\" de Qiuhan Tu. Cette collaboration est d\u00e9clin\u00e9e \u00e0 rebours du geste cr\u00e9atif, en trois temps, comme autant d'approches du souffle. D'abord le morceau dans sa version la plus brute, puis la partition dont la\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2227,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/","url_meta":{"origin":1965,"position":3},"title":"Charles Juliet \u00e0 voix basse, rythme et souffle en po\u00e9sie \u2014 Elena Gueudet Motte","author":"Administrateur","date":"9 novembre 2025","format":false,"excerpt":"\u00c9couter un po\u00e8te dire ses po\u00e8mes, c'est le pr\u00e9cieux cadeau que nous offre Elena Gueudet Motte dans cet article qui questionne les pouvoirs de l'oralit\u00e9 du po\u00e8me, depuis la richesse m\u00e9taphorique du souffle jusqu'\u00e0 sa trace rendue visible. En effet, l'auteur propose une analyse des textes au plus pr\u00e8s de\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1679,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/souffle-appel-a-contributions\/","url_meta":{"origin":1965,"position":4},"title":"Souffle : appel \u00e0 contributions","author":"Administrateur","date":"21 f\u00e9vrier 2025","format":false,"excerpt":"Souffle est la septi\u00e8me et nouvelle th\u00e9matique de la revue. Nous vous invitons \u00e0 nous faire part de votre proposition : texte, image(s), ou encore bande sonore \u2013 cette th\u00e9matique se pr\u00eatant volontiers \u00e0 l\u2019oralit\u00e9 \u2013 ou tout autre m\u00e9dium dans la mesure o\u00f9 votre cr\u00e9ation sera publi\u00e9e en ligne.\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2307,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/ralentir-pour-respirer-rythmes-et-souffle-dans-open-water-2021-de-caleb-azumah-nelson-amanda-benmouloud\/","url_meta":{"origin":1965,"position":5},"title":"Ralentir pour respirer : rythme(s) et souffle dans Open Water (2021) de Caleb Azumah Nelson  \u2014Amanda Benmouloud","author":"Administrateur","date":"10 novembre 2025","format":false,"excerpt":"Introduction I. Le rythme londonien : vivre au rythme de la d\u00e9possession des souffles Le pr\u00e9sent n\u00e9cropolitique Vivre au rythme des d\u00e9possessions La respiration emp\u00each\u00e9e comme sympt\u00f4me : l\u2019ali\u00e9nation du corps II. Ralentir pour respirer : le temps de l\u2019expression La rythmanalyse lefebvrienne Le protagoniste rythmanalyste Comment ralentir ? L\u2019expression\/expiration\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1965"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1965"}],"version-history":[{"count":30,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1965\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2798,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1965\/revisions\/2798"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1965"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1965"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1965"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}