{"id":2075,"date":"2025-10-21T16:22:34","date_gmt":"2025-10-21T15:22:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=2075"},"modified":"2025-11-10T08:20:13","modified_gmt":"2025-11-10T07:20:13","slug":"souffles-de-chair-poetique-du-corps-feminin-dans-lecriture-contemporaine-kaoutar-elouahabi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/souffles-de-chair-poetique-du-corps-feminin-dans-lecriture-contemporaine-kaoutar-elouahabi\/","title":{"rendered":"Souffles de chair : Po\u00e9tique du corps f\u00e9minin dans l\u2019\u00e9criture contemporaine &#8212; Kaoutar Elouahabi"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-justify\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\">Kaoutar Elouahabi nous offre une travers\u00e9e extr\u00eamement sensible des \u00e9critures po\u00e9tiques de trois femmes : Annie Ernaux, H\u00e9l\u00e8ne Cixous et Le\u00efla Slimani afin d&rsquo;y d\u00e9c\u00e9ler ce qu&rsquo;il y a de plus charnel dans la trace offerte par le souffle. Explorant rythme et cadence, quand il est retenu ou on contraire presque crach\u00e9, le souffle po\u00e9tique, loin de celui des muses chant\u00e9 par H\u00e9siode, devient la marque de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 tu et qui ne saurait rester enferm\u00e9. De la voix \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, le langage est \u00e9nergie corporelle qui scelle le passage entre int\u00e9riorit\u00e9 et ext\u00e9riorit\u00e9.<\/mark><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2236\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2236\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Souffles de chair : Po\u00e9tique du corps f\u00e9minin dans l\u2019\u00e9criture contemporaine<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le souffle d\u2019une femme ne s\u2019\u00e9crit jamais sans une blessure. C\u2019est la langue qu\u2019elle arrache au silence. <\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il est des souffles qu\u2019on n\u2019entend pas, ou \u00e0 peine, discrets, fugitifs, comme des traces dans la lumi\u00e8re. D\u2019autres hurlent \u00e0 travers la peau, percent le silence, lac\u00e8rent la page. Le souffle : cette mati\u00e8re impalpable, qu\u2019on r\u00e9duit souvent \u00e0 une fonction vitale, mais qui est bien davantage. Il est la premi\u00e8re pulsation du vivant, ce battement intime qui relie le corps au monde, la m\u00e9moire \u00e0 la langue, le silence \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de dire. Il pr\u00e9c\u00e8de la parole, la soutient ou l\u2019interrompt. Il la fait trembler, la retient, ou l\u2019arrache \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Dans l\u2019espace litt\u00e9raire, il n\u2019est pas un simple effet de rythme : il devient \u00e9criture en soi, respiration textuelle, scansion corporelle, vibration de l\u2019\u00eatre dans le langage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans l\u2019\u00e9criture contemporaine, et plus encore dans celle qui engage le corps f\u00e9minin comme lieu de m\u00e9moire, de blessure et de r\u00e9volte, le souffle prend une densit\u00e9 singuli\u00e8re. Il ne dit pas seulement : il palpite. Il fait entendre le dessous de la parole, ce qui s\u2019\u00e9crit dans les creux, dans les suspensions, dans les reprises incertaines. \u00c9crire, ici, c\u2019est reprendre souffle apr\u00e8s la chute, c\u2019est haleter dans la langue, faire affleurer ce qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019expression. L\u2019\u00e9criture se fait alors souffle coup\u00e9, souffle retenu, souffle d\u00e9ploy\u00e9&nbsp;; tout un lexique du vivant et du vuln\u00e9rable, une syntaxe du corps \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans cette perspective, parler d\u2019\u00e9criture f\u00e9minine ne revient pas \u00e0 d\u00e9finir un style biologique ou \u00e0 figer une cat\u00e9gorie. Il s\u2019agit moins d\u2019une appartenance que d\u2019un geste : celui d\u2019inscrire dans le texte un rythme int\u00e9rieur, une exp\u00e9rience incarn\u00e9e, une forme de r\u00e9sistance po\u00e9tique. L\u2019\u00e9criture devient le lieu d\u2019un souffle qui \u00e9chappe \u00e0 la norme, qui refuse le logos dominant, qui s\u2019invente \u00e0 m\u00eame la chair. H\u00e9l\u00e8ne Cixous, dans ses textes travers\u00e9s de feu et d\u2019exc\u00e8s, parle de cette n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00ab \u00e9crire le corps \u00bb, de faire respirer sur la page ce que les si\u00e8cles ont tent\u00e9 d\u2019\u00e9touffer : la voix, le d\u00e9sir, la douleur, la jouissance, tout ce qui d\u00e9borde le langage fig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle, dans ce contexte, est politique. Il porte en lui les traces de l\u2019oppression, mais aussi les \u00e9lans de l\u2019\u00e9mancipation. Il est m\u00e9moire vive, geste de survie, tension entre silence et cri. Il relie l\u2019individuel au collectif, le charnel \u00e0 l\u2019historique. Il fait entendre ce qui, longtemps, a \u00e9t\u00e9 maintenu sous le seuil de l\u2019audible : la respiration d\u2019un corps ni\u00e9, le murmure d\u2019une subjectivit\u00e9 emp\u00each\u00e9e. En cela, il devient un lieu d\u2019insurrection : contre les silences impos\u00e9s, contre la transparence attendue, contre les cadences convenues. Chaque souffle retrouv\u00e9 est une d\u00e9chirure dans le tissu du langage dominant, une ouverture dans la structure du discours.&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Virginia Woolf, dans, <em>Une chambre \u00e0 soi, <\/em>\u00e9crivait qu\u2019<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il faut de l\u2019argent et une chambre \u00e0 soi pour \u00e9crire un roman <sup><a id=\"sdfootnote1anc\" href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette chambre, pourrait-on dire, est aussi un thorax symbolique, un espace int\u00e9rieur o\u00f9 l\u2019air peut circuler, o\u00f9 l\u2019esprit peut battre librement. Pour les \u00e9crivaines contemporaines, cette respiration \u2014 au sens plein, vital, po\u00e9tique \u2014 est souvent ce qui reste quand tout manque. L\u00e0 o\u00f9 les mots s\u2019effacent, le souffle persiste. L\u00e0 o\u00f9 la syntaxe chancelle, il soutient l\u2019\u00e9lan. Il devient ce lieu fragile mais tenace o\u00f9 se joue une autre mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire : depuis le dedans, depuis l\u2019\u00e9touffement, depuis l\u2019interstice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cet article s\u2019inscrit dans une lecture crois\u00e9e et po\u00e9tique du souffle comme trace du corps f\u00e9minin dans la litt\u00e9rature contemporaine. Non pour essentialiser ce corps, ni le r\u00e9duire \u00e0 sa mat\u00e9rialit\u00e9, mais pour explorer ce que son souffle engage dans le texte : une tension, une m\u00e9moire, une lutte. Il ne s\u2019agit pas de constituer un corpus fig\u00e9 ni d\u2019enfermer la litt\u00e9rature dans des fronti\u00e8res sexu\u00e9es, mais de suivre le souffle, ce battement discret ou rageur, l\u00e0 o\u00f9 il trouble, \u00e9branle, r\u00e9v\u00e8le. Le souffle devient ainsi mati\u00e8re critique, signe vivant, vecteur d\u2019une po\u00e9tique incarn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00c0 travers les \u0153uvres d\u2019Annie Ernaux, d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Cixous et de Le\u00efla Slimani, ce travail interroge la mani\u00e8re dont le souffle, ris\u00e9e, suspendu, haletant ou lib\u00e9r\u00e9, construit une po\u00e9tique de la chair, une \u00e9criture du corps qui dit autant par ses silences que par ses mots. Ces trois autrices, issues d\u2019horizons et de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes, partagent une m\u00eame attention \u00e0 ce qui palpite dans l\u2019ombre des phrases : m\u00e9moire de classe, m\u00e9moire coloniale, m\u00e9moire intime. Leur souffle est parfois celui de la honte, du d\u00e9sir, de la peur, de l\u2019indocilit\u00e9. Il est rythme de survie, cri retenu, murmure qui insiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Car \u00e9crire le corps, c\u2019est souvent \u00e9crire le souffle. Et \u00e9crire le souffle, c\u2019est dire la lutte d\u2019un corps pour se faire entendre, pour ne pas dispara\u00eetre. Entre murmure et insurrection, ces textes proposent une nouvelle \u00e9coute de la langue, une \u00e9coute depuis la gorge, le ventre, la peau. Le souffle y est pr\u00e9sence fantomatique ou \u00e9clat de voix, il est battement de m\u00e9moire, il est syntaxe sensuelle, politique, fragile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">C\u2019est cette tension f\u00e9conde entre chair et langue, entre silence et dire, entre oppression et lib\u00e9ration, que nous souhaitons explorer. \u00c0 travers une lecture attentive de leurs \u0153uvres, nous suivrons le souffle comme fil conducteur d\u2019une po\u00e9tique du corps f\u00e9minin, un fil tendu entre l\u2019intime et le politique, entre la blessure et le geste d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Notre parcours commencera avec Annie Ernaux, dont l\u2019\u00e9criture, apparemment d\u00e9pouill\u00e9e, laisse affleurer un souffle \u00e0 la fois social et organique. Un souffle souvent bris\u00e9, court, rythm\u00e9 par l\u2019effort de dire l\u2019indicible. Nous verrons comment, dans son \u0153uvre, la m\u00e9moire collective, les d\u00e9terminations de classe et la violence int\u00e9rioris\u00e9e trouvent leur forme dans un souffle textuel \u00e0 la fois contraint et lib\u00e9rateur.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2236\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2236\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>I. Annie Ernaux : Le souffle social du corps f\u00e9minin&nbsp;; po\u00e9tique de l\u2019\u00e9tranglement et de la r\u00e9surgence<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chez Annie Ernaux, le souffle n\u2019est jamais pur lyrisme. Il est charge, tension, ancrage dans un r\u00e9el brut, sans fard. \u00c9crire, pour elle, n\u2019est pas ornement mais n\u00e9cessit\u00e9. Le souffle devient alors syntaxe d\u2019une m\u00e9moire hant\u00e9e, inscription d\u2019un corps social dans une langue d\u00e9pouill\u00e9e, tendue entre la retenue et la lucidit\u00e9. Loin des \u00e9lans exalt\u00e9s, le souffle d\u2019Ernaux est celui d\u2019un corps qui se souvient, qui se heurte, qui se d\u00e9bat. Un souffle souvent court, retenu, comme si l\u2019\u00e9criture elle-m\u00eame se faisait sur une apn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">C\u2019est dans ce paysage fragile et dense que s\u2019inscrit l\u2019\u00e9criture d\u2019Annie Ernaux, dont le souffle est d\u2019abord un souffle entrav\u00e9, marqu\u00e9 par le poids d\u2019une m\u00e9moire sociale douloureuse, par les blessures invisibles inflig\u00e9es au corps f\u00e9minin, et par les silences qu\u2019imposent la honte et l\u2019oppression. Son \u00e9criture, \u00e0 la fois simple et incisive, laisse deviner dans ses phrases haletantes la lutte pour reprendre possession de ce souffle bris\u00e9, cette voix retenue, ce corps trop longtemps ni\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">C\u2019est \u00e0 travers son \u0153uvre, ancr\u00e9e dans une r\u00e9alit\u00e9 intime et collective, que l\u2019on peut percevoir l\u2019une des formes les plus poignantes de cette po\u00e9tique du souffle : un souffle qui se cherche, se d\u00e9robe et rena\u00eet, un souffle qui fait vibrer \u00e0 la fois la chair et la m\u00e9moire, et qui trace, dans le langage, la cartographie d\u2019une existence f\u00e9minine travers\u00e9e par le temps, l\u2019histoire et la douleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle dans l\u2019\u00e9criture d\u2019Annie Ernaux est le reflet intime d\u2019un corps socialis\u00e9, \u00e0 la fois prisonnier et r\u00e9sistant. Dans <em>Les Ann\u00e9es<\/em>, \u0153uvre embl\u00e9matique et monumentale, le souffle narratif \u00e9pouse un rythme fragment\u00e9, oscillant entre souvenirs personnels et m\u00e9moire collective. Ernaux \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Je respire mal, l\u2019air est vici\u00e9, les ann\u00e9es passent comme un souffle court, une respiration saccad\u00e9e.<sup><a id=\"sdfootnote2anc\" href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette phrase simple porte la tension d\u2019une existence prise dans le tumulte du temps, dans l\u2019enfermement d\u2019une condition sociale et genr\u00e9e. Le souffle court symbolise ici \u00e0 la fois l\u2019\u00e9puisement et la lutte d\u2019une femme qui traverse les d\u00e9cennies, marqu\u00e9e par le poids des conventions et des silences impos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>La Place<\/em>, r\u00e9cit autobiographique o\u00f9 Ernaux interroge la disparition de son p\u00e8re et l\u2019h\u00e9ritage social qui l\u2019accompagne, le souffle devient un rythme douloureux, presque haletant, qui fait sentir la pr\u00e9sence absente, le poids d\u2019un non-dit familial. Elle \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le silence s\u2019insinue, le souffle se fait rare, suspendu entre les murs de la maison vide.<sup><a id=\"sdfootnote3anc\" href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle est ici synonyme d\u2019absence et d\u2019effacement, mais aussi de cette respiration suspendue qui garde en m\u00e9moire ce qui n\u2019est plus dit. Le corps du p\u00e8re, bien que disparu, respire encore dans les mots, dans l\u2019espace du texte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ernaux ma\u00eetrise cette po\u00e9tique du souffle retenu qui rend palpable l\u2019oppression sociale et le poids des classes. Dans <em>L&rsquo;\u00c9v\u00e9nement<\/em>, o\u00f9 elle raconte son avortement clandestin, le souffle devient un vecteur d\u2019angoisse et de douleur, la respiration haletante d\u2019un corps travers\u00e9 par la peur et la r\u00e9volte. Elle \u00e9voque ainsi :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Mon souffle se heurte au silence de la chambre, chaque respiration est un cri contenu, un effort pour ne pas se briser.<sup><a id=\"sdfootnote4anc\" href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette dimension organique du souffle, entre douleur et r\u00e9sistance, donne une texture presque tactile au r\u00e9cit, o\u00f9 la chair se fait pr\u00e9sence vive dans l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Mais au-del\u00e0 du souffle entrav\u00e9, l\u2019\u00e9criture d\u2019Ernaux est aussi souffle de lib\u00e9ration. Par l\u2019acte d\u2019\u00e9crire, elle redonne voix \u00e0 ces corps silencieux, \u00e0 ces souffles \u00e9touff\u00e9s, et transforme la m\u00e9moire en une pulsation vivante. La simplicit\u00e9 apparente de son style se fait alors instrument d\u2019une po\u00e9sie discr\u00e8te mais puissante, o\u00f9 chaque phrase respire d\u2019une intensit\u00e9 bouleversante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ainsi, le souffle dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Annie Ernaux est un lieu de tension entre oppression et \u00e9mancipation, un rythme qui donne chair \u00e0 la m\u00e9moire, au corps, et \u00e0 la voix. C\u2019est dans ce souffle-l\u00e0 que s\u2019inscrit la force de son \u00e9criture, une respiration qui fait vibrer l\u2019intime dans le langage, et r\u00e9v\u00e8le l\u2019invisible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>L&rsquo;\u00c9v\u00e9nement<\/em>, le souffle atteint un autre r\u00e9gime : il devient rythme de la peur, de l\u2019attente, de l\u2019insupportable solitude d\u2019une jeune femme confront\u00e9e \u00e0 l\u2019inhumanit\u00e9 du syst\u00e8me. Il ne s\u2019agit plus d\u2019un souffle suspendu, mais d\u2019un souffle haletant, pr\u00e9cipit\u00e9, marqu\u00e9 par le risque, la honte, la clandestinit\u00e9. Ernaux \u00e9crit dans une langue nue, presque blanche, mais cette nudit\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui permet au souffle de surgir avec d\u2019autant plus de force :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Je n\u2019avais plus qu\u2019un but : que tout cela soit fini, qu\u2019un jour je puisse respirer normalement, sans arri\u00e8re-pens\u00e9e.<sup><a id=\"sdfootnote5anc\" href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle devient ici horizon \u2014 celui de la lib\u00e9ration, de la fin de l\u2019angoisse, mais aussi de l\u2019\u00e9criture comme travers\u00e9e de l\u2019oppression. La respiration n\u2019est pas donn\u00e9e d\u2019embl\u00e9e : elle est conquise. Il faut passer par l\u2019\u00e9touffement pour en retrouver la possibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>Les Ann\u00e9es<\/em>, Ernaux op\u00e8re un geste encore diff\u00e9rent. Le souffle s\u2019y \u00e9tire, devient ample, collectif. L\u2019\u00e9criture, construite comme un long ruban de m\u00e9moire impersonnelle, \u00e9pouse une respiration continue, presque cyclique, comme un poumon qui se dilate au rythme des d\u00e9cennies. Le \u00ab on \u00bb narratif substitue \u00e0 la subjectivit\u00e9 aigu\u00eb des r\u00e9cits pr\u00e9c\u00e9dents une sorte de souffle commun, anonyme, qui fait du texte un espace de r\u00e9sonance historique. Ce passage est embl\u00e9matique :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tout est devenu plus rapide, le souffle des choses s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Nous avons appris \u00e0 parler vite, \u00e0 courir, \u00e0 avaler les jours.<sup><a id=\"sdfootnote6anc\" href=\"#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ici, le souffle est celui du monde, de la modernit\u00e9, de l\u2019histoire qui traverse les corps. Ernaux, sans jamais renoncer \u00e0 sa propre voix, se dissout dans un flux collectif. C\u2019est une respiration plus vaste, mais non moins marqu\u00e9e par l\u2019urgence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce qui relie ces diff\u00e9rents r\u00e9gimes du souffle, c\u2019est leur ancrage dans le corps social. Le corps f\u00e9minin, chez Ernaux, est toujours situ\u00e9 : genr\u00e9, class\u00e9, expos\u00e9. Le souffle n\u2019est donc jamais simplement physiologique ou stylistique : il est politique. Respirer, c\u2019est r\u00e9sister. C\u2019est affirmer une pr\u00e9sence dans un monde qui cherche \u00e0 la r\u00e9duire, \u00e0 la taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans la tension entre la suffocation et l\u2019expression que se forge la singularit\u00e9 de cette \u00e9criture. Le souffle ernaldien n\u2019est pas le fruit d\u2019une esth\u00e9tisation du langage, mais la trace d\u2019un combat. Un combat pour dire ce qui ne se dit pas. Pour faire surgir dans la langue les battements inaudibles du r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans cette perspective, l\u2019\u00e9criture devient un organe respiratoire, une extension du thorax, un espace o\u00f9 le corps f\u00e9minin peut, enfin, reprendre souffle \u2014 m\u00eame si ce souffle est parfois coup\u00e9, rauque, difficile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Annie Ernaux ne cherche pas \u00e0 sublimer la douleur, mais \u00e0 l\u2019habiter. \u00c0 la traduire en une respiration textuelle qui, en se refusant aux ornements, touche \u00e0 l\u2019essentiel : la chair nue de l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle chez Annie Ernaux ne se contente pas de traverser les r\u00e9cits : il les structure, il les sous-tend, il leur imprime un tempo vital, fragile, in\u00e9gal, comme une respiration troubl\u00e9e par l\u2019histoire intime et collective. Dans ses textes, l\u2019\u00e9criture devient lieu de friction entre le silence et le cri, entre la peur d\u2019\u00eatre lue et l\u2019irr\u00e9pressible n\u00e9cessit\u00e9 de dire. Ce souffle porte donc en lui une tension fondatrice : il na\u00eet du tiraillement entre la retenue et l\u2019\u00e9panchement, entre l\u2019opacit\u00e9 du souvenir et la clart\u00e9 violente de sa mise en mots.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il faut noter combien la ponctuation joue un r\u00f4le essentiel dans cette orchestration du souffle. Les virgules, fr\u00e9quentes, agissent comme des micro-respirs, marquant des pauses br\u00e8ves dans un flux souvent haletant. Les points, quant \u00e0 eux, sont secs, tranchants, comme s\u2019ils coupaient la parole avant qu\u2019elle ne d\u00e9borde. L\u2019\u00e9criture ernaldienne ne respire pas dans la complaisance : elle d\u00e9coupe, elle compresse, elle fragmente, elle suspend. Elle avance avec la r\u00e9gularit\u00e9 inqui\u00e8te d\u2019un c\u0153ur sous tension.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>Une femme<\/em>, le souffle devient \u00e9l\u00e9gie contenue, battement discret d\u2019un chagrin social. La m\u00e8re y est d\u00e9crite \u00e0 travers ses gestes, ses silences, son corps \u00e9puis\u00e9 de femme populaire. La narratrice ne crie jamais sa douleur. Elle l\u2019infiltre dans une prose aust\u00e8re, o\u00f9 chaque mot semble pes\u00e9 \u00e0 l\u2019aune d\u2019un deuil plus vaste que l\u2019intime :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ma m\u00e8re est morte un lundi de janvier, en fin d\u2019apr\u00e8s-midi.<sup><a id=\"sdfootnote7anc\" href=\"#sdfootnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Encore une fois, la phrase est minimale, presque clinique. Et pourtant, c\u2019est tout le souffle de la perte qui s\u2019y engouffre. L\u2019usage du pr\u00e9sent, ou d\u2019un pass\u00e9 sans affect apparent, cr\u00e9e un effet de d\u00e9flagration contenue. Le deuil ne se dit pas : il se respire, il se tisse dans une langue qui ne se donne pas le luxe de la plainte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce refus de l\u2019emphase est en soi un geste politique. Il permet au texte de ne pas c\u00e9der \u00e0 la s\u00e9duction du pathos, mais de porter, dans son minimalisme m\u00eame, une densit\u00e9 affective d\u2019une rare intensit\u00e9. Le souffle devient alors une contre-rh\u00e9torique, une mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire \u00e0 rebours des styles dominants, de donner une forme \u00e0 ce qui, dans l\u2019existence f\u00e9minine et prol\u00e9taire, a longtemps \u00e9t\u00e9 tenu pour sans langage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il faut comprendre ici que le souffle, chez Ernaux, n\u2019est jamais pur. Il est toujours travers\u00e9 : par la honte, par la m\u00e9moire, par la lutte des classes, par la condition f\u00e9minine. Il est, en ce sens, politique jusque dans ses \u00e9tranglements. Si l\u2019on peut parler de \u00ab\u00a0po\u00e9tique du souffle\u00a0\u00bb, c\u2019est donc \u00e0 condition de reconna\u00eetre en elle une tension \u00e9thique : celle de dire vrai, de tenir ensemble la voix, le corps et le monde, sans jamais c\u00e9der \u00e0 la facilit\u00e9 du style.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ernaux \u00e9crit en apn\u00e9e pour mieux faire surgir la respiration enfouie de celles que l\u2019Histoire n\u2019a pas su entendre. Son \u00e9criture devient ainsi espace de r\u00e9invention du souffle : non pas un souffle grandiose ou sublime, mais un souffle tenu, t\u00e9nu, obstin\u00e9, comme un murmure qui persiste malgr\u00e9 tout, contre tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce souffle-l\u00e0, parce qu\u2019il refuse la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, touche \u00e0 l\u2019essentiel. Il est souffle de survie, de r\u00e9surgence, d\u2019ancrage. Il n\u2019\u00e9l\u00e8ve pas la voix : il creuse. Et dans cette excavation lente, patiente, il rejoint d\u2019autres \u00e9critures qui, comme celle d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Cixous, tentent de faire vibrer le langage depuis le corps non plus dans la retenue, mais dans une exub\u00e9rance vitale, torrentielle, lib\u00e9ratoire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"1029\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-photographie-a-lepreuve-de-la-nuit-fps-60-de-liz-deschenes-helene-kuchmann\/fond_blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1029\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>II. H\u00e9l\u00e8ne Cixous : Le souffle d\u00e9mesur\u00e9 \u2013 \u00e9crire \u00e0 m\u00eame la peau du monde<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chez H\u00e9l\u00e8ne Cixous, le souffle n\u2019est pas une ponctuation de la parole : il est son principe vital, sa source premi\u00e8re, son tremblement sacr\u00e9. Il pr\u00e9c\u00e8de le mot, le d\u00e9borde, le rend poreux. Il n\u2019est pas ce qui r\u00e9gule, mais ce qui traverse. Il est plus que rythme : il est souffle du corps et souffle de l\u2019\u00e2me, souffle de l\u2019Histoire et souffle du r\u00eave. Il est la chair m\u00eame de l\u2019\u00e9criture, cette mati\u00e8re invisible et vibrante qui relie la voix int\u00e9rieure \u00e0 la page, et la page au monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Lire Cixous, c\u2019est entrer dans un corps-\u00e9criture en \u00e9bullition. Les phrases s\u2019y enroulent, se d\u00e9plient, se r\u00e9p\u00e8tent comme des vagues, s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans des spirales syntaxiques qui rappellent autant la respiration que le d\u00e9sir. Une syntaxe haletante, exub\u00e9rante, presque organique qui respire, sue, jouit parfois, et saigne aussi. Car l\u2019\u00e9criture, chez elle, n\u2019est jamais d\u00e9sincarn\u00e9e : elle est ancr\u00e9e dans la chair, elle vient \u00ab de dessous la peau \u00bb, elle jaillit \u00ab des l\u00e8vres et des seins \u00bb, elle fait parler les zones longtemps musel\u00e9es. Dans <em>Le rire de la M\u00e9duse<\/em>, elle \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00c9cris-toi. Ton corps doit se faire entendre. Alors l\u2019immense ressource des femmes ne sera plus m\u00e9connue.<sup><a id=\"sdfootnote8anc\" href=\"#sdfootnote8sym\"><sup>8<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">C\u2019est un appel, un souffle-manifeste. Elle exhorte les femmes \u00e0 \u00e9crire non pas avec la t\u00eate seule, mais avec tout le corps \u2014 les hanches, le ventre, la gorge, les pieds. Une \u00e9criture qui ne cherche pas \u00e0 reproduire le langage dominant, masculin, hi\u00e9rarchis\u00e9, mais qui invente ses propres voies, ses propres voix. Une \u00e9criture qui respire autrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle, chez Cixous, est donc une r\u00e9volution, \u00e0 la fois esth\u00e9tique, \u00e9thique et politique. Il fracture la ligne, il insuffle la vie l\u00e0 o\u00f9 le texte voudrait se figer. Il permet aux mots de se d\u00e9tacher des carcans, de danser, de se dilater. Et dans cette dilatation, c\u2019est tout le f\u00e9minin refoul\u00e9 qui revient, non comme objet mais comme sujet, comme puissance d\u2019\u00e9criture, comme pr\u00e9sence incarn\u00e9e dans la langue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>La venue \u00e0 l\u2019\u00e9criture<\/em>, Cixous raconte comment elle a \u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par l\u2019\u00e9criture, comment celle-ci s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 elle comme un besoin vital, comme une n\u00e9cessit\u00e9 organique. Elle n\u2019a pas \u00ab\u00a0choisi\u00a0\u00bb d\u2019\u00e9crire : elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite, respir\u00e9e, poss\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">L\u2019\u00e9criture, ce fut le souffle. Ce fut le souffle. Ce fut la parole que je ne savais pas dire, mais qui savait.<sup><a id=\"sdfootnote9anc\" href=\"#sdfootnote9sym\"><sup>9<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle, ici, devient l\u2019instance qui sait. Il est la m\u00e9moire enfouie, le savoir ant\u00e9rieur au langage cod\u00e9. Il est cette voix pr\u00e9caire mais puissante qui habite chaque femme \u2014 et qu\u2019il s\u2019agit de laisser remonter, sans la brider. Le souffle est oracle. Il est choral aussi, comme si toutes les femmes, \u00e0 travers une seule voix, respiraient ensemble, enfin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette id\u00e9e d\u2019un souffle collectif, d\u2019un souffle pluriel, vient redoubler la port\u00e9e politique du geste d\u2019\u00e9crire. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019exprimer une int\u00e9riorit\u00e9, mais de faire vibrer une communaut\u00e9 invisible \u2014 toutes celles qui, jadis, furent r\u00e9duites au silence, toutes celles dont le souffle fut interrompu. L\u2019\u00e9criture devient alors un espace de r\u00e9paration, un souffle-reliance : ce qui unit, ce qui redonne souffle \u00e0 celles qu\u2019on a trop fait taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">L\u2019\u00e9criture cixousienne est aussi une \u00e9coute. Une \u00e9coute du souffle de l\u2019autre, du souffle maternel, ancestral, fantomatique. Le texte devient chambre d\u2019\u00e9chos, r\u00e9sonance de tous les souffles pass\u00e9s. Ainsi dans <em>Osnabr\u00fcck<\/em>, elle tente de faire revivre le souffle de sa m\u00e8re, d\u2019en capter les bribes, les rythmes oubli\u00e9s, comme si l\u2019\u00e9criture pouvait ramener \u00e0 la vie ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu. Le texte est soupir, cri muet, soup\u00e7on d\u2019air entre les lignes :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Ma m\u00e8re respire en moi. Elle est ce souffle qui ne finit pas.<sup><a id=\"sdfootnote10anc\" href=\"#sdfootnote10sym\"><sup>10<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">C\u2019est l\u00e0 peut-\u00eatre que le souffle atteint sa dimension la plus \u00e9mouvante : lorsqu\u2019il devient lien entre les vivants et les morts, entre la m\u00e9moire et la chair, entre la perte et la cr\u00e9ation. \u00c9crire, pour Cixous, c\u2019est r\u00e9animer. C\u2019est souffler dans la poussi\u00e8re des absences, faire surgir un visage, un geste, une voix disparue. L\u2019\u00e9criture devient souffle de revenance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans cet espace d\u00e9mesur\u00e9 o\u00f9 souffle, corps, m\u00e9moire et langue s\u2019entrelacent, H\u00e9l\u00e8ne Cixous nous invite \u00e0 une exp\u00e9rience transgressive et vertigineuse de l\u2019\u00e9criture. Une exp\u00e9rience o\u00f9 la phrase n\u2019est plus seulement un vecteur de sens, mais un espace de respiration profonde, de d\u00e9liaison, de lib\u00e9ration. \u00c9crire, c\u2019est souffler hors des carcans. C\u2019est faire vibrer le langage selon une musique int\u00e9rieure, charnelle, sauvage. C\u2019est faire parler la peau, et dans cette parole incarn\u00e9e, r\u00e9inventer le monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chez Cixous, la m\u00e9moire n\u2019est pas une archive : c\u2019est un souffle ancien, un vent de sable qui traverse les corps, soul\u00e8ve les phrases et d\u00e9pose sur la page des vestiges vivants. Elle ne s\u2019\u00e9crit pas en dates, mais en palpitations. La m\u00e9moire est moins une rem\u00e9moration qu\u2019un ressouvenir charnel, une remont\u00e9e organique, une inspiration de l\u2019oubli. Le texte ne retrace pas : il ranime. Il est hant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>Osnabr\u00fcck<\/em>, texte de filiation et de deuil, le souffle devient l\u2019instrument fragile par lequel la narratrice tente de rejoindre l\u2019inaccessible \u2014 la ville de son p\u00e8re, la langue perdue, les morts rest\u00e9s sans s\u00e9pulture. L\u2019exil y est double : g\u00e9ographique et linguistique, historique et intime. Et c\u2019est par l\u2019\u00e9criture, comme souffle tendu entre les mondes, que l\u2019exil devient passage, pont, travers\u00e9e incertaine mais n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Je suis n\u00e9e ailleurs. Je suis toujours en train de revenir.<sup><a id=\"sdfootnote11anc\" href=\"#sdfootnote11sym\"><sup>11<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette phrase r\u00e9sume l\u2019\u00e9lan perp\u00e9tuel de son \u00e9criture : un retour impossible, un souffle jet\u00e9 vers l\u2019arri\u00e8re, une respiration qui cherche le lieu natal dans l\u2019espace m\u00eame de la perte. L\u2019\u00e9criture n\u2019est donc pas ici refuge, mais errance souffl\u00e9e. Elle n\u2019est pas apaisement, mais tension d\u2019un souffle qui ne trouve jamais vraiment sa pleine amplitude. Il faut \u00e9crire parce que l\u2019on est d\u00e9racin\u00e9. Il faut souffler, comme on souffle sur des braises, pour que la m\u00e9moire ne s\u2019\u00e9teigne pas tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette \u00e9criture de l\u2019exil est aussi, profond\u00e9ment, une \u00e9criture de la maternit\u00e9. Non pas une maternit\u00e9 biologique, fig\u00e9e dans l\u2019image rassurante de la m\u00e8re nourrici\u00e8re, mais une maternit\u00e9 tragique, poreuse, o\u00f9 le corps devient le lieu d\u2019un autre, le lieu de passage, de d\u00e9possession, d\u2019amour et de s\u00e9paration. Le souffle s\u2019y fait double : souffle donn\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant, souffle repris dans le manque. Dans <em>La venue \u00e0 l\u2019\u00e9criture<\/em>, Cixous dit que sa m\u00e8re \u00e9crivait sans \u00e9crire, en la nourrissant, en la regardant, en l\u2019aimant. \u00c9crire, c\u2019est alors recevoir un souffle premier, invisible, ant\u00e9rieur au langage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle maternel, ce souffle qui pr\u00e9c\u00e8de tous les mots, devient chez Cixous la matrice de l\u2019\u00e9criture. C\u2019est lui qui fa\u00e7onne les silences entre les phrases, lui qui fait trembler les mots, comme si le texte lui-m\u00eame respirait au rythme d\u2019une pr\u00e9sence absente, d\u2019une voix int\u00e9rieure jamais tout \u00e0 fait audible, mais toujours pressentie.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Maman ne parlait pas. Mais elle soufflait. Elle m\u2019a appris le langage du souffle. Le langage de celles qui \u00e9crivent sans \u00e9crire.<sup><a id=\"sdfootnote12anc\" href=\"#sdfootnote12sym\"><sup>12<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce souffle-l\u00e0 est sacr\u00e9. Il est le fil t\u00e9nu qui relie la fille \u00e0 la m\u00e8re, la vivante \u00e0 la disparue, la langue \u00e9crite \u00e0 la langue tue. Le texte devient alors un souffle-tombeau, un souffle-t\u00e9moin, une tentative de pr\u00e9server ce qui s\u2019\u00e9teint. \u00c9crire, c\u2019est ne pas laisser mourir. C\u2019est faire exister une derni\u00e8re fois, une derni\u00e8re fois encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Mais ce souffle n\u2019est pas seulement m\u00e9moire ou deuil. Il est aussi d\u00e9sir, \u00e9lan, jouissance. Cixous a souvent dit qu\u2019\u00e9crire, pour elle, c\u2019\u00e9tait jouir. Non d\u2019un plaisir narcissique, mais d\u2019un plaisir de d\u00e9passement, d\u2019\u00e9merveillement, de dilatation. Le souffle devient alors cri d\u2019extase, extase du mot qui surgit, de la phrase qui emporte, du texte qui s\u2019ouvre comme un corps. Une ivresse de l\u2019infini.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>Le livre de Promethea<\/em>, l\u2019amour entre femmes est dit dans une langue d\u00e9brid\u00e9e, souple, a\u00e9rienne. Le souffle y est \u00e9rotique, travers\u00e9 de g\u00e9missements, de soupirs, de phrases longues comme des caresses. L\u2019\u00e9criture se fait caresse. Le texte devient peau. Chaque mot est une friction, une pulsation. Le souffle n\u2019est plus seulement lien entre les vivants et les morts, mais lien entre les corps qui s\u2019aiment, qui se cherchent, qui se racontent \u00e0 travers le frisson.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Et c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que culmine cette po\u00e9tique du souffle : dans sa capacit\u00e9 \u00e0 embrasser \u00e0 la fois le manque et le d\u00e9sir, la perte et la promesse, la s\u00e9paration et la communion, Le souffle, chez Cixous, ne se stabilise jamais ; il oscille, palpite, se tend entre \u00c9ros et Thanatos. Il n\u2019explique pas : il \u00e9lectrise. Il fait de l\u2019\u00e9criture un lieu travers\u00e9, habit\u00e9, vibrant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ainsi, lire Cixous, c\u2019est lire une \u00e9criture o\u00f9 chaque mot respire, o\u00f9 chaque ligne est une tentative pour habiter le monde avec tout le corps, avec toute la m\u00e9moire, avec tout l\u2019amour et toute la douleur aussi. Le texte devient alors un lieu d\u2019accueil pour les souffles emp\u00each\u00e9s, pour les silences enfouis, pour les langues \u00e0 na\u00eetre. Un lieu o\u00f9 l\u2019\u00e9criture est souffle&nbsp;; souffle d\u2019exil, souffle d\u2019amour, souffle de filiation, souffle de r\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"1029\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-photographie-a-lepreuve-de-la-nuit-fps-60-de-liz-deschenes-helene-kuchmann\/fond_blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1029\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>III. Le\u00efla Slimani : Le souffle sous surveillance \u2013 murmure du corps f\u00e9minin dans la cage sociale<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chez Le\u00efla Slimani, le souffle ne s\u2019\u00e9lance pas dans de longues phrases inspir\u00e9es. Il s\u2019\u00e9trangle, se r\u00e9tracte, se suspend. Il est murmure plus que cri, battement discret sous l\u2019armure sociale. Dans <em>Chanson douce<\/em>, dans <em>Dans le jardin de l\u2019ogre<\/em>, ou encore dans <em>Le pays des autres<\/em>, l\u2019\u00e9criture se fait scalpel : elle tranche, elle incise, mais toujours avec une pr\u00e9cision presque clinique. Le souffle y est contenu, comme enferm\u00e9 dans une cage thoracique trop \u00e9troite, symbole d\u2019un monde o\u00f9 le corps f\u00e9minin est \u00e0 la fois hypervisible et invisibilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>Dans le jardin de l\u2019ogre<\/em>, Ad\u00e8le, l\u2019h\u00e9ro\u00efne, vit dans une tension permanente entre le d\u00e9sir et la norme, la chair et l\u2019effacement, l\u2019instinct et l\u2019ordre social. Son souffle est pris dans cette oscillation violente : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la suffocation du quotidien conjugal, du r\u00f4le impos\u00e9, du masque bourgeois ; de l\u2019autre, l\u2019hyperventilation des \u00e9chapp\u00e9es sexuelles, les hal\u00e8tements de l\u2019addiction, la fuite dans la perte de soi.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Elle avait envie d\u2019un corps qui ne soit pas le sien, d\u2019une voix qui parle sans elle, d\u2019un souffle qui vienne d\u2019ailleurs.<sup><a id=\"sdfootnote13anc\" href=\"#sdfootnote13sym\"><sup>13<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ici, le souffle n\u2019est pas c\u00e9l\u00e9bration : il est sympt\u00f4me. Il dit le vertige de ne pas pouvoir \u00eatre, de ne pas pouvoir respirer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des cadres attendus. Il est \u00e0 la fois ce qui \u00e9chappe et ce qui trahit. Slimani ne cherche pas \u00e0 sublimer ce souffle : elle le montre brut, nu, parfois sale. C\u2019est un souffle de honte, d\u2019angoisse, un souffle mal plac\u00e9, comme un hoquet dans la grammaire sociale. Et pourtant, c\u2019est lui qui rend le texte vivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans <em>Le pays des autres<\/em>, ce souffle devient historique. Mathilde, l\u2019\u00e9pouse fran\u00e7aise install\u00e9e au Maroc dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, d\u00e9couvre les murs invisibles de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, la poussi\u00e8re d\u2019un quotidien marqu\u00e9 par le silence des femmes, la violence des assignations raciales et genr\u00e9es. Elle cherche \u00e0 respirer dans un espace qui ne la reconna\u00eet pas, dans une langue qui lui \u00e9chappe, dans un monde qui l\u2019\u00e9touffe doucement. Le souffle devient alors politique : celui d\u2019un corps pris dans la m\u00e9canique coloniale, d\u2019un d\u00e9sir en lutte contre l\u2019invisibilisation. Le texte n\u2019en dit jamais trop : mais dans les blancs, dans les coupures, dans les non-dits, le souffle palpite.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Elle voulait parler, mais les mots restaient bloqu\u00e9s dans sa gorge, comme s\u2019ils savaient qu\u2019ici, on ne les \u00e9couterait pas.<sup><a id=\"sdfootnote14anc\" href=\"#sdfootnote14sym\"><sup>14<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle, chez Slimani, est ce qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019effacement. Il est la preuve d\u2019une subjectivit\u00e9 qui ne renonce pas, m\u00eame dans l\u2019ombre. Il est trace, battement, rythme int\u00e9rieur. Contrairement \u00e0 Ernaux ou Cixous, o\u00f9 le souffle peut se d\u00e9ployer dans des \u00e9lans lyriques ou dans des fulgurances organiques, chez Slimani, il est davantage une respiration en apn\u00e9e \u2014 celle d\u2019un \u00eatre qui se bat pour ne pas suffoquer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Et pourtant, m\u00eame cette apn\u00e9e est po\u00e9tique. Car Slimani excelle \u00e0 faire entendre le souffle dans les marges. Elle donne \u00e0 lire les soupirs contenus derri\u00e8re les murs des maisons, les aspirations refoul\u00e9es dans les sc\u00e8nes de famille, les respirations hach\u00e9es du d\u00e9sir sous contr\u00f4le. Le corps f\u00e9minin n\u2019est pas ici un temple d\u2019\u00e9mancipation, mais un champ de bataille. Et le souffle, une mani\u00e8re de survivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il faut aussi souligner l\u2019\u00e9conomie de style, cette \u00e9criture minimaliste qui cr\u00e9e une tension presque musicale. Les phrases courtes, les silences, les ellipses : tout concourt \u00e0 faire entendre ce qui n\u2019est pas dit. Le souffle n\u2019est pas seulement dans les mots : il est dans leur absence. Dans les b\u00e9ances. Dans l\u2019\u00e9pure. Une phrase de Slimani peut tenir dans un souffle, mais ce souffle-l\u00e0, tendu, pr\u00e9cis, fait trembler tout le texte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ainsi, avec Slimani, nous approchons un autre versant de notre po\u00e9tique du souffle. Un versant plus discret, plus aust\u00e8re peut-\u00eatre, mais d\u2019autant plus poignant. L\u00e0 o\u00f9 Ernaux d\u00e9chire les silences, o\u00f9 Cixous les inonde de lumi\u00e8re, Slimani les creuse. Elle fait entendre la voix qui vacille, le souffle contenu, le d\u00e9sir d\u2019air dans un monde clos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">C\u2019est dans cette tension entre le murmure et le cri, entre la cage et l\u2019\u00e9chapp\u00e9e que s\u2019inscrit la singularit\u00e9 de son \u00e9criture. Et c\u2019est dans cette tension que se noue notre fil conducteur : le souffle comme force vitale, comme po\u00e9tique du corps contraint, comme battement d\u2019une langue qui dit l\u2019intime, le politique, l\u2019indicible.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"1029\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-photographie-a-lepreuve-de-la-nuit-fps-60-de-liz-deschenes-helene-kuchmann\/fond_blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1029\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u2163<strong>. Contrepoint&nbsp;: trois souffles, une m\u00eame respiration- convergence d\u2019une po\u00e9tique corporelle<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il serait ais\u00e9 d\u2019opposer ces trois \u00e9critures : Ernaux, la chroniqueuse du r\u00e9el, au style d\u00e9nud\u00e9, rigoureux, factuel, Cixous, la chamane de la langue, en perp\u00e9tuelle effusion, travers\u00e9e par les intensit\u00e9s du corps et de l\u2019inconscient, Slimani op\u00e8re le silence comme on diss\u00e8que un corps : avec une pr\u00e9cision clinique, une prose tendue, contenue, o\u00f9 l\u2019\u00e9motion affleure sans jamais d\u00e9border. Et pourtant, \u00e0 qui sait \u00e9couter non les mots, mais le souffle qui les porte, une r\u00e9sonance se fait entendre. Quelque chose palpite dans les interstices.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Car ces trois voix, si diff\u00e9rentes dans leur texture, se rejoignent dans leur volont\u00e9 de faire du corps une surface d\u2019inscription. Non un simple th\u00e8me, encore moins un objet litt\u00e9raire, mais une mati\u00e8re vive, palpitante, parfois bless\u00e9e, toujours travers\u00e9e de tensions. Le souffle, chez elles, devient le fil conducteur de cette mise en chair de l\u2019\u00e9criture : souffle de m\u00e9moire chez Ernaux, souffle organique et pulsionnel chez Cixous, souffle contenu et presque douloureux chez Slimani.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans cette constellation, Ernaux \u00e9crit pour ne pas oublier, pour fixer l\u2019\u00e9motion dans le rythme de la phrase, son souffle \u00e9pouse les m\u00e9andres du souvenir, les ressacs de l\u2019intime. Elle \u00e9crit avec le souffle suspendu de celle qui veut saisir, sans fioriture, ce qui fut. Elle ne respire pas pour embellir, mais pour dire : \u00e0 hauteur de corps, \u00e0 hauteur de femme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chez elle, le souffle est transcription du r\u00e9el, mais un r\u00e9el saisi \u00e0 m\u00eame la chair, la douleur d\u2019un avortement, la honte sociale, le trouble d\u2019un d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cixous, elle, n\u2019\u00e9crit pas sur le corps, elle \u00e9crit par le corps. Chez elle, la langue ne pr\u00e9c\u00e8de pas le souffle, elle en est l\u2019\u00e9manation. La phrase hal\u00e8te, s\u2019\u00e9tire, s\u2019effondre, comme une respiration qui cherche \u00e0 contenir l\u2019incontenable. \u00c9criture de l\u2019extase et de l\u2019ab\u00eeme, elle fait \u00e9clater les formes traditionnelles, comme si le souffle m\u00eame exigeait de nouveaux contours pour se dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce souffle est autant cri que caresse, autant spasme que chant, il vient d\u2019un lieu obscur et sacr\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 la langue devient mati\u00e8re organique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Slimani, enfin, retient ce souffle. Non pas par pudeur, mais parce que ses personnages, souvent, n\u2019ont pas le luxe de respirer librement. Elle dit l\u2019oppression d\u2019un monde qui cloisonne, qui surveille, qui exige. Et dans cette tension entre le silence et la voix, elle parvient \u00e0 faire \u00e9merger une autre forme de souffle : discret, mais ent\u00eat\u00e9 ; presque imperceptible, mais tenace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Chez elle, respirer est un acte de r\u00e9sistance, m\u00eame si cela se fait \u00e0 bas bruit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ainsi, ces trois \u00e9critures, en apparence h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, s\u2019articulent autour d\u2019une m\u00eame dynamique, celle d\u2019un souffle qui engage le corps, mais aussi le langage ; un souffle qui dit les limites, mais aussi les d\u00e9passe, un souffle qui, chez chacune, est en qu\u00eate d\u2019une forme propre, d\u2019une phrase juste, d\u2019un rythme qui permette de dire l\u2019indicible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce souffle est aussi un geste politique. Car \u00e9crire \u00e0 partir du corps, c\u2019est remettre en question les hi\u00e9rarchies du discours. C\u2019est faire entendre des voix longtemps \u00e9touff\u00e9es, des respirations que la norme voulait contenir. C\u2019est, comme l\u2019\u00e9crit Cixous, \u00abfaire respirer un corps enferm\u00e9\u00bb, un corps que l\u2019Histoire, les structures sociales ou les assignations de genre ont voulu taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Et c\u2019est l\u00e0, sans doute, que se joue la v\u00e9ritable parent\u00e9 entre Ernaux, Cixous et Slimani : dans cette volont\u00e9 de donner au corps f\u00e9minin et \u00e0 sa respiration propre une place dans la langue. Non une place d\u00e9corative ou secondaire, mais un lieu central, organique, po\u00e9tique. L\u00e0 o\u00f9 le souffle devient \u00e9criture. L\u00e0 o\u00f9 \u00e9crire, c\u2019est non seulement <em>dire<\/em>, mais <em>respirer<\/em> le monde autrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce qui relie ces \u00e9critures, c\u2019est peut-\u00eatre cette sororit\u00e9 de souffle. Une mani\u00e8re, diff\u00e9rente \u00e0 chaque fois, mais tout aussi urgente, de dire : je respire donc j\u2019\u00e9cris. Je respire donc je suis. Ernaux \u00e9crit depuis le souffle coup\u00e9 par la honte. Slimani \u00e9crit depuis le souffle brid\u00e9 par les r\u00f4les sociaux. Cixous \u00e9crit depuis un souffle-monde qui refuse les cl\u00f4tures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Leurs textes, ainsi, ne se contentent pas de raconter des exp\u00e9riences f\u00e9minines, ils les incarnent. Ils font vivre au lecteur la sensation m\u00eame d\u2019un souffle repris, bris\u00e9, suspendu, lib\u00e9r\u00e9. C\u2019est cette exp\u00e9rience, esth\u00e9tique, \u00e9thique, politique, qui constitue le c\u0153ur battant de leur \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Bref,\u00e9crire, pour Annie Ernaux, H\u00e9l\u00e8ne Cixous et Le\u00efla Slimani, ce n\u2019est pas seulement inscrire des mots sur une page. C\u2019est habiter un souffle, faire vibrer un corps dans le langage, ouvrir un passage entre l\u2019intime et le monde. Ce souffle, tant\u00f4t retenu, tant\u00f4t exhal\u00e9 avec violence ou tendresse, devient le lieu m\u00eame de l\u2019\u00e9criture : un espace fragile o\u00f9 la chair trouve voix, o\u00f9 la m\u00e9moire bat, o\u00f9 l\u2019\u00e9motion fait syntaxe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il ne s\u2019agit pas de dire que ces \u00e9crivaines parlent \u00ab au nom \u00bb des femmes, ni qu\u2019elles incarnent un mod\u00e8le d\u2019\u00e9criture f\u00e9minine unique. Leur singularit\u00e9, au contraire, tient \u00e0 la mani\u00e8re dont chacune fait entendre un souffle propre celui d\u2019une vie, d\u2019une histoire, d\u2019une lutte, d\u2019un d\u00e9sir dans une langue qui n\u2019est jamais docile. C\u2019est cette respiration plurielle qui compose, non une th\u00e9orie, mais une constellation : celle d\u2019une po\u00e9tique du corps f\u00e9minin, tendue entre silence et parole, entre oppression et lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le souffle, chez elles, n\u2019est pas un simple motif litt\u00e9raire. Il est mati\u00e8re, rythme, r\u00e9sistance. Il est ce qui permet de dire l\u2019indicible, de porter la m\u00e9moire d\u2019un avortement, la suffocation d\u2019un r\u00f4le impos\u00e9, la volupt\u00e9 d\u2019une phrase libre. Il est ce qui affleure sous la peau du texte, et qui fait que ce texte palpite, tremble, vit. Le souffle est une politique discr\u00e8te mais radicale : il ne clame pas, il persiste. Il ne cherche pas le spectaculaire, il incarne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ainsi, de l\u2019\u00e9criture nue d\u2019Ernaux \u00e0 la prose haletante de Slimani, en passant par l\u2019incandescence po\u00e9tique de Cixous, se dessine une cartographie du souffle \u2014 une g\u00e9ographie du corps en mots. \u00c9crire devient une mani\u00e8re de respirer autrement. De rendre visible ce qui ne se voit pas. De faire entendre ce qui, longtemps, a \u00e9t\u00e9 tu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce souffle, nous l\u2019avons suivi comme une ligne de vie, une onde secr\u00e8te qui traverse les pages, les secoue, les \u00e9claire. Il nous reste maintenant \u00e0 \u00e9couter comment, en nous aussi, il r\u00e9sonne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"1029\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-photographie-a-lepreuve-de-la-nuit-fps-60-de-liz-deschenes-helene-kuchmann\/fond_blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1029\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Note sur l\u2019auteur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><strong>Kaoutar Elouahabi<\/strong> est doctorante en litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Cadi Ayyad. Ses recherches portent sur la po\u00e9tique du corps f\u00e9minin et sa repr\u00e9sentation dans l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine contemporaine. Titulaire d\u2019un master en litt\u00e9rature, elle a consacr\u00e9 son m\u00e9moire \u00e0 l\u2019adaptation des m\u00e9taphores litt\u00e9raires \u00e0 l\u2019\u00e9cran dans <em>Syngu\u00e9 Sabour. Pierre de patience<\/em> d\u2019Atiq Rahimi, en interrogeant la mise en sc\u00e8ne de la condition f\u00e9minine sous l\u2019oppression et en temps de guerre. Son travail croise esth\u00e9tique, genre et politique, avec une attention particuli\u00e8re port\u00e9e aux formes d\u2019expression du corps et du souffle dans la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9daction de cet article a \u00e9t\u00e9 encadr\u00e9e par&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><strong>Adil FATHI<\/strong> est un enseignant-chercheur de litt\u00e9rature et de stylistique \u00e0 la Facult\u00e9 polydisciplinaire de Safi\/Maroc. Il est membre permanent dans le <em>Laboratoire Analyse du Discours et Syst\u00e8mes de Connaissances<\/em> et fondateur de la Revue Scientifique Mots et Mondes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><strong>Rajaa BABALAHCEN<\/strong><em><strong>,<\/strong><\/em> Ma\u00eetre de Conf\u00e9rence Habilit\u00e9e \u00e0 l\u2019ENSA de Safi, Universit\u00e9 Cadi Ayyad (Maroc) et membre permanent du \u00ab\u00a0Laboratoire Analyse du Discours et Syst\u00e8mes de Connaissances\u00a0\u00bb. Titulaire d\u2019un doctorat portant sur la femme et le f\u00e9minin chez les soufis, ses travaux explorent les dimensions symboliques, spirituelles et genr\u00e9es du soufisme dans une perspective \u00e0 la fois litt\u00e9raire, anthropologique et philosophique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"1029\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-photographie-a-lepreuve-de-la-nuit-fps-60-de-liz-deschenes-helene-kuchmann\/fond_blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1029\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>\u0152uvres litt\u00e9raires \u00e9tudi\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>Cixous, H\u00e9l\u00e8ne. <em>Le Rire de la M\u00e9duse et autres ironies<\/em>. Paris : Galil\u00e9e, 2010.<\/li>\n\n\n\n<li>Cixous, H\u00e9l\u00e8ne. <em>Vivre l\u2019orange<\/em>. Paris : Des femmes-Antoinette Fouque, 1979.<\/li>\n\n\n\n<li>Ernaux, Annie. <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>. Paris : Gallimard, 2000.<\/li>\n\n\n\n<li>Ernaux, Annie. <em>La Femme gel\u00e9e<\/em>. Paris : Gallimard, 1981.<\/li>\n\n\n\n<li>Ernaux, Annie. <em>Les Ann\u00e9es<\/em>. Paris : Gallimard, 2008.<\/li>\n\n\n\n<li>Annie Ernaux, <em>La Place<\/em>, Paris, Gallimard, 1983<\/li>\n\n\n\n<li>Slimani, Le\u00efla. <em>Chanson douce<\/em>. Paris : Gallimard, 2016.<\/li>\n\n\n\n<li>Slimani, Le\u00efla. <em>Le Pays des autres<\/em>. Paris : Gallimard, 2020.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Essais et th\u00e9ories litt\u00e9raires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>Barthes, Roland. <em>Le Plaisir du texte<\/em>. Paris : Seuil, 1973.<\/li>\n\n\n\n<li>Cixous, H\u00e9l\u00e8ne. <em>La venue \u00e0 l\u2019\u00e9criture<\/em>. Paris : UGE, 1977.<\/li>\n\n\n\n<li>Irigaray, Luce. <em>Ce sexe qui n\u2019en est pas un<\/em>. Paris : Minuit, 1977.<\/li>\n\n\n\n<li>Kristeva, Julia. <em>Pouvoirs de l\u2019horreur<\/em>. Paris : Seuil, 1980.<\/li>\n\n\n\n<li>Woolf, Virginia. <em>Une chambre \u00e0 soi<\/em>. Trad. Clara Malraux. Paris : 10\/18, 1977 [1929].<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9tudes critiques et secondaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>Bourdelais, Patrice. <em>Le Corps et ses repr\u00e9sentations<\/em>. Paris : Gallimard, 2001.<\/li>\n\n\n\n<li>Charef, Karima. \u00ab\u202fL\u2019\u00c9criture du souffle dans <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em> d\u2019Annie Ernaux\u202f\u00bb. <em>Revue des Sciences Humaines<\/em>, n\u00b0 336, 2019, pp. 41-54.<\/li>\n\n\n\n<li>Moi, Toril. <em>Sexe et texte : pour une critique f\u00e9ministe<\/em>. Trad. B. Coustille. Paris : \u00c9ditions du Seuil, 2005.<\/li>\n\n\n\n<li>Peyrache-Leborgne, Chantal. <em>Le Corps f\u00e9minin en question<\/em>. Rennes : PUR, 2007.<\/li>\n\n\n\n<li>Robin, R\u00e9gine. <em>Le Roman m\u00e9moriel<\/em>. Paris : \u00c9ditions Stock, 2003.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"1029\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-photographie-a-lepreuve-de-la-nuit-fps-60-de-liz-deschenes-helene-kuchmann\/fond_blanc\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=33%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1029\" width=\"33\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 33px) 100vw, 33px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote1anc\" id=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Virginia Woolf, Un lieu \u00e0 soi, trad. Marie Darrieussecq, Gallimard, Folio classique, 2020, p. XX<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote2anc\" id=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> Annie Ernaux, Les Ann\u00e9es, Paris, Gallimard, 2008, p. 232.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote3anc\" id=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Annie Ernaux, La Place, Paris, Gallimard, 1983, p. 47.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote4anc\" id=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> Annie Ernaux, L\u2019\u00c9v\u00e9nement, Paris, Gallimard, 2000, p. 61.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote5anc\" id=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> Annie Ernaux, L\u2019\u00c9v\u00e9nement, Paris, Gallimard, 2000, p. 61.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote6anc\" id=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> Annie Ernaux, Les Ann\u00e9es, Paris, Gallimard, 2008, p. 108.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote7anc\" id=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> Annie Ernaux, Une femme, Paris, Gallimard, 1987, p. 13<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote8anc\" id=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> H\u00e9l\u00e8ne Cixous, Le Rire de la M\u00e9duse et autres ironies, Paris, Galil\u00e9e, 2010, p. 45<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote9anc\" id=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> H\u00e9l\u00e8ne Cixous, <em>La venue \u00e0 l\u2019\u00e9criture<\/em>, Paris, UGE, 1977, p. 31.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote10anc\" id=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> H\u00e9l\u00e8ne Cixous, Osnabr\u00fcck, Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote11anc\" id=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> H\u00e9l\u00e8ne Cixous, Osnabr\u00fcck, Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, 1999, p. 23.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote12anc\" id=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> H\u00e9l\u00e8ne Cixous, Osnabr\u00fcck, Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, 1999, p. 67.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote13anc\" id=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> Le\u00efla Slimani, Dans le jardin de l\u2019ogre, Paris, Gallimard, 2014.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote14anc\" id=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> Le\u00efla Slimani, Le Pays des autres, Paris, Gallimard, 2020.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Kaoutar Elouahabi nous offre une travers\u00e9e extr\u00eamement sensible des \u00e9critures po\u00e9tiques de trois femmes : Annie Ernaux, H\u00e9l\u00e8ne Cixous et Le\u00efla Slimani afin d&rsquo;y d\u00e9c\u00e9ler ce qu&rsquo;il y a de plus charnel dans la trace offerte par le souffle. 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