{"id":2307,"date":"2025-11-10T08:23:12","date_gmt":"2025-11-10T07:23:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=2307"},"modified":"2025-11-10T08:23:12","modified_gmt":"2025-11-10T07:23:12","slug":"ralentir-pour-respirer-rythmes-et-souffle-dans-open-water-2021-de-caleb-azumah-nelson-amanda-benmouloud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/ralentir-pour-respirer-rythmes-et-souffle-dans-open-water-2021-de-caleb-azumah-nelson-amanda-benmouloud\/","title":{"rendered":"Ralentir pour respirer : rythme(s) et souffle dans Open Water (2021) de Caleb Azumah Nelson  \u2014Amanda Benmouloud"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-3\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow\">\n<p><a href=\"#_Toc211538365\"><em><strong>Introduction<\/strong><\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538366\">I. Le rythme londonien : vivre au rythme de la d\u00e9possession des souffles<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538367\"><em>Le pr\u00e9sent n\u00e9cropolitique<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538368\"><em>Vivre au rythme des d\u00e9possessions<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538369\"><em>La respiration emp\u00each\u00e9e comme sympt\u00f4me : l\u2019ali\u00e9nation du corps<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538370\">II. Ralentir pour respirer : le temps de l\u2019expression<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538371\"><em>La rythmanalyse lefebvrienne<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538372\"><em>Le protagoniste rythmanalyste<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538373\"><em>Comment ralentir ? L\u2019expression\/expiration comme m\u00e9thode<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc213621499\">III. L\u2019expression\/expiration ou le d\u00e9veloppement d\u2019une praxis<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538375\"><em>Vuln\u00e9rabilit\u00e9 et d\u00e9possession<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538376\"><em>Accepter d\u2019\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 : quelles modalit\u00e9s pour la <\/em>praxis <em>?<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538377\"><strong><em>Conclusion<\/em><\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc211538378\"><strong>Note sur l\u2019auteur<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-justify\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\">La respiration \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du racisme est un ressort essentiel du roman de Caleb Azumah Nelson <em>Open Water<\/em>, comme le d\u00e9montre Amanda Benmouloud dans cet article qui en pr\u00e9cise les enjeux narratifs, socio-politiques et m\u00eame existentiels. L&rsquo;acuit\u00e9 de l&rsquo;analyse, au-del\u00e0 d&rsquo;une vision psychologisante du personnage, tient \u00e0 l&rsquo;habile tissage conceptuel, l&rsquo;auteur s&rsquo;appuyant sur les th\u00e9ories d&rsquo;Henri Lefebvre et le travail d&rsquo;anthropologue d&rsquo;Athena Athanasiou.<\/mark><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ralentir pour respirer : rythme(s) et souffle dans <em>Open Water<\/em> (2021) de Caleb Azumah Nelson<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Et qu\u2019elle est \u00e9trange, cette vie o\u00f9 tu dois arracher de petites libert\u00e9s, o\u00f9 tu dois te dire \u00e0 toi-m\u00eame que tu peux respirer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">CALEB AZUMAH NELSON<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><a id=\"_Toc211538365\"><\/a>Introduction<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La respiration n\u2019est pas cens\u00e9e \u00eatre une question. C\u2019est un fait, une fonction du corps automatis\u00e9e, \u00e0 laquelle on ne pense pas. Se poser la question de sa propre respiration ou s\u2019autoriser \u00e0 respirer rel\u00e8ve donc de l\u2019 \u00ab \u00e9trange \u00bb au sens premier du terme \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire, hors du commun. Pourtant, respirer est un enjeu quotidien dans la vie du protagoniste du roman <em>Open Water<\/em> de l\u2019auteur britannique d\u2019origine ghan\u00e9enne Caleb Azumah Nelson. <em>Open Water<\/em> est un r\u00e9cit de vie \u00e9crit du point de vue d\u2019un jeune londonien d\u2019origine ghan\u00e9enne, photographe passionn\u00e9 et jamais nomm\u00e9, qui rencontre une jeune femme qui est, elle, passionn\u00e9e de danse. Le roman est compos\u00e9 de clich\u00e9s de moments de vie des deux protagonistes, de leurs conversations et de leurs exp\u00e9riences au sein de la m\u00e9tropole de Londres. Cependant, en parall\u00e8le de cet \u00e9panouissement, le protagoniste est en proie \u00e0 un mal-\u00eatre grandissant qui se d\u00e9veloppe tout au long du roman, presque imperceptiblement. En effet, la vie quotidienne du personnage est rythm\u00e9e soit par la vue de personnes noires maltrait\u00e9es, soit par ses propres exp\u00e9riences avec la police qui l\u2019arr\u00eate si souvent dans la rue qu\u2019il finit par \u00eatre interpell\u00e9 \u00e0 deux reprises, pour le m\u00eame motif dans la m\u00eame semaine. Ces sc\u00e8nes sont nombreuses et r\u00e9p\u00e9titives \u00e0 la fois par leur fr\u00e9quence mais aussi par les situations qu\u2019elles d\u00e9crivent : c\u2019est toujours le souffle que l\u2019on attaque. Le protagoniste commence par apercevoir une femme allong\u00e9e au sol entour\u00e9e de beaucoup trop de policiers pour une seule personne comme le note la voix narrative, le genou de l\u2019un d\u2019eux qui appuie sur son dos. Il quitte la sc\u00e8ne et poursuit son chemin mais un autre \u00e9pisode survient quelques jours plus tard : cette fois-ci, il s\u2019agit d\u2019un jeune homme plaqu\u00e9 contre le mur, menott\u00e9. Un troisi\u00e8me incident implique un autre gar\u00e7on, dont le nom est connu cette fois, Daniel, que le protagoniste a fr\u00e9quent\u00e9 quelques fois dans son quotidien. Daniel est lui aussi allong\u00e9 sur le sol, haletant, puis finalement rel\u00e2ch\u00e9 car il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 ne pas \u00eatre le bon suspect. Les individus noirs ou racis\u00e9s sont arr\u00eat\u00e9s et ont leur souffle coup\u00e9, emp\u00each\u00e9. Plus insidieux encore, ils sont scrut\u00e9s alors qu\u2019ils se trouvent dans l\u2019espace public comme dans la sc\u00e8ne suivante : une voiture de police passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du protagoniste, ralentit une fois arriv\u00e9e \u00e0 sa hauteur et ses passagers l\u2019observent, silencieusement, semblant sugg\u00e9rer qu\u2019il n\u2019a rien \u00e0 faire l\u00e0, dehors. Il repr\u00e9sente un danger potentiel qu\u2019il faudrait neutraliser si l\u2019occasion se pr\u00e9sentait. Ces sc\u00e8nes peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme autant d\u2019\u00e9chos aux nombreux cas de violences polici\u00e8res tels que celui de George Floyd, dont le meurtre avait mis en lumi\u00e8re le mouvement Black Lives Matter et dont le slogan \u00ab I can\u2019t breathe \u00bb (\u00ab Je ne peux pas respirer \u00bb) reprend les plaintes prononc\u00e9es par George Floyd en 2020 et Eric Garner en 2014 lors de leurs arrestations par la police am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le rythme effr\u00e9n\u00e9 des morts auquel est soumis le personnage de mani\u00e8re quotidienne caract\u00e9rise en partie celui de la ville de Londres et a pour cons\u00e9quence directe d\u2019affecter le souffle des personnes racis\u00e9es : le souffle est ce qui est pris ou coup\u00e9 au sein de l\u2019espace public. Ce rythme emp\u00eache \u00e9galement le protagoniste de respirer pleinement au sein de la capitale britannique. Afin d\u2019analyser et de comprendre ce rythme particulier, nous nous r\u00e9f\u00e9rerons au concept de rythmanalyse du g\u00e9ographe Henri Lefebvre qui cherchait \u00e0 appr\u00e9hender la ville par la question du rythme. Selon lui, la rythmanalyse a pour but d\u2019interroger les rythmes qui r\u00e9gissent les espaces et les temps sociaux de la vie citadine et d\u2019analyser les mani\u00e8res dont ceux-ci interagissent. Nous verrons que le protagoniste du roman peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 de rythmanalyste en raison de son attention accrue aux rythmes qui l\u2019entourent. Nous chercherons alors \u00e0 comprendre comment le protagoniste essaie de se cr\u00e9er un espace-temps respirable en s\u2019inscrivant dans le cadre de la th\u00e9orie de la rythmanalyse lefebvrienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tout d\u2019abord, nous analyserons comment l\u2019environnement de la ville de Londres tend \u00e0 d\u00e9poss\u00e9der le personnage de son souffle. Nous verrons alors que cette d\u00e9possession des souffles se place dans le cadre du pr\u00e9sent n\u00e9cropolitique th\u00e9oris\u00e9 par Athena Athanasiou. Nous examinerons ensuite la mani\u00e8re dont le protagoniste lutte contre cette d\u00e9possession respiratoire \u00e0 travers le prisme de la rythmanalyse lefebvrienne. En se positionnant en rythmanalyste, le protagoniste analyse les rythmes de son environnement au travers de son corps et parvient \u00e0 faire \u00e9merger une m\u00e9thode, une pratique sociale, qui permet de reconfigurer l\u2019espace-temps social londonien et d\u2019offrir la possibilit\u00e9 d\u2019une respiration au sein de la m\u00e9tropole. Enfin, nous analyserons dans quelle mesure cette <em>praxis<\/em> est applicable en explorant ses modalit\u00e9s ainsi que ses limites.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538366\"><\/a>I. Le rythme londonien : vivre au rythme de la d\u00e9possession des souffles<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538367\"><\/a><strong><em>Le pr\u00e9sent n\u00e9cropolitique<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La vie du protagoniste au sein de la m\u00e9tropole de Londres est rythm\u00e9e par la d\u00e9possession des souffles des personnes noires dans l\u2019espace public. Cette d\u00e9possession n\u2019est pas nomm\u00e9e explicitement mais est symbolis\u00e9e par un geste qui se r\u00e9p\u00e8te au fur et \u00e0 mesure des arrestations : celui du genou pos\u00e9 sur le dos qui \u00e9crase la cage thoracique et emp\u00eache la personne assujettie de respirer correctement. Ce rythme est quotidien \u2013 chaque jour renferme la possibilit\u00e9 d\u2019un souffle emp\u00each\u00e9 pour les personnes noires, ce qui am\u00e8ne ces sujets \u00e0 \u00e9voluer au sein de l\u2019espace public avec une vigilance accrue et une terreur constante. Dans cette configuration de la quotidiennet\u00e9, la personne racis\u00e9e ne peut baisser sa garde si elle souhaite se pr\u00e9server d\u2019une mort prochaine. Cette baisse de vigilance est par ailleurs ce qui cause la perte de Daniel, un jeune homme que le protagoniste voit r\u00e9guli\u00e8rement puisqu\u2019ils fr\u00e9quentent tous deux les m\u00eames endroits. En effet, Daniel se d\u00e9place dans l\u2019espace public avec une forme d\u2019insouciance selon le narrateur, bougeant au rythme de la musique dans ses \u00e9couteurs. Cette non-vigilance \u00e0 son environnement est presque imm\u00e9diatement punie lorsqu\u2019en l\u2019espace d\u2019un instant, son corps est projet\u00e9 au sol, le souffle coup\u00e9 par la violence qui vient de lui \u00eatre inflig\u00e9e. La voix narrative souligne que \u00ab [l]a surprise se lit sur son visage parce qu\u2019il s\u2019est autoris\u00e9 \u00e0 oublier ce jour. \u00bb<a href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a> Daniel a oubli\u00e9 que le pr\u00e9sent renferme toujours la potentialit\u00e9 de sa mort. \u00ab Aujourd\u2019hui \u00bb est toujours un jour o\u00f9 la mort peut survenir&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tu pries de toutes tes forces pour qu\u2019aujourd\u2019hui ne soit pas le jour J. Tous les jours, c\u2019est le jour J, mais tu pries pour que ce ne soit pas aujourd\u2019hui. Ta m\u00e8re prie tous les jours pour que ce ne soit pas le jour J.<a id=\"sdfootnote2anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La gravit\u00e9 de ce jour est rendue par l\u2019expression \u00ab jour J \u00bb, qui d\u00e9signe le jour o\u00f9 la mort arrive. Le rythme incessant et implacable des morts qui surviennent chaque jour est rendu par la r\u00e9p\u00e9tition lancinante du mot \u00ab jour \u00bb. La confusion qui r\u00e8gne entre \u00ab aujourd\u2019hui \u00bb et \u00ab jour J \u00bb et leur in\u00e9vitable association renforcent le sentiment que le pr\u00e9sent et le temps de la mort sont indissociables, que le pr\u00e9sent est mortif\u00e8re par essence pour les personnes racis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce pr\u00e9sent mortif\u00e8re est th\u00e9oris\u00e9 par Athena Athanasiou dans un article intitul\u00e9 \u00ab(Im)Possible Breathing : On Courage and Criticality in the Ghostly Historical Present \u00bb. Athena Athanasiou s\u2019appuie sur le concept d\u2019Achille Mbembe de n\u00e9cropolitique et d\u00e9veloppe le concept de \u00ab pr\u00e9sent n\u00e9cropolitique \u00bb afin de d\u00e9signer le rythme las et r\u00e9p\u00e9titif des morts des personnes noires dans l\u2019espace public orchestr\u00e9 par une n\u00e9cropolitique, c\u2019est-\u00e0-dire par un pouvoir politique qui r\u00e9gule la vie et la mort \u2013 en d\u2019autres termes, qui d\u00e9cide qui vit et qui meurt \u2013 au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Indeed, the very order and ordinariness of the phrase \u201canother one\u201d repeats and recollects the ongoing givenness \u2013 quotidian as well as exceptional \u2013 of black killability. It indexes the temporal order of the necropolitical present: another one, more than one time, more than one at a time, always exposed to death, only acknowledged at death, always already dead.<a id=\"sdfootnote3anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans cet extrait, Athanasiou souligne le caract\u00e8re r\u00e9p\u00e9titif et r\u00e9gulier du rythme avec lequel les personnes noires sont d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leur vie au sein de l\u2019espace public : la mort qui survient est aussi exceptionnelle que quotidienne et signe l\u2019horizon des vies racis\u00e9es.<a id=\"sdfootnote4anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a> C\u2019est ce qu\u2019entend Athanasiou par la notion de pr\u00e9sent n\u00e9cropolitique : selon les mots du protagoniste, les personnes noires sont \u00ab depuis toujours vou\u00e9[es] \u00e0 la destruction. \u00bb<a id=\"sdfootnote5anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a> Ainsi, la temporalit\u00e9 dans laquelle nos soci\u00e9t\u00e9s sont plong\u00e9es n\u2019a pour pr\u00e9sent qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 l\u2019individu noir est mort. Dans cette conception du temps, le pr\u00e9sent, \u00ab aujourd\u2019hui \u00bb, n\u2019existe pas pour les personnes racis\u00e9es : puisqu\u2019il faut toujours projeter la possibilit\u00e9 de sa propre mort \u00e0 chaque instant, il devient impossible d\u2019habiter v\u00e9ritablement le pr\u00e9sent, d\u2019\u00eatre pleinement dans le monde. Afin de se pr\u00e9server des menaces ext\u00e9rieures, il est primordial pour les personnes noires de se souvenir en permanence qu\u2019aujourd\u2019hui peut rimer avec jour J. En effet, si la mort plane sur tous et fait partie int\u00e9grante de la vie, la mort dont il est question ici diff\u00e8re par son caract\u00e8re syst\u00e9mique : elle est m\u00e9thodique (car elle suit des gestes pr\u00e9cis comme celui du genou pos\u00e9 sur le dos par exemple), violente et perp\u00e9tr\u00e9e dans une forme d&rsquo;indiff\u00e9rence au sein de l\u2019espace public. Il en r\u00e9sulte n\u00e9cessairement une perte d\u2019innocence et d\u2019insouciance car la vigilance se doit d\u2019\u00eatre accrue lorsque les personnes noires se d\u00e9placent au sein de l\u2019espace public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce rythme mortif\u00e8re brouille les fronti\u00e8res temporelles puisqu\u2019il n\u2019a ni d\u00e9but ni fin mais est perp\u00e9tuel. Athena Athanasiou r\u00e9v\u00e8le le caract\u00e8re pernicieux de ce rythme en soulignant qu\u2019il est \u00e0 la fois r\u00e9p\u00e9titif et continu, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il ne poss\u00e8de m\u00eame pas les ruptures qui permettent habituellement \u00e0 un m\u00eame motif de se r\u00e9p\u00e9ter : il est lin\u00e9aire.Par exemple, lorsque le narrateur se fait arr\u00eater par les policiers alors qu\u2019il n\u2019a rien fait, il explique qu\u2019il a l\u2019impression de vivre un souvenir, d\u2019avoir un sentiment de d\u00e9j\u00e0-vu :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tu songes d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la soir\u00e9e qui t\u2019attend, \u00e0 siroter un verre de vin en \u00e9coutant un disque. Tu songes d\u00e9j\u00e0 au bon repas, en bonne compagnie. Tu es dans le souvenir de quelque chose qui ne s\u2019est pas encore produit quand ils t\u2019arr\u00eatent, tel un v\u00e9hicule qui vous coupe la route.<a id=\"sdfootnote6anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Alors que le personnage se projette dans une sc\u00e8ne future, la vision est interrompue, comme le met en \u00e9vidence la m\u00e9taphore d\u2019une trajectoire emp\u00each\u00e9e par un v\u00e9hicule. Ce passage souligne qu\u2019aucune projection dans le futur n\u2019est possible pour le personnage, pris dans une sorte d\u2019entre-deux temporel. Ce sentiment est encore renforc\u00e9 par l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 linguistique qui r\u00e9side dans la deuxi\u00e8me phrase : la proposition principale \u00ab Tu es dans le souvenir de quelque chose \u00bb pourrait tout aussi bien se rapporter \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de qu\u2019\u00e0 ce qui suit. Le souvenir de ce qui ne s\u2019est pas encore produit peut \u00e0 la fois renvoyer au sentiment familier et r\u00e9confortant d\u2019un repas en bonne compagnie d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu par le narrateur qu\u2019\u00e0 son arrestation par les policiers, ph\u00e9nom\u00e8ne qui se reproduit \u00e0 intervalles r\u00e9guliers au cours de sa vie. Nous pouvons noter une forme de paradoxe temporel o\u00f9 le souvenir est attach\u00e9 \u00e0 la foi au pass\u00e9 et \u00e0 l\u2019avenir puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un moment qui se r\u00e9p\u00e8te depuis des ann\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re. Dans cette configuration temporelle, la vie n\u2019est qu\u2019un pass\u00e9 qui se r\u00e9p\u00e8te de mani\u00e8re infinie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538368\"><\/a><em>Vivre au rythme des d\u00e9possessions<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce rythme lin\u00e9aire mortif\u00e8re s\u2019inscrit dans un syst\u00e8me qu\u2019Ida Danewid appelle capitalisme racial. En ajoutant l\u2019adjectif \u00ab racial \u00bb pour qualifier le syst\u00e8me capitaliste qui r\u00e9git les soci\u00e9t\u00e9s modernes, Ida Danewid veut souligner le lien indissociable qui existe entre le colonialisme et l\u2019origine du capitalisme. Si le capitalisme est souvent d\u00e9fini comme un syst\u00e8me qui tend \u00e0 l\u2019accumulation de capitaux, Ida Danewid rappelle que le capitalisme racial passe n\u00e9cessairement par une forme de d\u00e9possession. Ce dernier, d\u00e9montre-t-elle, se fonde sur le syst\u00e8me colonial, c\u2019est-\u00e0-dire sur l\u2019exploitation d\u2019\u00eatres humains dans le but d\u2019augmenter le capital global d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<a id=\"sdfootnote7anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a> Dans le cadre de la ville de Londres, on peut voir ce syst\u00e8me \u00e0 l\u2019\u0153uvre sur deux plans principaux : la gentrification progressive des quartiers p\u00e9riph\u00e9riques ou historiquement associ\u00e9s \u00e0 certaines communaut\u00e9s issues de l\u2019immigration, ainsi que les violences polici\u00e8res au sein de l\u2019espace public. Dans le cadre de la gentrification, la d\u00e9possession des lieux d\u2019habitation des personnes racis\u00e9es sert des int\u00e9r\u00eats urbains de discrimination spatiale. En d\u2019autres termes, les populations dominantes contribuent \u00e0 augmenter leur capital spatial en d\u00e9poss\u00e9dant les habitants historiques de leurs maisons ou de leurs quartiers. Dans le cadre de ces politiques publiques, on parle tr\u00e8s souvent d\u2019un processus ou de programmes de \u00ab revitalisation \u00bb<a id=\"sdfootnote8anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote8sym\"><sup>8<\/sup><\/a>, comme le souligne Ida Danewid. Ce terme est int\u00e9ressant \u00e0 deux \u00e9gards : revitaliser, c\u2019est vouloir de mani\u00e8re assez litt\u00e9rale donner un nouveau souffle \u00e0 un endroit mais c\u2019est aussi, par extension, d\u00e9barrasser ledit endroit des \u00eatres racis\u00e9s dispensables qui le peuplent car consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9j\u00e0 morts, si l\u2019on s\u2019appuie sur l\u2019argument avanc\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment par Athena Athanasiou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans le cadre de la violence polici\u00e8re, la d\u00e9possession du souffle contribue \u00e0 l\u2019augmentation \u2013 soit l\u2019accumulation \u2013 du sentiment de s\u00e9curit\u00e9 global de la personne qui attaque. La perception de l\u2019individu noir comme une menace participe \u00e0 une fiction nationale o\u00f9 l\u2019Autre repr\u00e9sente un danger mortel comme l\u2019\u00e9crit Achille Mbembe dans \u00ab N\u00e9cropolitique \u00bb :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">La perception de l\u2019existence de l\u2019Autre comme un attentat contre ma vie, comme une menace mortelle ou un danger absolu dont l\u2019\u00e9limination biophysique renforcerait mon potentiel de vie et de s\u00e9curit\u00e9 \u2013 c\u2019est l\u00e0, je pense, l\u2019un des nombreux imaginaires de la souverainet\u00e9 caract\u00e9ristiques \u00e0 la fois de la premi\u00e8re et de la derni\u00e8re modernit\u00e9s.<a id=\"sdfootnote9anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote9sym\"><sup>9<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Achille Mbembe met en lumi\u00e8re la logique coloniale et imp\u00e9rialiste qui sous-tend la construction des soci\u00e9t\u00e9s modernes en rappelant que cette derni\u00e8re se d\u00e9finit en opposition \u00e0 un Autre, construit en opposition avec la population dominante \u2013 l\u2019Autre est non-blanc et r\u00e9unit les caract\u00e9ristiques morales rejet\u00e9es par la classe dominante. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore, dans cette logique, si le dominant est sujet, l\u2019Autre ne peut \u00eatre qu\u2019objet ou dans une moindre mesure, non-sujet. Dans cette configuration, ce qui est Autre repr\u00e9sente un danger dont l\u2019\u00e9limination devient n\u00e9cessaire. Saisir le souffle \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire le potentiel de vie \u2013 de la personne racis\u00e9e contribue \u00e0 l\u2019augmentation du potentiel de vie de celui qui le saisit. Dans ce syst\u00e8me, le souffle des personnes noires ou racis\u00e9es n\u2019est qu\u2019un bien parmi d\u2019autres qui est pris afin de pouvoir participer \u00e0 l\u2019accumulation du capital des soci\u00e9t\u00e9s modernes \u2013 capital qui peut donc \u00eatre financier, spatial ou humain. Nous utilisons le terme \u00absouffle\u00bb plut\u00f4t qu\u2019un terme plus g\u00e9n\u00e9rique comme \u00abvie\u00bb en raison des m\u00e9thodes souvent utilis\u00e9es pour ce genre d\u2019interpellations, \u00e0 savoir une attaque qui menace quasi syst\u00e9matiquement l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du syst\u00e8me respiratoire, comme le souligne le geste maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9 du genou policier sur le dos de la personne interpell\u00e9e par exemple.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538369\"><\/a><em>La respiration emp\u00each\u00e9e comme sympt\u00f4me : l\u2019ali\u00e9nation du corps<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Un sympt\u00f4me du rythme infernal des d\u00e9possessions se pr\u00e9sente dans le roman par l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 respirer correctement de la part du protagoniste. Le souffle \u00e9chappe, dans une forme de fuite annonciatrice, puisqu\u2019il est destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre vol\u00e9. La suffocation agit comme un rappel de ce qui va se produire \u2013 le souffle manque car il va in\u00e9vitablement manquer \u2013 et souligne l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 dans laquelle sont plong\u00e9es les personnes racis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tu vis \u00e0 un rythme o\u00f9 tu ne bouges pas. Tu es comme une version inf\u00e9rieure de toi-m\u00eame. Tu pleures souvent, o\u00f9 que tu ailles, tu suffoques. Tu te caches. Tu cours sur place. Tu as peur et tu te sens plomb\u00e9.<a id=\"sdfootnote10anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote10sym\"><sup>10<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La suffocation souligne que le rythme biologique de la respiration est emp\u00each\u00e9 au profit du rythme lin\u00e9aire des d\u00e9possessions des souffles qui sert les int\u00e9r\u00eats du capitalisme racial. Le rythme de la phrase abonde dans ce sens \u00e9galement : l\u2019anaphore du pronom \u00ab tu \u00bb participe \u00e0 cr\u00e9er un rythme robotique, comme si aucune progression dans le texte \u2013 et par cons\u00e9quent dans la vie du protagoniste \u2013 n\u2019\u00e9tait possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce rythme est fondamentalement ali\u00e9nant : en effet, il est not\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que les corps des personnes racis\u00e9es ne leur appartiennent pas. Ces derniers sont pris dans un rythme qui leur est ext\u00e9rieur et qui r\u00e9git leur vie. Un parall\u00e8le peut \u00eatre per\u00e7u entre le rythme lin\u00e9aire du capitalisme racial et un exemple donn\u00e9 par Claire Revol dans \u00ab La rythmanalyse lefebvrienne des temps et espaces sociaux \u00bb. Dans son article, elle pr\u00e9sente une personne qui vit en HLM<a id=\"sdfootnote11anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote11sym\"><sup>11<\/sup><\/a>. Celle-ci, tout comme la personne racis\u00e9e, voit son quotidien \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire son rythme de vie \u2013 r\u00e9gi par des imp\u00e9ratifs de production et d\u2019accumulation : cette cadence est agenc\u00e9e et organis\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 favoriser un r\u00e9sultat, une accumulation de capital. Dans les deux cas, les individualit\u00e9s concern\u00e9es n\u2019ont presque plus aucune prise sur leurs corps : les rythmes de leurs corps, de leurs vies, sont d\u00e9tourn\u00e9s vers une fin pr\u00e9cise. Elles ne sont pas ma\u00eetres de leurs rythmes. En somme, les rythmes lin\u00e9aires de la modernit\u00e9 s\u2019accompagnent n\u00e9cessairement d\u2019une d\u00e9possession des corps. C\u2019est ce que note le narrateur du roman \u00e0 plusieurs reprises, notamment dans le passage suivant :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">En allant au cin\u00e9ma, vous croisez un fourgon de police. Ils ne s\u2019adressent ni \u00e0 toi ni \u00e0 elle, mais ils regardent dans votre direction. Cela confirme ce que tu sais d\u00e9j\u00e0 : que vos corps ne vous appartiennent pas. Tu as peur qu\u2019ils vous les reprennent, alors tu retires la capuche qui te prot\u00e8ge du froid.<a id=\"sdfootnote12anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote12sym\"><sup>12<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le contact \u00e9tabli par le regard et le silence qui en r\u00e9sulte vient confirmer l\u2019hypoth\u00e8se que le narrateur se fait \u00e0 propos de son corps. Ce dernier est un objet, regard\u00e9 mais pas vu \u2013 une distinction qu\u2019il op\u00e8re \u00e0 plusieurs reprises au cours de la narration. Il est per\u00e7u et d\u00e9cortiqu\u00e9 et l\u2019humanit\u00e9 qui l\u2019habite est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant inexistante.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538370\"><\/a>II. Ralentir pour respirer : le temps de l\u2019expression<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538371\"><\/a><em>La rythmanalyse lefebvrienne<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">En parall\u00e8le du rythme effr\u00e9n\u00e9 de l\u2019espace-temps urbain de Londres, il existe d\u2019autres rythmes qui permettent au protagoniste de \u00ab s\u2019arracher des petites libert\u00e9s \u00bb<a id=\"sdfootnote13anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote13sym\"><sup>13<\/sup><\/a> et viennent contrarier le rythme du capitalisme racial. Afin de saisir ce qui se joue pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019interaction de ces rythmes, on peut convoquer la th\u00e9orie d\u2019Henri Lefebvre concernant l\u2019analyse des rythmes qui r\u00e9gissent les espaces urbains qu\u2019il nomme rythmanalyse, en r\u00e9f\u00e9rence au m\u00eame concept d\u00e9velopp\u00e9 par Bachelard et Pinheiro dos Santos dans une perspective philosophique. Selon Claire Revol, la rythmanalyse peut se d\u00e9finir comme \u00ab un outil d\u2019exploration critique de l\u2019espace et du temps social produit \u00bb<a id=\"sdfootnote14anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote14sym\"><sup>14<\/sup><\/a>. L\u2019espace et le temps social quotidiens sont con\u00e7us comme un tissu de relations et peuvent \u00eatre fa\u00e7onn\u00e9s par deux types de rythmes : les rythmes naturels ou cycliques (les rythmes biologiques du corps, le rythme des saisons, le rythme du soleil par exemple) et les rythmes lin\u00e9aires ou processuels, c\u2019est-\u00e0-dire des rythmes qui r\u00e9pondent \u00e0 une logique de production, \u00e0 un but donn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00c0 la diff\u00e9rence des soci\u00e9t\u00e9s agraires dont l\u2019espace \u00e9tait fa\u00e7onn\u00e9 en fonction des rythmes cycliques, la ville moderne issue des r\u00e9volutions industrielles est selon Lefebvre un espace produit, majoritairement construit selon des rythmes lin\u00e9aires<a id=\"sdfootnote15anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote15sym\"><sup>15<\/sup><\/a> : l\u2019espace urbain et le temps qui y r\u00e8gne sont agenc\u00e9s, rythm\u00e9s, d\u2019une mani\u00e8re \u00e0 satisfaire une logique de production, d\u2019accumulation. En d\u2019autres termes, ces rythmes ont pour objectif de r\u00e9pondre aux exigences de production de capitaux du syst\u00e8me capitaliste. La ville est donc un produit, un abstrait, caract\u00e9ris\u00e9 par la r\u00e9p\u00e9tition \u00e0 la fois au niveau de l\u2019espace (r\u00e9p\u00e9titions architecturales) et du temps social (gestes r\u00e9p\u00e9titifs n\u00e9cessaires \u00e0 la production de biens)<a id=\"sdfootnote16anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote16sym\"><sup>16<\/sup><\/a>. Ce rythme lin\u00e9aire a pour cons\u00e9quence d\u2019ali\u00e9ner les vies des individus qui vivent au sein de la soci\u00e9t\u00e9 urbaine, leurs rythmes de vie \u00e9tant n\u00e9cessairement annex\u00e9s aux processus cumulatifs de la ville industrielle. Cependant, les rythmes cycliques persistent au sein de l\u2019espace urbain et sous-tendent les autres rythmes<a id=\"sdfootnote17anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote17sym\"><sup>17<\/sup><\/a> \u2013 les rythmes du soleil, des saisons ou encore les rythmes biologiques du corps n\u2019ont pas disparu et sont des donn\u00e9es du monde. Ils n\u2019en sont simplement plus les premiers r\u00e9f\u00e9rentiels. Selon Lefebvre, le but de la rythmanalyse est d\u2019\u00e9tudier les interactions entre ces deux types de rythmes et de proposer une nouvelle pratique sociale ou <em>praxis<\/em> qui permettrait aux individus de se r\u00e9approprier l\u2019espace et le temps social dans lesquels ils vivent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Une mani\u00e8re de mettre en \u0153uvre cette rythmanalyse est de partir du corps selon Lefebvre. Dans la conception lefebvrienne, le corps est le m\u00e9dium par lequel les rythmes de la ville sont ressentis et peuvent \u00eatre analys\u00e9s pour finalement \u00eatre potentiellement transform\u00e9s en raison de sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab s\u2019auto-produire \u00bb<a id=\"sdfootnote18anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote18sym\"><sup>18<\/sup><\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e0 accorder ses rythmes \u00e0 la pratique sociale. Ainsi, en analysant les rythmes de son propre corps, l\u2019individu est capable d\u2019\u00e9couter et analyser les rythmes qui fa\u00e7onnent l\u2019espace et le temps social. Cette attention \u00e0 ses propres rythmes permet \u00e0 l\u2019individu \u00e0 la fois de se r\u00e9approprier son propre corps, de le conna\u00eetre intimement, mais aussi d\u2019envisager des transformations dans la pratique sociale. Ce dernier r\u00f4le est plus particuli\u00e8rement celui du rythmanalyste, un personnage invent\u00e9 par Lefebvre lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538372\"><\/a><em>Le protagoniste rythmanalyste<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">D\u2019une certaine mani\u00e8re, nous pourrions sugg\u00e9rer que le protagoniste d\u2019<em>Open Water<\/em> se pose en rythmanalyste. En effet, une attention particuli\u00e8re aux rythmes est exprim\u00e9e dans le roman. Pour le narrateur d\u2019<em>Open Water<\/em>, la vie est semblable \u00e0 ce que Lefebvre appelle un \u00ab bouquet de rythmes\u00bb<a id=\"sdfootnote19anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote19sym\"><sup>19<\/sup><\/a>, qu\u2019il per\u00e7oit et analyse, d\u00e9cortique. \u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un rythmanalyste, le travail du protagoniste consiste \u00e0 collecter les diff\u00e9rents rythmes qui le traversent pour ensuite les agencer, les transformer, en cr\u00e9er de nouveaux \u2013 un processus qui lui est familier car il s\u2019essaye r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la composition musicale.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il y a aussi une pile de vinyles par terre ; tu as essay\u00e9 de sampler en \u00e9coutant attentivement les bribes de sons que tu peux superposer les uns aux autres pour cr\u00e9er des rythmes nouveaux.<a id=\"sdfootnote20anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote20sym\"><sup>20<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cet extrait souligne la position de rythmanalyste du narrateur et de son attention particuli\u00e8re aux rythmes : il reconna\u00eet les diff\u00e9rents rythmes, les d\u00e9cortique, les d\u00e9coupe et cr\u00e9e quelque chose de nouveau, un rythme harmonieux cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir d\u2019autres rythmes. \u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un compositeur, le narrateur sample les rythmes qui l\u2019entourent et tente d\u2019en faire un collage qui permettrait d\u2019en cr\u00e9er un nouveau et donc un nouvel espace-temps social.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le rythmanalyste d\u2019<em>Open Water<\/em> est \u00e0 la recherche des arythmies qui, selon Claire Revol expliquant la pens\u00e9e de Lefebvre, \u00ab sont le signe de dysfonctionnements sociaux \u00bb<a id=\"sdfootnote21anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote21sym\"><sup>21<\/sup><\/a>. L\u2019arythmie est pr\u00e9cis\u00e9ment ce dont est atteint le protagoniste du roman.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette ann\u00e9e-l\u00e0, tu avais beaucoup encaiss\u00e9. Tu t\u2019\u00e9tais perdu. Tu avais perdu ta grand-m\u00e8re. Ils avaient tu\u00e9 Rashan et Edson, de l\u2019ext\u00e9rieur, de l\u2019int\u00e9rieur. Et, comme en \u00e9cho, ils t\u2019avaient accul\u00e9 contre le mur et tu cherchais avec tes mains quelque chose \u00e0 quoi t\u2019agripper. Tu avais le souffle court, m\u00eame sans que leurs mains se referment autour de ton cou. Les choses tombaient en pi\u00e8ces jusqu\u2019\u00e0 la racine. Arythmie. S\u00fbrement rien de grave. Et pourtant. Ne pas s\u2019alarmer.<a id=\"sdfootnote22anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote22sym\"><sup>22<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans ce passage, le narrateur met en exergue le rythme infernal dans lequel il a \u00e9t\u00e9 pris et le pose comme responsable de son arythmie. Par l\u2019analyse du rythme de son corps, le protagoniste rend compte d\u2019une arythmie sociale, suivant ainsi une m\u00e9thode de rythmanalyste qui, selon Henri Lefebvre, \u00ab \u00e9coute [&#8230;] d\u2019abord son corps ; [&#8230;] y apprend les rythmes, pour ensuite appr\u00e9cier les rythmes externes. Son corps lui sert de m\u00e9tronome \u00bb<a id=\"sdfootnote23anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote23sym\"><sup>23<\/sup><\/a>. Ce rythme m\u00eale \u00e0 la fois des probl\u00e8mes intimes et personnels comme la perte de sa grand-m\u00e8re et un malaise plus grand, ayant affaire avec la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vit et o\u00f9 les d\u00e9c\u00e8s des jeunes hommes noirs, tels que ceux de Rashan Charles et Edson Da Costa survenus en juin 2017, sont monnaie courante. En particulier, les deux jeunes hommes cit\u00e9s sont morts asphyxi\u00e9s lors d\u2019une arrestation, tu\u00e9s \u00ab de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur \u00bb car c\u2019est par le souffle que la mort a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. La mort peut survenir de bien des mani\u00e8res et pourtant, c\u2019est toujours la m\u00eame zone du corps qui est attaqu\u00e9e, la m\u00eame fonction biologique qui est entrav\u00e9e. Peut-\u00eatre parce que le souffle est le signifiant humain de la subjectivit\u00e9, puisqu\u2019il est \u00e9lan vital au sens propre et m\u00e9taphorique \u2013 il anime, du latin <em>anima<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire, qu\u2019il fait fonctionner le corps et agit en support de l\u2019\u00e2me. Peut-\u00eatre est-ce ce que le narrateur entend par \u00ab tu\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur \u00bb : tu\u00e9s, corps et \u00e2mes. Le souffle est court, comme si les mains de la violence institutionnelle \u00e9taient toujours pos\u00e9es sur le cou \u2013 toujours l\u00e0 car elles seront peut-\u00eatre un jour l\u00e0 \u2013 et les sujets noirs sont toujours \u00e0 la recherche du souffle car l\u2019asphyxie pourrait se produire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">\u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un rythmanalyste, le protagoniste d\u2019<em>Open Water<\/em> s\u2019attache \u00e0 relever les interactions qui existent au sein de l\u2019espace-temps urbain entre les rythmes cycliques et les rythmes lin\u00e9aires. En effet, les deux rythmes sont tr\u00e8s rarement d\u00e9connect\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre dans son analyse : le rythme lin\u00e9aire de la d\u00e9possession des souffles est par exemple souvent associ\u00e9 au rythme des saisons qui structurent aussi la quotidiennet\u00e9. Ainsi, le protagoniste remarque que la saison de l\u2019\u00e9t\u00e9 le pousse \u00e0 vivre un quotidien plus riche en activit\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur alors que l\u2019hiver, note-t-il, \u00ab le plus souvent, [il] ne sort pas de chez [lui] \u00bb<a id=\"sdfootnote24anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote24sym\"><sup>24<\/sup><\/a>. Par ailleurs, la saison de l\u2019\u00e9t\u00e9 est aussi caract\u00e9ris\u00e9e par un rythme plus lent : \u00ab C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9, alors tout bouge moins vite [&#8230;] \u00bb<a id=\"sdfootnote25anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote25sym\"><sup>25<\/sup><\/a> \u00c0 d\u2019autres moments du texte encore, dans une prose po\u00e9tique, il unit les deux rythmes, les regarde, les interroge, et montre comment cycles naturels et lin\u00e9aires interagissent.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">L\u2019immobilit\u00e9 du doux \u00e9clat printanier. C\u2019\u00e9tait tranquille, l\u00e0. Ton p\u00e8re s\u2019\u00e9tait plac\u00e9 du mauvais c\u00f4t\u00e9 de la pompe \u00e0 essence [&#8230;] Tu as pench\u00e9 la t\u00eate par la fen\u00eatre ouverte pour lui sourire. [&#8230;] Son corps \u00e9tait au garde-\u00e0-vous, p\u00e9trifi\u00e9, tel un homme qui sait que si les choses partent en vrille, cela marquera son an\u00e9antissement. L\u2019officier de police a vu ton p\u00e8re suivre des yeux un jeune homme qu\u2019on interrogeait, et ton p\u00e8re s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9, mettant une distance imaginaire entre le chasseur et la proie. [&#8230;] Il s\u2019est ensuite pr\u00e9cipit\u00e9 vers la caisse, et tu imagines dans quel \u00e9tat d\u2019agitation il se trouvait, renon\u00e7ant \u00e0 son charme habituel [&#8230;].<a id=\"sdfootnote26anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote26sym\"><sup>26<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">L\u2019immobilit\u00e9 et la tranquillit\u00e9 du printemps contrastent avec l\u2019\u00e9tat d\u2019agitation du p\u00e8re du protagoniste. \u00c0 la vue du policier, un instinct d\u2019auto-pr\u00e9servation gagne le personnage et le rythme du printemps, \u00ab tranquille \u00bb, est troubl\u00e9, infect\u00e9 par la peur d\u2019\u00eatre en pr\u00e9sence d\u2019un policier qui pourrait le voir comme une menace potentielle \u00e0 \u00e9liminer. Dans cet extrait se joue la complexit\u00e9 des interactions entre les rythmes qui parcourent la ville de Londres au travers de la mesure des rythmes des corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le rythmanalyste de <em>Open Water<\/em> distingue deux grandes cat\u00e9gories de rythmes : les rythmes rapides et les rythmes lents, qu\u2019ils soient cycliques ou lin\u00e9aires. Ces deux rythmes sont \u00e9tudi\u00e9s au regard de l\u2019effet qu\u2019ils ont sur son souffle.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tu ne lui dis pas que cet album a \u00e9t\u00e9 la bande-son de ton dernier \u00e9t\u00e9. Tu ne lui dis pas que tu as tellement r\u00e9\u00e9cout\u00e9 la chanson \u00ab Brenda \u00bb, ode \u00e0 la grand-m\u00e8re de l\u2019artiste, que tu savais \u00e0 quel moment la basse commen\u00e7ait \u00e0 se glisser sous les accords de guitare, quand le riff de la trompette se r\u00e9p\u00e9tait, quand il y avait une pause, un l\u00e9ger soupir au moment o\u00f9 la musique se d\u00e9tendait apr\u00e8s avoir battu \u00e0 un rythme soutenu. Tu ne lui dis pas que c\u2019est dans ces espaces minuscules que tu r\u00e9ussissais \u00e0 reprendre ta respiration, ne te rendant m\u00eame pas compte que tu la retenais \u2013 et pourtant oui.<a id=\"sdfootnote27anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote27sym\"><sup>27<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans cet extrait, la voix narrative d\u00e9cortique le rythme qu\u2019il est en train d\u2019\u00e9couter en se concentrant notamment sur le moment o\u00f9 ce dernier change de cadence, ralentit et marque une pause. Cette pause est d\u00e9sign\u00e9e \u00e0 maintes reprises au cours du texte par le terme de <em>break<\/em>. En th\u00e9orie musicale, le <em>break<\/em> constitue un moment d\u00e9termin\u00e9 dans un morceau qui alt\u00e8re le rythme, g\u00e9n\u00e9ralement pressant et serr\u00e9 et signe un moment plus calme, plus lent \u2013 un espace rythmique o\u00f9 le narrateur ressent \u00e0 nouveau la possibilit\u00e9 de respirer. Selon le protagoniste, la respiration est donc facilit\u00e9e par la lenteur du rythme. A contrario, la rapidit\u00e9 est li\u00e9e au manque de souffle, ou dans une moindre mesure, \u00e0 l\u2019alt\u00e9ration du cycle respiratoire qui est, en outre, \u00e0 peine remarqu\u00e9e par le protagoniste. La th\u00e9orie rythmique avanc\u00e9e par le personnage n\u2019est pas sans rappeler le rythme effr\u00e9n\u00e9 de la d\u00e9possession des souffles qui se caract\u00e9rise lui aussi par une respiration emp\u00each\u00e9e. Ainsi, les diff\u00e9rentes vitesses de rythmes sont associ\u00e9es \u00e0 des variations respiratoires et c\u2019est bien dans la lenteur que le souffle peut aller librement. Il resterait \u00e0 savoir comment transposer cette th\u00e9orie rythmique du domaine musical au domaine social. La qu\u00eate du rythmanalyste se fait plus pr\u00e9cise : il s&rsquo;agit d\u00e9sormais de rechercher une pratique sociale qui permettrait de cr\u00e9er un rythme plus lent et ainsi construire un espace-temps respirable qui offrirait une possibilit\u00e9 de refuge face au rythme rapide de la d\u00e9possession des souffles. Cette pratique pourrait alors \u00eatre une fa\u00e7on de reconfigurer l\u2019espace-temps social afin de permettre la respiration au sein de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538373\"><\/a><em>Comment ralentir ? L\u2019expression\/expiration comme m\u00e9thode<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">En analysant les rythmes, le protagoniste arrive \u00e0 un constat simple : c\u2019est la lenteur du rythme qui permet la respiration. Ralentir un rythme permet \u00e0 ce dernier de respirer comme l\u2019avance un musicien dans le roman : \u00ab Pour Screw, ralentir un morceau, c\u2019est le faire respirer \u00bb<a id=\"sdfootnote28anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote28sym\"><sup>28<\/sup><\/a>. L\u2019objectif du rythmanalyste est de trouver une m\u00e9thode, une pratique, qui puisse permettre cette respiration. Ce dernier trouve un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse au travers d\u2019une des analyses rythmiques qu\u2019il performe sur son propre corps. En effet, alors qu\u2019il est en train de parler, le protagoniste note une modification dans sa respiration, dans la mani\u00e8re dont son corps se comporte : \u00ab Tu parles et tu t\u2019aper\u00e7ois que ralentir le d\u00e9bit te permet de respirer \u00bb<a id=\"sdfootnote29anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote29sym\"><em><sup>29<\/sup><\/em><\/a><em>. <\/em>Cet extrait souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de ralentir pour pouvoir parler, ainsi le ralentissement est une cons\u00e9quence n\u00e9cessaire \u00e0 toute expiration\/ expression. Cette condition est par ailleurs aussi v\u00e9rifi\u00e9e biologiquement puisque l\u2019expiration s\u2019accompagne d\u2019un ralentissement du rythme cardiaque<a id=\"sdfootnote30anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote30sym\"><sup>30<\/sup><\/a>. Plus largement, le ralentissement semble \u00eatre une propri\u00e9t\u00e9 partag\u00e9e par tout type d\u2019expression, c\u2019est-\u00e0-dire tous les moyens par lesquels \u00ab on exprime, on fait para\u00eetre, on manifeste quelque chose \u00bb<a id=\"sdfootnote31anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote31sym\"><sup>31<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019on peut s\u2019exprimer de plusieurs mani\u00e8res : au travers d\u2019une activit\u00e9 sportive, d\u2019une activit\u00e9 artistique ou de la parole par exemple. Dans le roman, deux types d\u2019expression sont pr\u00e9sent\u00e9s en particulier comme des mani\u00e8res de respirer. En effet, l\u2019amie du protagoniste souligne qu\u2019elle \u00ab danse pour respirer \u00bb<a id=\"sdfootnote32anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote32sym\"><sup>32<\/sup><\/a>. Le protagoniste utilise le sport, plus pr\u00e9cis\u00e9ment le basket, afin de s&rsquo;offrir un moment de respiration. Selon lui, le basket \u00e9tait un moyen de se cr\u00e9er un espace semblable \u00e0 celui d\u2019une maison :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tu voulais te b\u00e2tir un chez-toi ici, sur ce parquet aux marques effac\u00e9es. Tu voulais t\u2019\u00e9tirer au-del\u00e0 des limites de ton corps. Tu voulais respirer tellement fort que tu en perdrais le souffle.<a id=\"sdfootnote33anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote33sym\"><sup>33<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cet extrait met en exergue le rapport \u00e0 l\u2019espace qui se joue \u00e9galement dans l\u2019expression. L\u2019expression sportive permet au protagoniste de se cr\u00e9er et de s\u2019approprier un espace au sein de l\u2019espace public, qui d\u2019habitude constitue un endroit dangereux pour ce dernier. Par le mouvement et les gestes, le protagoniste a la capacit\u00e9 de cr\u00e9er un espace-temps o\u00f9 une respiration peut \u00eatre possible le temps de l\u2019activit\u00e9, un \u00ab chez-soi \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire un espace appropri\u00e9 selon la d\u00e9finition lefebvrienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans ces deux exemples, l\u2019expression (qu\u2019elle prenne la forme d\u2019activit\u00e9 sportive, d\u2019activit\u00e9 artistique ou de parole) est associ\u00e9e \u00e0 la respiration. Biologiquement parlant, ce type d\u2019activit\u00e9 est intimement li\u00e9 \u00e0 la respiration. En effet, il existe deux types d\u2019expiration : l\u2019expiration volontaire et involontaire<a id=\"sdfootnote34anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote34sym\"><sup>34<\/sup><\/a>. Celle qui nous int\u00e9resse ici est l\u2019expiration volontaire, c\u2019est-\u00e0-dire que le sujet expire de mani\u00e8re volontaire et contr\u00f4l\u00e9e afin de faire quelque chose. Les cas les plus connus d\u2019expiration volontaire sont la parole, le chant, la danse ou toute autre pratique sportive. Lors de ces activit\u00e9s, le flux d\u2019air qui est inspir\u00e9 est contr\u00f4l\u00e9 et expir\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 soutenir le mouvement ou l\u2019action. L\u2019expression fait n\u00e9cessairement appel \u00e0 une expiration contr\u00f4l\u00e9e et constitue une forme d\u2019appropriation ou de contr\u00f4le de son corps et de ses rythmes dans un but pr\u00e9cis. Ainsi, lorsque les protagonistes d\u00e9clarent qu\u2019ils jouent au basket ou dansent pour respirer, nous pourrions aussi comprendre que ces activit\u00e9s permettent aux individus de se r\u00e9approprier leurs corps et leur espace par le biais de la respiration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">C\u2019est dans une derni\u00e8re modalit\u00e9 de l\u2019expression que cette derni\u00e8re prend encore un autre sens \u2013 celle du discours. La relation forg\u00e9e entre le protagoniste et sa meilleure amie est fond\u00e9e sur la confiance et sur la promesse d\u2019une honn\u00eatet\u00e9 radicale l\u2019un envers l\u2019autre. Leur lien, forg\u00e9 par leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 qu\u2019ils exposent \u00e0 l\u2019autre, est un espace s\u00fbr dans lequel il est possible de s\u2019exprimer. Ainsi, c\u2019est dans cet espace que le protagoniste d\u00e9cide de s\u2019ouvrir pour la premi\u00e8re fois et de parler de ses exp\u00e9riences. Au fur et \u00e0 mesure des confessions, un rythme s\u2019installe, plus lent. Le rythme qui est cr\u00e9\u00e9 au fil des expressions\/ expirations s\u2019oppose au rythme lin\u00e9aire des d\u00e9possessions par sa lenteur et vient permettre le souffle. L\u2019\u00e9change est un mode d\u2019expression qui diff\u00e8re des autres pr\u00e9sent\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent puisqu\u2019il implique une relationnalit\u00e9 \u2013 en d\u2019autres termes, il implique l\u2019Autre. Le ralentissement du rythme n\u2019affecte donc pas seulement une personne mais deux, au minimum. La possibilit\u00e9 de cr\u00e9er un rythme plus lent \u00e0 deux pourrait agir comme les fondements d\u2019une pratique sociale, d\u2019une <em>praxis<\/em>. Ainsi, l\u2019on pourrait envisager que l\u2019espace du discours puisse \u00eatre \u00e9largi \u00e0 une plus grande \u00e9chelle de relationnalit\u00e9 \u2013 l\u2019on pourrait m\u00eame envisager, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cependant, la fin du roman met en lumi\u00e8re une potentielle limitation \u00e0 cette pratique sociale : l\u2019expression peut faillir ou \u00eatre emp\u00each\u00e9e. En effet, le rythme de la relation entre les deux personnages change lorsque le personnage principal refuse de s\u2019ouvrir \u00e0 son amie et se \u00ab verrouille\u00bb<a id=\"sdfootnote35anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote35sym\"><sup>35<\/sup><\/a> vis-\u00e0-vis d\u2019elle. Nous t\u00e2cherons d\u2019explorer les potentielles raisons de ce refus et examinerons les modalit\u00e9s particuli\u00e8res selon lesquelles la pratique sociale d\u00e9velopp\u00e9e par le rythmanalyste pourrait \u00eatre mise en place au sein de l\u2019espace-temps social.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"> III. L\u2019expression\/expiration ou le d\u00e9veloppement d\u2019une praxis  <ol type=\"I\" start=\"3\"><\/ol><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538375\"><\/a><em>Vuln\u00e9rabilit\u00e9 et d\u00e9possession<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Bien que la souffrance de n\u2019\u00eatre que des corps d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s d\u2019eux-m\u00eames est partag\u00e9e par l\u2019ensemble des personnes racis\u00e9es au sein de la m\u00e9tropole de Londres, aucun \u00e9change \u00e0 ce sujet ne semble \u00eatre possible. \u00c0 chaque occurrence d\u2019une sc\u00e8ne de violence envers des personnes noires, la voix narrative sp\u00e9cifie que cet \u00e9v\u00e9nement est tu ou gard\u00e9 pour soi. Par exemple, lorsque le protagoniste se fait arr\u00eater dans la rue, il mentionne qu\u2019il ne parlera de cet \u00e9v\u00e9nement \u00e0 personne : \u00abTu ne parles \u00e0 personne de cet incident [&#8230;] \u00bb<a id=\"sdfootnote36anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote36sym\"><sup>36<\/sup><\/a>. Lorsqu\u2019un \u00e9v\u00e9nement du m\u00eame type se produit en pr\u00e9sence de plusieurs personnes \u2013 affect\u00e9es au m\u00eame degr\u00e9 par ce dernier \u2013 une pudeur s\u2019installe \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le moment s\u2019\u00e9ternisait, et tu sais que vous aviez tous les deux envie de dire que vous aviez peur, que quelque chose pesait sur vous, mais la r\u00e9ticence \u00e0 parler \u00e9tait un refrain que vous connaissiez par c\u0153ur. \u00c0 la place, tu as dit que tu avais faim.<a id=\"sdfootnote37anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote37sym\"><sup>37<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La r\u00e9ticence \u00e0 \u00e9changer est compar\u00e9e \u00e0 une chanson, venant par l\u00e0 renforcer l\u2019identification de cette derni\u00e8re au rythme de la d\u00e9possession des souffles qui les affecte. Ici, la non-expression est per\u00e7ue comme un instinct de pr\u00e9servation. L\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019est pas discut\u00e9 pour ne pas le faire ressurgir, pour ne pas revivre la souffrance qui a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e. Cependant, et c\u2019est ce que montrera l\u2019analyse, c\u2019est bien l\u2019expression de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui permet de cr\u00e9er un rythme qui vient se superposer \u00e0 celui du capitalisme racial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Exprimer c\u2019est selon le protagoniste lui-m\u00eame, faire ressortir son int\u00e9riorit\u00e9, c\u2019est l\u2019exposer \u00e0 la face du monde. C\u2019est un acte qui rend irr\u00e9m\u00e9diablement la personne qui en est \u00e0 l\u2019origine vuln\u00e9rable. Selon la d\u00e9finition de Marine Liendle, \u00ab [&#8230;] la vuln\u00e9rabilit\u00e9 traduit une situation de faiblesse \u00e0 partir de laquelle l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019un \u00eatre est ou risque d\u2019\u00eatre affect\u00e9e, diminu\u00e9e, alt\u00e9r\u00e9e \u00bb<a id=\"sdfootnote38anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote38sym\"><sup>38<\/sup><\/a>. En ce sens, l\u2019expression permet d\u2019ouvrir les parties les plus vuln\u00e9rables de son \u00eatre et de les transmettre, en laissant l\u2019opportunit\u00e9 \u00e0 l\u2019Autre de toucher, de blesser, de heurter. Selon Athanasiou et Butler, cette caract\u00e9ristique de l\u2019humain et de la relationnalit\u00e9 constitue une forme de d\u00e9possession. Selon elles, pour que la relationnalit\u00e9 soit possible \u2013 elle qui est in\u00e9vitable lorsque l\u2019on vit en soci\u00e9t\u00e9 \u2013 il faut qu\u2019il y ait vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">En ce sens-l\u00e0, la d\u00e9possession recouvre les pertes constitutives et primordiales qui conditionnent le fait qu\u2019on soit d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 (ou qu\u2019on se laisse d\u00e9poss\u00e9der) par un autre : on est \u00e9mu par et mu vers l\u2019autre ; on est accessible et affect\u00e9 par la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019autre.<a id=\"sdfootnote39anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote39sym\"><sup>39<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cependant, c\u2019est la perception du corps noir comme vuln\u00e9rable qui permet la d\u00e9possession de ces derniers par le capitalisme racial. Ainsi, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 est vue comme une tare, comme la partie de soi qui met en danger dans ce syst\u00e8me donn\u00e9. Un instinct de pr\u00e9servation est donc de ne pas se montrer vuln\u00e9rable dans l\u2019espace public, comme le souligne la citation suivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Elle n\u2019en parle pas \u2013 \u00e9change tacite, ce geste de pr\u00e9servation de soi-m\u00eame \u2013 avant que vous soyez assis devant son immeuble, \u00e0 regarder un chien qui danse sur la pelouse, la lune en guise de spot.<a id=\"sdfootnote40anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote40sym\"><sup>40<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette sc\u00e8ne intervient apr\u00e8s que le protagoniste et son amie se sont fait d\u00e9visager par les forces de l\u2019ordre alors qu\u2019ils s\u2019acheminaient tranquillement vers le cin\u00e9ma. Les deux personnages sont tr\u00e8s proches et n\u2019ont d\u2019habitude aucun mal \u00e0 \u00eatre vuln\u00e9rables face \u00e0 l\u2019autre. Cependant, une fois les corps plac\u00e9s dans l\u2019espace public, l\u2019inqui\u00e9tude d\u2019une d\u00e9possession possible emp\u00eache l\u2019expression d\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 pourtant partag\u00e9e. L\u2019\u00e9change qui aurait pu avoir lieu reste de l\u2019ordre du \u00ab tacite \u00bb. Si le sentiment est su, il n\u2019est pas exprim\u00e9, pas mis au monde. Il n\u2019est pas entendu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538376\"><\/a><em>Accepter d\u2019\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 : quelles modalit\u00e9s pour la praxis ?<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce silence ou non-expression de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 structure les rapports sociaux au sein de l\u2019espace public londonien et renferme l\u2019angoisse de la relationnalit\u00e9. Exprimer cette angoisse, c\u2019est appara\u00eetre comme vuln\u00e9rable. Or, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 engendre la d\u00e9possession. En ce sens, le silence pourrait constituer une norme sociale, un accord tacite, qui donne l\u2019illusion de se prot\u00e9ger de la d\u00e9possession. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est la d\u00e9possession qui suppose que \u00ab nous soyons structurellement d\u00e9pendants de normes sociales que nous ne choisissons, ni ne contr\u00f4lons. \u00bb<a id=\"sdfootnote41anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote41sym\"><sup>41<\/sup><\/a> C\u2019est parce qu\u2019il y a possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 que la non-expression de sa propre vuln\u00e9rabilit\u00e9 constitue une forme de pr\u00e9servation. En revanche, l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 cette norme, pr\u00e9cisent Athanasiou et Butler, n\u2019est ni consciente ni volontaire<a id=\"sdfootnote42anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote42sym\"><sup>42<\/sup><\/a>. N\u00e9anmoins, ce silence et cette tendance \u00e0 se renfermer sur soi-m\u00eame conduisent \u00e0 une suffocation quasi constante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">La parole est une forme d\u2019expression caract\u00e9ris\u00e9e par un \u00e9change, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019expression n\u2019est possible que si les deux parties s\u2019engagent \u00e0 exposer leurs vuln\u00e9rabilit\u00e9s. Pour qu\u2019une telle chose soit possible, il est n\u00e9cessaire que cette relation soit fond\u00e9e sur une confiance mutuelle : j\u2019accepte d\u2019\u00eatre vuln\u00e9rable et touch\u00e9 par toi car tu acceptes d\u2019\u00eatre vuln\u00e9rable et touch\u00e9 par moi. Cependant, si cette relation de confiance est bien instaur\u00e9e d\u00e8s la rencontre entre les deux personnages, le doute s\u2019immisce graduellement dans la t\u00eate du protagoniste. Et si elle n\u2019\u00e9tait pas digne de confiance ? Et si c\u2019\u00e9tait une folie que de se rendre vuln\u00e9rable, que d\u2019accepter d\u2019\u00eatre touch\u00e9 par elle, qu\u2019elle puisse potentiellement menacer son int\u00e9grit\u00e9 physique ou \u00e9motionnelle ? Comment faire confiance \u00e0 l\u2019Autre lorsque sa vie est constamment menac\u00e9e par lui ? Comment offrir sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, se laisser d\u00e9poss\u00e9der quand on a lutt\u00e9 toute sa vie contre la d\u00e9possession ? Le protagoniste, p\u00e9trifi\u00e9 par la possibilit\u00e9 de voir son int\u00e9grit\u00e9 physique et \u00e9motionnelle d\u00e9truite, n\u2019arrive pas \u00e0 d\u00e9passer cette norme sociale et coupe tout contact avec son amie. Cette derni\u00e8re vient le d\u00e9busquer chez lui pour tenter d\u2019avoir une explication vers la fin du roman :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tu l\u2019observes qui observe ton combat int\u00e9rieur. Ses traits se radoucissent. Elle tend la main vers toi mais tu recules. Tu te sens sale, plomb\u00e9 par la peur, et tu ne veux pas la salir \u00e0 son tour. Elle fait aussi un pas en arri\u00e8re, ton mouvement de recul est pour elle comme un coup dans la poitrine.<a id=\"sdfootnote43anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote43sym\"><sup>43<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cet extrait met en lumi\u00e8re les positions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es des deux protagonistes dans la relation qu\u2019ils entretiennent avec leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 et la d\u00e9possession. L\u2019amie du protagoniste est dans une posture d\u2019acceptation et d\u2019ouverture radicale comme le signale sa main tendue. Le rejet de son geste le fait se sentir sale, car la peur qu\u2019il ressent vient remettre en question la totalit\u00e9 de leur relation fond\u00e9e sur un contrat de confiance mutuelle. Par son mouvement de recul, il trahit ce contrat. Son refus et la d\u00e9possession unilat\u00e9rale qui en d\u00e9coule, agissent comme un coup dans la poitrine, comme une violence qui vient emp\u00eacher le souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Et pourtant, c\u2019est bien l\u2019expression qui permet de g\u00e9n\u00e9rer un rythme plus lent et donc d\u2019avoir une incidence sur l\u2019espace-temps social. C\u2019est par l\u2019expression que les individus peuvent acc\u00e9der \u00e0 un espace-temps appropri\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire selon Lefebvre, un espace-temps dans lequel le corps n\u2019est plus ali\u00e9n\u00e9 par un rythme lin\u00e9aire<a id=\"sdfootnote44anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote44sym\"><sup>44<\/sup><\/a>, o\u00f9 le corps d\u00e9finit le rythme et autorise la respiration. C\u2019est pourquoi, peut-\u00eatre, la meilleure amie du protagoniste juge sa d\u00e9cision de couper les ponts avec elle \u00e9go\u00efste. En effet, la perte de l\u2019espace s\u00e9curitaire de l\u2019expression les affecte tous les deux. En refusant d\u2019offrir sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, le protagoniste refuse aussi \u00e0 son amie la possibilit\u00e9 d\u2019exprimer sa propre vuln\u00e9rabilit\u00e9 et donc l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un espace-temps respirable. C\u2019est dans ce n\u0153ud que r\u00e9side le paradoxe de cette potentielle <em>praxis<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Une relation de d\u00e9possession est \u00e9galement cr\u00e9\u00e9e entre le narrateur et le lecteur par l\u2019utilisation du pronom \u00ab tu \u00bb tout au long de la narration. En effet, comme le d\u00e9montre Sandrine Sorlin dans son article \u00ab Variations en deuxi\u00e8me personne \u00bb, l\u2019utilisation de la deuxi\u00e8me personne dans le r\u00e9cit participe \u00e0 cr\u00e9er un flou r\u00e9f\u00e9rentiel<a id=\"sdfootnote45anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote45sym\"><sup>45<\/sup><\/a> : dans la narration, le \u00ab tu \u00bb pourrait se rapporter au narrateur (et cacherait alors un \u00ab je \u00bb) mais permettrait \u00e9galement d\u2019inclure le lecteur si ce dernier choisissait de se reconna\u00eetre comme \u00e9tant la personne interpell\u00e9e par l\u2019emploi de la deuxi\u00e8me personne<a id=\"sdfootnote46anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote46sym\"><sup>46<\/sup><\/a>. Ce choix est effectivement laiss\u00e9 au lecteur dans certains passages du roman. Dans d\u2019autres, comme dans l\u2019extrait qui suit, le lecteur est invit\u00e9 \u00e0 se retrouver dans le pronom employ\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tu n\u2019as pas besoin de pr\u00e9senter des excuses. Quand elle te demande si \u00e7a va, n\u2019aie pas peur de la v\u00e9rit\u00e9. D\u2019ailleurs, elle sait avant que tu lui dises.<a id=\"sdfootnote47anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote47sym\"><sup>47<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Si la premi\u00e8re partie de l\u2019extrait peut laisser planer un doute sur le r\u00e9f\u00e9rent, l\u2019utilisation de l\u2019imp\u00e9ratif interpelle le lecteur de mani\u00e8re plus directe et l\u2019invite \u00e0 se reconna\u00eetre dans le pronom employ\u00e9. Le lecteur se retrouve projet\u00e9 dans la situation d\u00e9crite et est invit\u00e9 \u00e0 se mettre dans la peau du narrateur. Ainsi, le lecteur ne regarde pas seulement le personnage faire mais <em>fait avec <\/em>le personnage : \u00ab \u00c0 l\u2019\u00e9crit, le pronom de deuxi\u00e8me personne invite le lecteur \u00e0 un engagement actif et incarn\u00e9 avec l\u2019autre. \u00bb <a id=\"sdfootnote48anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote48sym\"><sup>48<\/sup><\/a> En ce sens, \u00ab tu \u00bb participe \u00e0 une forme de d\u00e9possession et vient permettre au lecteur d\u2019\u00eatre touch\u00e9 : il peut ainsi voir et exp\u00e9rimenter la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du narrateur. Plus particuli\u00e8rement, la narration permet au lecteur d\u2019adopter la position d\u2019un homme noir au sein de l\u2019espace public londonien et ce, peu importe son identit\u00e9 (qu\u2019il soit noir ou pas). Selon Sandrine Sorlin, \u00ab communiquer, c\u2019est danser \u00bb<a id=\"sdfootnote49anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote49sym\"><sup>49<\/sup><\/a> dans le roman de Caleb Azumah Nelson. Linguistiquement, le lecteur est lui aussi embarqu\u00e9 dans une danse o\u00f9 son rythme se met au diapason du rythme qui parcourt le narrateur. Par cette coordination rythmique, le lecteur peut faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une vie avec le souffle court.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le roman se conclut sur une r\u00e9v\u00e9lation pour le protagoniste : s\u2019il souhaite construire un espace-temps respirable, il n\u2019a d\u2019autre choix que d\u2019exposer sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 malgr\u00e9 la terreur de potentiellement se faire attaquer ou menacer. La r\u00e9alisation de cette <em>praxis<\/em> est conditionn\u00e9e par la d\u00e9cision d\u2019une ouverture radicale et d\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 expos\u00e9e, par le courage de se jeter \u00e0 l\u2019eau et de nager en pleine mer<a id=\"sdfootnote50anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote50sym\"><sup>50<\/sup><\/a>, pour reprendre les mots du protagoniste :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p class=\"has-text-align-justify\">Tu t\u2019interroges sur ta propre mani\u00e8re de te jeter \u00e0 l\u2019eau. Tu t\u2019interroges sur le trauma, comment il r\u00e9ussit toujours \u00e0 remonter \u00e0 la surface, flottant dans l\u2019oc\u00e9an. [&#8230;] Tu es venu l\u00e0 pour demander pardon. Tu es venu l\u00e0 pour lui dire que tu regrettes de ne pas avoir voulu la laisser te serrer contre elle en pleine mer.<a id=\"sdfootnote51anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote51sym\"><sup>51<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><a id=\"_Toc211538377\"><\/a>Conclusion<\/em><\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Les v\u00e9rit\u00e9s multiples existent, et tu n\u2019as pas \u00e0 \u00eatre la somme de tes traumas.<a id=\"sdfootnote52anc\"><\/a><a href=\"#sdfootnote52sym\"><sup>52<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le protagoniste rythmanalyste de <em>Open Water<\/em> a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il existe plusieurs v\u00e9rit\u00e9s, plusieurs rythmes qui coexistent en m\u00eame temps au sein de l\u2019espace-temps urbain londonien. Alors que le rythme lin\u00e9aire ordonn\u00e9 par le capitalisme racial \u00e9touffe \u00e0 la fois par son rythme effr\u00e9n\u00e9 et par son accumulation des souffles des personnes racis\u00e9es au sein de la m\u00e9tropole londonienne, un autre rythme, plus lent, le temps de l\u2019expression\/ expiration permet au personnage de s\u2019arracher des instants de libert\u00e9 et de retrouver un souffle. Si l\u2019un ne peut an\u00e9antir l\u2019autre, ils existent tout de m\u00eame, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Si le rythme des d\u00e9possessions des souffles ne ralentit pas, on peut d\u00e9cider d\u2019en cr\u00e9er un autre et de le nourrir \u00e0 force d\u2019expressions\/expirations. On accepte alors d\u2019\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9, vuln\u00e9rable \u2013 touch\u00e9 par l\u2019autre, en construisant un espace relationnel de confiance o\u00f9 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019individu peut \u00eatre exprim\u00e9e sans crainte de repr\u00e9sailles. En ce sens, l\u2019expression pourrait constituer une forme de pratique sociale qui permettrait de transformer le rythme g\u00e9n\u00e9ral de la ville de Londres et ainsi de rendre l\u2019espace-temps urbain un peu plus respirable.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211538378\"><\/a>Note sur l\u2019auteur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Amanda Benmouloud m\u00e8ne ses recherches \u00e0 l\u2019IHRIM (Institut d\u2019Histoires des Repr\u00e9sentations et des Id\u00e9es dans les Modernit\u00e9s), \u00e0 l\u2019ENS de Lyon. Sa th\u00e8se intitul\u00e9e \u00ab I can\u2019t breathe : espace et respiration dans la litt\u00e9rature britannique contemporaine \u00bb porte sur la relation qu\u2019entretiennent les personnes racis\u00e9es avec leur souffle et la m\u00e9tropole de Londres.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"2238\" data-permalink=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/fond_blanc-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"750,450\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fond_blanc-2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=300%2C180&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?fit=750%2C450&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=34%2C20&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2238\" width=\"34\" height=\"20\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?w=750&amp;ssl=1 750w, https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc-2.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 34px) 100vw, 34px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote1sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote1anc\">1<\/a>AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 134.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote2sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote2anc\">2<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 130.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote3sym\"><\/a><a><\/a><a href=\"#sdfootnote3anc\">3<\/a> ATHANASIOU Athena, \u00ab (Im)Possible Breathing: On Courage and Criticality in the Ghostly Historical Present \u00bb, page. 93.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote4sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote4anc\">4<\/a> Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la mort est exceptionnelle en raison de sa soudainet\u00e9 et de sa violence, et quotidienne par sa fr\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote5sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote5anc\">5<\/a>AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 147.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote6sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote6anc\">6<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 67.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote7sym\"><\/a><a><\/a><a href=\"#sdfootnote7anc\">7<\/a> DANEWID Ida, \u00ab The Fire This Time: Grenfell, Racial Capitalism and the Urbanisation of Empire \u00bb, page. 291.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote8sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote8anc\">8<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 291.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote9sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote9anc\">9<\/a> MBEMBE Achille, \u00ab N\u00e9cropolitique \u00bb, page. 32.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote10sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote10anc\">10<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 136.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote11sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote11anc\">11<\/a> REVOL Claire,\u00ab La rythmanalyse lefebvrienne des temps et espaces sociaux \u00bb, page.4.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote12sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote12anc\">12<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 116.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote13sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote13anc\">13<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 82.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote14sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote14anc\">14<\/a> REVOL Claire, \u00ab La rythmanalyse lefebvrienne des temps et espaces sociaux \u00bb, page.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote15sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote15anc\">15<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 3.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote16sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote16anc\">16<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 4.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote17sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote17anc\">17<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 4.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote18sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote18anc\">18<\/a> REVOL Claire, \u00ab La rythmanalyse lefebvrienne des temps et espaces sociaux \u00bb, page.6.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote19sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote19anc\">19<\/a>LEFEBVRE Henri, <em>El\u00e9ments de rythmanalyse, Introduction \u00e0 la connaissance des rythmes<\/em>, page. 32.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote20sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote20anc\">20<\/a>AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 84.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote21sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote21anc\">21<\/a> REVOL Claire, \u00ab La rythmanalyse lefebvrienne des temps et espaces sociaux \u00bb, page.7.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote22sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote22anc\">22<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 150.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote23sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote23anc\">23<\/a> LEFEBVRE Henri, <em>\u00c9l\u00e9ments de rythmanalyse, Introduction \u00e0 la connaissance des rythmes<\/em>, page. 32.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote24sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote24anc\">24<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 12.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote25sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote25anc\">25<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 80.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote26sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote26anc\">26<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 148.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote27sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote27anc\">27<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 20.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote28sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote28anc\">28<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 80.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote29sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote29anc\">29<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 81.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote30sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote30anc\">30<\/a>INSERM, \u00ab La coh\u00e9rence cardiaque, une technique pour am\u00e9liorer sa sant\u00e9, vraiment ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote31sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote31anc\">31<\/a>\u00ab Expression \u00bb, <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise<\/em>, <a href=\"https:\/\/www.dictionnaire-academie.fr\/article\/A9E3494\">https:\/\/www.dictionnaire-academie.fr\/article\/A9E3494<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote32sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote32anc\">32<\/a>AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water,<\/em> Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 45.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote33sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote33anc\">33<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 35.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote34sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote34anc\">34<\/a> CHENG Li et William Zev Rymer, \u00ab Voluntary breathing influences corticospinal excitability of nonrespiratory finger muscles \u00bb, page 512.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote35sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote35anc\">35<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 139.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote36sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote36anc\">36<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 68.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote37sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote37anc\">37<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote38sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote38anc\">38<\/a> LIENDLE Marie. \u00ab Les concepts en sciences infirmi\u00e8res \u00bb, page. 304.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote39sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote39anc\">39<\/a> ATHANASIOU Athena et Judith Butler, <em>D\u00e9possession<\/em>, Diaphanes, page.10.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote40sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote40anc\">40<\/a> AZUMAH NELSON Caleb,<em> Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 116.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote41sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote41anc\">41<\/a> ATHANASIOU Athena et Judith Butler, <em>D\u00e9possession<\/em>, Diaphanes, page.88.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote42sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote42anc\">42<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote43sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote43anc\">43<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 140.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote44sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote44anc\">44<\/a> REVOL Claire, \u00ab La rythmanalyse lefebvrienne des temps et espaces sociaux \u00bb, page.4.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote45sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote45anc\">45<\/a> Bien que l\u2019article de Sandrine Sorlin porte sur le pronom \u00ab you \u00bb anglais, un effet similaire est gard\u00e9 avec le \u00ab tu \u00bb fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote46sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote46anc\">46<\/a> SORLIN Sandrine, \u00ab Variations en deuxi\u00e8me personne \u00bb, page. 13.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote47sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote47anc\">47<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 120.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote48sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote48anc\">48<\/a> SORLIN Sandrine, \u00ab Variations en deuxi\u00e8me personne \u00bb, page. 14.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote49sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote49anc\">49<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 16.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote50sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote50anc\">50<\/a> AZUMAH NELSON Caleb, <em>Open Water<\/em>, Deno\u00ebl &amp; D&rsquo;ailleurs, page. 160.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote51sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote51anc\">51<\/a><em> Ibid<\/em>, page.160.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"sdfootnote52sym\"><\/a><a href=\"#sdfootnote52anc\">52<\/a> <em>Ibid<\/em>, page. 146.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_Toc211517718\"><\/a><\/h3>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction I. Le rythme londonien : vivre au rythme de la d\u00e9possession des souffles Le pr\u00e9sent n\u00e9cropolitique Vivre au rythme des d\u00e9possessions La respiration emp\u00each\u00e9e comme sympt\u00f4me : l\u2019ali\u00e9nation du corps II. Ralentir pour respirer : le temps de l\u2019expression La rythmanalyse lefebvrienne Le protagoniste rythmanalyste Comment ralentir ? L\u2019expression\/expiration comme m\u00e9thode III. L\u2019expression\/expiration ou [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[230],"tags":[288,286,287,284,289,8,268,285],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8FFEZ-Bd","jetpack-related-posts":[{"id":2075,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/souffles-de-chair-poetique-du-corps-feminin-dans-lecriture-contemporaine-kaoutar-elouahabi\/","url_meta":{"origin":2307,"position":0},"title":"Souffles de chair : Po\u00e9tique du corps f\u00e9minin dans l\u2019\u00e9criture contemporaine &#8212; Kaoutar Elouahabi","author":"Administrateur","date":"21 octobre 2025","format":false,"excerpt":"Kaoutar Elouahabi nous offre une travers\u00e9e extr\u00eamement sensible des \u00e9critures po\u00e9tiques de trois femmes : Annie Ernaux, H\u00e9l\u00e8ne Cixous et Le\u00efla Slimani afin d'y d\u00e9c\u00e9ler ce qu'il y a de plus charnel dans la trace offerte par le souffle. Explorant rythme et cadence, quand il est retenu ou on contraire\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1689,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/la-traversee-de-lair-bernard-salignon\/","url_meta":{"origin":2307,"position":1},"title":"La travers\u00e9e de l&rsquo;air \u2014 Bernard Salignon","author":"Administrateur","date":"10 novembre 2025","format":false,"excerpt":"Pour parler du souffle en po\u00e9sie et en peinture, le propos de Bernard Salignon donne l'illusion d'un ensemble d'aphorismes, parce que sans commentaire ni transition. En disant l'essentiel, le texte est justement \u00e9pars, le souffle anime de blancs la voix qui troue. C'est l\u00e0 que subsiste la parole vivante. La\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2227,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/charles-juliet-a-voix-basse-rythme-et-souffle-en-poesie-elena-gueudet-motte\/","url_meta":{"origin":2307,"position":2},"title":"Charles Juliet \u00e0 voix basse, rythme et souffle en po\u00e9sie \u2014 Elena Gueudet Motte","author":"Administrateur","date":"9 novembre 2025","format":false,"excerpt":"\u00c9couter un po\u00e8te dire ses po\u00e8mes, c'est le pr\u00e9cieux cadeau que nous offre Elena Gueudet Motte dans cet article qui questionne les pouvoirs de l'oralit\u00e9 du po\u00e8me, depuis la richesse m\u00e9taphorique du souffle jusqu'\u00e0 sa trace rendue visible. En effet, l'auteur propose une analyse des textes au plus pr\u00e8s de\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1756,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/lecho-dun-souffle-alexandre-mora-qiuhan-tu\/","url_meta":{"origin":2307,"position":3},"title":"L\u2019\u00c9cho d&rsquo;un souffle \u2014 Alexandre Mora &#038; Qiuhan Tu","author":"Administrateur","date":"10 novembre 2025","format":false,"excerpt":"A l'occasion de ce num\u00e9ro, Alexandre Mora a mis en musique le po\u00e8me \"L\u2019\u00c9cho d'un souffle\" de Qiuhan Tu. Cette collaboration est d\u00e9clin\u00e9e \u00e0 rebours du geste cr\u00e9atif, en trois temps, comme autant d'approches du souffle. D'abord le morceau dans sa version la plus brute, puis la partition dont la\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1833,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/ce-que-nous-dit-le-souffle-simon-marsan-schafern\/","url_meta":{"origin":2307,"position":4},"title":"Sus(ouff)urer le vent \u2014 Simon Marsan-Sch\u00e4fer","author":"Administrateur","date":"10 novembre 2025","format":false,"excerpt":"Un po\u00e8me, d'un souffle, glisse sur la page, se propage. Simon Marsan couche des mots inspir\u00e9s, invite le vent \u00e0 rejoindre le sol. Rythme et air rassembl\u00e9s, cadenc\u00e9s, espac\u00e9s, accord\u00e9s. Des lettres noires, des espaces blancs, l'\u00e9criture touche des airs m\u00e9lodiques. Sus(ouff)urer le vent, nous transporte vers la mat\u00e9rialit\u00e9 du\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/3.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1679,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/souffle-appel-a-contributions\/","url_meta":{"origin":2307,"position":5},"title":"Souffle : appel \u00e0 contributions","author":"Administrateur","date":"21 f\u00e9vrier 2025","format":false,"excerpt":"Souffle est la septi\u00e8me et nouvelle th\u00e9matique de la revue. Nous vous invitons \u00e0 nous faire part de votre proposition : texte, image(s), ou encore bande sonore \u2013 cette th\u00e9matique se pr\u00eatant volontiers \u00e0 l\u2019oralit\u00e9 \u2013 ou tout autre m\u00e9dium dans la mesure o\u00f9 votre cr\u00e9ation sera publi\u00e9e en ligne.\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Souffle&quot;","block_context":{"text":"Souffle","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/souffle\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Fond_blanc.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2307"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2307"}],"version-history":[{"count":39,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2307\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2786,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2307\/revisions\/2786"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2307"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2307"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2307"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}