{"id":295,"date":"2017-04-30T16:15:35","date_gmt":"2017-04-30T15:15:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=295"},"modified":"2024-09-19T10:18:35","modified_gmt":"2024-09-19T09:18:35","slug":"rien-faire-quelque-chose-lartiste-et-le-non-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/rien-faire-quelque-chose-lartiste-et-le-non-travail\/","title":{"rendered":"Rien faire quelque chose \u2014 L&rsquo;artiste et le \u00ab\u00a0non-travail\u00a0\u00bb\u2014 Myl\u00e8ne Duc"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Rien faire quelque chose&nbsp;<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/strong><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>L\u2019artiste et le \u00ab&nbsp;non-travail&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h2>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>de Myl\u00e8ne Duc<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #808080;\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article au format pdf : <a href=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Rien-faire-quelque-chose-Myle\u0300ne-Duc.pdf\">Rien faire quelque chose-Myle\u0300ne Duc<\/a><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab&nbsp;La forme de vie est un secret si secret que c\u2019est comme un secret qui rampe silencieusement. C\u2019est un secret dans le d\u00e9sert.&nbsp;<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>&nbsp;<em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Comme je suis plasticienne, peintre plus pr\u00e9cis\u00e9ment, mais \u00e9galement esth\u00e9ticienne, mon regard sur le travail tiendra \u00e0 ces deux champs de pratique et de savoir. Il s\u2019agira d\u2019un regard diffract\u00e9 puisque j\u2019ai choisi de partager l\u2019exp\u00e9rience faite par l\u2019artiste et la th\u00e9oricienne que je suis \u00e0 l\u2019occasion de ma rencontre avec un autre artiste, Paul-Armand Gette, et de notre collaboration cr\u00e9atrice dans le cadre des performances et des exp\u00e9riences photographiques \u00ab&nbsp;\u00e9rotiques&nbsp;\u00bb qui constituent la partie la plus connue de son \u0153uvre. Ces quelques r\u00e9flexions qui suivent reprennent presque int\u00e9gralement \u00e0 la lettre celles men\u00e9es lors d\u2019une intervention dans le colloque \u00ab&nbsp;Les artistes et les t\u00e2ches du pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb, tenu en mars 2016 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Aix-Marseille.<\/p>\n<p>C\u2019est assez difficile, quand on travaille avec Paul-Armand Gette, de dire ce qu\u2019on fait\u2026 Le \u00ab&nbsp;regard au carr\u00e9&nbsp;\u00bb permet de sortir du regard lui-m\u00eame dans mon id\u00e9e, si cela est possible. Il demande comment est une \u0153uvre, ce qu\u2019est l\u2019\u0153uvre une fois qu\u2019on ne s\u2019en pr\u00e9occupe plus, une fois que les yeux l\u2019on quitt\u00e9e. Il interroge l\u2019\u0153uvre sortie du champ du visible, l\u2019apr\u00e8s, le hors-champ du travail artistique lorsqu\u2019il d\u00e9borde sur toute la vie de l\u2019artiste pour en devenir indistinct. Pour constituer une \u0153uvre (en) forme-de-vie.<\/p>\n<p>Je vais tourner autour de l\u2019id\u00e9e (et de l\u2019action) de <em>Muser<\/em>. J\u2019emprunte ce mot \u00e0 l\u2019ancien fran\u00e7ais lorsqu\u2019il d\u00e9signe les chiens de chasse se promenant le museau en l\u2019air. Le mot s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 vers l\u2019id\u00e9e de ne rien faire, d\u2019\u00eatre oisif, de fl\u00e2ner, de prendre son temps \u00e0 des riens, de \u00ab&nbsp;musarder&nbsp;\u00bb. Je poursuivrai en un mot l\u2019id\u00e9e que l\u2019artiste travaille comme on muse, seulement attentif au fait que la venue des choses est <em>inanticipable<\/em>. Je vais donc raconter comment j\u2019ai jou\u00e9 \u00e0 la muse avec Paul-Armand Gette.<\/p>\n<p>Paul-Armand Gette est un artiste contemporain dont le travail tourne autour de la question de la pr\u00e9sence des nymphes, du v\u00e9g\u00e9tal et du min\u00e9ral, avec une pr\u00e9occupation centrale concernant ce qu\u2019il appelle \u00ab&nbsp;la libert\u00e9 du mod\u00e8le&nbsp;\u00bb. En effet, il ne choisit pas ses mod\u00e8les, mais les accueille, les laisse venir \u00e0 lui comme on laisserait approcher les muses, si l\u2019on peut dire. Il ne leur demande rien mais se contente de capter photographiquement les traces de la rencontre \u2013 et de leur passage dans un moment de sa vie. Il les laisse libres dans leurs actions, leurs d\u00e9sirs, leur imagination. Il les observe et compose sur le vif des combinaisons heureuses avec le contexte&nbsp;; il invente des parures v\u00e9g\u00e9tales et replace en quelque sorte ses muses dans leur monde d\u2019origine&nbsp;: celui d\u2019avant la mort des dieux.<\/p>\n<p>Car il s\u2019agit bien de <em>Muses<\/em> et non de <em>Jeunes filles<\/em>. La Muse n\u2019est pas une inspiratrice, une confidente qui ne ferait qu\u2019accompagner l\u2019artiste et lui insuffler l\u2019esprit de son \u0153uvre. Elle n\u2019est pas davantage un mod\u00e8le \u00e0 repr\u00e9senter, dont il faudrait imiter les belles formes. Elle n\u2019est pas enfin non plus une jeune fille, au sens o\u00f9 l\u2019entend Hegel dans <em>La Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019esprit<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, ce texte c\u00e9l\u00e8bre que Jean-Luc Nancy commente longuement justement dans <em>Les Muses<\/em><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Depuis que les dieux ne sont plus parmi nous, la jeune fille a remplac\u00e9 la muse&nbsp;: Hegel le d\u00e9plore et en m\u00eame temps le pose comme le mouvement m\u00eame du temps de la m\u00e9diation rationnelle. La \u00ab&nbsp;jeune fille&nbsp;\u00bb de Hegel <em>cueille<\/em> ses fruits. Elle d\u00e9truit en quelque sorte ce qui est autour d\u2019elle. Elle ne laisse plus la nature \u00e0 elle-m\u00eame \u2013 l\u2019existence \u00e0 sa nudit\u00e9. Elle modifie les choses par le geste, et par le regard qu\u2019elle pose sur elles et qu\u2019elle renvoie au spectateur. Elle est donc du c\u00f4t\u00e9 de la re-pr\u00e9sentation, c&rsquo;est-\u00e0-dire du <em>travail<\/em>, de la transformation du donn\u00e9. En \u00ab&nbsp;d\u00e9pla\u00e7ant&nbsp;\u00bb la chose r\u00e9elle, elle la transpose du naturel au culturel. Avec la jeune fille h\u00e9g\u00e9lienne, l\u2019art devient vraiment un travail. \u00ab&nbsp;La jeune fille qui tend ces fruits cueillis est davantage que toute la nature de ceux-ci \u00e9tal\u00e9e [\u2026] qui les offrait imm\u00e9diatement&nbsp;\u00bb. On quitte le donn\u00e9 et l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 pour entrer dans l\u2019ordre de la repr\u00e9sentation et de l\u2019apr\u00e8s-coup.<\/p>\n<p>Pour Hegel, l\u2019art des muses souffre d\u2019un manque d\u2019humanit\u00e9. Il demeure mythique et impersonnel. Il oublie la force <em>tranchante<\/em> de l\u2019esprit. En ce sens, un exemple r\u00e9ussi de muse qui ne perturbe rien parce qu\u2019elle ne fait que \u00ab&nbsp;continuer&nbsp;\u00bb son contexte nous est donn\u00e9 dans la photographie d\u2019Helen Hessel par Man Ray. Une femme nue vue de dos avance dans la mer, ignorant enti\u00e8rement nos regards. Dans <em>D\u00e9cisions Ocres<\/em>, Dominique Fourcade dit d\u2019elle qu\u2019\u00eatre vue de cette fa\u00e7on est une \u00ab&nbsp;responsabilit\u00e9 qu\u2019elle n\u2019a pas&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Sans doute parce qu\u2019elle n\u2019est pas appr\u00e9hend\u00e9e comme \u00e9tant <em>vue<\/em> mais seulement comme \u00e9tant <em>pr\u00e9sente<\/em>. Comme elle se contente d\u2019\u00eatre l\u00e0, c\u2019est sa position m\u00eame d\u2019existence qui fait \u0153uvre. C\u2019est ce qui fait bien d\u2019elle alors justement une muse. Elle incarne sa totale absence d\u2019intention, dans sa fa\u00e7on de se confondre avec le paysage. Le chemin qu\u2019elle ouvre dans la mer se referme aussit\u00f4t et toute trace de son passage s\u2019y efface. La photographie r\u00e9v\u00e8le et saisit, sans le figer, le cercle sans fin de ce passage ind\u00e9fini, qui ne suit ni ne creuse de sillon. La muse est un champ et pas une forme. C\u2019est notre regard qui la borde.<\/p>\n<p>On comprend que l\u2019art de Paul-Armand Gette se situe r\u00e9solument du c\u00f4t\u00e9 des muses. Et son id\u00e9e de la muse est bien plus vaste que celle de \u00ab&nbsp;libert\u00e9&nbsp;\u00bb du mod\u00e8le \u00e0 quoi on la r\u00e9duit parfois. De toute fa\u00e7on, il n\u2019y a pas \u00ab&nbsp;d\u2019id\u00e9e&nbsp;\u00bb dirigeant son travail. Pas m\u00eame celle de laisser libre cours \u00e0 l\u2019imagination d\u2019un mod\u00e8le. Alors le jeu consiste pour lui par ailleurs \u00e0 se laisser <em>d\u00e9border<\/em> par les \u00e9v\u00e9nements. Pas de portrait dans ses photographies puisque sa muse est sans regard. Rien ne vient y manifester l\u2019existence de ce \u00ab&nbsp;rayon sup\u00e9rieur&nbsp;\u00bb qu\u2019apporte la \u00ab&nbsp;conscience de soi&nbsp;\u00bb h\u00e9g\u00e9lienne. La relation entre deux subjectivit\u00e9s est d\u00e9pass\u00e9e par quelque chose qui leur \u00e9chappe, qui est au-del\u00e0 des modalit\u00e9s singuli\u00e8res d\u2019\u00eatre. Ce que Gette touche du bout des doigts en fr\u00f4lant ses muses, c\u2019est le caract\u00e8re mythique de leur monde o\u00f9 l\u2019existence fait office de signification. L\u2019art devient une pratique qui mime le fait de n\u2019en \u00eatre pas une. Il est le seul passage possible, avec l\u2019\u00e9ros, pour l\u2019\u00eatre-l\u00e0-nu de toute signification. Il n\u2019y a pas de tentative de modification de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qu\u2019est la rencontre avec la muse chez Gette. Les Muses ne sont pas des interm\u00e9diaires (des entremetteuses), mais des \u00e9claireuses aux deux sens du terme&nbsp;: elles montrent la voie et apportent l\u2019<em>illumination<\/em> au sens d\u2019une exp\u00e9rience du monde sans transcendance. La muse peut alors se fondre dans l\u2019espace d\u2019accueil que lui a m\u00e9nag\u00e9 l\u2019artiste comme Helen Hessel dans la photographie de Man Ray. L\u2019appareil enregistre les traces de ce moment dans lequel le donn\u00e9 s\u2019offre et s\u2019engloutit. L\u2019artiste fait basculer tautologiquement ce qui se pr\u00e9sente dans sa pr\u00e9sentation. L\u2019Art des Muses revient \u00e0 vivifier le seul sentiment de pr\u00e9sence. C\u2019est ce que j\u2019\u00e9prouve lors de ces apr\u00e8s-midi de \u00ab&nbsp;recherche&nbsp;\u00bb partag\u00e9s avec Gette \u2013 questionnant comme dit Nancy \u00ab&nbsp;la simple \u00e9tranget\u00e9 de la pr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb. En travaillant avec Paul-Armand Gette j\u2019adopte la mim\u00e9tique de la muse, autrement dit, je fais semblant de ne rien faire. C\u2019est une d\u00e9marche holiste, totale. J\u2019y d\u00e9couvre \u00e0 chaque fois que seul l\u2019artiste (ou l\u2019amoureux&nbsp;!) peut faire se confondre \u00e0 ce point <em>Bios<\/em> et <em>Zo\u00eb<\/em>. Ce n\u2019est pas par hasard que Giorgio Agamben choisit Helen Hessel \u2013 qui incarne, avec Man Ray et Henry-Pierre Roch\u00e9, la figure m\u00eame de la muse-artiste \u2013 pour introduire le paradigme de ce qu\u2019il appelle la \u00ab&nbsp;forme de vie&nbsp;\u00bb r\u00e9ussie.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;La vie que vit Helen et la vie par laquelle elle vit s\u2019identifient sans reste.<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est cette absence de reste qui est importante. Rien n\u2019y est ext\u00e9rieur. Mais cela ne signifie pas que, ainsi qu\u2019il en va dans le travail h\u00e9g\u00e9lien, quelque chose soit int\u00e9rioris\u00e9. Comme dans le jeu de Gette avec le mod\u00e8le, c\u2019est le dualisme m\u00eame int\u00e9rieur-ext\u00e9rieur qui est effac\u00e9. Leur monde devient total. L\u2019artiste (comme l\u2019amoureux&nbsp;!) est un \u00ab&nbsp;\u00eatre-port\u00e9&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> comme dit Agamben. Mais port\u00e9 par rien qui le soutienne si ce n\u2019est le \u00ab&nbsp;manque absolu de poids et de t\u00e2che \u00e0 accomplir&nbsp;\u00bb. L\u2019absence totale de \u00ab&nbsp;travail&nbsp;\u00bb \u00e0 faire.<\/p>\n<p>En photographiant ses mod\u00e8les, Gette se d\u00e9barrasse de toute intention esth\u00e9tique, relationnelle ou illustrative. Comme dans le tir \u00e0 l\u2019arc Zen, l\u2019appareil photographique se fait oublier et la prise de vue se dissout dans l\u2019abandon charnel du mod\u00e8le<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. C\u2019est cette dissolution plastique partag\u00e9e qui est le vrai geste de l\u2019artiste.<\/p>\n<p>Gette parle de \u00ab&nbsp;disponibilit\u00e9 r\u00e9flexive&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> entre lui et ses muses, c&rsquo;est-\u00e0-dire du partage de ce qui va faire \u0153uvre, et de la sensibilit\u00e9 \u00ab&nbsp;en miroir&nbsp;\u00bb \u00e0 ce qui arrive. Ce sont donc bien la vacance et le d\u00e9s\u0153uvrement qui aiguisent la sensibilit\u00e9 \u00e0 la rencontre, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la pr\u00e9s\u00e9ance de ce qui fait pr\u00e9sence sur sa signification. L\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et de ce qui va faire \u0153uvre, dans son aspect spatial et temporel, fait qu\u2019art et vie finissent ainsi par s\u2019identifier. Comme rien de particulier n\u2019arrive et que cela est \u00e0 la fois quelconque et \u0153uvre en puissance, la vie de l\u2019artiste, et la mani\u00e8re dont il la vit, constitue bien au bout du compte une \u0153uvre-en-forme-de-vie-\u0153uvre.<\/p>\n<p>Lorsque nous travaillons ensemble, Gette et moi avons dans l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er des situations plut\u00f4t que des \u0153uvres. Nous passons outre la \u00ab&nbsp;r\u00e9alisation&nbsp;\u00bb de quelque chose pour recueillir ce qui se pr\u00e9sente sur le moment. Il y a comme un d\u00e9bordement du <em>po\u00efen<\/em> artistique \u2013 au sens o\u00f9 ce que nous faisons ne produit pas de \u00ab&nbsp;l\u2019artistique&nbsp;\u00bb mais invente des mani\u00e8res holistes d\u2019exister. L\u2019artiste, en constituant sa vie comme forme-de-vie, devient lui aussi un mod\u00e8le d\u2019existence et en cela tout autre chose qu\u2019un auteur. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui fait qu\u2019il partage avec la muse un fond de non-reconnaissance et de d\u00e9personnalisation<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Agamben souligne dans <em>L\u2019Usage des Corps<\/em> que \u00ab&nbsp;ce que nous appelons forme-de-vie n\u2019est pas d\u00e9fini par la relation \u00e0 une praxis (<em>energeia<\/em>) ou \u00e0 une \u0153uvre (<em>ergon<\/em>) mais \u00e0 une puissance (<em>dynamis<\/em>) et un d\u00e9s\u0153uvrement&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. C\u2019est ce pouvoir de ne rien faire de sp\u00e9cial qui permet de trouver la paix et le bonheur dans une forme po\u00e9tique de vie. Si travailler est l\u2019expression d\u2019une intelligence appliqu\u00e9e, l\u2019Art, parce qu\u2019il est une intelligence <em>incarn\u00e9e<\/em>, est tout sauf un m\u00e9tier. Il n\u2019en est pas davantage le contraire&nbsp;: distraction ou \u00e9vasion. Au fond, il n\u2019appartient m\u00eame pas au monde de la Culture parce qu\u2019il n\u2019est pas une mani\u00e8re d\u2019agir sur les significations mais une fa\u00e7on aveugle de les ensommeiller. Comme l\u2019\u00e9criture selon Marguerite Duras, il consiste \u00e0 \u00ab&nbsp;atteindre le non-travail&nbsp;\u00bb dans un de ces \u00ab&nbsp;instants o\u00f9 on se retire de soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb et o\u00f9 \u00ab&nbsp;on ne sait rien de tout cela qu\u2019on fait&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> REVERDY, Pierre, Nord-Sud 56.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> LISPECTOR, Clarice, <em>La passion selon G.H<\/em>., trad. Claude Farny, Paris, \u00c9ditions Des Femmes, 1978.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> HEGEL, G.W.F., <em>P<\/em><em>h\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;esprit,<\/em> t. II, trad. J. Hyppolite, Paris, Aubier, 1939, p. 261-262.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> NANCY, Jean-Luc, <em>Les Muses<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 2001.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> FOURCADE, Dominique, <em>D\u00e9cisions Ocres<\/em>, Paris, \u00c9ditions Chandeigne, 1992.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> AGAMBEN, Giorgio, <em>L\u2019usage des corps, Homo Sacer, IV, 2<\/em>, L\u2019ordre philosophique, trad. J. Gayraud, Paris, Seuil, p. 267.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a><em> Ibid<\/em>., p. 266.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> HERRIGEL, Eugen, <em>Le zen dans l\u2019art chevaleresque du tir \u00e0 l\u2019arc.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00ab&nbsp;La pratique de l\u2019art, comme je l\u2019entends, c\u2019est celle de la <em>disponibilit\u00e9 r\u00e9flexive<\/em>&nbsp;\u00bb, GETTE, Paul-Armand, <em>Le loukoum rose d\u2019Aziyad\u00e9<\/em>, Marseille, Transbordeurs nyctalope, 2007.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Clarice Lispector appelle en ce sens \u00ab&nbsp;d\u00e9personnalisation&nbsp;\u00bb la \u00ab&nbsp;destitution de l\u2019individuel inutile \u2013 la perte de tout ce que l\u2019on peut perdre sans cesser d\u2019\u00eatre&nbsp;\u00bb, <em>op. cit<\/em>., p. 222.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> AGAMBEN, Giorgio, <em>op. cit., <\/em>p. 339.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> DURAS, Marguerite, <em>Les yeux verts<\/em>, Paris, Les cahiers du cin\u00e9ma, 1987, p. 17.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Myl\u00e8ne Duc<\/strong><\/p>\n<p>Docteur en Esth\u00e9tique et sciences de l\u2019art de l\u2019Universit\u00e9 Aix-Marseille<\/p>\n<p>Charg\u00e9e de cours Universit\u00e9 Paul Val\u00e9ry, Montpellier III<\/p>\n<p>Plasticienne (peintre, photographe, collabore notamment avec Paul-Armand Gette)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rien faire quelque chose&nbsp;[1] L\u2019artiste et le \u00ab&nbsp;non-travail&nbsp;\u00bb de Myl\u00e8ne Duc &nbsp; T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article au format pdf : Rien faire quelque chose-Myle\u0300ne Duc &nbsp; \u00ab&nbsp;La forme de vie est un secret si secret que c\u2019est comme un secret qui rampe silencieusement. 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