{"id":62,"date":"2016-02-13T11:20:26","date_gmt":"2016-02-13T10:20:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=62"},"modified":"2016-02-18T16:01:33","modified_gmt":"2016-02-18T15:01:33","slug":"jean-oury-vie-quotidienne-rythme-et-presence-1986","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/jean-oury-vie-quotidienne-rythme-et-presence-1986\/","title":{"rendered":"Jean Oury, Vie quotidienne, rythme et pr\u00e9sence, 1986"},"content":{"rendered":"<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\">Ce texte est la retranscription d&rsquo;une conf\u00e9rence donn\u00e9e par Jean Oury le 22 mars 1986 au sein du d\u00e9partement de psychanalyse de l&rsquo;Universit\u00e9 Paul-Val\u00e9ry \u00e0 Montpellier, dans le cadre du master et du doctorat. Jean Oury a notamment publi\u00e9 Cr\u00e9ation et schizophr\u00e9nie (Paris : \u00c9ditions Galil\u00e9e, 1992) et Psychiatrie et psychoth\u00e9rapie institutionnelle (N\u00eemes : \u00c9ditions du Champ social, 2001). Il est le fondateur de la clinique La Borde et une des figures majeures de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle.<\/p>\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Lien pdf \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger :<\/strong><\/p>\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a href=\"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Rythme-et-pr\u00e9sence-Jean-Oury-1986.pdf\">Rythme et pr\u00e9sence, Jean Oury 1986<\/a><\/p>\n<p align=\"CENTER\">\n<p align=\"CENTER\">\n<p align=\"CENTER\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><b>Vie quotidienne, rythme et pr\u00e9sence<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a name=\"__DdeLink__4892_126405631\"><\/a> <span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"hi-IN\"> Je ne pense pas vous faire une conf\u00e9rence au sens habituel du terme, mais plut\u00f4t, je l&rsquo;esp\u00e8re, vous donner l&rsquo;occasion d&rsquo;intervenir au cours de cette journ\u00e9e. Quand on m&rsquo;a demand\u00e9 le sujet que je d\u00e9sirais traiter, j&rsquo;ai choisi &#8211; parce que c&rsquo;\u00e9tait dans l&rsquo;ordre de mes pr\u00e9occupations depuis quelques mois &#8211; d&rsquo;exposer, d&rsquo;expliciter les notions de <\/span><span lang=\"hi-IN\"><i>pr\u00e9sence<\/i><\/span><span lang=\"hi-IN\"> et de <\/span><span lang=\"hi-IN\"><i>rythme<\/i><\/span><span lang=\"hi-IN\">. C&rsquo;est d&rsquo;une grande complexit\u00e9. J&rsquo;ai essay\u00e9 de conjuguer ces notions avec ce qui est la base, non seulement de la pratique psychiatrique, mais aussi de l&rsquo;existence de tout un chacun\u00a0: la vie quotidienne. La vie quotidienne est souvent oubli\u00e9e dans la th\u00e9orie, mais aussi dans l&rsquo;organisation des soins\u00a0<\/span><span style=\"color: #00000a;\"><span lang=\"hi-IN\">; <\/span><\/span><span lang=\"hi-IN\">\u00e9galement dans l&rsquo;ordonnancement de certaines cures, dites psychanalytiques. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus caricatural quand on a affaire \u00e0 des personnalit\u00e9s psychotiques.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Il est certain, comme vient de le dire Henri Rey-Flaud, qu&rsquo;il y a l\u00e0 une fen\u00eatre ouverte vers quelque chose qui reste la plupart du temps oubli\u00e9 &#8211; \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;on est pris soi-m\u00eame dans des habitudes, des st\u00e9r\u00e9otypies, des pr\u00e9jug\u00e9s, une quantit\u00e9 de choses qui masquent les fonctions basales de la personnalit\u00e9, lesquelles sont souvent alt\u00e9r\u00e9es chez les psychotiques. Par exemple, se r\u00e9veiller chaque matin\u00a0! C&rsquo;est une t\u00e2che assez banale\u00a0! Les qualit\u00e9s du r\u00e9veil sont variables pour chacun, suivant ce qu&rsquo;on a fait la veille ou la nuit, suivant la saison ou suivant les \u00e9pid\u00e9mies\u00a0; mais c&rsquo;est quand m\u00eame plus facile quand on est \u00a0\u00bb\u00a0normal\u00a0\u00a0\u00bb (pour \u00eatre prudent, un de mes amis psychiatre \u00e0 Sainte-Anne, le docteur Jean Ayme, au lieu de dire normal, dit \u00a0\u00bb\u00a0normos\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; moi je dis \u00a0\u00bb\u00a0normopathe\u00a0\u00ab\u00a0, nous sommes tous des normopathes, c&rsquo;est plus prudent&#8230; \u00e7a englobe des \u00e9l\u00e9ments n\u00e9vrotiques, et, m\u00eame, psychotiques par moments&#8230; mais malgr\u00e9 tout, \u00e7a tient). Donc, en g\u00e9n\u00e9ral, quand on ouvre un \u0153il, on ne r\u00e9fl\u00e9chit pas pour ouvrir le second\u00a0; et m\u00eame, on ouvre les deux \u00e0 la fois. Mais supposez que \u00e7a devienne un probl\u00e8me\u00a0; ouvrir un \u0153il et r\u00e9fl\u00e9chir : est-ce que je vais ouvrir l&rsquo;autre\u00a0? Est-ce que je vais remuer un bras ou une jambe\u00a0? Est-ce que je vais m&rsquo;habiller ? Mais comment faut-il que je m&rsquo;habille\u00a0? Est-ce qu&rsquo;il faut que je mette mes chaussettes\u00a0?&#8230; Comment je vais les mettre\u00a0? Enfil\u00e9es dans les bras\u00a0? Sur la t\u00eate\u00a0? Et les chaussures, qu&rsquo;est-ce que je vais en faire\u00a0? \u00c0 l&rsquo;endroit\u00a0? \u00c0 l&rsquo;envers\u00a0? \u00c7a semble ridicule de poser des questions comme \u00e7a, mais \u00e7a fait partie de ce que des psychiatres ph\u00e9nom\u00e9nologues (en particulier Erwin Straus) appellent les \u00a0\u00bb\u00a0axiomes de la quotidiennet\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0. Les normos\u00e9s ont des \u00a0\u00bb\u00a0axiomes de la quotidiennet\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb qui fonctionnent bien ; on ne r\u00e9fl\u00e9chit pas pour lever un bras, ou mettre un pied devant l&rsquo;autre, ou s&rsquo;habiller comme ci ou comme \u00e7a, suivant la mode ou non : \u00e7a fonctionne tout seul. Mais dans la psychose, il y a l\u00e0 quelque chose qui est plus ou moins alt\u00e9r\u00e9. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs parce qu&rsquo;il y a des psychotiques qu&rsquo;on a d\u00e9fini des \u00a0\u00bb\u00a0axiomes de la quotidiennet\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; sinon, on ne se serait pas pos\u00e9 des probl\u00e8mes ridicules de cet ordre. C&rsquo;est un premier point.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> D&rsquo;autre part, d\u00e8s le d\u00e9but de mon travail &#8211; si on peut appeler \u00e7a un \u00a0\u00bb\u00a0travail\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; en psychiatrie (\u00e7a fait maintenant un certain temps que j&rsquo;ai commenc\u00e9, pas tellement loin d&rsquo;ici, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Saint-Alban, en Loz\u00e8re, avec le docteur Tosquelles, que je vais encore rejoindre dans deux jours, en Catalogne), eh bien, d\u00e8s le d\u00e9but, l&rsquo;accent \u00e9tait mis sur l&rsquo;importance de la vie quotidienne. Or, la quotidiennet\u00e9, il y a quarante ans, dans les h\u00f4pitaux psychiatriques, &#8211; et parfois encore maintenant, il faut bien le reconna\u00eetre &#8211; c&rsquo;\u00e9tait quelque chose qui ne faisait pas probl\u00e8me. Les malades mentaux \u00e9taient tous \u00e0 peu pr\u00e8s habill\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on, souvent en guenilles, toujours avec le m\u00eame complet, plus ou moins ajust\u00e9, plus ou moins us\u00e9. Dans les lits, il y avait des draps qu&rsquo;on ne changeait pas m\u00eame tous les deux ou trois mois &#8211; une sorte de noirceur asilaire. Et le repas\u00a0!&#8230; Je me souviens \u00eatre intervenu, \u00e9tant interne, dans une commission de surveillance, pour dire que ce serait peut-\u00eatre bien de changer un petit peu les habitudes de convivialit\u00e9 ; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;au lieu de bouffer &#8211; c&rsquo;est le terme &#8211; dans une \u00e9cuelle en zinc ou en duralumin dans laquelle on mettait la soupe, la confiture, la viande &#8211; tout \u00e7a m\u00e9lang\u00e9 &#8211; avec une cuiller (parce qu&rsquo;il faut mettre une cuiller\u00a0; une fourchette, on ne sait jamais&#8230; surtout chez les malades mentaux\u00a0! Une fourchette, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on peut en faire ? Imaginez ce qu&rsquo;on peut faire d&rsquo;une fourchette\u00a0: on peut, par exemple, piquer l\u2019\u0153il du voisin et le gober, \u00e7a peut arriver \u00e7a\u00a0! Alors il ne faut surtout pas mettre de fourchette\u00a0! Quant aux couteaux, pas question\u00a0!). Alors, dans une commission de surveillance &#8211; ce qui allait devenir la C.M.C. &#8211; j&rsquo;ai dit : \u00a0\u00bb\u00a0Quand m\u00eame, ce serait peut-\u00eatre pas mal qu&rsquo;on mette des fourchettes et qu&rsquo;on ne mange pas la soupe en m\u00eame temps que la confiture et la bidoche\u00a0\u00ab\u00a0. \u00c7a a fait scandale. C&rsquo;\u00e9tait une r\u00e9volution\u00a0! Il a fallu des ann\u00e9es pour changer \u00e7a. Et quand, plus tard, on a dit que ce serait peut-\u00eatre bien de manger dans autre chose que de la ferraille, par exemple dans des assiettes en fa\u00efence&#8230; \u00a0\u00bb\u00a0Vous vous rendez compte ? Ils vont tout casser\u00a0!&#8230;\u00a0\u00ab\u00a0. Ces probl\u00e8mes de ce qu&rsquo;on peut appeler les habitudes quotidiennes &#8211; la convivialit\u00e9, la commensalit\u00e9, la fa\u00e7on de manger et de dormir &#8211; c&rsquo;est quand m\u00eame la moindre des choses&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a name=\"__DdeLink__1896_441993878\"><\/a> <span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Il faudrait parler aussi de la fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre, dans la journ\u00e9e, dans un certain espace\u00a0: on peut tourner en rond dans une cour pendant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es, ou s&rsquo;asseoir dans un coin (\u00e7a, c&rsquo;est quand on a la \u00a0\u00bb\u00a0chance\u00a0\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00eatre catatonique et d&rsquo;avoir des st\u00e9r\u00e9otypies &#8211; enfin, de pouvoir s&rsquo;amuser\u00a0!) ou bien alors \u00eatre enferm\u00e9 pendant quinze ou vingt ans dans une cellule&#8230; Tout \u00e7a existait, et \u00e7a existe encore, en France comme ailleurs. Alors, si on ne met pas l&rsquo;accent sur ces probl\u00e8mes-l\u00e0 et qu&rsquo;on continue \u00e0 baratiner sur la ph\u00e9nom\u00e9nologie, la psychanalyse, les th\u00e9rapies de groupe, la psycho-pharmacologie, etc (\u00e7a ne veut pas dire que ce que je viens d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer soit inutile, bien au contraire, c&rsquo;est peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 partir de l\u00e0 qu&rsquo;on peut r\u00e9fl\u00e9chir sur la premi\u00e8re question, celle de la quotidiennet\u00e9), mais si on en reste \u00e0 parler sans tenir compte de \u00e7a, on est &#8211; consciemment ou pas &#8211; dans l&rsquo;imposture. On est, tout simplement, des \u00a0\u00bb\u00a0salauds\u00a0\u00ab\u00a0. Les salauds, ils ne sont pas tous conscients de ce qu&rsquo;ils sont\u00a0: il y a des salauds objectifs et des salauds subjectifs. Salaud, \u00e7a peut vouloir dire aussi na\u00eff ou \u00a0\u00bb\u00a0id\u00e9ologue\u00a0\u00ab\u00a0. Quand, par exemple, un psychanalyste s&rsquo;int\u00e9resse aux psychoses, et vient dans un h\u00f4pital, d&rsquo;une fa\u00e7on tout \u00e0 fait partielle, une demi-journ\u00e9e par semaine, pour voir tel ou tel malade, et qu&rsquo;il fait venir le malade dans son cabinet, bien isol\u00e9 &#8211; pour garder soi-disant une certaine neutralit\u00e9 &#8211; que des infirmiers lui am\u00e8nent le malade psychotique, dissoci\u00e9, compl\u00e8tement d\u00e9lirant, et qu&rsquo;il le voit une demi-heure par semaine, s&rsquo;il ne se pr\u00e9occupe pas de ce qui se passe pendant les sept jours moins une demi-heure, \u00e7a me semble d&rsquo;une na\u00efvet\u00e9 extravagante\u00a0! \u00c0 moins que ce ne soit une sorte de d\u00e9fense, d&rsquo;une situation de confort peut-\u00eatre. \u00c7a peut sembler pol\u00e9mique, ce que je raconte l\u00e0, mais on est bien oblig\u00e9, dans de tels syst\u00e8mes, d&rsquo;avoir une position pol\u00e9mique\u00a0; la pol\u00e9mique, c&rsquo;est quand m\u00eame ce qui peut faire avancer certaines choses\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Bien s\u00fbr, on pourrait justifier de telles pratiques dans le cadre d&rsquo;une sorte de psychanalyse restreinte, en disant que la demi-heure par semaine, c&rsquo;est mieux que rien\u00a0; et que, d&rsquo;autre part, pour le malade en question, c&rsquo;est extr\u00eamement pr\u00e9cieux d&rsquo;avoir une demi-heure par semaine o\u00f9 il puisse se manifester librement. Mais quand il s&rsquo;agit de psychotiques, ce n&rsquo;est pas du tout la m\u00eame chanson. Parce que l\u00e0, le probl\u00e8me de la relation &#8211; on peut appeler \u00e7a la relation analytique &#8211; n&rsquo;est pas de la m\u00eame nature que pour un normos\u00e9. Qu&rsquo;en est-il du transfert dans la psychose\u00a0? C&rsquo;est une question large. C&rsquo;est un fait qu&rsquo;on entend encore dire dans certains lieux &#8211; dans les \u00e9coles d&rsquo;infirmiers, par exemple &#8211; par des psychiatres ou des psychologues\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Vous savez, dans la psychose, le transfert n&rsquo;existe pas\u00a0\u00ab\u00a0. Alors, formidable\u00a0! Si le transfert n&rsquo;existe pas, on n&rsquo;a pas \u00e0 se casser la t\u00eate\u00a0! Donc, il n&rsquo;y a pas de transfert dans la psychose. La preuve, Freud, il l&rsquo;a dit\u00a0! Et c&rsquo;est vrai. D&rsquo;ailleurs, il a tout dit\u00a0! Mais si on travaille Freud un peu plus, on s&rsquo;aper\u00e7oit pourtant qu&rsquo;il avait une notion concr\u00e8te de ce dont il s&rsquo;agit, et on pourrait lui faire dire tout \u00e0 fait l&rsquo;inverse. Il ne s&rsquo;agit pas de faire une critique des textes, il ne faut pas se r\u00e9fugier dans une esp\u00e8ce d&rsquo;Olympe des concepts, en pensant qu&rsquo;il y a des concepts absolus, en soi, qui fonctionnent en toute \u00e9ternit\u00e9. C&rsquo;est pour \u00e7a que, a priori, sans r\u00e9flexion m\u00eame, je dirais que dans la psychose, il y a du transfert. Parce que si je ne le dis pas, je suis un salaud. \u00c9videmment, on me dira que ce n&rsquo;est pas une justification \u00e9pist\u00e9mologique&#8230; eh bien si, justement\u00a0! Mais bien s\u00fbr, \u00e7a change les habitudes de pens\u00e9e&#8230; il faudrait une autre journ\u00e9e pour parler de la justification \u00e9pist\u00e9mologique, par exemple de la <i>pragmatique transcendantale<\/i> de Karl Otto Apel. Il me semble que ce dont il s&rsquo;agit, c&rsquo;est le fait qu&rsquo;une <i>d\u00e9cision<\/i> est prise\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Il y a du transfert\u00a0\u00ab\u00a0. Si on ne d\u00e9cide pas \u00e7a, il n&rsquo;y en aura pas, de transfert&#8230; Et les \u00a0\u00bb\u00a0fous\u00a0\u00a0\u00bb ou soi-disant tels, continueront de tourner en rond\u00a0; et il y aura des bons travailleurs qui entretiendront le jardin du m\u00e9decin-chef &#8211; ou des choses \u00e9quivalentes&#8230; Il y aura toujours les g\u00e2teux, les agit\u00e9s, la s\u00e9gr\u00e9gation (d&rsquo;ailleurs, \u00e7a se remet en place actuellement, depuis quelques ann\u00e9es, avec le d\u00e9veloppement des M.A.S., les Maisons d&rsquo;Accueil Sp\u00e9cialis\u00e9es, \u00e0 bas prix). On peut donc dire qu&rsquo;il y a l\u00e0 une sorte de d\u00e9cision qui, du fait qu&rsquo;on a affaire au champ psychotique, est forc\u00e9ment une d\u00e9cision politique\u00a0; non pas politicienne\u00a0: de gauche, de droite, du centre, du ciel ou de la terre, mais une d\u00e9cision politique au sens du <i>zoon politikon<\/i>. C&rsquo;est une d\u00e9cision op\u00e9ratoire, qui va avoir une importance majeure sur la qualit\u00e9 de l&rsquo;existence de chacun. Je laisse ouverte cette probl\u00e9matique\u00a0; j&rsquo;aimerais qu&rsquo;on puisse la reprendre dans les discussions de cet apr\u00e8s-midi&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a name=\"__DdeLink__1191_1911015456\"><\/a> <span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Pour situer ce courant qui tient compte de la vie quotidienne, je ne ferai que rappeler (il y a peut-\u00eatre ici des gens qui connaissent ce mouvement) le r\u00f4le des C.E.M.E.A. dont les premiers stages ont eu lieu en 1949. Ils avaient \u00e9t\u00e9 mis en place par toute une \u00e9quipe de psychiatres, surtout autour de Germaine Le Guillant (Madame Le Guillant, dont le mari, Louis Le Guillant, \u00e9tait m\u00e9decin-chef \u00e0 Villejuif) et du docteur Georges Daumezon. Mise en place difficile, d&rsquo;ailleurs, parce que les C.E.M.E.A. (Centres d&rsquo;Entra\u00eenement aux M\u00e9thodes d&rsquo;\u00c9ducation Active) \u00e9taient alors destin\u00e9s aux probl\u00e8mes de l&rsquo;encadrement des colonies de vacances, de la p\u00e9dagogie, etc\u00a0; il a fallu beaucoup de diplomatie pour que les C.E.M.E.A. acceptent de contribuer, avec des instructeurs, des moniteurs, \u00e0 l&rsquo;organisation des stages de psychiatrie. Mais \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement, un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire, dont on sous-estime peut-\u00eatre l&rsquo;importance \u00e0 l&rsquo;heure actuelle\u00a0: c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que les infirmiers des h\u00f4pitaux &#8211; ils n&rsquo;\u00e9taient \u00a0\u00bb\u00a0infirmiers\u00a0\u00a0\u00bb que depuis tr\u00e8s peu d&rsquo;ann\u00e9es\u00a0; auparavant, ils \u00e9taient, au point de vue statutaire, des gardiens, plus enferm\u00e9s encore que les soi-disant fous &#8211; ont pu sortir de leurs asiles et venir pendant dix jours dans un stage de C.E.M.E.A. Dix ou quinze \u00e9tablissements y \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s\u00a0; une centaine d&rsquo;infirmiers vivaient ensemble pendant dix jours, se sensibilisant non seulement aux m\u00e9thodes d&rsquo;ergo- et de socio-th\u00e9rapie, mais \u00e0 toute la probl\u00e9matique du champ psychiatrique\u00a0; moi-m\u00eame j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 organiser des d\u00e9bats \u00e0 cette \u00e9poque\u00a0; il y avait aussi Bonnaf\u00e9, Tosquelles, Le Guillant, H\u00e9l\u00e8ne Chaigneau, etc&#8230; Le sujet principal de r\u00e9flexion, la pr\u00e9occupation essentielle, r\u00e9-\u00e9clair\u00e9e en particulier \u00e0 chaque fois par Germaine Le Guillant, c&rsquo;\u00e9tait la vie quotidienne, la vie quotidienne \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ces immenses espaces d&rsquo;accumulation, de s\u00e9gr\u00e9gation&#8230; La vie quotidienne, parler des choses les plus sordides\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Comment c&rsquo;est foutu, les chiottes, l\u00e0\u00a0? \u00ab\u00a0. Il faut voir ce que c&rsquo;\u00e9tait\u00a0! Ouverts &#8211; pour ne pas que les gens s&rsquo;enferment &#8211; ouverts \u00e0 tout, multiples, dans un \u00e9tat innommable. Et les lits\u00a0? \u00a0\u00bb\u00a0Manque de place\u00a0\u00ab\u00a0, disait-on. Dans certains h\u00f4pitaux de la r\u00e9gion parisienne, il n&rsquo;y a pas si longtemps, pour aller se coucher, il fallait marcher sur les autres lits, marcher sur les ventres pour arriver \u00e0 son lit. Les pi\u00e8ces de s\u00e9jour\u00a0? L\u00e0 o\u00f9 il y a une possibilit\u00e9 de s&rsquo;exprimer\u00a0? La cage d&rsquo;escalier ou une cour exigu\u00eb, pendant des ann\u00e9es. Le repas\u00a0? Une esp\u00e8ce de foire \u00e9pouvantable&#8230; C&rsquo;est sur ces dimensions qu&rsquo;insistait le stage des C.E.M.E.A., en essayant de proposer des techniques d&rsquo;animation, et parfois de simple bon sens &#8211; au sens noble du terme &#8211; mais en essayant de faire prendre conscience que cela avait de l&rsquo;importance dans la psychologie des usagers. Autrement dit, que cela avait une dimension th\u00e9rapeutique &#8211; le grand mot est l\u00e2ch\u00e9 &#8211; par une modification de l&rsquo;ambiance. Mais l\u00e0 aussi, il y a eu des glissements. En particulier, il y a eu une crise en d\u00e9cembre 1957\u00a0: une r\u00e9union des C.E.M.E.A. a eu lieu \u00e0 la Clinique de La Borde, pendant deux ou trois jours\u00a0; on a beaucoup discut\u00e9 sur le fait qu&rsquo;il y avait une inclination \u00e0 ce que les stages deviennent simplement un lieu o\u00f9 l&rsquo;on apprenait les bonnes mani\u00e8res\u00a0; par exemple\u00a0, savoir mettre la table\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Vous mettrez des ronds de serviettes ou pas\u00a0?\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0;\u00a0\u00bb\u00a0Est-ce qu&rsquo;il faut chanter ou pas, apr\u00e8s le repas\u00a0?\u00a0\u00ab\u00a0\u2026 Une ambiance un peu patronage. C&rsquo;est vrai que dans les stages des C.E.M.E.A., apr\u00e8s le repas de midi, il fallait se mettre \u00e0 chanter, \u00a0\u00bb\u00a0Les petits chemins\u2026\u00a0\u00a0\u00bb ou je ne sais pas quoi\u00a0! \u00c7a semblait un peu ridicule\u00a0! La question qui se posait \u00e9tait, en fait, celle de la finalit\u00e9 de ces stages. J&rsquo;ai dit, d&rsquo;une fa\u00e7on peut-\u00eatre trop incisive, que ce qu&rsquo;il faut apprendre, en fin de compte, c&rsquo;est \u00e0 <i>ne pas \u00eatre nocif<\/i>. Comment apprendre \u00e7a\u00a0? Autrement dit, il s&rsquo;agissait d&rsquo;introduire une n\u00e9gativit\u00e9. C&rsquo;est un principe d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie\u00a0! Comment rendre sa pr\u00e9sence la moins nocive possible\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Les gens qui travaillent dans ces lieux &#8211; que ce soit des psychiatres, des psychologues, des infirmiers, des aides-soignants, le personnel de service, le cuisinier, le jardinier &#8211; travaillent dans le m\u00eame endroit et, suivant la disposition architecturale ou institutionnelle, il y a un certain contact avec les malades. Dans les rencontres multiples qui ont lieu chaque jour, il doit forc\u00e9ment y avoir un certain <i>effet de sens<\/i>, quelque chose qui marque. Eh bien, dans ce \u00a0\u00bb\u00a0tas de gens\u00a0\u00a0\u00bb (pour ne pas parler de groupe), il y en a dont on se dit, en faisant une sorte d&rsquo;analyse, institutionnelle ou autre\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Celui-l\u00e0, eh bien\u00a0! Ce serait beaucoup mieux s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0\u00a0\u00ab\u00a0. On ne le dit pas, parce que ce n&rsquo;est pas des choses \u00e0 dire aux syndicats, mais&#8230; Il est arriv\u00e9 en retard\u00a0? Tant mieux\u00a0! Il est tomb\u00e9 malade\u00a0? Si \u00e7a pouvait durer plus longtemps\u00a0! On ne peut pas dire \u00e7a, bien s\u00fbr. Mais \u00e7a prouve bien qu&rsquo;il y a une <i>qualit\u00e9 de pr\u00e9sence<\/i>. Avec d&rsquo;autres, il suffit qu&rsquo;ils soient l\u00e0 et c&rsquo;est extraordinaire, \u00e7a change tout\u00a0! Donc, bien s\u00fbr que c&rsquo;est bien, les C.E.M.E.A.\u00a0; il faut un minimum de technique, il faut organiser la convivialit\u00e9&#8230; Mais \u00e7a ne suffit pas, surtout quand il s&rsquo;agit de psychotiques &#8211; il y a l\u00e0, en question, quelque chose de l&rsquo;ordre d&rsquo;une certaine <i>position de chacun<\/i>. Il faut d\u00e9finir le mot \u00a0\u00bb\u00a0position\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; quand je dis \u00a0\u00bb\u00a0position\u00a0\u00ab\u00a0, je parle sur un plan, non pas topographique, mais topologique. C&rsquo;est\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Qu&rsquo;en est-il de ce que je crois \u00eatre, moi, et puis de ce que je suis, en r\u00e9alit\u00e9, pour l&rsquo;autre\u00a0? Qui suis-je quand un d\u00e9lirant me croise et qu&rsquo;il me dit n&rsquo;importe quoi\u00a0?\u00a0\u00ab\u00a0. Il s&rsquo;adresse \u00e0 quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;est pas forc\u00e9ment moi\u00a0: moi, moi, moi&#8230; moi-m\u00e9decin-chef, moi-cuisinier, moi-infirmier\u00a0; mais peut-\u00eatre \u00e0 tout \u00e0 fait autre chose\u00a0! Qu&rsquo;est-ce qui est d\u00e9chiffr\u00e9 dans une rencontre, par un d\u00e9lirant, par un schizophr\u00e8ne\u00a0? Ce qu&rsquo;il d\u00e9chiffre, je n&rsquo;en suis pas &#8211; apparemment &#8211; responsable. Or, il se trouve que dans la pratique, consciemment ou pas, que je le veuille ou non, je suis responsable\u00a0; \u00e0 la limite, je suis responsable de ma connerie. Mais il peut se faire aussi que c&rsquo;est avec ma connerie que je fonctionne le mieux\u00a0! Il ne faut pas avoir de pr\u00e9jug\u00e9s\u00a0! Ce n&rsquo;est pas en se montrant extr\u00eamement intelligent, \u00e0 faire des discours sur le rythme et la pr\u00e9sence et la ph\u00e9nom\u00e9nologie, etc que \u00e7a facilite les choses. On voit bien d&rsquo;ailleurs que des gens qui paraissent exceptionnels &#8211; dont on se dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il est fut\u00e9, ce type-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00a0\u00bb -, si on les met dans un quartier d&rsquo;agit\u00e9s, pour voir comment ils se d\u00e9brouillent, c&rsquo;est parfois \u00e9pouvantable\u00a0! Il ne faut pas les mettre l\u00e0 parce qu&rsquo;ils vont devenir agit\u00e9s aussi\u00a0; ce serait dommage pour la science\u00a0!&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Avec quoi travaille-t-on\u00a0? C&rsquo;est poser, l\u00e0, d&rsquo;une autre fa\u00e7on, le probl\u00e8me du transfert. Pas le transfert, comme on le lit quelquefois\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Tu es mon papa\u00a0\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb\u00a0tu es ma maman\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; Freud n&rsquo;a jamais dit des choses pareilles. Mais le transfert, je dirais pour simplifier\u00a0: au sens de Lacan. Je dis \u00a0\u00bb\u00a0pour simplifier\u00a0\u00ab\u00a0, parce que c&rsquo;est lui qui a \u00e9crit les choses les plus simples l\u00e0-dessus, les plus nettes (il faut encore ne pas avoir de pr\u00e9jug\u00e9s sur ce qu&rsquo;on appelle compliqu\u00e9 et simple\u00a0!). Poser la question du transfert, c&rsquo;est d&rsquo;abord se poser ce probl\u00e8me-l\u00e0\u00a0: avec quoi, comment, on travaille\u00a0? Par exemple ce matin, je me suis r\u00e9veill\u00e9, comme tout le monde, p\u00e9niblement, un peu t\u00f4t, et puis j&rsquo;ai dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Je vais quand m\u00eame r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que je vais dire\u00a0\u00bb\u00a0; et puis rien\u00a0! Le d\u00e9sert complet\u00a0! Vraiment rien\u00a0! \u00c0 tel point que je me disais\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Mais le rythme, c&rsquo;est quoi, le rythme\u00a0? Et puis la pr\u00e9sence\u00a0: pr\u00e9sence de quoi\u00a0?\u00a0\u00a0\u00bb \u00c7a arrive, \u00e7a&#8230; Alors, pour me rassurer, je me suis dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Eh bien, justement\u00a0! Je ne sais plus rien\u00a0: je vais essayer de faire un exercice, de me reconstruire\u00a0\u00ab\u00a0. On se reconstruit, en essayant de parler. C&rsquo;est un exercice que je vous recommande, de venir l\u00e0 et de dire n&rsquo;importe quoi&#8230; C&rsquo;est une fa\u00e7on de se reconstruire. C&rsquo;est une sorte de tentative pour ressaisir quelque chose qui n&rsquo;est justement pas de l&rsquo;ordre (je me touche la t\u00eate, c&rsquo;est idiot de faire \u00e7a, on croit que c&rsquo;est l\u00e0, dans la t\u00eate, mais ce n&rsquo;est pas vrai) de la repr\u00e9sentation, la repr\u00e9sentation au sens philosophique du terme. Ce n&rsquo;est pas quelque chose de l&rsquo;ordre du repr\u00e9sentatif. Ce n&rsquo;est pas &#8211; ce dont il s&rsquo;agit &#8211; quelque chose de l&rsquo;ordre du moi, c&rsquo;est \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9-\u00e9go\u00efque\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: avant le moi. Dans la terminologie de Lacan, on dirait que c&rsquo;est \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9sp\u00e9culaire\u00a0\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: avant le miroir. On peut dire aussi\u00a0: c&rsquo;est \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9perceptif\u00a0\u00ab\u00a0. C&rsquo;est pour cela que je ne me suis pas trop inqui\u00e9t\u00e9 ce matin en m&rsquo;apercevant que je ne savais plus rien, plus rien du tout. Je me suis dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Tant mieux, parce que j&rsquo;y suis\u00a0!\u00a0\u00ab\u00a0, on peut toujours se rassurer\u00a0!&#8230; Un idiot complet pourrait se faire la m\u00eame r\u00e9flexion\u00a0; sauf qu&rsquo;il ne se la fera pas\u00a0; il ne va pas se rassurer en disant\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0J&rsquo;y suis\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; il y sera tout court, mais sans le savoir. Tandis que moi, je me suis dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Je ne sais rien\u00a0: j&rsquo;y suis\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9-\u00e9go\u00efque\u00a0\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9sp\u00e9culaire\u00a0\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9repr\u00e9sentatif\u00a0\u00ab\u00a0. On peut ajouter\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9pr\u00e9dicatif\u00a0\u00ab\u00a0. On peut m\u00eame aller jusqu&rsquo;\u00e0 dire que ce dont il s&rsquo;agit l\u00e0, c&rsquo;est \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9intentionnel\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; C&rsquo;est une fa\u00e7on rapide, vague, mais suffisante pour situer ce dont il s&rsquo;agit dans la quotidiennet\u00e9. La quotidiennet\u00e9, il s&rsquo;agit justement d&rsquo;en faire une analyse, de savoir quelles en sont les ar\u00eates, quels en sont les saillants, et ce avec quoi on <span style=\"color: #000000;\">va pouvoir agir. Autrement dit\u00a0: est-ce qu&rsquo;il y a possibilit\u00e9 que quelque chose s&rsquo;inscrive\u00a0? Sans quoi, si rien ne s&rsquo;inscrit, on ne peut m\u00eame plus en parler du tout.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Un des premiers textes que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 \u00e9crire (c&rsquo;\u00e9tait en 1957, au deuxi\u00e8me congr\u00e8s international de psychiatrie, qui se tenait \u00e0 Zurich, et qui avait pour th\u00e8me \u00a0\u00bb\u00a0La schizophr\u00e9nie\u00a0\u00ab\u00a0), je l&rsquo;avais intitul\u00e9 \u00a0\u00bb\u00a0Analyse de l&rsquo;entourage imm\u00e9diat\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: il s&rsquo;agissait de l&rsquo;ambiance. C&rsquo;est donc pour moi une vieille histoire, quelque chose qui est toujours l\u00e0\u00a0: qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on peut appeler l&rsquo;ambiance\u00a0? Est-ce qu&rsquo;il y a une possibilit\u00e9 d&rsquo;agir dessus\u00a0? D&rsquo;en avoir une certaine ma\u00eetrise\u00a0? L&rsquo;ambiance, tout le monde en a une certaine exp\u00e9rience, mais \u00e7a reste souvent dans le clair-obscur. On n&rsquo;arrive pas bien \u00e0 la d\u00e9finir. Je prends souvent comme modalit\u00e9 d&rsquo;entr\u00e9e dans ce domaine une r\u00e9flexion d&rsquo;Erwin Straus. Ce n&rsquo;est pas que je le privil\u00e9gie plus qu&rsquo;un autre &#8211; c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 lui qui parlait des \u00a0\u00bb\u00a0axiomes de la quotidiennet\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; mais il a d\u00e9crit \u00e9galement, en reprenant l&rsquo;expression de Viktor von Weizs\u00e4cker, \u00a0\u00bb\u00a0le moment pathique\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire une sorte de sensorialit\u00e9 \u00a0\u00bb\u00a0archa\u00efque\u00a0\u00ab\u00a0, et ce qu&rsquo;il appelle \u00a0\u00bb\u00a0le paysage\u00a0\u00ab\u00a0. J&rsquo;aime bien cette notion de \u00a0\u00bb\u00a0paysage\u00a0\u00ab\u00a0, elle est pr\u00e9cieuse pour d\u00e9finir ce qui est en question quand on rencontre quelqu&rsquo;un &#8211; si vraiment on le rencontre\u00a0! Parce que si on ne fait pas attention, eh bien, on passe&#8230; Heureusement d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;on ne fait pas attention \u00e0 tous les gens qu&rsquo;on croise&#8230; Vous vous rendez compte, si par exemple dans le m\u00e9tro \u00e0 Paris, ou \u00e0 Montpellier, il fallait faire attention \u00e0 tout le monde\u00a0! Il y a des psychotiques &#8211; c&rsquo;est terrible &#8211; qui font attention \u00e0 tout le monde&#8230; On a eu \u00e0 La Borde, il y a une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, un jeune gar\u00e7on comme \u00e7a &#8211; c&rsquo;\u00e9tait Maud Mannoni qui nous avait envoy\u00e9 cette personnalit\u00e9 extraordinaire &#8211; on l&rsquo;avait surnomm\u00e9 \u00a0\u00bb\u00a0le tourniquet\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; il tournait tout le temps sur lui-m\u00eame, et il tournait parce qu&rsquo;il voulait faire attention \u00e0 tout&#8230; Un affolement\u00a0! Au bout d&rsquo;une heure, il fallait qu&rsquo;il se repose. Mais dans une rencontre, il y a en g\u00e9n\u00e9ral &#8211; heureusement &#8211; ce qu&rsquo;on peut appeler une r\u00e9duction\u00a0; un peu comme les ph\u00e9nom\u00e9nologues parlent de r\u00e9duction ph\u00e9nom\u00e9nologique, mais ici c&rsquo;est une r\u00e9duction concr\u00e8te, des champs d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Rencontrer quelqu&rsquo;un si on le rencontre vraiment &#8211; ce n&rsquo;est pas se confondre avec, mais c&rsquo;est le situer, et se situer dans le m\u00eame paysage. Dans un paysage, notre position, variable, joue sur la mobilit\u00e9, sur le mouvement des structures de l&rsquo;horizonn\u00e9. Les horizons seront variables suivant la position qu&rsquo;on va prendre &#8211; \u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre dans le paysage. Si on reste devant, on reste dans une vue traditionnellement \u00a0\u00bb\u00a0scientifique\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; au sens logico-positiviste, qui s\u00e9vit encore beaucoup &#8211; on est devant le paysage, et on va regarder \u00a0\u00bb\u00a0objectivement\u00a0\u00a0\u00bb les choses. On peut m\u00eame mesurer le personnage qui est devant soi, enregistrer ce qu&rsquo;il dit, et m\u00eame le filmer, maintenant, vid\u00e9o \u00e0 l&rsquo;appui. Faire de la science pure, quoi\u00a0! Au si\u00e8cle de l&rsquo;ordinateur, imaginez tout ce qu&rsquo;on peut faire pour essayer, justement, de le rendre transparent, de le clarifier vraiment, ce personnage. \u00c0 ce moment-l\u00e0, on a travers\u00e9 sa peau, et il n&rsquo;y a plus rien\u00a0! Or, sa vie, son existence, c&rsquo;est bien souvent sur sa peau qu&rsquo;elle est marqu\u00e9e\u00a0! Et ce n&rsquo;est pas en prenant des attitudes dites \u00a0\u00bb\u00a0objectivantes\u00a0\u00a0\u00bb qu&rsquo;on va pouvoir avoir acc\u00e8s \u00e0 ce que j&rsquo;appelle \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;originarit\u00e9 du sujet\u00a0\u00a0\u00bb qui se pr\u00e9sente l\u00e0\u00a0: on n&rsquo;y verra rien. Je ne veux pas entrer ici dans une pol\u00e9mique contre certaines habitudes qui se g\u00e9n\u00e9ralisent dans l&rsquo;Europe, actuellement, d&rsquo;une fa\u00e7on redoutable\u00a0; le D.S.M.-III fait partie de cette volont\u00e9 de transparence. Je ne peux pas m&#8217;emp\u00eacher de citer ici la r\u00e9flexion d&rsquo;un psychiatre, non suspect de psychanalyse ou de je ne sais quoi, un psychiatre allemand, Gaupp, c\u00e9l\u00e8bre notamment pour ses \u00e9tudes d&rsquo;un cas tragique de parano\u00efa, celui de l&rsquo;instituteur Wagner. Gaupp disait que ce qui compte dans l&rsquo;approche de quelqu&rsquo;un, si on veut pouvoir cerner ce dont il s&rsquo;agit, ce n&rsquo;est pas de le diss\u00e9quer, mais d&rsquo;\u00eatre au plus proche\u00a0; et \u00eatre au plus proche, c&rsquo;est s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;il y a quelque chose d&rsquo;ind\u00e9passable, d&rsquo;irr\u00e9ductible &#8211; \u00e0 respecter &#8211; qu&rsquo;on peut appeler son <i>opacit\u00e9<\/i>, l&rsquo;opacit\u00e9 d&rsquo;autrui. Autrui n&rsquo;est pas transparent. Et si on croit l&rsquo;avoir travers\u00e9, eh bien, c&rsquo;est qu&rsquo;on l&rsquo;a loup\u00e9\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Comment cerner l&rsquo;opacit\u00e9 d&rsquo;autrui\u00a0? Gaupp va jusqu&rsquo;\u00e0 dire que chez certaines personnalit\u00e9s parano\u00efaques, profond\u00e9ment parano\u00efaques, l&rsquo;opacit\u00e9 est r\u00e9duite \u00e0 un minimum\u00a0: ils sont presque transparents. J&rsquo;aime bien rapprocher cette r\u00e9flexion d&rsquo;une remarque de Pierre Charpentrat, mort il y a quelques ann\u00e9es, qui a beaucoup \u00e9crit sur le baroque (ce dont je vous parle, il me semble, a un rapport avec ce que j&rsquo;aimerais appeler une logique baroque). Pierre Charpentrat parle de \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;intraitable opacit\u00e9 de la pr\u00e9sence de l&rsquo;autre\u00a0\u00ab\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>. C&rsquo;est comme si, dans l&rsquo;effet m\u00eame de la pr\u00e9sence &#8211; on pourrait presque dire \u00a0\u00bb\u00a0effet de pr\u00e9-sence\u00a0\u00ab\u00a0, ce qui est toujours en avant de soi-m\u00eame, dans une sorte d&rsquo;attente anticip\u00e9e &#8211; il y avait constamment l\u00e0 une zone d&rsquo;opacit\u00e9\u00a0; et c&rsquo;est justement \u00e7a, la pr\u00e9sence. Quand on dit de quelqu&rsquo;un\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Oh, celui-l\u00e0, il a de la pr\u00e9sence\u00a0\u00ab\u00a0, \u00e7a ne veut pas dire qu&rsquo;on va le traverser\u00a0! Au contraire, dans la pr\u00e9sence, il y a une sorte d&rsquo;articulation entre la mesure et l&rsquo;ind\u00e9termin\u00e9, entre ce que les Grecs appelaient <i>meras <\/i>et <i>apeiron<\/i>. Cette sorte de \u00a0\u00bb\u00a0mesure de l&rsquo;ind\u00e9termin\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb qui d\u00e9limite quelque chose\u00a0: pr\u00e9cis\u00e9ment cette zone absolument opaque \u00e0 autrui. On pourrait aussi rapprocher cette probl\u00e9matique de ce que dit Lacan dans l&rsquo;introduction au s\u00e9minaire de <i>La lettre vol\u00e9e<\/i>, \u00e0 propos du futur ant\u00e9rieur\u00a0: il parle d&rsquo;un <i>caput mortum,<\/i> c&rsquo;est-\u00e0-dire de cette zone, <i>nachtr\u00e4glich<\/i>, du r\u00e9troactif\u00a0; l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on peut pr\u00e9juger de ce qui va se passer, ce n&rsquo;est pas au moment m\u00eame o\u00f9 \u00e7a se passe, c&rsquo;est dans l&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dence. Ce qui se rapproche, sur un plan plus philosophique, de ce que Heidegger appelle \u00a0\u00bb\u00a0le projet anticipateur\u00a0\u00ab\u00a0. Autrement dit, pour qu&rsquo;il puisse y avoir continuit\u00e9 d&rsquo;existence, il faut qu&rsquo;il y ait d\u00e9j\u00e0 une reprise r\u00e9troactive. C&rsquo;est comme quand on parle\u00a0: quand je parle, je ne comprends rien du tout \u00e0 ce que je dis, mais je comprends ce que j&rsquo;ai dit une fois que je fais silence\u00a0; de m\u00eame, si vous ne comprenez pas tout de suite, eh bien, il peut se faire que vous allez comprendre ce soir, ou dans dix ans&#8230; Il y a une sorte de boucle r\u00e9troactive qui constamment joue, m\u00eame quand on lit quelque chose. Dans n&rsquo;importe quelle \u00e9criture, on sait bien que le sens ne vient qu&rsquo;une fois \u00e9tabli le silence &#8211; \u00e0 condition d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au bout de la phrase\u00a0: il ne faut pas la couper n&rsquo;importe o\u00f9. C&rsquo;est exactement le probl\u00e8me de ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;interpr\u00e9tation\u00a0: il ne s&rsquo;agit pas de couper n&rsquo;importe o\u00f9, il faut laisser dire les choses, laisser se d\u00e9velopper les choses, pour pouvoir aboutir &#8211; quand \u00e7a aboutit \u00e0 quelque chose qui est de l&rsquo;ordre d&rsquo;un silence, et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il y a sens\u00a0; mais le sens, \u00e7a n&rsquo;est pas une signification, qui va se pr\u00e9senter bien cern\u00e9e\u00a0; le sens, c&rsquo;est quelque chose qui n&rsquo;en finit pas, une sorte de mise en acte d&rsquo;un processus. Et la mise en acte d&rsquo;un processus, c&rsquo;est exactement \u00e7a la d\u00e9finition du transfert. Lacan, dans le s\u00e9minaire sur le transfert, d\u00e9finit le transfert comme \u00a0\u00bb\u00a0la mise en acte de l&rsquo;inconscient\u00a0\u00ab\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>. Dans cette formulation, il y a le mot \u00a0\u00bb\u00a0acte\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; et qui dit acte dit que ce qui est en question dans cette opacit\u00e9 d&rsquo;autrui &#8211; du sujet qui se pr\u00e9sente &#8211; c&rsquo;est ce qui est justement le moins accessible, ce sur quoi il y a le moins de prise\u00a0: ce que Freud a appel\u00e9 le d\u00e9sir. Et le d\u00e9sir, c&rsquo;est au plus proche de l&rsquo;inconscient.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Ce dont je parle, c&rsquo;est d&rsquo;une simplicit\u00e9 extraordinaire\u00a0; c&rsquo;est m\u00eame tellement simple qu&rsquo;on ne peut pas en parler. Exposer le simple, c&rsquo;est la chose la plus complexe qui soit. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a de plus simple que, par exemple, quelqu&rsquo;un qui marche\u00a0? Tout le monde marche\u00a0! \u00c0 moins d&rsquo;\u00eatre paralys\u00e9&#8230; Mais il y a toujours l&rsquo;id\u00e9e de marcher\u00a0; du fait m\u00eame qu&rsquo;on est un \u00eatre humain, il y a l&rsquo;id\u00e9e de marcher\u00a0; et de m\u00eame, du fait qu&rsquo;on est un \u00eatre humain, il y a l&rsquo;id\u00e9e de parler &#8211; m\u00eame si on ne parle pas, il y a du langage. Alors, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a de plus simple que marcher\u00a0? Mais c&rsquo;est tellement simple que c&rsquo;est la chose la plus complexe qui soit que d&rsquo;essayer d&rsquo;en parler sans justement en d\u00e9former quelque chose. Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il est pr\u00e9cieux d&rsquo;avoir recours \u00e0 des sortes d&rsquo;antennes ou de sondes pour essayer de situer ce dont il s&rsquo;agit\u00a0; Freud lui-m\u00eame soulignait bien l&rsquo;importance de certaines trouvailles des v\u00e9ritables cr\u00e9ateurs &#8211; au sens artistique de ce terme. Par exemple, quand je dis\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0L&rsquo;homme, c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui marche\u00a0\u00ab\u00a0, bien s\u00fbr, on peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 tout ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit l\u00e0-dessus, \u00e0 la station debout, \u00e0 l&rsquo;identification primordiale au sens de Freud, et aussi au regrett\u00e9 Leroi-Gourhan (<i>Le Geste et la parole<\/i>&#8230; il avait saisi quelque chose d&rsquo;essentiel). Mais ce que je pr\u00e9f\u00e8re &#8211; c&rsquo;est encore plus direct &#8211; c&rsquo;est me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Giacometti\u00a0: <i>L&rsquo;homme qui marche<\/i>. Il y a des quantit\u00e9s d&rsquo;hommes qui marchent, mais <i>L&rsquo;homme qui marche<\/i> de Giacometti, il suffit de le voir et m\u00eame sans le voir, d&rsquo;y penser\u00a0: il vous m\u00e8ne, avec ses pieds \u00e9normes et ce corps filiforme, vers la zone qui est notre instrument de travail, le lieu m\u00eame de l&rsquo;ambiance, l&rsquo;opacit\u00e9 d&rsquo;autrui&#8230; il nous m\u00e8ne par l\u00e0. J&rsquo;avais lu, il y a longtemps, un petit article de quelqu&rsquo;un qui est de par ici, Roger Laporte, sur Giacometti \u00e0 propos de <i>L&rsquo;homme qui marche<\/i>. Il dit que ce qui domine, c&rsquo;est le regard. Il n&rsquo;a pas d&rsquo;yeux, mais il a un regard, regard au sens de Lacan, au sens de \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;objet a\u00a0\u00ab\u00a0. Le regard, ce n&rsquo;est pas les yeux, ce n&rsquo;est pas la vision, c&rsquo;est &#8211; au sens m\u00eame de Merleau-Ponty dans <i>Le Visible et l&rsquo;invisible<\/i> &#8211; un <i>chiasme\u00a0<\/i>: quand on voit, on est vu\u00a0; un entrecroisement. D&rsquo;une fa\u00e7on plus pr\u00e9cise encore, Viktor von Weizs\u00e4cker dit qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de sensation sans int\u00e9gration du mouvement\u00a0: le mouvement-sensation, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il appelle \u00a0\u00bb\u00a0le cycle de la structure\u00a0\u00a0\u00bb (comme on traduit <i>Gestaltkreis<\/i>). Toutes ces choses-l\u00e0 vous m\u00e8nent vers cette zone (si on se d\u00e9barrasse de toute sp\u00e9cularit\u00e9, de toute repr\u00e9sentation, de tout syst\u00e8me de pr\u00e9jug\u00e9s, m\u00e9taphysiques et autres) cette zone o\u00f9 il se passe quelque chose, et dans une certaine forme\u00a0; cette zone o\u00f9 il y a \u00e9mergence de quelque chose, et o\u00f9 justement il peut y avoir des difficult\u00e9s d&rsquo;\u00e9mergence. Reprenez l&rsquo;exemple de <i>L&rsquo;homme qui marche<\/i>. Il est immobile, c&rsquo;est une statue, mais il y a un mouvement extraordinaire, il y a du regard, et puis il y a une base\u00a0: il touche le sol. Quand on marche, on ne quitte pas la terre, ce n&rsquo;est pas comme quand on court\u00a0; on pose un pied et on s&rsquo;assure qu&rsquo;il est bien par terre avant de lever l&rsquo;autre\u2026 autrement on se casse la figure, ou alors on se met \u00e0 courir. Pensez maintenant \u00e0 un malade catatonique avec des dyspraxies, des troubles psycho-moteurs de toutes sortes, des bizarreries gestuelles, du mani\u00e9risme, une \u00a0\u00bb\u00a0distorsion de la pr\u00e9sence\u00a0\u00ab\u00a0, comme dirait Binswanger. Eh bien, dans <i>L&rsquo;homme qui marche<\/i>, de Giacometti, il n&rsquo;y a ni distorsion, ni mani\u00e9risme\u00a0: on peut dire que <i>L&rsquo;homme qui marche<\/i>, c&rsquo;est un normos\u00e9. \u00c7a peut servir de r\u00e9f\u00e9rence pour indiquer le domaine o\u00f9 quelque chose est troubl\u00e9. Quoi\u00a0? On pourrait dire que ce qui est troubl\u00e9 dans la psychose, c&rsquo;est la possibilit\u00e9 m\u00eame de <i>se tenir<\/i>\u00a0; se tenir debout en mouvement, avec les pieds par terre. C&rsquo;est une fa\u00e7on de r\u00e9sumer la probl\u00e9matique de la cat\u00e9gorie du vecteur C &#8211; vecteur contact &#8211; de l&rsquo;\u00e9laboration de Szondi (L\u00e9opold Szondi qui est mort il y a quelques mois) et de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 par l&rsquo;Universit\u00e9 de Louvain, et en particulier par notre ami Jacques Schotte. Le vecteur contact, c&rsquo;est de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit. Il y a \u00e9mergence du \u00a0\u00bb\u00a0se tenir\u00a0\u00ab\u00a0. Les gens qu&rsquo;on appelle des psychopathes, ce sont ceux dont on peut dire\u00a0: ils se tiennent mal, non pas au sens banal du terme, mais en un sens plus profond\u00a0: <i>Haltlosigkeit<\/i>. Il n&rsquo;y a pas assez de tenue, de \u00a0\u00bb\u00a0se tenir\u00a0\u00a0\u00bb et de \u00a0\u00bb\u00a0maintenir\u00a0\u00a0\u00bb en m\u00eame temps le monde. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, une difficult\u00e9 d&rsquo;\u00e9mergence presque originaire de leur tenue, une difficult\u00e9 d&rsquo;<i>Ursprung<\/i>, de surgissement &#8211; au sens o\u00f9 l&rsquo;on parle du surgissement au r\u00e9veil, le matin, par exemple &#8211; (c&rsquo;est une difficult\u00e9 qu&rsquo;on voit aussi chez les d\u00e9prim\u00e9s, mais d&rsquo;une fa\u00e7on plus harmonieuse que chez les psychotiques). C&rsquo;est cette dimension-l\u00e0 qu&rsquo;on peut appeler le <i>rythme<\/i>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Les \u00e9tudes les mieux faites sur le rythme, vous les trouverez dans un livre que vous connaissez certainement, de Henri Maldiney\u00a0: <i>Regard, parole, espace<\/i>. Mais on peut faire d&rsquo;abord r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymologie, telle que la reprend Benveniste. Il dit que rythme vient de <i>rhytmos<\/i>, qu&rsquo;on pourrait traduire par \u00a0\u00bb\u00a0mise en forme\u00a0\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb\u00a0ce qui met en forme quelque chose\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; mais ce n&rsquo;est pas une formalisation\u00a0; je serais tent\u00e9, l\u00e0, d&#8217;employer un n\u00e9ologisme\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;enforme\u00a0\u00ab\u00a0, par analogie avec le verbe espagnol <i>informar<\/i>, au sens de donner forme, non d&rsquo;une communication\u00a0: \u00e7a \u00a0\u00bb\u00a0fait forme\u00a0\u00ab\u00a0. Le rythme, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0, en soi-m\u00eame, ce qui fait qu&rsquo;il y a de la forme\u00a0; enforme, mais enforme de quoi\u00a0? J&rsquo;ai envie de dire \u00a0\u00bb\u00a0rhytmos et logos<i>\u00a0<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0; pour qu&rsquo;il y ait de l&rsquo;enforme, il faut qu&rsquo;il y ait d\u00e9j\u00e0 quelque chose de l&rsquo;ordre du logos, au sens h\u00e9raclit\u00e9en du terme, lui-m\u00eame ins\u00e9parable d&rsquo;un certain type de mouvement\u00a0: une <i>kinesis<\/i>. Sur le plan ph\u00e9nom\u00e9nologique, on peut retrouver quelque chose d&rsquo;analogue chez Husserl quand il parle des \u00a0\u00bb\u00a0kinesth\u00e8ses<i>\u00a0<\/i>\u00ab\u00a0. Sur un plan psychiatrique, on peut penser \u00e0 Rorschach et aux \u00a0\u00bb\u00a0kinesth\u00e9sies<i>\u00a0<\/i>\u00ab\u00a0, surtout si on reprend les commentaires qu&rsquo;en fait Roland Kuhn (il a travaill\u00e9 avec Binsvanger \u00e0 M\u00fcnsterlingen). La kinesth\u00e9sie, la kinesth\u00e8se, la <i>kinesis<\/i>, c&rsquo;est ins\u00e9parable du logos&#8230; C&rsquo;est impossible de l&rsquo;imaginer autrement &#8211; \u00e0 supposer qu&rsquo;on puisse imaginer le logos, ce qui est parfaitement ridicule, ce serait un pl\u00e9onasme, du fait qu&rsquo;on est d\u00e9j\u00e0 pris soi-m\u00eame dans le logos&#8230; sans quoi il n&rsquo;y aurait rien du tout. On retrouve ici ce que dit Lacan\u00a0: on est tiss\u00e9 de langage\u00a0; plus encore\u00a0: on est un <i>parl\u00eatre <\/i><i>&#8211;<\/i> non pas un \u00eatre parlant, mais un <i>parl\u00eatre<\/i> &#8211; et \u00e7a, c&rsquo;est au plus profond de chacun\u00a0; avant m\u00eame de na\u00eetre, on est pris dans un syst\u00e8me d&rsquo;habitudes, de lois, de conventions, ce que Lacan appelle le grand Autre\u00a0: le lieu m\u00eame o\u00f9 s&rsquo;articulent les signifiants. On peut alors poser le probl\u00e8me des modalit\u00e9s d&rsquo;\u00e9mergence\u00a0: \u00e7a fait partie de la pr\u00e9sence. Quand je parle, je me rends pr\u00e9sent &#8211; jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point &#8211; pr\u00e9sent au sens o\u00f9 je laisse advenir quelque chose qui va pouvoir se d\u00e9ployer. Il faudrait reprendre l\u00e0 cette th\u00e9matique extraordinairement bien articul\u00e9e par Heidegger dans sa conf\u00e9rence du 30 janvier 1962, <i>Le Temps et l&rsquo;\u00eatre<\/i>, o\u00f9 il tente une red\u00e9finition de ce qu&rsquo;on appelle, en allemand, <i>Anwesenheit<\/i>, une certaine forme de pr\u00e9sence qui laisse advenir quelque chose, l\u00e0. C&rsquo;est une porte d&rsquo;entr\u00e9e tr\u00e8s importante pour r\u00e9fl\u00e9chir sur le champ de travail qu&rsquo;on essaie de d\u00e9limiter.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Revenons-en au rythme\u00a0: on a d\u00e9j\u00e0 pu d\u00e9finir le rythme comme enforme. Mais une chose reste fondamentale dans tout ce qu&rsquo;on essaie de dire, c&rsquo;est qu&rsquo;il faut tenir compte du contexte\u00a0; pas simplement du contexte quotidien, mais aussi du contexte m\u00eame de la r\u00e9flexion qu&rsquo;on peut mener. Parler du rythme sans parler de l&rsquo;inconscient, des pulsions, des fantasmes, du transfert, c&rsquo;est \u00e0 mon avis une supercherie. On ne peut pas non plus en parler trop, mais il faut sans arr\u00eat le r\u00e9-\u00e9voquer. Et pour parler du rythme, on ne peut justement pas \u00e9viter de parler du contexte. Je voudrais en donner quelques aper\u00e7us, en reprenant des formulations de Maldiney, qui pose ces probl\u00e8mes \u00e0 partir du plan esth\u00e9tique. Le rythme, on peut le concevoir, par exemple, \u00e0 partir de la peinture, en particulier chez C\u00e9zanne, chez Rembrandt, chez Vermeer&#8230; ou dans certaines \u00e9coles de peinture chinoise. Les r\u00e9flexions de C\u00e9zanne, dans ses lettres \u00e0 Gasquet, rejoignent les r\u00e9flexions des conf\u00e9rences publiques qu&rsquo;avait fait Paul Klee\u00a0: ce qui est en question, disent-ils, c&rsquo;est surtout de ne pas rester dans une abstraction du motif, de ne pas cr\u00e9er une dualit\u00e9 entre le motif et le fond. Un peintre qui n&rsquo;a peut-\u00eatre pas le g\u00e9nie de C\u00e9zanne ou de Van Gogh ou de Vermeer ou de Rembrandt, aura tendance \u00e0 plaquer le motif sur le fond. C&rsquo;est le motif qui fait qu&rsquo;il y a du fond. Le fond, c&rsquo;est ce qui donne relief au motif\u00a0; mais il n&rsquo;y a pas l&rsquo;un \u00a0\u00bb\u00a0et\u00a0\u00a0\u00bb l&rsquo;autre. Ce qui est mis en question par cette protodialectique entre soi-disant motif et soi-disant fond, on pourrait le transposer\u00a0: pour cerner une personnalit\u00e9, il ne s&rsquo;agit pas de l&rsquo;envisager ind\u00e9pendamment du fond\u00a0; il ne s&rsquo;agit pas de la voir une demi-heure par semaine, sans tenir compte de l&rsquo;existence quotidienne pendant huit jours&#8230; Sinon, on se retrouve \u00e0 peu pr\u00e8s dans la m\u00eame position na\u00efve que celui qui, disant\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Je vais vous parler d&rsquo;un poisson<i>\u00a0<\/i>\u00ab\u00a0, retire le poisson du bocal et le met sur la table, croyant montrer comment est le poisson. Les scientifiques diront peut-\u00eatre\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0C&rsquo;est formidable, on va pouvoir compter le nombre d&rsquo;ar\u00eates\u00a0!\u00a0\u00ab\u00a0. Mais moi, il me semble que le poisson, c&rsquo;est quelque chose qui est ins\u00e9parable de l&rsquo;eau\u00a0! Autrement dit, je crois qu&rsquo;il faut le laisser dans ce que Husserl et les ph\u00e9nom\u00e9nologues appelaient le <i>Lebenswelt<\/i>, c&rsquo;est-\u00e0-dire le monde du vivre (plus que le monde de la vie) et que Tatossian appelle le <i>Urlebenswelt<\/i>, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelque chose d&rsquo;encore plus archa\u00efque que \u00e7a\u00a0: l\u00e0 o\u00f9, comme dirait Lacan, il y a de la jouissance, pas la jouissance \u00e9rotique, mais la jouissance du simple fait de vivre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Ce lieu-l\u00e0, le lieu du rythme &#8211; qui est de l&rsquo;ordre de la pr\u00e9sence &#8211; on peut le retrouver \u00e0 partir de r\u00e9flexions esth\u00e9tiques de Paul Klee, C\u00e9zanne, etc&#8230; Paul Klee disait que ce qui est en question au d\u00e9part, c&rsquo;est quelque chose que traditionnellement on appelle le chaos\u00a0; mais pour lui, paradoxalement, le chaos, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;informe\u00a0: c&rsquo;est au contraire le lieu m\u00eame o\u00f9 il y aura de l&rsquo;enforme &#8211; on peut traduire ainsi le terme qu&rsquo;il utilise en allemand, <i>Gestaltung<\/i>, mais en lui donnant moins le sens habituel de <i>Gestaltung<\/i> (qui est une sorte de cerclage d&rsquo;une notion) que celui d&rsquo;un mouvement de mise en forme. Paul Klee essayait de repr\u00e9senter \u00e7a plastiquement\u00a0: il utilisait cette image dont j&rsquo;ai fait grand cas, il y a quelques ann\u00e9es, de \u00a0\u00bb\u00a0point gris\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; gris parce que ce n&rsquo;est pas une couleur, sauf peut-\u00eatre la couleur du chaos. Ce point gris, c&rsquo;est un point de rassemblement &#8211; je l&rsquo;ai appel\u00e9 \u00a0\u00bb\u00a0le point du Logos\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; de recueillement, et c&rsquo;est justement \u00e0 partir de ce point qu&rsquo;il y a possibilit\u00e9 d&rsquo;un surgissement du monde\u00a0; Paul Klee l&rsquo;appelle \u00a0\u00bb\u00a0le point cosmog\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00ab\u00a0, le <i>Ursprung<\/i>, l&rsquo;originaire du surgissement du monde. Et pour le pr\u00e9sentifier, ce point gris, il \u00e9tait oblig\u00e9 de le \u00a0\u00bb\u00a0repr\u00e9senter\u00a0\u00a0\u00bb sautant par dessus lui-m\u00eame, figurant ainsi plastiquement ce qui est en question\u00a0: la <i>Spaltung<\/i>, le clivage, c&rsquo;est-\u00e0-dire cette ali\u00e9nation fondamentale n\u00e9cessaire pour que quelque chose puisse se manifester. C\u00e9zanne parlait, lui, de \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;ab\u00eeme\u00a0\u00ab\u00a0, en particulier \u00e0 propos de la montagne Sainte-Victoire dont il a peint quarante tableaux diff\u00e9rents. L&rsquo;ab\u00eeme, c&rsquo;est ce qui se manifeste primordialement, et que Maldiney appelle \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;ouvert du chaos\u00a0\u00ab\u00a0. \u00c0 cet \u00a0\u00bb\u00a0ouvert du chaos\u00a0\u00ab\u00a0, Maldiney pose deux successeurs logiques, les deux sorties possibles du chaos\u00a0: l&rsquo;une comme vertige, l&rsquo;autre comme rythme. \u00a0\u00bb\u00a0Au commencement \u00e9tait le rythme\u00a0\u00ab\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>, dit Maldiney, en citant von B\u00fclow. Le rythme, ce n&rsquo;est pas la cadence, bien au contraire\u00a0; et pourtant, on confond souvent\u00a0: m\u00eame les musiciens confondent parfois&#8230; La cadence, c&rsquo;est presque institutionnel, tandis que le rythme, c&rsquo;est quelque chose de personnel, singulier. Klages, dans son trait\u00e9 sur la graphologie et la caract\u00e9rologie, oppose \u00e0 la cadence la notion de \u00a0\u00bb\u00a0rythme vital\u00a0\u00ab\u00a0, \u00e0 propos du trac\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture, du trac\u00e9 du peintre, etc&#8230; Pour r\u00e9sumer, je dirais que fond et motif sont pris dans le rythme\u00a0; et que la pr\u00e9sence, c&rsquo;est la manifestation m\u00eame de ce fait qu&rsquo;il y a du rythme. Je tiens \u00e0 souligner ce \u00a0\u00bb\u00a0il y a\u00a0\u00ab\u00a0, au sens o\u00f9, du fait qu&rsquo;il y a pr\u00e9sence, cela prouve d\u00e9j\u00e0 \u00a0\u00bb\u00a0qu&rsquo;il y a\u00a0\u00ab\u00a0. Lacan disait\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Y a d&rsquo;l&rsquo;un\u00a0\u00ab\u00a0, il y a du rassemblement&#8230; Et Heidegger, lui, commentait le <i>es gibt<\/i> allemand, dont la traduction litt\u00e9rale est \u00a0\u00bb\u00a0\u00e7a donne\u00a0\u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb\u00a0\u00c7a donne\u00a0\u00a0\u00bb indique quelque chose de l&rsquo;ordre du \u00a0\u00bb\u00a0destinal\u00a0\u00ab\u00a0\u2026 <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Or, ce qui est en question dans notre champ de travail, dans la mise en place de cette simple possibilit\u00e9 qu&rsquo;il y ait quelque chose qui s&rsquo;articule, et qui puisse m\u00eame modifier la personnalit\u00e9 du sujet, c&rsquo;est cette dimension qu&rsquo;on appelle, traditionnellement, l&rsquo;<i>aisth<\/i><i>esis<\/i>\u00a0; non pas l&rsquo;esth\u00e9tique, mais ce domaine o\u00f9 \u00a0\u00bb\u00a0il y a\u00a0\u00a0\u00bb la sensation, simplement. C&rsquo;est une dimension archa\u00efque, mais aussi quotidienne\u00a0: le domaine du pathique. On peut en avoir un abord autre qu&rsquo;esth\u00e9tique, et de fa\u00e7on fine, quoiqu&rsquo;encore insuffisante \u00e0 mon avis, \u00e0 partir des r\u00e9flexions de Julia Kristeva \u00e0 propos de la \u00a0\u00bb\u00a0ch\u00f4ra s\u00e9miotique\u00a0\u00ab\u00a0. Ce terme de <i>ch\u00f4ra<\/i> qu&rsquo;elle reprend d&rsquo;un dialogue de Platon, le <i>Tim<\/i><span style=\"color: #000000;\"><i>\u00e9e,<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> elle l&rsquo;interpr\u00e8te comme une sorte d&rsquo;articulation de quelque chose o\u00f9 ne r\u00e8gne pas encore de \u00a0\u00bb\u00a0distinctivit\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb &#8211;<\/span> qui n&rsquo;est donc pas encore de l&rsquo;ordre du \u00a0\u00bb\u00a0symbolique\u00a0\u00a0\u00bb comme elle dit &#8211; mais o\u00f9 il y a quelque chose d&rsquo;une sorte de logique de base, qu&rsquo;elle d\u00e9finit aussi, dans des textes ant\u00e9rieurs, comme \u00a0\u00bb\u00a0logique paragrammatique\u00a0\u00a0\u00bb (\u00e0 propos des anagrammes de De Saussure) ou encore comme logique \u00a0\u00bb\u00a0carnavalesque\u00a0\u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb\u00a0menipp\u00e9enne\u00a0\u00a0\u00bb (en s&rsquo;appuyant sur Bakhtine). Et dans ce domaine de la <i>ch\u00f4ra<\/i>, dit Platon, il n&rsquo;y a pas tellement de distinction entre le feu et l&rsquo;eau, mais ce n&rsquo;est pas non plus un \u00a0\u00bb\u00a0entre-deux\u00a0\u00ab\u00a0, il y a d\u00e9j\u00e0 quelque chose qui s&rsquo;oriente, qui se vectorise. Julia Kristeva reprend ce terme de <i>ch\u00f4ra<\/i> en \u00e9cho \u00e0 un autre terme\u00a0: <i>hypodoxeion<\/i>\u00a0; l&rsquo;<i>hypodoxeion<\/i>, c&rsquo;est une sorte de r\u00e9ceptacle de quelque chose, c&rsquo;est une base. La vie quotidienne, c&rsquo;est de cet ordre l\u00e0\u00a0: c&rsquo;est une sorte de base sur laquelle il se passe des choses, une quantit\u00e9 de choses qu&rsquo;il faudrait essayer de saisir&#8230; Mais il ne s&rsquo;agit pas de saisir n&rsquo;importe quoi pour que \u00e7a puisse devenir efficace, voire op\u00e9ratoire (pourquoi pas\u00a0?) dans notre travail. Aussi, avant de laisser la parole \u00e0 la salle, je voudrais encore insister sur ceci\u00a0: ce qui est en question (et \u00e7a, ni Maldiney, ni Julia Kristeva, etc&#8230; n&rsquo;en parlent, ce n&rsquo;est pas leur domaine) ce qui me semble le plus important, et aussi le plus difficile \u00e0 d\u00e9finir, c&rsquo;est ce que Lacan appelait \u00a0\u00bb\u00a0le semblant\u00a0\u00ab\u00a0. C&rsquo;est \u00e7a qui est en question. C&rsquo;est \u00e0 partir de l\u00e0 qu&rsquo;on pourrait mieux situer, par exemple, certaines r\u00e9flexions ph\u00e9nom\u00e9nologiques, en particulier celles de Zutt, quand il parle de \u00a0\u00bb\u00a0corps en apparition\u00a0\u00ab\u00a0, notion qu&rsquo;il d\u00e9veloppe \u00e0 partir de celle \u00a0\u00bb\u00a0d&rsquo;attitude interne\u00a0\u00ab\u00a0, qui a elle-m\u00eame quelque chose \u00e0 voir avec ce qu&rsquo;on peut appeler la pr\u00e9sentification. On peut rapprocher ces notions de formulations d\u00e9j\u00e0 anciennes, comme celles de Pierre Janet \u00e0 propos des \u00a0\u00bb\u00a0conduites de pr\u00e9sentification\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; Formules anciennes, mais qui sont toujours \u00e0 exploiter, \u00e0 condition de les reprendre un peu dans un contexte actuel. J&rsquo;arr\u00eate l\u00e0 pour l&rsquo;instant; on pourra revenir sur diff\u00e9rents points dans la discussion, je l&rsquo;esp\u00e8re\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Ce serait peut-\u00eatre bien de regrouper ensemble quelques questions, pour \u00e9viter que \u00e7a devienne un monologue trop serr\u00e9&#8230; En r\u00e9alit\u00e9, cela me pla\u00eet trop de r\u00e9pondre aux questions, je risque m\u00eame de ne plus pouvoir m&rsquo;arr\u00eater.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>M. &#8230;<\/b>\u00a0: En particulier au d\u00e9but\u00a0: psychose, fen\u00eatre sur quelque chose qui reste habituellement oubli\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>M. &#8230;<\/b>\u00a0: Moi j&rsquo;aimerais que vous pr\u00e9cisiez quelques points sur les rapports du rythme, tel que vous le concevez &#8211; qui reste sans doute une notion \u00e0 pr\u00e9ciser, \u00e0 creuser, \u00e0 cerner &#8211; et ce qu&rsquo;il pourrait en \u00eatre de la temporalit\u00e9 pour le psychotique &#8211; qui, l\u00e0 aussi, est une notion qu&rsquo;il faudrait reprendre, retravailler. Mais enfin, je crois que ce sont des choses qui doivent pour vous se recroiser quelque part. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">(silence)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury<\/b>\u00a0: Bien s\u00fbr&#8230; C&rsquo;est toujours difficile de parler dans une salle comme \u00e7a, avec une table, une estrade, et avec le nombre de participant&#8230; \u00e7a peut appara\u00eetre, m\u00eame, h\u00e9ro\u00efque, de prendre la parole. Il faut souvent plusieurs jours&#8230; Dans les stages, la premi\u00e8re journ\u00e9e, souvent, tout le monde se tait. Il faut que les gens dorment, qu&rsquo;ils r\u00eavent sur ce qui s&rsquo;est dit, et puis hop, d&rsquo;un coup, \u00e7a d\u00e9marre, mais il faut attendre deux, trois jours. Mais ici, on n&rsquo;a pas le temps\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>M. &#8230;\u00a0<\/b>: J&rsquo;aurais aim\u00e9 que vous repreniez peut-\u00eatre ce que vous disiez de \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;enforme\u00a0\u00ab\u00a0, dans la mesure o\u00f9 j&rsquo;entends qu&rsquo;il y a peut-\u00eatre pour chacun de nous la n\u00e9cessit\u00e9 de construire un ext\u00e9rieur \u00e0 partir d&rsquo;un int\u00e9rieur quelque part\u00a0; c&rsquo;est-\u00e0-dire une esp\u00e8ce de construction qui est de mettre \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur ce qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 mis dans l&rsquo;enforme justement, per\u00e7ue comme \u00e7a.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury<\/b>\u00a0: Je ne peux indiquer que des \u00e9l\u00e9ments de relance d&rsquo;une r\u00e9flexion&#8230; C&rsquo;est vrai que j&rsquo;ai dit que la psychose (et, au fond, c&rsquo;est une chose banale, de dire \u00e7a) est une fen\u00eatre ouverte sur quelque chose qui reste habituellement oubli\u00e9. Mais dire \u00e7a, c&rsquo;est avant tout une prise de position\u00a0: vous savez qu&rsquo;on a souvent (au d\u00e9but, et m\u00eame encore maintenant) reproch\u00e9 \u00e0 Freud de vouloir expliquer le normal par le pathologique. C&rsquo;est compl\u00e8tement ridicule, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 faire la preuve d&rsquo;une certaine pathologie, que de tenir un tel discours. Il y a une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, j&rsquo;avais parl\u00e9, dans certains textes, d&rsquo;une \u00a0\u00bb\u00a0epokh\u00ea schizophr\u00e9nique\u00a0\u00ab\u00a0, au sens o\u00f9 on parle de r\u00e9duction ph\u00e9nom\u00e9nologique, de r\u00e9duction eid\u00e9tique, de r\u00e9duction transcendantale, etc\u00a0: une r\u00e9duction &#8211; <i>epokh\u00ea <\/i>&#8211; schizophr\u00e9nique. En fait, je n&rsquo;avais pas vraiment os\u00e9, j&rsquo;avais dit seulement \u00a0\u00bb\u00a0schizophr\u00e9no\u00efde\u00a0\u00ab\u00a0. Mais plus tard &#8211; bien plus tard &#8211; j&rsquo;ai retrouv\u00e9 cette \u00a0\u00bb\u00a0epokh\u00ea<i> <\/i>schizophr\u00e9nique\u00a0\u00a0\u00bb chez un psychiatre ph\u00e9nom\u00e9nologue (un des pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Tatossian, je crois, \u00e0 juste titre d&rsquo;ailleurs) qui s&rsquo;appelle Blankenburg. Il parle, lui aussi, \u00a0\u00bb\u00a0d&rsquo;epokh\u00ea schizophr\u00e9nique\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une esp\u00e8ce de m\u00e9thodologie&#8230; Quand on parle de r\u00e9duction, ce n&rsquo;est pas au sens de la r\u00e9duction des t\u00eates chez les Jivaros, c&rsquo;est une op\u00e9ration complexe et qui, \u00e0 mon avis, doit \u00eatre critiqu\u00e9e\u00a0; il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;en rester \u00e0 un plan d&rsquo;abstraction, quand on fait de la ph\u00e9nom\u00e9nologie\u00a0; c&rsquo;est pour \u00e7a que, souvent, de fa\u00e7on pol\u00e9mique, je dis\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Moi, je suis pour la ph\u00e9nom\u00e9nologie concr\u00e8te\u00a0!\u00a0\u00ab\u00a0. Je pense qu&rsquo;il faut tenir compte du fait que les draps sont sales, du fait qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;espace pour circuler&#8230; pour moi, c&rsquo;est \u00e7a, la ph\u00e9nom\u00e9nologie\u00a0; d\u00e9j\u00e0 le voir&#8230; et en tenir compte. C&rsquo;est une esp\u00e8ce de r\u00e9duction, et en m\u00eame temps de parti pris de vigilance, qui permette de d\u00e9terminer une pertinence, une sorte de \u00a0\u00bb\u00a0<span style=\"color: #000000;\">distinctivit\u00e9<\/span>\u00a0\u00a0\u00bb dans les choses &#8211; mais qu&rsquo;il faut red\u00e9couper \u00e0 chaque fois. En fin de compte, il s&rsquo;agit de d\u00e9finir une praxis.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> On pourrait reprendre la classique th\u00e9orie du cristal de Freud\u00a0: un cristal magnifique, paf\u00a0! On le lance par terre, il ne se cassera pas n&rsquo;importe comment\u00a0! Les lois de la cristallographie ont montr\u00e9 l&rsquo;extr\u00eame complexit\u00e9 des facteurs qui d\u00e9terminent les diff\u00e9rents plans de cassure possibles d&rsquo;un cristal. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;image que prenait Freud pour dire que c&rsquo;est justement \u00e0 partir de ces cassures que l&rsquo;on voit appara\u00eetre, a posteriori, ce qui n&rsquo;\u00e9tait auparavant que des lignes de clivages virtuels. Et c&rsquo;est justement ces lignes de brisures virtuelles qui prouvent qu&rsquo;un cristal, ce n&rsquo;est pas informe. Il peut appara\u00eetre comme un bloc\u00a0; m\u00eame si les faces en sont us\u00e9es, il y a toujours une structure. Mais comment d\u00e9finir la structure\u00a0? Au sens le plus habituel du terme, comme simple <i>Gestalt<\/i> ou mieux, au sens de L\u00e9vi-Strauss\u00a0: il y a des invariants\u00a0; et m\u00eame quand la forme ext\u00e9rieure appara\u00eet compl\u00e8tement boulevers\u00e9e, \u00e7a reste la m\u00eame structure&#8230; La th\u00e9orie du cristal de Freud reste une bonne comparaison&#8230; Dans une structure il y a des invariants, il y a des n\u0153uds, il y a des ar\u00eates. La premi\u00e8re d\u00e9marche d&rsquo;une approche pragmatique, ce serait une d\u00e9marche de rep\u00e9rage de ces invariants, de ce qui ne varie pas dans les fluctuations de l&rsquo;existence. Dans le monde de la psychopathologie, on sait bien qu&rsquo;il y a des invariants qui traversent l&rsquo;histoire\u00a0; il y a des formes &#8211; certaines formes, du moins &#8211; de ce qu&rsquo;on appelle les d\u00e9pressions, qu&rsquo;on retrouve d\u00e9]\u00e0 dans la plus haute Antiquit\u00e9\u00a0: chez Hippocrate, chez Ovide, on trouve des descriptions de la d\u00e9pression &#8211; avec exactement les m\u00eames formes cliniques que celles qu&rsquo;on conna\u00eet maintenant. Pourtant, ce n&rsquo;\u00e9tait pas le monde imp\u00e9rialo-capitaliste\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> De m\u00eame, se pose le probl\u00e8me de la schizophr\u00e9nie&#8230; Toute cette litt\u00e9rature autour de ce qu&rsquo;on appelle \u00a0\u00bb\u00a0les schizos\u00a0\u00ab\u00a0, toute cette mode de d\u00e9vergondage de la pens\u00e9e chez les \u00a0\u00bb\u00a0intellos\u00a0\u00ab\u00a0, cela leur a peut-\u00eatre rapport\u00e9 des succ\u00e8s de librairie\u00a0! Mais il y a autre chose. Il y a un probl\u00e8me beaucoup plus complexe qui se pose au niveau de la schizophr\u00e9nie\u00a0! Ne serait-ce qu&rsquo;\u00e0 partir de notions comme celles que certains ph\u00e9nom\u00e9nologues psychiatres ont appel\u00e9 &#8211; sur un plan causal &#8211; les concepts de \u00a0\u00bb\u00a0situag\u00e9nie\u00a0\u00ab\u00a0. Le probl\u00e8me de la situag\u00e9nie, c&rsquo;est de se demander pourquoi, \u00e0 certains moments, non pas vraiment de fracture, mais de n\u0153ud dans l&rsquo;existence, \u00e0 certains moments qu&rsquo;on appelle \u00a0\u00bb\u00a0de crise\u00a0\u00a0\u00bb (\u00e0 l&rsquo;adolescence, par exemple), pourquoi \u00e0 ces moments-l\u00e0, il y a rupture de quelque chose, pourquoi il y a changement de style d&rsquo;existence&#8230; Quand on dit \u00a0\u00bb\u00a0style d&rsquo;existence\u00a0\u00ab\u00a0, on ne parle pas simplement de la fa\u00e7on de dire bonjour\u00a0: c&rsquo;est dans le corps que \u00e7a se passe, \u00e0 un niveau, m\u00eame, neuro-endocrinien, pourquoi pas\u00a0? Au niveau du soma\u00a0; mais aussi au niveau de ce que l&rsquo;on appelle le corps, aussi bien le \u00a0\u00bb\u00a0corps que je suis\u00a0\u00a0\u00bb que \u00a0\u00bb\u00a0le corps que j&rsquo;ai\u00a0\u00ab\u00a0, comme disent les ph\u00e9nom\u00e9nologues &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire aussi bien le corps en tant qu&rsquo;instrument que le corps en tant qu&rsquo;identification. Et tout \u00e7a change&#8230; Et quel est le rapport de cette rupture avec ce qui se passe dans le monde\u00a0? Par exemple, on constate que le nombre d&rsquo;hospitalisations et de prises en charge s&rsquo;alourdit actuellement au niveau d&rsquo;une population qu&rsquo;on ne sait pas encore trop bien classer, et qu&rsquo;on appelle \u00a0\u00bb\u00a0borderline\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; des marginaux, arros\u00e9s ou pas, intoxiqu\u00e9s ou pas&#8230; toxicomaniaques\u00a0? Oui, mais de quoi\u00a0? On peut quand m\u00eame rapprocher \u00e7a de ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 \u00e0 une certaine \u00e9poque &#8211; autour de la guerre &#8211; avec les crises et les effondrements des mouvements de jeunesse\u00a0; les heurs et malheurs, par exemple, des mouvements d&rsquo;Auberges de Jeunesse de 1936, la mainmise des nazis l\u00e0-dessus &#8211; apr\u00e8s une trahison &#8211; et la reprise \u00e0 la lib\u00e9ration\u00a0; l&rsquo;importance de la position stalinienne, et de la ligne Jdanoff qui, en 1948, a \u00e9cras\u00e9 compl\u00e8tement certaines structures\u00a0: reprise en main des \u00e9tudiants communistes, plus r\u00e9cemment&#8230; Les Jeunesses Ouvri\u00e8res chr\u00e9tiennes, les Jeunesses Communistes, les Amis des Enfants de C\u0153ur, les Enfants de Marie&#8230; tous ces patronages, id\u00e9ologiques ou non, qui pouvaient aider les gens \u00e0 se tenir, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9s compl\u00e8tement\u00a0! Le vingti\u00e8me congr\u00e8s, en f\u00e9vrier 1956, \u00e7a a compt\u00e9 beaucoup, la mort de Staline&#8230; et ensuite la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, et le Vietnam&#8230; On peut encore en rajouter\u00a0: il y a le Chili, l&rsquo;Argentine, le Br\u00e9sil, le Guatemala, l&rsquo;Afrique du Sud, l&rsquo;Afghanistan\u2026 Et puis tout ce qui se passe actuellement\u00a0; les bombes dans le m\u00e9tro parisien&#8230; Ces \u00e9v\u00e9nements-l\u00e0, \u00e7a compte en ce qui concerne les structures borderline. Mais est-ce que tout \u00e7a entre en ligne de compte pour faire une d\u00e9pression\u00a0? A priori, non\u00a0! Est-ce que \u00e7a rentre en ligne de compte pour faire une schizophr\u00e9nie\u00a0? A priori, non\u00a0! Il faut absolument se d\u00e9limiter de toutes ces balivernes de l&rsquo;anti-psychiatrie, \u00e0 la mode &#8211; pas vraiment chez nous &#8211; mais de chez Laing, Cooper&#8230; et m\u00eame Basaglia. La situag\u00e9nie, ce n&rsquo;est pas \u00e7a. Ce serait plut\u00f4t en rapport avec ce que disait, autour des ann\u00e9es 55, quelqu&rsquo;un de tr\u00e8s subtil et de tr\u00e8s pr\u00e9cis, une psychanalyste, Evelyne Kestemberg, (elle faisait du psychodrame analytique avec l&rsquo;\u00e9quipe de Diatkine) \u00e0 propos des crises de l&rsquo;identification et de l&rsquo;identit\u00e9 dans l&rsquo;adolescence&#8230; Qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;identit\u00e9\u00a0? Et qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;identification\u00a0? Et qu&rsquo;en est-il des rapports entre l&rsquo;identification et ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure la \u00a0\u00bb\u00a0ch\u00f4ra s\u00e9miotique\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec cette zone o\u00f9 \u00a0\u00bb\u00a0il se passe\u00a0\u00a0\u00bb quelque chose\u00a0? Mais pour pouvoir avoir acc\u00e8s \u00e0 cette zone, il ne s&rsquo;agit pas de se faire des imageries d&rsquo;explorateurs, de prendre sa pioche et son casque de mineur et de descendre au fin fond de je ne sais quelles profondeurs de la psychologie\u00a0! Parce que c&rsquo;est justement si peu \u00a0\u00bb\u00a0profond\u00a0\u00a0\u00bb que c&rsquo;est toujours l\u00e0, en surface\u00a0! Et pour pouvoir y aller, il ne s&rsquo;agit pas non plus de rev\u00eatir son habit de normalit\u00e9&#8230; <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Et c&rsquo;est l\u00e0 la difficult\u00e9\u00a0: quelles sont les conditions n\u00e9cessaires pour pouvoir, un peu, apercevoir quelque chose par la fen\u00eatre, comme je disais tout \u00e0 l&rsquo;heure\u00a0? Est-ce qu&rsquo;il faut, justement, \u00eatre pr\u00e9venu de quelque chose\u00a0? C&rsquo;est banal, cette remarque. Je ne sais pas si vous avez d\u00e9j\u00e0 \u00e9cout\u00e9 le battement d&rsquo;un c\u0153ur avec le st\u00e9thoscope\u00a0; mais moi, au d\u00e9but &#8211; peut-\u00eatre que j&rsquo;\u00e9tais sourd &#8211; je n&rsquo;entendais pas grand-chose. Et puis quelqu&rsquo;un m&rsquo;a dit\u00a0:<span style=\"color: #000000;\"> \u00a0\u00bb\u00a0\u00c9coute bien, tu entendras \u00a0\u00bb\u00a0toum-ta\u00a0\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb\u00a0toum-ta\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; J&rsquo;ai entendu \u00a0\u00bb\u00a0toum-ta\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0! Extraordinaire\u00a0! Apr\u00e8s, encore maintenant, m\u00eam<\/span>e \u00e0 travers les habits, j&rsquo;entends \u00a0\u00bb\u00a0toum-ta\u00a0\u00ab\u00a0, sauf quand \u00e7a fait des \u00a0\u00bb\u00a0taom-tata-a\u00a0\u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb\u00a0toufta-o\u00a0\u00ab\u00a0. Il faut donc quand m\u00eame situer, on pourrait dire conceptuellement une sorte de sch\u00e8me, ce qu&rsquo;Husserl appelle une \u00a0\u00bb\u00a0activit\u00e9 typifiante\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e7a n&rsquo;a rien d&rsquo;artificiel\u00a0! \u00c7a ne veut pas dire que le c\u0153ur fasse vraiment \u00a0\u00bb\u00a0toum-ta\u00a0\u00ab\u00a0, mais \u00e7a aide, de se rep\u00e9rer comme \u00e7a. Et de m\u00eame, dans la psychose, il faut bien s&rsquo;aider si on veut pouvoir d\u00e9chiffrer quelque chose. Paul Klee, C\u00e9zanne et compagnie, \u00e7a aide, mais en r\u00e9alit\u00e9, s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas Paul Klee, C\u00e9zanne et compagnie, \u00e7a serait tr\u00e8s bien, mais on n&rsquo;y serait pas pour autant\u00a0! On peut dire que ceux-l\u00e0, ils y \u00e9taient directement, dans l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, dans le pathique. Mais pour nous, qui ne sommes pas si dou\u00e9s qu&rsquo;eux, il faut bien qu&rsquo;on trouve des moyens de \u00a0\u00bb\u00a0toum-ta\u00a0\u00ab\u00a0, pour entrer dedans. C&rsquo;est un peu la m\u00eame chose. R\u00e9fl\u00e9chir sur la psychose, c&rsquo;est d\u00e9finir des \u00a0\u00bb\u00a0toum-ta\u00a0\u00a0\u00bb pour pouvoir d\u00e9chiffrer, quand il se passe des trucs, ce que \u00e7a peut vouloir dire&#8230; Par exemple, je voudrais vous lire un texte qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit il y a quelques jours, non pas par un grand ph\u00e9nom\u00e9nologue, mais, mieux que \u00e7a, par une schizophr\u00e8ne\u00a0; on peut dire que c&rsquo;est son m\u00e9tier d&rsquo;\u00eatre schizophr\u00e8ne, c&rsquo;est une vraie schizophr\u00e8ne, ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s subtilement intelligente. Voici ce qu&rsquo;elle dit, entre autre (j&rsquo;en ai beaucoup, de textes comme \u00e7a\u00a0; elle \u00e9crit souvent)\u00a0:<\/span><\/span><\/p>\n<blockquote class=\"western\" lang=\"fr-FR\"><p><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Tu as l&rsquo;esprit ailleurs. O\u00f9 ai-je l&rsquo;esprit\u00a0? Quand je me dispose \u00e0 agir, une partie de moi est-elle dans le d\u00e9sir de cet acte et l&rsquo;autre partie de moi autre part\u00a0? Quel est cet autre part\u00a0? Je m&rsquo;imagine toujours que, pour faire n&rsquo;importe quelle chose, les autres n&rsquo;ont pas les m\u00eames repr\u00e9sentations dans l&rsquo;esprit que les miennes\u00a0; que ces repr\u00e9sentations sont tr\u00e8s succinctes et tr\u00e8s pr\u00e9caires. Cet ailleurs, cet autre part sont ces repr\u00e9sentations suppos\u00e9es. Je m&rsquo;imagine cela pour les actes qui obligent un certain isolement. Je m&rsquo;imagine que les autres ne connaissent pas cet isolement\u00a0; que la n\u00e9cessit\u00e9 n&rsquo;a pas le m\u00eame visage pour eux\u00a0; que cette n\u00e9cessit\u00e9 ne les oblige pas \u00e0 s&rsquo;isoler comme elle le fait pour moi. Et qu&rsquo;elle ne les emp\u00eache pas de p\u00e9pier ensemble, pour ainsi dire tout le temps, comme des oiseaux\u00a0\u00ab\u00a0.<\/span><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est un texte schizophr\u00e9nique authentique. On peut dire aussi que c&rsquo;est beau, que c&rsquo;est litt\u00e9raire. J&rsquo;ai lu \u00e7a \u00e0 mon petit camarade Guattari\u00a0; lui, il aime bien \u00e9diter des trucs, alors il m&rsquo;a dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0C&rsquo;est tr\u00e8s beau, \u00e7a\u00a0! Il faudrait regrouper tout \u00e7a, \u00e9diter\u00a0\u00ab\u00a0. J&rsquo;ai dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Pas question\u00a0\u00ab\u00a0. C&rsquo;est litt\u00e9raire\u00a0? Oui et non\u00a0; ph\u00e9nom\u00e9nologique\u00a0? Pas seulement\u00a0! Il y a en m\u00eame temps une marque\u00a0: ce n&rsquo;est pas \u00e0 n&rsquo;importe qui qu&rsquo;elle \u00e9crit \u00e7a, ce n&rsquo;est certainement pas \u00e0 un \u00e9diteur\u00a0; c&rsquo;est pris dans une relation transf\u00e9rentielle \u00e0 quelqu&rsquo;un qui est l\u00e0 pour entendre, pas simplement pour \u00e9couter\u00a0; pour entendre et que \u00e7a fasse des \u00e9chos, des r\u00e9sonances, que \u00e7a mette en question&#8230; Quoi\u00a0? Justement soi-m\u00eame. La grande vertu de toute l&rsquo;approche de red\u00e9finition clinique de la psychiatrie de Szondi et de l\u2019\u00c9cole de Louvain, avec Schotte, c&rsquo;est de bien montrer qu&rsquo;on est un compos\u00e9 de tous les facteurs\u00a0: on est \u00e9pileptique, hyst\u00e9rique, schizophr\u00e8ne, parano\u00efde, d\u00e9pressif, pervers, tout quoi\u00a0!&#8230; Mais ce qui est important c&rsquo;est que, pour \u00eatre \u00a0\u00bb\u00a0normos\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0, \u00e7a ne se fige pas\u00a0; il faut que tous ces facteurs s&rsquo;articulent sans arr\u00eat, dans une sorte de dialectisation. \u00c7a doit rester dans cette polyvalence, il ne faut pas qu&rsquo;il y ait de stase. Un type catatonique, c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui est coinc\u00e9 \u00e0 un endroit. M\u00eame pour elle, cette jeune femme schizophr\u00e8ne, eh bien quelque chose s&rsquo;est coinc\u00e9\u00a0; elle se pose des questions sur ce que Heidegger appelle le <i>Mitsein<\/i> &#8211; \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;\u00eatre avec\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; et aussi elle se demande\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que l&rsquo;autre\u00a0?\u00a0\u00ab\u00a0. \u00c7a, c&rsquo;est la question fondamentale de la schizophr\u00e9nie\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Et l&rsquo;autre\u00a0?\u00a0\u00ab\u00a0, parce que dans la schizophr\u00e9nie, il n&rsquo;y a que du m\u00eame, et il y a tellement toujours du m\u00eame que, m\u00eame l&rsquo;autre, c&rsquo;est le m\u00eame\u00a0; et si, par hasard, ce n&rsquo;est pas du m\u00eame, c&rsquo;est quelque chose de tellement extravagant qu&rsquo;on ne peut m\u00eame pas y penser. Ce que je dis l\u00e0, c&rsquo;est un peu rapide, mais \u00e7a peut \u00eatre une approche de la fen\u00eatre qui ouvre les questions sur la structure &#8211; au sens de \u00a0\u00bb\u00a0toum-ta\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; la structure personnelle de chacun. Sinon, m\u00eame ces choses un peu grossi\u00e8res, on n&rsquo;y penserait pas, parce qu&rsquo;on a autre chose \u00e0 faire\u00a0: aller au cin\u00e9ma, au march\u00e9, et puis voir ses copains\u2026 C&rsquo;\u00e9tait un peu long comme r\u00e9ponse\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Quand au rapport du rythme et de la temporalit\u00e9 dans la psychose, c&rsquo;est un \u00e9norme probl\u00e8me. On pourrait d\u00e9j\u00e0 reprendre les r\u00e9flexions de Maldiney sur la temporalit\u00e9\u00a0: Maldiney s&rsquo;appuie souvent &#8211; en l&rsquo;explicitant et en le critiquant &#8211; sur un linguiste encore mal connu, pourtant un linguiste fran\u00e7ais, Gustave Guillaume, qui distingue ce qui est en question dans le probl\u00e8me du rythme, et qu&rsquo;il appelle \u00a0\u00bb\u00a0le temps impliqu\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb (par opposition au \u00a0\u00bb\u00a0temps expliqu\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0)\u00a0: c&rsquo;est une sorte de surgissement permanent, qui reprend ce qu&rsquo;on appelle traditionnellement \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;aspectuel\u00a0\u00ab\u00a0, a<span style=\"color: #000000;\">u sens grec du terme\u00a0; c&rsquo;est-\u00e0-dire aussi ce que Bergson appelait \u00a0\u00bb\u00a0la tension de dur\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0, en s&rsquo;appuyant sur les sto\u00efciens\u00a0; cette \u00a0\u00bb\u00a0tension de dur\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0, ce surgissement permanent, sont de l&rsquo;ordre, non pas de l&rsquo;\u00e9ternel comme cela a \u00e9t\u00e9 parfois dit, mais de l&rsquo;ind\u00e9termin\u00e9\u00a0: de l&rsquo;<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>apeiron<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, de ce qui vient de nulle part. Ce qui n&rsquo;est pas pour autant rien. Vous savez tr\u00e8s bien que certaines formes graves de schizophr\u00e9nie posent justement un probl\u00e8me du fait que ces gens-l\u00e0 ne sont nulle part\u00a0; ils n&rsquo;y sont pas encore ou ils n&rsquo;y sont plus &#8211; l\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>L&rsquo;homme qui marche<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> de Giacometti. Ce nulle part, on peut dire qu&rsquo;il se manifeste, au niveau de la temporalit\u00e9, par une sorte de surgissement, perp\u00e9tuel plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e9ternel. On appelle aussi <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>a\u00efon<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> cette sorte de jaillissement qui correspond \u00e0 l&rsquo;aspectuel, \u00e0 l&rsquo;aoriste, \u00e0 cette \u00a0\u00bb\u00a0tension de dur\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0, toutes ces anciennes formes verbales qu&rsquo;on est oblig\u00e9 de r\u00e9inventer. Par exemple, au lieu de dire \u00a0\u00bb\u00a0d\u00e9cider\u00a0\u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb\u00a0la d\u00e9cision\u00a0\u00ab\u00a0, j&rsquo;utilise souvent le terme de \u00a0\u00bb\u00a0d\u00e9cisoire\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; \u00c7a correspond \u00e0 une sorte de prise permanente sur quelque chose, et qui n&rsquo;est pas en rapport avec ce que G. Guillaume appelle le \u00a0\u00bb\u00a0chronoth\u00e9tique\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: c&rsquo;est au contraire une sorte de permanence qui est en question. Maldiney insiste \u00e0 juste titre (en particulier dans un texte remarquable qui s&rsquo;appelle \u00a0\u00bb\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\">Psychose et pr\u00e9sence<\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00ab\u00a0), s<\/span>ur cette qualit\u00e9 de permanence du jaillissement dans la schizophr\u00e9nie, jaillissement qui ne peut pas aboutir\u00a0: ce \u00a0\u00bb\u00a0temps impliqu\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb ne parvient pas \u00e0 \u00eatre \u00a0\u00bb\u00a0temps expliqu\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; ce que G. Guillaume nomme le \u00a0\u00bb\u00a0temps expliqu\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb est justement le temps de la temporalit\u00e9 dans ses diff\u00e9rentes extases, le temps ek-statique, au sens philosophique du terme &#8211; que l&rsquo;on retrouve aussi bien chez Heidegger que chez Sartre, dans <i>L&rsquo;\u00catre et le N\u00e9ant<\/i> par exemple (\u00a0\u00bb\u00a0les extases temporelles\u00a0\u00ab\u00a0). Ce \u00a0\u00bb\u00a0temps expliqu\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0, Maldiney le comprend, non pas dans un registre chronologique (qui reste au niveau du modal), mais \u00e0 partir du terme allemand <i>Zeit<\/i>&#8230; il y a du r\u00e9tensif, du protensif &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire du pass\u00e9 et du futur &#8211; et donc aussi du maintenant. Or, toute la ph\u00e9nom\u00e9nologie du \u00a0\u00bb\u00a0maintenant\u00a0\u00a0\u00bb est en question dans ce qu&rsquo;il en est de la pr\u00e9sence. Mais le probl\u00e8me est que tout \u00e7a puisse se formaliser. Par exemple, \u00e7a peut se formaliser chez un normos\u00e9 quand il me dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Bon, \u00e7a suffit\u00a0! Arr\u00eate ton bavardage\u00a0! Moi, je voudrais manger un beefsteak\u00a0!\u00a0\u00ab\u00a0. \u00c0 quoi je r\u00e9ponds\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0D&rsquo;accord\u00a0! Je me d\u00e9p\u00eache\u00a0!\u00a0\u00ab\u00a0. Une telle formalisation exige la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre dans le <i>ka\u00efros<\/i> (en reprenant un terme grec)\u00a0: le <i>ka\u00efros<\/i>, c&rsquo;est le moment opportun, c&rsquo;est aussi le moment o\u00f9 \u00a0\u00bb\u00a0\u00e7a suffit\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est de l&rsquo;ordre de ce moment que Lacan appelait, dans <i>Le Temps logique<\/i>, \u00a0\u00bb\u00a0le moment de conclure\u00a0\u00ab\u00a0, juste l\u00e0, quand il faut\u00a0; c&rsquo;est-\u00e0-dire le moment o\u00f9 quelque chose va se boucler. Autrement dit, pour qu&rsquo;il y ait une sorte de structuration de l&rsquo;historicit\u00e9, du temps, de l&rsquo;historial (<i>Geschichte<\/i>, dirait Heidegger) il faut qu&rsquo;il y ait de l&rsquo;<i>a\u00efon<\/i>, mais aussi du <i>ka\u00efros<\/i> qui fasse une sorte de boucle, et qui permette de d\u00e9cider d&rsquo;une fa\u00e7on opportune\u00a0; mais d\u00e9cider, ce n&rsquo;est pas frapper du poing sur la table, ce n&rsquo;est pas spectaculaire&#8230; On sait bien que Ka\u00efros, le dieu Ka\u00efros, c&rsquo;est un adolescent qui passe par l\u00e0, et qui simplement, met le petit doigt sur le plateau de la balance\u00a0: et c&rsquo;est ce geste qui d\u00e9cide\u00a0; Ka\u00efros, ce n&rsquo;est pas Hercule\u00a0! Donc, cette modalit\u00e9 de d\u00e9cision (<i>ka\u00efros<\/i>) doit \u00eatre articul\u00e9e avec le jaillissement (<i>a\u00efon<\/i>), et c&rsquo;est cette articulation qui est rompue dans la schizophr\u00e9nie\u00a0; il y a bien une sorte d&rsquo;ouvert, mais c&rsquo;est un ouvert qui n&rsquo;ouvre nulle part\u00a0; ce n&rsquo;est pas l&rsquo;ouvert d&rsquo;H\u00f6lderlin, c&rsquo;est au contraire un ouvert tellement ouvert qu&rsquo;il est compl\u00e8tement dispers\u00e9, il n&rsquo;y a pas de ressaisie possible. On voit bien, \u00e0 travers cette simple formulation, que le temps est d\u00e9j\u00e0 en rapport avec une d\u00e9limitation &#8211; donc avec l&rsquo;espace. On ne peut pas parler du rythme sans parler et du temps et de l&rsquo;espace\u00a0; Maldiney va jusqu&rsquo;\u00e0 dire\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Le rythme, c&rsquo;est l&rsquo;automouvement de l&rsquo;espace\u00a0\u00ab\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>. \u00c7a ne veut pas dire qu&rsquo;il y ait de la cadence\u00a0! La cadence, c&rsquo;est l&rsquo;horloge, c&rsquo;est l&rsquo;institutionnel\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Voil\u00e0, il est telle heure, arr\u00eate ton baratin\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; C&rsquo;est \u00e7a, la cadence\u00a0; ou le m\u00e9tro qui passe\u00a0; ou la cadence des ouvriers \u00e0 la cha\u00eene. Tandis que le rythme, c&rsquo;est au contraire une articulation tr\u00e8s personnelle qui fait qu&rsquo;\u00e0 un moment, il faut que \u00e7a \u00a0\u00bb\u00a0fasse <i>ka\u00efros<\/i>\u00a0\u00ab\u00a0, sans quoi c&rsquo;est fichu.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Encore un mot sur ce probl\u00e8me de la temporalit\u00e9. Il me semble tr\u00e8s important de remettre en valeur (et surtout pour appr\u00e9hender quelque chose des formes d\u00e9lirantes chroniques) quelque chose que l&rsquo;on appelait le \u00a0\u00bb\u00a0parfait\u00a0\u00ab\u00a0. C&rsquo;est une cat\u00e9gorie verbale difficilement appr\u00e9hendable en fran\u00e7ais\u00a0: le parfait n&rsquo;est pas dans l&rsquo;\u00e9chelle chronologique habituelle des trois extases\u00a0; il est sans perspective, il est une vue en frontalit\u00e9, sans relief, m\u00eame s&rsquo;il est apparemment chronoth\u00e9tique, apparemment cadr\u00e9\u00a0: voil\u00e0, \u00e7a se passait l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait, et c&rsquo;est encore maintenant, et c&rsquo;est toujours comme \u00e7a. Certaines formes de pathologies restent dans le parfait, dans une sorte de ressassement&#8230; On peut imager \u00e7a avec un texte de Raymond Roussel, <i>Locus solus<\/i>. Raymond Roussel raconte qu&rsquo;on avait pu r\u00e9cup\u00e9rer la t\u00eate de Danton quand elle \u00e9tait tomb\u00e9e dans le panier\u00a0; et puis quelqu&rsquo;un l&rsquo;avait retrouv\u00e9e vingt ans plus tard, dans un grenier\u00a0; il avait pris la t\u00eate de Danton et l&rsquo;avait fix\u00e9e sur un socle, et il y avait inject\u00e9 du \u00a0\u00bb\u00a0Vitalium\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; Alors, il faisait payer l&rsquo;entr\u00e9e\u00a0; et on entendait\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0De l&rsquo;audace, encore de l&rsquo;audace, toujours de l&rsquo;audace\u00a0!\u00a0\u00ab\u00a0. Eh bien, on peut dire que \u00e7a, c&rsquo;est un peu le parfait\u00a0; on ne peut pas dire que ce soit un discours situ\u00e9 dans le temps. Dans certaines formes de d\u00e9lire chronique, on retrouve cet aspect-l\u00e0, et on ne peut avoir aucune prise dessus\u00a0; pourtant, il y a l\u00e0 quelque chose de l&rsquo;ordre du rythme &#8211; mais c&rsquo;est une dysrythmie, non une eurythmie\u2026 ce n&rsquo;est pas vraiment \u00a0\u00bb\u00a0l\u00e0\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; d&rsquo;o\u00f9 cette impression d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Reste la troisi\u00e8me question. Mais il est d\u00e9j\u00e0 tard, et ce probl\u00e8me demanderait un d\u00e9veloppement \u00e9norme\u00a0: l&rsquo;enforme, \u00e0 partir de l&rsquo;int\u00e9rieur, etc. C&rsquo;est la question fondamentale de l&rsquo;\u00e9cole ph\u00e9nom\u00e9nologique &#8211; que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e &#8211; de Francfort, avec Zutt\u00a0; j&rsquo;ai parl\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure du \u00a0\u00bb\u00a0corps en apparition\u00a0\u00ab\u00a0, d\u00e9veloppement d&rsquo;une notion qu&rsquo;il avait promue d&rsquo;abord, celle de \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;attitude interne\u00a0\u00ab\u00a0. Le \u00a0\u00bb\u00a0corps en apparition\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est le corps qui se manifeste dans l&rsquo;ambiance. Quand je fais un simple geste, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pris dans tout un contexte, un G<i>rund<\/i>, un arri\u00e8re-fond, qui fait partie de ce qui est en question. Or, le probl\u00e8me que pose Zutt \u00e0 propos de \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;attitude interne\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est qu&rsquo;un normos\u00e9 peut avoir, par exemple, le sentiment interne d&rsquo;\u00eatre triste, mais il peut le ma\u00eetriser \u00e0 tel point que \u00e7a ne se voit pas. \u00c0 la longue, cet exercice de ma\u00eetrise, de prise de distance vis-\u00e0-vis de l&rsquo;int\u00e9rieur par la surface externe fait que l&rsquo;ensemble de la personnalit\u00e9 peut \u00eatre modifi\u00e9e. Dans certaines formes de schizophr\u00e9nie, c&rsquo;est \u00e7a qui<span style=\"color: #000000;\"> est <\/span>bris\u00e9\u00a0: il n&rsquo;y a plus cette distance entre \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;attitude interne\u00a0\u00a0\u00bb et la manifestation. On est bien oblig\u00e9 alors de s&rsquo;apercevoir que d&rsquo;agir sur l&rsquo;ext\u00e9rieur, \u00e7a ne suffit pas. Par exemple, depuis toujours, j&rsquo;ai favoris\u00e9 le d\u00e9veloppement, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ou en clinique, d&rsquo;un atelier que nous d\u00e9nommons \u00a0\u00bb\u00a0kaloth\u00e9rapie\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; de Kalos, la d\u00e9esse de la beaut\u00e9 &#8211; un salon d&rsquo;esth\u00e9tique\u00a0: coiffure, maquillage, shampoing, etc (\u00e7a n&#8217;emp\u00eache pas les patients d&rsquo;aller chez le coiffeur, en ville, s&rsquo;ils le d\u00e9sirent). Ce travail sur la \u00a0\u00bb\u00a0surface\u00a0\u00a0\u00bb du corps peut modifier l&rsquo;aperception du patient vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame, et mettre en question le regard d&rsquo;autrui, un \u00a0\u00bb\u00a0tenir compte\u00a0\u00a0\u00bb des autres, \u00e0 travers cette modification \u00a0\u00bb\u00a0superficielle\u00a0\u00a0\u00bb de sa personnalit\u00e9\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u2026 Quelques remarques \u00e0 propos de l&rsquo;expos\u00e9 de Patrick Faugeras. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Le probl\u00e8me de l&rsquo;origine &#8211; probl\u00e8me traditionnel, sinon obsessionnel &#8211; doit \u00eatre, il me semble, articul\u00e9 avec les r\u00e9flexions et les critiques autour d&rsquo;une certaine fa\u00e7on de poser l&rsquo;histoire de l&rsquo;herm\u00e9neutique. La plupart des \u00e9laborations sur l&rsquo;herm\u00e9neutique tournent autour de la recherche d&rsquo;un <i>k\u00earygma<\/i>, quelque chose de sacr\u00e9, de lointain. C&rsquo;est peut-\u00eatre une d\u00e9fense, une d\u00e9fense contre quelque chose d&rsquo;insoutenable\u00a0: non pas un \u00a0\u00bb\u00a0incompr\u00e9hensible\u00a0\u00ab\u00a0, mais quelque chose qui n&rsquo;est pas m\u00eame de l&rsquo;ordre de l&rsquo;inscription.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Sur un plan logique, il faudrait \u00e9tablir une distinction entre commencement et ancestral. Je crois que c&rsquo;est Frege &#8211; math\u00e9maticien et logicien &#8211; qui parle de l&rsquo;ancestral. Ces probl\u00e8mes peuvent sembler tr\u00e8s loin de la clinique, mais pourtant, ils se posent constamment. On pourrait dire que les schizophr\u00e8nes ont les pieds emberlificot\u00e9s dans un ancestral&#8230; Ils essaient de s&rsquo;expliquer avec, mais ils n&rsquo;en ont pas les moyens. Pour un \u00a0\u00bb\u00a0normos\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0, la meilleure chose \u00e0 faire, c&rsquo;est peut-\u00eatre de tourner le dos \u00e0 l&rsquo;ancestral, de ne plus en parler du tout. Mais cette d\u00e9marche, pour un psychotique, n&rsquo;est pas possible parce que, pour pouvoir la faire, il faut d&rsquo;abord qu&rsquo;il y ait une coupure &#8211; ce que M\u00e9lanie Klein appelle le \u00a0\u00bb\u00a0clivage primordial\u00a0\u00ab\u00a0. Elle reprend l\u00e0 ce que disait Freud d\u00e9j\u00e0 dans les lettres \u00e0 Fliess et l&rsquo;Entwurf\u00a0; Freud parle de <i>Urspaltung<\/i>, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un clivage primordial\u00a0: ce qui fait qu&rsquo;on existe, qu&rsquo;on n&rsquo;est pas m\u00e9lang\u00e9 avec le monde. On sait bien que chez le psychotique, cette d\u00e9limitation se fait mal\u00a0; il reste des bouts mal d\u00e9limit\u00e9s de ce que j&rsquo;appelle les \u00a0\u00bb\u00a0entours\u00a0\u00ab\u00a0. Sur un plan clinique, certaines formes hallucinatoires manifestent bien qu&rsquo;il y a des bouts de soi-m\u00eame qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s\u00a0; mais pourquoi\u00a0? C&rsquo;est parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu ce que j&rsquo;appelle un<i> tenant-lieu du R\u00e9el<\/i>. Parler de tenant-lieu du R\u00e9el, c&rsquo;est une fa\u00e7on de parler du refoulement originaire, <i>Urverdr\u00e4ngung<\/i>. Il me semble d&rsquo;ailleurs que dans votre expos\u00e9, ce probl\u00e8me est pr\u00e9sent en filigrane.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Le probl\u00e8me du refoulement originaire est constamment pos\u00e9 dans la psychose, mais on ne peut pas en parler. On ne peut en avoir qu&rsquo;une appr\u00e9hension logique. Il faudrait essayer d&rsquo;articuler le refoulement originaire avec le z\u00e9ro absolu, au sens de Peirce. Le potentiel, l&rsquo;infini des possibilit\u00e9s&#8230; Et d&rsquo;un seul coup, par coupure, par \u00a0\u00bb\u00a0d\u00e9cision\u00a0\u00a0\u00bb (je ne parle pas, bien s\u00fbr, d&rsquo;une d\u00e9cision de l&rsquo;ordre de la conscience) \u00e7a commence, et c&rsquo;est l\u00e0\u00a0; mais apr\u00e8s ce n&rsquo;est plus qu&rsquo;une illusion de vouloir d\u00e9terminer une origine\u00a0; tant que \u00e7a n&rsquo;a pas \u00a0\u00bb\u00a0commenc\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0, il n&rsquo;y a ni avant ni apr\u00e8s. L&rsquo;avant, \u00e7a ne vient qu&rsquo;apr\u00e8s, apr\u00e8s qu&rsquo;on ait \u00a0\u00bb\u00a0d\u00e9cid\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb que \u00e7a commence. C&rsquo;est donc toujours une illusion de chercher une origine \u00e0 ce qui \u00e9tait avant, puisque l&rsquo;avant ne vient qu&rsquo;apr\u00e8s, et c&rsquo;est la coupure qui d\u00e9termine qu&rsquo;il y a eu un avant. C&rsquo;est le probl\u00e8me du \u00a0\u00bb\u00a0pr\u00e9-adamisme\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; On est d&rsquo;avance mis en \u00e9chec dans cette course mythique\u00a0; on est fichu d&rsquo;avance, on n&rsquo;\u00e9chappera pas. M\u00eame si on veut rester muet, on est p\u00e9tri de signifiants, de paroles\u00a0; tout ce qu&rsquo;on peut dire, gesticuler, dessiner, c&rsquo;est de la parole. Et quand on se pose le probl\u00e8me du langage, du fait m\u00eame qu&rsquo;on se sert de ce dont on parle, il y a forc\u00e9ment une tache aveugle. C&rsquo;est ce que disait Lacan, d&rsquo;une autre fa\u00e7on, dans son s\u00e9minaire sur le \u00a0\u00bb\u00a0semblant\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0un discours qui ne serait pas du semblant\u00a0\u00a0\u00bb qu&rsquo;est-ce que \u00e7a serait\u00a0?\u2026\u00a0\u00bb\u00a0il n&rsquo;y a de faits que de faits de discours\u00a0\u00ab\u00a0. \u00c7a ne veut pas dire que ce soit du discourir\u00a0! C&rsquo;est en ce sens qu&rsquo;il a introduit ce concept de <i>lalangue<\/i>; <i>lalangue<\/i>, c&rsquo;est la base m\u00eame de toute structure, et c&rsquo;est \u00e0 partir de l\u00e0 qu&rsquo;on peut raisonner. Avec le concept de <i>lalangue<\/i>, le probl\u00e8me de l&rsquo;origine, au sens k\u00e9rygmatique du terme, devient un faux probl\u00e8me\u00a0; <i>lalangue<\/i> est une autre fa\u00e7on d&rsquo;aborder le probl\u00e8me du refoulement originaire, et de ce qui permet qu&rsquo;il y ait inscription. D\u00e9j\u00e0, dans une lettre \u00e0 Fliess, Freud parlait de <i>Niederschriften<\/i> &#8211; on peut traduire \u00e9tymologiquement\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0\u00e7a se d\u00e9pose\u00a0\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb\u00a0il y a de l&rsquo;\u00e9crit qui tombe l\u00e0\u00a0\u00ab\u00a0. Lacan les d\u00e9finit comme des sortes de grumeaux de jouissance\u00a0: c&rsquo;est le signifiant. Et c&rsquo;est \u00e7a qui fait qu&rsquo;on a un certain rapport au R\u00e9el. Mais ce rapport au R\u00e9el ne se situe pas dans le vague\u00a0: \u00e7a s&rsquo;inscrit, ou \u00e7a ne s&rsquo;inscrit pas.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Il me semble que dans beaucoup de psychoses, surtout dans les schizophr\u00e9nies, le refoulement originaire ne fonctionne pas &#8211; on peut reprendre ici ce qu&rsquo;une autre psychotique me disait\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Ce qu&rsquo;il faudrait, disait-elle, c&rsquo;est qu&rsquo;il y ait de l&rsquo;herm\u00e9tiquement clos&#8230; mais \u00e7a fuit\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; \u00a0\u00bb\u00a0Qu&rsquo;est-ce qui fuit\u00a0?\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; \u00a0\u00bb\u00a0C&rsquo;est le vide qui fuit\u00a0\u00ab\u00a0. \u00c7a fuit. Il y a une h\u00e9morragie du vide. D\u00e9j\u00e0 en 1894, \u00e0 propos de la m\u00e9lancolie, Freud parlait d&rsquo;une \u00a0\u00bb\u00a0h\u00e9morragie centrale\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e7a n&rsquo;arrive pas \u00e0 se d\u00e9limiter. Ce que je reprends, d&rsquo;une autre fa\u00e7on\u00a0: pour que \u00e7a puisse fonctionner, il faut qu&rsquo;il y ait de l&rsquo;oubli\u00a0; mais, dans la psychose, il y a un oubli de l&rsquo;oubli, \u00e7a fuit tout le temps, il n&rsquo;y a pas de m\u00e9taphore primordiale. \u00c0 partir de ces \u00e9l\u00e9ments-l\u00e0, on peut mieux articuler cette probl\u00e9matique de l&rsquo;<i>arch\u00e8<\/i>. En particulier, il faut diff\u00e9rencier l&rsquo;ancestral, et ce que Lacan (une fois pos\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y a de faits que de faits de discours) appelle \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;agent du discours\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0S1, le signifiant ma\u00eetre\u00a0\u00ab\u00a0. L'\u00a0\u00bb\u00a0agent du discours\u00a0\u00ab\u00a0, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;ancestral, mais c&rsquo;est par lui que va commencer toute cette affaire du discours\u00a0; c&rsquo;est lui qui va, \u00e0 chaque fois &#8211; dans une sorte de dimension inchoative &#8211; relancer le discours. Et ce dont il s&rsquo;agit dans cette fonction du signifiant ma\u00eetre, c&rsquo;est qu&rsquo;il tient la place, non pas du R\u00e9el, ni de l&rsquo;Imaginaire, ni du Symbolique (qui ne sont que des points de rep\u00e8re), mais de ce qui fait la trame m\u00eame du concret &#8211; tellement concret qu&rsquo;on ne le voit pas &#8211; ce que Lacan appelle \u00a0\u00bb\u00a0le semblant\u00a0\u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb\u00a0Le semblant\u00a0\u00a0\u00bb est \u00e0 cette place d&rsquo;agent du discours\u00a0; c&rsquo;est \u00e0 partir de lui que tout le discours va se structurer, mais en laissant toujours cependant quelque chose dont il faut, non pas faire le deuil, mais tenir compte\u00a0: une sorte de point aveugle\u00a0; un point aveugle du fait qu&rsquo;on est condamn\u00e9 \u00e0 passer par le langage pour pouvoir penser, s&rsquo;exprimer, etc&#8230; C&rsquo;est une r\u00e9flexion autour de ce que vous avez dit, mais il y aurait encore beaucoup \u00e0 ajouter.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>M. &#8230;\u00a0<\/b>: C&rsquo;est une interrogation, parce que votre expos\u00e9 permet \u00e0 chacun de l&rsquo;entendre sur fond de sa pratique, et j&rsquo;avais un petit peu envie de dire comment je l&rsquo;ai entendu, moi\u00a0; ce qui est en m\u00eame temps l&rsquo;occasion de poser une question, ne serait-ce que pour savoir si elle va vous sembler pertinente. Il me semble que ce recouvrement dont vous parlez pose, dans la schizophr\u00e9nie, un probl\u00e8me qu&rsquo;on ne peut pas \u00e9viter quand on s&rsquo;occupe de psychotiques\u00a0; c&rsquo;est un abord qui, en tout cas pour moi, pose probl\u00e8me\u00a0: le probl\u00e8me du sens. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;un recouvrement ou d&rsquo;un enveloppement ou trois notions se conjoignent, c&rsquo;est peut-\u00eatre ce qui emp\u00eache que, dans la schizophr\u00e9nie, quelque chose puisse faire sens, en m\u00eame temps que la question du sens est toujours pos\u00e9e, si je peux dire passionn\u00e9ment et pathologiquement, par le schizophr\u00e8ne. Je dirais que peut-\u00eatre le non-recouvrement pose le probl\u00e8me de ce qui devrait devenir sens et qui est toujours \u00e0 la fois interrog\u00e9 et esquiv\u00e9 dans la schizophr\u00e9nie, \u00e0 travers des ph\u00e9nom\u00e8nes qui se manifestent comme ce que j&rsquo;aurais envie d&rsquo;appeler des \u00a0\u00bb\u00a0sur-significations\u00a0\u00ab\u00a0. Je vais prendre trois exemples de ces sur-significations. Un premier exemple est ce qu&rsquo;on appelle classiquement l&rsquo;interpr\u00e9tation d\u00e9lirante. On pourrait en donner beaucoup d&rsquo;exemples, avec toutes les variations que peut avoir ce ph\u00e9nom\u00e8ne, depuis une simple autor\u00e9f\u00e9rence (une pr\u00e9sence qu&rsquo;on ne peut pas laisser \u00eatre, et qui devient quelque chose qui \u00a0\u00bb\u00a0me concerne\u00a0\u00ab\u00a0) jusqu&rsquo;\u00e0 des interpr\u00e9tations d\u00e9lirantes plus \u00e9labor\u00e9es\u00a0: \u00e7a, tel geste, \u00e7a veut dire telle chose. Un deuxi\u00e8me exemple, ce serait un exemple clinique de cette m\u00eame schizophr\u00e8ne dont Oury citait ce matin un petit passage, cette jeune femme qui me pose, un jour, de but en blanc, le probl\u00e8me suivant\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est, le sens d&rsquo;une \u00e9vidence\u00a0?\u00a0\u00ab\u00a0. Le troisi\u00e8me exemple, c&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;un autre cas clinique, d&rsquo;un monsieur qui me pose une question &#8211; alors, imaginez dans un face-\u00e0-face, et en plus c&rsquo;est un monsieur tr\u00e8s parano\u00efde, tr\u00e8s d\u00e9lirant et volontiers violent, qui me pose tout \u00e0 trac la question\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Que veut dire le mot chapeau\u00a0?\u00a0\u00ab\u00a0. Il me semble que ces exemples constituent trois fa\u00e7ons diff\u00e9rentes d&rsquo;interroger le sens&#8230; C&rsquo;\u00e9tait pour vous poser la question suivante\u00a0: est-ce que ce ph\u00e9nom\u00e8ne de recouvrement, est-ce que ce n&rsquo;est pas \u00e7a, justement, qui inhibe le d\u00e9veloppement du sens\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>M. &#8230;<\/b>\u00a0: A propos du second expos\u00e9, avec l&rsquo;enfant Jean N.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury<\/b>\u00a0: Cela ne d\u00e9centre pas la question, au contraire&#8230; Cela m&rsquo;\u00e9voque beaucoup de choses&#8230; On conna\u00eet bien, chez les enfants psychotiques, ou post-enc\u00e9phalitiques, cette sorte d&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;un changement quelconque\u00a0: la m\u00e9moire des objets et de leur place est extraordinaire. Je vois tous les six mois un gosse qui est post-enc\u00e9phalitique\u00a0: chaque fois qu&rsquo;il revient, il regarde, et hop\u00a0! il va d\u00e9placer un objet&#8230; Il y a une sorte d&rsquo;intol\u00e9rance \u00e0 tout mouvement. C&rsquo;est un peu diff\u00e9rent dans le tableau schizophr\u00e9nique, mais il y a cette m\u00eame impossibilit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer le mouvement. Rorschach avait tr\u00e8s bien not\u00e9 cela chez l&rsquo;h\u00e9b\u00e9phrene\u00a0: il y a une dominante du c\u00f4t\u00e9 des couleurs pures, il n&rsquo;y a pas de kinesth\u00e9sies\u00a0; or, les kinesth\u00e9sies, c&rsquo;est en rapport avec une int\u00e9gration du mouvement, c&rsquo;est ce qui marque que \u00e7a fonctionne bien en-dedans, qu&rsquo;il y a du mouvement interne, une sorte de <i>kinesis<\/i> \u00a0\u00bb\u00a0immobile\u00a0\u00ab\u00a0. Ce que vous avez dit fait aussi appel \u00e0 d&rsquo;autres concepts. Il y a aussi cette surveillance, une surveillance permanente\u2026 Est-ce que \u00e7a \u00e9quivaut \u00e0 cette notion, qui est sans doute discutable, de ce que M\u00e9lanie Klein appelle \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;identification projective\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0? Une fa\u00e7on de se projeter dans l&rsquo;autre, tout en le surveillant, en l&rsquo;immobilisant, en lui \u00f4tant toute libert\u00e9 &#8211; de prendre sa place, m\u00eame &#8211; une fa\u00e7on de le vider comme on vide un cr\u00e2ne, pour se mettre \u00e0 la place de l&rsquo;autre&#8230; C&rsquo;est parfois insupportable pour le partenaire\u00a0; on le sent tout de suite, quand quelqu&rsquo;un vous fait le coup de l&rsquo;identification projective\u00a0: on est prisonnier d&rsquo;une sorte d&rsquo;envo\u00fbtement, mais par l&rsquo;int\u00e9rieur &#8211; il prend possession de &#8211; \u00e7a correspond quelquefois \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 existentielle pour le sujet lui-m\u00eame, comme s&rsquo;il ne pouvait pas faire autrement pour vivre. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne correspond \u00e0 une difficult\u00e9 de fantasmatisation\u00a0; il y a une sorte de confusion, de coalescence du d\u00e9sir et de la demande. Le d\u00e9sir, est plat, comme coll\u00e9 \u00e0 la demande\u00a0; on ne peut pas distinguer la demande et le d\u00e9sir\u00a0; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;arri\u00e8re. On sait bien que prendre la demande au s\u00e9rieux, c&rsquo;est invivable, ce n&rsquo;est pas possible&#8230; Dans la schizophr\u00e9nie, on assiste \u00e0 une sorte de mise \u00e0 z\u00e9ro d&rsquo;une fonction essentielle pour pouvoir exister, celle de l&rsquo;humour. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;humour\u00a0! Alors, si on dit un mot de travers, c&rsquo;est la catastrophe. Il faut tenir compte de \u00e7a. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>M. &#8230;<\/b>\u00a0: \u00c0 propos du troisi\u00e8me expos\u00e9 &#8211; <i>l&rsquo;arch\u00e8<\/i> &#8211; de Bernard Salignon\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury<\/b>\u00a0: On pourrait peut-\u00eatre articuler toutes ces r\u00e9flexions autour de certaines notions qui semblent tr\u00e8s pr\u00e9cieuses, pas seulement au niveau de la psychanalyse des enfants. Par exemple, la notion d&rsquo;espace potentiel, d&rsquo;espace transitionnel au sens de Winnicott\u00a0: il semble que chez beaucoup de psychotiques, cet \u00a0\u00bb\u00a0espace\u00a0\u00a0\u00bb soit compl\u00e8tement ravag\u00e9\u00a0; \u00e7a ne s&rsquo;est pas fait, \u00e7a n&rsquo;existe pas\u00a0; il n&rsquo;y a pas cet espace de libert\u00e9, cet \u00a0\u00bb\u00a0espace de jeu\u00a0\u00a0\u00bb comme dit Winnicott\u00a0; ou encore, selon la formule d&rsquo;un de ses disciples, Masud Khan, il n&rsquo;y a pas de \u00a0\u00bb\u00a0jach\u00e8re\u00a0\u00ab\u00a0. La jach\u00e8re, quelque chose qui permet de se sentir tranquille, o\u00f9 on vous fiche la paix, et o\u00f9 on se fiche la paix \u00e0 soi-m\u00eame. Celui qui n&rsquo;a pas de \u00a0\u00bb\u00a0dos\u00a0\u00a0\u00bb et qui doit surveiller le monde, il doit finir par \u00eatre \u00e9puis\u00e9\u00a0! Le psychotique, il a manqu\u00e9 de lieux comme \u00e7a, o\u00f9 il y a une instance \u00a0\u00bb\u00a0maternelle\u00a0\u00a0\u00bb qui peut veiller \u00e0 votre place, \u00e0 condition qu&rsquo;elle soit \u00a0\u00bb\u00a0suffisamment bonne\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0; mais \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan de cette dimension traditionnellement dite \u00a0\u00bb\u00a0maternelle\u00a0\u00ab\u00a0, se pose le probl\u00e8me de l&rsquo;articulation de la loi\u00a0: qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;elle en fait, la m\u00e8re, de la loi, n\u00e9cessaire pour construire cet espace\u00a0? \u00c9videmment, le probl\u00e8me n&rsquo;est pas de reconstruire un espace transitionnel l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y en a pas eu\u00a0; ce serait compl\u00e8tement absurde, parce que \u00e7a ne se construit pas de l&rsquo;ext\u00e9rieur\u00a0; il s&rsquo;agit bien plut\u00f4t d&rsquo;agencer ce qu&rsquo;on pourrait appeler des \u00a0\u00bb\u00a0tenant-lieu\u00a0\u00a0\u00bb d&rsquo;espaces transitionnels\u00a0; \u00e0 ce moment-l\u00e0 le processus peut se poursuivre sans qu&rsquo;on soit oblig\u00e9 d&rsquo;\u00eatre tout le temps l\u00e0\u00a0: si je m&rsquo;en vais c&rsquo;est la catastrophe, tout sera \u00e0 refaire&#8230; Il ne faut pas se transformer en celui qui n&rsquo;a pas de dos, parce qu&rsquo;alors, d\u00e8s que vous vous en allez, tout tombe\u00a0! Il faudrait rester l\u00e0 et \u00eatre vigilant&#8230; C&rsquo;est \u00e9pouvantable\u00a0! En fait, pour poser correctement ce probl\u00e8me, il faut d&rsquo;abord se demander\u00a0: de quel transfert s&rsquo;agit-il, chez un psychotique\u00a0? Il vaut mieux \u00e9viter de fabriquer un transfert massif, justement vis-\u00e0-vis de quelqu&rsquo;un. Parce que, du fait m\u00eame de la dissociation, le transfert est dissoci\u00e9, il est en petits bouts, multir\u00e9f\u00e9rentiel\u00a0; il s&rsquo;accroche \u00e0 des choses partielles, inattendues, depuis la couleur de vos cheveux ou la forme de vos lunettes, la voix, ou bien un petit chien qui passe, et puis un certain espace\u00a0; tout \u00e7a compte pour faire un monde et avoir un monde, c&rsquo;est indispensable\u00a0; ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec des choses comme \u00e7a qu&rsquo;on travaille\u00a0; mais forc\u00e9ment, si on prend tout sur soi-m\u00eame, le petit chien, et les lunettes, et puis l&rsquo;espace, et je ne sais quoi encore, alors ce n&rsquo;est pas possible, on ne peut plus vivre\u00a0! Par ailleurs, tout le processus de l&rsquo;analyse &#8211; y compris dans une analyse ordinaire &#8211; est de permettre de passer d&rsquo;un \u00e9tat de \u00a0\u00bb\u00a0symbiose\u00a0\u00a0\u00bb avec le monde maternel, une esp\u00e8ce de d\u00e9pendance vitale, \u00e0 un \u00e9tat de \u00a0\u00bb\u00a0s\u00e9paration\u00a0\u00ab\u00a0. Lacan r\u00e9sume bien \u00e7a dans <i>Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse<\/i>\u00a0: il s&rsquo;agit de passer de l&rsquo;ali\u00e9nation \u00e0 la s\u00e9paration\u00a0; il red\u00e9finit le concept d&rsquo;ali\u00e9nation (en englobant l&rsquo;ali\u00e9nation sociale, l&rsquo;ali\u00e9nation sp\u00e9culaire, l&rsquo;ali\u00e9nation dans le langage) comme constituant un \u00a0\u00bb\u00a0vel\u00a0\u00ab\u00a0, (V)\u00a0: ni ceci, ni cela\u00a0! Le passage \u00e0 la s\u00e9paration n\u00e9cessite une sorte de saut, qui est le passage d&rsquo;un point d&rsquo;ali\u00e9nation \u00e0 un point d&rsquo;\u00e9mergence du d\u00e9sir\u00a0; non pas le d\u00e9sir de soi-m\u00eame &#8211; qu&rsquo;est-ce que \u00e7a voudrait dire\u00a0? &#8211; mais bien\u00a0: pour que je puisse continuer \u00e0 vivre, il faut que je questionne d&rsquo;une certaine fa\u00e7on &#8211; un peu sans en avoir l&rsquo;air &#8211; le d\u00e9sir de l&rsquo;autre\u00a0! En particulier, le d\u00e9sir de la m\u00e8re, du p\u00e8re et du cousin Gaston. Et suivant la qualit\u00e9 de ce d\u00e9sir, je vais crever ou pas. Donc, je vais poser une question b\u00eate, et une question b\u00eate aux parents\u00a0: pourquoi est-ce que les mouches n&rsquo;ont pas neuf pattes\u00a0? \u00a0\u00bb\u00a0Voyons, mon petit, c&rsquo;est parce que c&rsquo;est un hexapode\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; Imb\u00e9cile\u00a0! Refus\u00e9s \u00e0 l&rsquo;examen, les parents\u00a0! Parce que s&rsquo;ils r\u00e9cidivent, le gosse n&rsquo;aura plus confiance. Tout simplement, il \u00e9coutait le ton de la r\u00e9ponse, le rythme\u00a0: comment il me r\u00e9pond, gentiment ou &#8230;\u00a0? Tiens, je vais poser une question encore plus b\u00eate pour savoir comment il me r\u00e9pond\u00a0!&#8230; C&rsquo;est une mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, et d&rsquo;une grande gravit\u00e9. Parce que si \u00e7a rate, il va rester dans l&rsquo;ali\u00e9nation. Et l&rsquo;objet transitionnel, il va s&rsquo;en contenter pendant un certain temps, si \u00e7a a quand m\u00eame march\u00e9 un peu\u00a0; mais s&rsquo;il attrape la grippe, ou une enc\u00e9phalite, ou s&rsquo;il y a un \u00e9v\u00e9nement traumatisant quelconque et qu&rsquo;il devient schizophr\u00e8ne, c&rsquo;est fichu. Donc, il faut essayer de construire ce que j&rsquo;appelle des tenant-lieu d&rsquo;un espace &#8211; je ne dirais pas un fondement, mais plut\u00f4t, avec Szondi et Schotte, une \u00a0\u00bb\u00a0base\u00a0\u00a0\u00bb (Schotte distingue \u00a0\u00bb\u00a0base\u00a0\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb\u00a0fondement\u00a0\u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb\u00a0origine\u00a0\u00ab\u00a0), une base o\u00f9 l&rsquo;on marche. L&rsquo;espace transitionnel, c&rsquo;est un espace de base, et qui n&rsquo;est ni int\u00e9rieur, ni ext\u00e9rieur, dit Winnicott. Int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, ce sont vraiment des notions mal adapt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;humain, des notions plut\u00f4t de commer\u00e7ant\u00a0: il faut remplir le pot pour qu&rsquo;il soit plein et le vider pour qu&rsquo;il soit vide\u00a0! Winnicott le dit bien, c&rsquo;est un espace lat\u00e9ral, qu&rsquo;on ne peut pas d\u00e9finir, absolument singulier&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> En fin de compte, c&rsquo;est un espace de rythme, l&rsquo;espace transitionnel. Et c&rsquo;est cet espace qui est d\u00e9labr\u00e9. Le psychotique, comme tout le monde, tient un discours, mais c&rsquo;est un discours mal fait. On peut reprendre les r\u00e9f\u00e9rences d&rsquo;Emanuel Levinas quand il distingue le niveau du dire &#8211; et c&rsquo;est \u00e7a qui est touch\u00e9 dans la psychose &#8211; et le niveau du dit (Levinas, \u00e0 plus ou moins juste titre, dit que l&rsquo;\u00eatre c&rsquo;est du c\u00f4t\u00e9 du dit et du non-dit\u00a0; tandis qu'\u00a0\u00bb\u00a0autrement qu&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00ab\u00a0, au-del\u00e0 de l&rsquo;essence, il y a le dire). C&rsquo;est au niveau du dire que s&rsquo;articule le d\u00e9sir. Mais cette fabrique du dire, cette construction inconsciente d&rsquo;un discours, ce que Lacan appelle <i>lalangue<\/i>, que j&rsquo;appelle la \u00a0\u00bb\u00a0fabrique du dire\u00a0\u00ab\u00a0, en paraphrasant Francis Ponge, cette fabrique du dire, dans la psychose, elle fonctionne mal. On n&rsquo;est pas l\u00e0 pour essayer de remettre des briques, mais seulement pour \u00a0\u00bb\u00a0faire avec\u00a0\u00ab\u00a0. Et ce qui est extraordinaire, c&rsquo;est qu&rsquo;on peut faire bien plus avec qu&rsquo;on ne le croit. On est tellement intoxiqu\u00e9 de pr\u00e9jug\u00e9s de comp\u00e9tition sportive, ou universitaire, ou militaire (c&rsquo;est pareil, tout \u00e7a) qu&rsquo;on croit toujours qu&rsquo;il faut qu&rsquo;il soit int\u00e9gralement bien, qu&rsquo;il ait tout, les jambes et la t\u00eate, pour que \u00e7a fonctionne. Mais ce n&rsquo;est pas vrai\u00a0! Dans un de ses derniers textes, G. Pankow raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un juif arabe du VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, qui \u00e9tait aveugle, et paralys\u00e9, il a pass\u00e9 toute sa vie comme \u00e7a\u00a0: et il a laiss\u00e9 une \u0153uvre extraordinaire\u00a0! Il n&rsquo;y a pas besoin d&rsquo;\u00eatre un athl\u00e8te de comp\u00e9tition pour pouvoir penser \u00e0 quelque chose\u00a0! (je n&rsquo;en veux pas aux athl\u00e8tes, mais il ne sont quand m\u00eame pas forc\u00e9ment des penseurs\u00a0!), il n&rsquo;y a pas besoin d&rsquo;\u00eatre complet\u00a0; avec des petits bouts, \u00e7a suffit\u00a0! Je me souviens d&rsquo;un neurologue de la Salp\u00eatri\u00e8re (c&rsquo;\u00e9tait dans le service d&rsquo;Alajouanine) qui disait que la plupart des gens ne pensent qu&rsquo;avec un dixi\u00e8me de leur t\u00eate\u00a0; on pourrait en ficher la moiti\u00e9 en l&rsquo;air, \u00e7a ne changerait rien, rien du tout\u00a0! Pour des tumeurs, par exemple, on leur enl\u00e8ve une cuiller \u00e0 soupe de cerveau, et les gens sont pareils qu&rsquo;avant\u00a0; ils ne se sont jamais servis de tout l&rsquo;ensemble, alors on peut y aller\u00a0! Surtout maintenant qu&rsquo;on robotise de partout, il n&rsquo;y aura bient\u00f4t plus besoin d&rsquo;avoir de lobe frontal\u00a0! On est d\u00e9j\u00e0 compl\u00e8tement robotis\u00e9, \u00e7a fonctionne tout seul. On ne va quand m\u00eame pas \u00eatre plus exigeant pour les psychotiques que pour soi-m\u00eame\u00a0!&#8230; Ce que j&rsquo;appelle \u00a0\u00bb\u00a0le point d&rsquo;Anaximandre\u00a0\u00a0\u00bb (je suis pour la parole d&rsquo;Anaximandre\u00a0!) est un point de ressemblement qui est en m\u00eame temps un point de s\u00e9paration. Anaximandre dit \u00e0 peu pr\u00e8s\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0L\u00e0 o\u00f9 \u00e7a na\u00eet, c&rsquo;est l\u00e0 aussi que \u00e7a p\u00e9rit, selon la r\u00e9tribution des choses, selon l&rsquo;ordre du temps et l&rsquo;injustice qui leur est due\u00a0\u00ab\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>. Il y a quelque chose de cet ordre-l\u00e0. Ce point est un n\u0153ud, un n\u0153ud plat. Mais chez le psychotique, le n\u0153ud, il se d\u00e9fait tout le temps. C&rsquo;est pour \u00e7a que je dis que ces gens-l\u00e0 ne sont pas mal n\u00e9s, mais mal \u00a0\u00bb\u00a0nou\u00e9s\u00a0\u00ab\u00a0. Et on est toujours oblig\u00e9 de resserrer le n\u0153ud. Parfois, c&rsquo;est fatiguant, on n&rsquo;a pas le temps, ou on est parti&#8230; et pendant ce temps-l\u00e0, hop, le n\u0153ud s&rsquo;est desserr\u00e9\u00a0; alors tout de suite, il faut s&rsquo;y mettre \u00e0 plusieurs. On fait de la couture, ou quelque chose comme \u00e7a, un genre de macram\u00e9. C&rsquo;est du bricolage, en r\u00e9alit\u00e9&#8230; On resserre des n\u0153uds. Je pr\u00e9cise souvent\u00a0: des n\u0153uds plats, des \u00a0\u00bb\u00a0n\u0153uds borrom\u00e9ens\u00a0\u00a0\u00bb disait Lacan. Et avec ce bricolage, en resserrant les n\u0153uds, il y a possibilit\u00e9 qu&rsquo;il y ait de la \u00a0\u00bb\u00a0base\u00a0\u00a0\u00bb et m\u00eame quelque chose qui puisse tenir-lieu de d\u00e9sir. Parce que le d\u00e9sir n&rsquo;est pas disparu chez les schizophr\u00e8nes, quoi qu&rsquo;on en dise. \u00c7a a toujours pos\u00e9 un probl\u00e8me aux psychiatres. Dans un premier temps, on disait\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Chez les schizophr\u00e8nes, il n&rsquo;y a pas de transfert\u00a0\u00ab\u00a0. Et puis dans un second temps, certains &#8211; et m\u00eame parmi les meilleurs &#8211; ont \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 dire que les schizophr\u00e8nes n&rsquo;ont pas de d\u00e9sir. Mais, s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de d\u00e9sir, alors, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait l\u00e0\u00a0? Le d\u00e9sir, c&rsquo;est l&rsquo;essence de l&rsquo;homme, comme dirait l&rsquo;autre&#8230; Alors, ce ne serait pas un homme\u00a0?&#8230; \u00c7a justifie un peu trop la camisole. Il y a du d\u00e9sir dans la psychose, mais le d\u00e9sir, c&rsquo;est comme une pi\u00e8ce de monnaie\u00a0: il y a le c\u00f4t\u00e9 pile et le c\u00f4t\u00e9 face. On est habitu\u00e9, quand on dit \u00a0\u00bb\u00a0d\u00e9sir\u00a0\u00ab\u00a0, \u00e0 penser au c\u00f4t\u00e9 face. Mais il y a le c\u00f4t\u00e9 pile. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il y a le d\u00e9sir, au sens habituel de la libido\u00a0; mais le revers, c&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle la \u00a0\u00bb\u00a0destrudo\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: c&rsquo;est du d\u00e9sir aussi, la destrudo\u00a0; on peut avoir une id\u00e9e de cette bipolarit\u00e9 \u00e0 partir de ce que Lacan appelle \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;hainamour\u00a0\u00ab\u00a0. La haine et l&rsquo;amour, c&rsquo;est li\u00e9, ce sont aussi les deux faces d&rsquo;une m\u00eame pi\u00e8ce\u00a0! Et quant au d\u00e9sir chez le psychotique, c&rsquo;est la \u00a0\u00bb\u00a0face noire\u00a0\u00a0\u00bb qui appara\u00eet le plus souvent. C&rsquo;est ce que des psychanalystes un peu marginaux du temps de Freud, comme Reich, avaient d\u00e9j\u00e0 bien rep\u00e9r\u00e9. Dans la prise en charge d&rsquo;un schizophr\u00e8ne, disait-il, il ne faut pas se d\u00e9gonfler\u00a0: il faut directement analyser le transfert n\u00e9gatif. \u00c9videmment, il faut faire attention \u00e0 ce qu&rsquo;on fait. Il faut souvent s&rsquo;y mettre \u00e0 plusieurs, parce que \u00e7a risque de se terminer par un pugilat. Mais, quand \u00e7a marche, \u00e7a vaut la peine\u00a0; on r\u00e9tablit d&rsquo;un coup un niveau intersubjectif. On retrouve alors ce que des ph\u00e9nom\u00e9nologues, comme Husserl, appellent des structures d'\u00a0\u00bb\u00a0habitualit\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0. On refait le monde\u00a0; on refait un peu un espace\u00a0; on dit \u00a0\u00bb\u00a0bonjour monsieur\u00a0\u00a0\u00bb sans que ce soit une chose extraordinaire. En fait, il y a beaucoup de comportements qu&rsquo;on dit schizophr\u00e9niques, et qui ne sont que la traduction de nos pr\u00e9jug\u00e9s, des pr\u00e9jug\u00e9s dans la t\u00eate, en rapport avec l&rsquo;id\u00e9ologie la plus profonde C&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle la \u00a0\u00bb\u00a0pathoplastie\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire une sorte de construction d&rsquo;un tableau morbide inextricable\u00a0; et si on ne nettoie pas ces artefacts, on peut toujours y aller \u00e0 faire des analyses\u00a0! On ne comprend rien du tout \u00e0 ce qui est vraiment en question, on glisse dans des pseudo-probl\u00e8mes. On doit toujours garder pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit la dimension pathoplastique&#8230; Il faudrait reprendre chaque passage de votre intervention en ce sens, et beaucoup d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments serait importants \u00e0 discuter &#8211; ne serait-ce, par exemple, que la probl\u00e9matique des limites, que l&rsquo;on peut prendre au sens sto\u00efcien du terme\u00a0; la \u00a0\u00bb\u00a0limite\u00a0\u00a0\u00bb sto\u00efcienne, ce n&rsquo;est pas une limite qu&rsquo;on trace \u00e0 la craie\u00a0; c&rsquo;est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;<i>energe\u00efa<\/i>, c&rsquo;est quelque chose qui se d\u00e9ploie depuis l&rsquo;int\u00e9rieur, et ce d\u00e9ploiement cesse de lui-m\u00eame\u00a0; on pourrait parler d&rsquo;un d\u00e9ploiement d&rsquo;une jouissance particuli\u00e8re, mais qui doit arriver \u00e0 se limiter\u00a0: il ne faut pas que \u00e7a d\u00e9passe les bornes. Et c&rsquo;est pour \u00e7a que je dois arr\u00eater\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>M. &#8230;<\/b>\u00a0: Si j&rsquo;ai bien compris ce que nous a dit tout \u00e0 l&rsquo;heure Bernard Salignon, le psychotique ou le schizophr\u00e8ne que l&rsquo;on dit dissoci\u00e9 &#8211; et qui aurait donc un d\u00e9doublement de la personnalit\u00e9, selon l&rsquo;acception populaire &#8211; est justement celui qui ne peut pas \u00eatre \u00e0 la fois dans le temps et dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, mais qui n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 un seul endroit \u00e0 la fois. C&rsquo;est quand m\u00eame paradoxal.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Bernard Salignon<\/b>\u00a0: Je ne peux pas r\u00e9pondre comme \u00e7a. Je ne sais pas trop o\u00f9 il est. Ce que je peux dire, c&rsquo;est que pour \u00eatre un peu mieux que \u00e7a, que schizophr\u00e8ne, eh bien il faut \u00eatre dans les deux. Il faut \u00eatre dans ce que Platon ou Anaximandre dit &#8211; Anaximandre dit que le cours des choses, c&rsquo;est que, l\u00e0 o\u00f9 elles naissent elles s&rsquo;en vont p\u00e9rir avec &#8211; en ajoutant le mot grec <span style=\"color: #252525;\"><i>adikia<\/i><\/span> &#8211; selon l&rsquo;injustice qui leur est due, selon l&rsquo;ordre du temps. C&rsquo;est-\u00e0-dire que la phrase d&rsquo;Anaximandre se d\u00e9compose en trois parties et cela va me permettre de r\u00e9pondre un peu \u00e0 la question. Elle convoque l&rsquo;origine et la d\u00e9perdition dans le m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire que c&rsquo;est au moment o\u00f9 \u00e7a na\u00eet que l&rsquo;\u00c9ros convoque le Thanatos et que cette double face de la pi\u00e8ce dont vous parlez, quand on est d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, renvoie \u00e0 l&rsquo;autre, mais perp\u00e9tuellement. C&rsquo;est-\u00e0-dire que quand on est d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, on est vraiment d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9. C&rsquo;est \u00e7a le paradoxe. C&rsquo;est parce qu&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00c9ros renvoie \u00e0 Thanatos et r\u00e9ciproquement que, quand on est du c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;\u00c9ros, on est vraiment du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00c9ros. Ce n&rsquo;est pas \u00e9vident. Ce n&rsquo;est que quand l&rsquo;un ne renvoie pas \u00e0 l&rsquo;autre qu&rsquo;il n&rsquo;y a que de l&rsquo;un. Alors, ce que propose Anaximandre, c&rsquo;est que selon l&rsquo;ordre du temps &#8211; effectivement, c&rsquo;est quoi\u00a0? c&rsquo;est la plus grande injustice -, c&rsquo;est ce qui fait qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9, les deux faces se rejoignent et qu&rsquo;on pourrait dire que le cercle du d\u00e9sir, ou le cercle de la demande, revient au m\u00eame endroit. C&rsquo;est-\u00e0-dire que, pour les Grecs, le seul d\u00e9sir qu&rsquo;on ait, c&rsquo;est celui de mourir, et celui-l\u00e0 on ne le loupe pas. On le r\u00e9ussit \u00e0 tous les coups. Le reste, eh bien, on dit chez nous\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0On fait aller&#8230;\u00a0\u00ab\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Je crois qu&rsquo;il y a deux types d&rsquo;\u00c9ros\u00a0: celui dont vous parlez, qui est presque archa\u00efque, qui touche presque la jouissance\u00a0; et un autre qui touche peut-\u00eatre l&rsquo;\u00e9rotisme ou l&rsquo;\u00e9rotique, ou la chose de l&rsquo;autre. C&rsquo;est-\u00e0-dire\u00a0: il n&rsquo;est plus question de narcissisme primordial\u00a0; il n&rsquo;est plus question de l&rsquo;\u00eatre du d\u00e9sir, mais de l&rsquo;avoir du d\u00e9sir. Je crois que l\u00e0, il y a une diff\u00e9rence qui n&rsquo;est pas fondamentalement radicale, mais qui permet d&rsquo;un peu mieux saisir qu&rsquo;effectivement, si on convoque toutes les choses \u00e0 la m\u00eame place, on peut dire \u00e0 un certain moment que le psychotique, c&rsquo;est celui qui n&rsquo;a pas de d\u00e9sir. Mais je crois qu&rsquo;il faut diff\u00e9rencier, et que dans la diff\u00e9rence, on apprend \u00e0 poser le simple. La diff\u00e9rence, c&rsquo;est pour poser des choses encore plus simples. Donc, je crois que le mythe ou la pens\u00e9e fondatrice &#8211; parce qu&rsquo;arrivant en second &#8211; nous enseigne des petites choses simples. On peut y passer sa vie, mais Anaximandre, il n&rsquo;a \u00e9crit qu&rsquo;une seule phrase\u00a0; donc, quand on attaque des auteurs comme \u00e7a, on a le temps\u00a0! C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on est oblig\u00e9 de le prendre, le temps, parce que si on n&rsquo;a pas de temps, on lit la phrase et on s&rsquo;en va\u00a0! Donc, l\u00e0, on a le temps. C&rsquo;est vrai que je pr\u00e9f\u00e8re \u00e7a, ne vous en d\u00e9plaise, \u00e0 Husserl. L\u00e0, on n&rsquo;a pas le temps, il \u00e9crit plus vite que ce qu&rsquo;on lit, il a toujours une page d&rsquo;avance\u00a0; il \u00e9crivait cinquante pages par jour, \u00e0 la fin de sa vie. Et sa vie a dur\u00e9 longtemps\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury\u00a0<\/b>: \u00c7a me rassure&#8230; Au point de vue quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture, je me rapprocherais plus d&rsquo;Anaximandre\u2026 Mais c&rsquo;est int\u00e9ressant, cette distinction de deux \u00c9ros, il faudrait la creuser. Est-ce que \u00e7a se rapproche de la \u00a0\u00bb\u00a0d\u00e9sintrication des pulsions\u00a0\u00bb\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Bernard Salignon<\/b>\u00a0: \u00c7a touche \u00e0 \u00e7a, fondamentalement. \u00c7a montre que ce qu&rsquo;il y a de bon, je dirais dans le premier amour, celui qui incorpore, c&rsquo;est que \u00e7a vient \u00e0 la place du mauvais. Ce que dit Freud est g\u00e9nial\u00a0; il dit qu&rsquo;on rejette la soif et la faim, mais qu&rsquo;on ne rejette pas la source. C&rsquo;est parce qu&rsquo;on a une source qu&rsquo;on se souvient. Donc, la m\u00e8re n&rsquo;est bonne qu&rsquo;\u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre mauvaise au bon moment, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 ce moment-l\u00e0. Il faut qu&rsquo;elle soit \u00e0 la fois bonne et mauvaise. C&rsquo;est ce que dit Winnicott &#8211; alors, un peu anglais, Winnicott, un peu moins pr\u00e9cis\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0suffisamment bonne\u00a0\u00ab\u00a0.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury<\/b>\u00a0: Mais c&rsquo;est bien quand m\u00eame\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Bernard Salignon<\/b>\u00a0: C&rsquo;est bien, mais je serais plus grec que \u00e7a. Je dirais\u00a0: il faut qu&rsquo;elle soit bonne parce qu&rsquo;elle est mauvaise, et c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est mauvaise qu&rsquo;elle est bonne. C&rsquo;est-\u00e0-dire que le type, \u00e0 un moment donn\u00e9, fera la diff\u00e9rence, mais il ne sait pas o\u00f9 passe la diff\u00e9rence entre le bon et le mauvais.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury<\/b>\u00a0: \u00c7a lui \u00e9vitera de se dig\u00e9rer l&rsquo;estomac\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Bernard Salignon\u00a0<\/b>: Oui, ce n&rsquo;est que \u00e7a.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury\u00a0<\/b>: C&rsquo;est ce que M\u00e9lanie Klein appelait les \u00a0\u00bb\u00a0envies excessives\u00a0\u00ab\u00a0. Je t&rsquo;aime, je t&rsquo;aime et puis, fini, disparu\u2026 Je te bouffe. On retrouve le probl\u00e8me des limites, l\u00e0.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Bernard Salignon\u00a0<\/b>: Ce qui est fantastique c&rsquo;est que c&rsquo;est parce que c&rsquo;est le m\u00eame que \u00e7a pose le probl\u00e8me des limites. C&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est bonne \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 c&rsquo;est mauvais et parce que c&rsquo;est mauvais \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 elle est bonne qu&rsquo;il y a une limite dans le m\u00eame. La limite, ce n&rsquo;est pas deux choses. On pourra revenir m\u00eame sur un exemple tr\u00e8s simple\u00a0: A \u00e9quivalent \u00e0 A\u00a0; qu&rsquo;est-ce qui se passe\u00a0? Mais l\u00e0, il faudrait des mois\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; <b>Jean Oury<\/b>\u00a0: Oui. Je dis souvent que \u00a0\u00bb\u00a0A identique \u00e0 A\u00a0\u00a0\u00bb c&rsquo;est d&rsquo;une absurdit\u00e9 extraordinaire\u00a0! Pourtant, si on ne s&rsquo;en servait pas, on ne pourrait plus sortir d&rsquo;ici\u00a0! On serait compl\u00e8tement givr\u00e9\u00a0! Alors on dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0D&rsquo;accord, A identique \u00e0 A\u00a0\u00ab\u00a0, je ne r\u00e9fl\u00e9chis pas plus loin. Mais quand m\u00eame\u00a0! A n&rsquo;est pas identique \u00e0 A, sans quoi, il ne serait pas A\u00a0! \u00c7a rejoint ce que vous disiez tout \u00e0 l&rsquo;heure\u00a0: le plus simple, c&rsquo;est la diff\u00e9rence. Ce que Lacan \u00e9nonce \u00e0 sa mani\u00e8re, en reprenant des r\u00e9flexions linguistiques, en disant que le plus simple, c&rsquo;est \u00a0\u00bb\u00a0le trait unaire\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire, le trait distinctif &#8211; au sens saussurien du terme. \u00c7a repose le probl\u00e8me de l&rsquo;identification\u00a0: le n\u0153ud, la racine de l&rsquo;identification, c&rsquo;est que pour s&rsquo;identifier, il faut s&rsquo;identifier \u00e0 autre chose que soi-m\u00eame. Alors, c&rsquo;est tr\u00e8s simple\u00a0: une identification, \u00e7a ne peut \u00eatre qu&rsquo;au trait unaire\u00a0; autrement, \u00e7a d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Mais justement, le schizophr\u00e8ne n&rsquo;y arrive pas. Il n&rsquo;acc\u00e8de pas &#8211; c&rsquo;est une possibilit\u00e9 d\u00e9truite &#8211; \u00e0 ce type d&rsquo;identification. Ses tentatives d&rsquo;identification d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent dans des ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9gression \u00e0 \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;identification primaire\u00a0\u00ab\u00a0. C&rsquo;est tr\u00e8s fr\u00e9quent dans la schizophr\u00e9nie, mais on voit \u00e7a aussi dans tous les deuils pathologiques, les deuils qui tournent mal, les deuils qui ne se font pas. Un deuil, c&rsquo;est un \u00a0\u00bb\u00a0processus\u00a0\u00ab\u00a0, disait Freud, un \u00a0\u00bb\u00a0travail\u00a0\u00a0\u00bb &#8211; un travail (<i>Verarbeitung<\/i>) inconscient &#8211; de remise en place\u00a0; un deuil, ce peut \u00eatre le deuil de quelqu&rsquo;un, ou d&rsquo;une chose, ou d&rsquo;une situation, ou la perte d&rsquo;une illusion &#8211; tout \u00e7a, c&rsquo;est de l&rsquo;ordre du deuil. Et quand \u00e7a fonctionne mal, \u00e7a peut faire de la m\u00e9lancolie, mais aussi d&rsquo;autres choses. Pour en revenir \u00e0 cette identification primaire, on peut voir \u00e7a chez des schizophr\u00e8nes qui vivent ensemble depuis longtemps\u00a0; si l&rsquo;un des deux meurt, &#8211; on retrouve ce probl\u00e8me de d\u00e9sir de tout \u00e0 l&rsquo;heure &#8211; parfois, d\u00e8s le lendemain &#8211; et cela peut durer des mois -, on \u00a0\u00bb\u00a0voit\u00a0\u00a0\u00bb le type qui est mort qui est l\u00e0 encore\u00a0: des gens ont pris la m\u00eame d\u00e9marche, les m\u00eames traits de physionomie, les m\u00eames astuces, ils sont compl\u00e8tement transform\u00e9s, et massivement. L\u00e0, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;identification imaginaire ou symbolique, mais d&rsquo;une identification totale \u00e0 l&rsquo;autre. Dans des cas de deuils pathologiques, Roland Kuhn rapporte des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;identification massive de ce genre. Et m\u00eame dans la vie courante, soi-m\u00eame, on peut se surprendre, quelquefois, dans une sorte de <i>mim\u00e8sis<\/i> &#8211; mais l\u00e0, c&rsquo;est en parall\u00e8le aux deux autres identifications, qui fonctionnent toujours. Tandis que dans ces identifications massives psychotiques, le trait unaire ne fonctionne pas, la diff\u00e9rence ne marche pas et le deuil s&rsquo;incarne dans des esp\u00e8ces de zones d&rsquo;existence difficiles \u00e0 traiter. Je prenais cet exemple des identifications massives, pour essayer de montrer que le simple, c&rsquo;est la diff\u00e9rence\u00a0: le simple, c&rsquo;est le trait unaire. La phrase d&rsquo;Anaximandre, on peut dire qu&rsquo;elle supporte le trait unaire, elle supporte la diff\u00e9rence.<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">. Pierre Charpentrat\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00bb\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le trompe-l\u2019\u0153il<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><i>Effets et formes de l&rsquo;illusion<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, <\/span><\/span><em><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Nouvelle Revue de psychanalyse<\/span><\/span><\/em><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, n\u00b04, Paris\u00a0:<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> Gallimard, <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">1971, p. 162\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00bb\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">A l&rsquo;image transparente, allusive, qu&rsquo;attend l&rsquo;amateur d&rsquo;art, le trompe-l&rsquo;\u0153il tend \u00e0 substituer l&rsquo;intraitable opacit\u00e9 d&rsquo;une Pr\u00e9sence.<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00ab\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>. <span style=\"font-size: small;\">Lacan met en exergue cette formule dans <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, lors de la s\u00e9ance du 22 avril 1964, <\/span><span style=\"font-size: small;\">au d\u00e9but du chapitre XII <\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00ab\u00a0<\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><span style=\"font-size: small;\">La sexualit\u00e9 dans les d\u00e9fil\u00e9s du signifiant<\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00ab\u00a0, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Le S\u00e9minaire, Livre XI, <\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil,1973, p. 167\u00a0:<\/span><i> <\/i><span style=\"font-size: small;\">\u00ab\u00a0<\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00a0le transfert est <\/span><span style=\"font-size: small;\">la mise en acte de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019inconscient.<\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00ab\u00a0<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>. Henri Maldiney\u00a0: <i>Regard, parole, espace <\/i>[1973] , Paris\u00a0: \u00c9ditions du Cerf, 2012, p. 206<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><span style=\"font-size: small;\">. Henri Maldiney\u00a0: <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Art et existence<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\"> [1986] ,<\/span> <span style=\"font-size: small;\">Paris\u00a0: Klincksieck, 2003, p. 15\u00a0: <\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00bb\u00a0<\/span>La formation d&rsquo;une forme a lieu dans l&rsquo;espace qu&rsquo;elle instaure\u00a0: elle est formation d&rsquo;un pli d&rsquo;espace o\u00f9 celui-ci tout entier s&rsquo;articule. Son autogen\u00e8se est un automouvement de l&rsquo;espace se transformant en&#8230; lui-m\u00eame. C&rsquo;est la d\u00e9finition du <i>rythme<\/i>.<span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00ab\u00a0<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>. Anaximandre (vers 610 av. J.-C. &#8211; vers 546 av. J.-C.)\u00a0: <span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00bb\u00a0\u1f10\u03be \u1f67\u03bd \u03b4\u1f72 \u1f21 \u03b3\u03ad\u03bd\u03b5\u03c3\u03af\u03c2 \u1f10\u03c3\u03c4\u03b9 \u03c4\u03bf\u1fd6\u03c2 \u03bf\u1f56\u03c3\u03b9\u0375 \u03ba\u03b1\u1f76 \u03c4\u1f74\u03bd \u03c6\u03b8\u03bf\u03c1\u1f70\u03bd \u03b5\u1f30\u03c2 \u03c4\u03b1\u1fe6\u03c4\u03b1 \u03b3\u03af\u03bd\u03b5\u03c3\u03b8\u03b1\u03b9 \u03ba\u03b1\u03c4\u1f70 \u03c4\u1f78 \u03c7\u03c1\u03b5\u03ce\u03bd \u03b4\u03b9\u03b4\u03cc\u03bd\u03b1\u03b9 \u03b3\u1f70\u03c1 \u03b1\u1f50\u03c4\u1f70 \u03b4\u03af\u03ba\u03b7\u03bd \u03ba\u03b1\u1f76 \u03c4\u03af\u03c3\u03b9\u03bd \u1f00\u03bb\u03bb\u03ae\u03bb\u03bf\u03b9\u03c2 \u03c4\u1fc6\u03c2 \u1f00\u03b4\u03b9\u03ba\u03af\u03b1\u03c2 \u03ba\u03b1\u03c4\u1f70 \u03c4\u1f74\u03bd \u03c4\u03bf\u1fe6 \u03c7\u03c1\u03cc\u03bd\u03bf\u03c5 \u03c4\u03ac\u03be\u03b9\u03bd\u00a0\u00ab\u00a0, propos rapport\u00e9s par <\/span><cite><span style=\"font-size: small;\">Simplicius dans son <\/span><\/cite><cite><span style=\"font-size: small;\"><i>Commentaire sur la physique d\u2019Aristote <\/i><\/span><\/cite><cite><span style=\"font-size: small;\">(fin V\u00e8me &#8211; d\u00e9but VI\u00e8me si\u00e8cle).<\/span><\/cite><\/p>\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\">Nous proposons la traduction de Marcel Conche\u00a0: <i>Anaximandre, Fragments, et t\u00e9moignages<\/i>, Paris\u00a0: PUF, Collection \u00a0\u00bb\u00a0\u00c9pim\u00e9th\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0, 1991, p. 157\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0ce d&rsquo;o\u00f9 il y a, pour les \u00eatres, g\u00e9n\u00e9ration, c&rsquo;est en cela aussi qu&rsquo;a lieu la destruction, selon ce qui doit \u00eatre\u00a0; car ils se rendent justice et r\u00e9paration, les uns aux autres, de leur mutuelle injustice, selon l&rsquo;assignation du Temps\u00a0\u00ab\u00a0.<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est la retranscription d&rsquo;une conf\u00e9rence donn\u00e9e par Jean Oury le 22 mars 1986 au sein du d\u00e9partement de psychanalyse de l&rsquo;Universit\u00e9 Paul-Val\u00e9ry \u00e0 Montpellier, dans le cadre du master et du doctorat. Jean Oury a notamment publi\u00e9 Cr\u00e9ation et schizophr\u00e9nie (Paris : \u00c9ditions Galil\u00e9e, 1992) et Psychiatrie et psychoth\u00e9rapie institutionnelle (N\u00eemes : \u00c9ditions [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[5,4],"tags":[7,14,13],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8FFEZ-10","jetpack-related-posts":[{"id":2307,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/ralentir-pour-respirer-rythmes-et-souffle-dans-open-water-2021-de-caleb-azumah-nelson-amanda-benmouloud\/","url_meta":{"origin":62,"position":0},"title":"Ralentir pour respirer : rythme(s) et souffle dans Open Water (2021) de Caleb Azumah Nelson  \u2014Amanda Benmouloud","author":"Administrateur","date":"10 novembre 2025","format":false,"excerpt":"Introduction I. 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