{"id":700,"date":"2019-11-10T12:10:25","date_gmt":"2019-11-10T11:10:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=700"},"modified":"2023-09-06T17:46:00","modified_gmt":"2023-09-06T16:46:00","slug":"a-rebours-de-la-forme-lanamorphose-pauline-desiderio","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/a-rebours-de-la-forme-lanamorphose-pauline-desiderio\/","title":{"rendered":"\u00c0 rebours de la forme, l&rsquo;anamorphose \u2014 Pauline Desiderio"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019esquisse\net l\u2019ind\u00e9cis<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0\nrebours de la forme<br>\nL\u2019anamorphose<\/p>\n\n\n\n<p>Pour commencer, je dois dire, non sans une part de\nhonte et de culpabilit\u00e9, que je n\u2019ai pas pu travailler la\npr\u00e9sentation que je vais donner aujourd\u2019hui aussi pr\u00e9cis\u00e9ment\nque j\u2019aurais aim\u00e9 le faire. En effet prise \u00e0 la fois par les\nobligations professionnelles, par la fin de la r\u00e9daction d\u2019une\nth\u00e8se qui  est de plus en plus analogue au rocher pouss\u00e9 par un\nSisyphe qui commence \u00e0 se demander s\u2019il y a une fin face \u00e0\nl\u2019\u00e9ternit\u00e9, et par la pr\u00e9paration de ce colloque. \n<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expos\u00e9 qui va suivre n\u2019est donc pour\nl\u2019instant qu\u2019esquiss\u00e9&nbsp;parmi l\u2019infini des possibles qui\ns\u2019offrent encore \u00e0 moi, \u00e0 nous. Je pourrais ainsi vous dresser\nl\u2019\u00e9tendu de toutes les pr\u00e9sentations qui auraient pu, \u00e0 cet\ninstant, \u00eatre prononc\u00e9es et entre lesquelles j\u2019aurais d\u00fb faire\nun choix. Mais comme le dit Mister Nobody dans le film \u00e9ponyme de\nJaco Van Dormael, ne pas choisir, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire un choix.\nC\u2019est donc, \u00e0 travers ce choix, ou non-choix&nbsp;; que je\nresterai volontairement dans le flou afin d\u2019esquisser le\ncheminement d\u2019un passage de l\u2019ind\u00e9cis \u00e0 l\u2019ind\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce faire, je partirai des sentiers qui\nbifurquent qu\u2019offre la pratique et l\u2019exp\u00e9rience de\nl\u2019Anamorphose. Cette pratique artistique remise au go\u00fbt du jour\nsera le pr\u00e9texte de l\u2019exploration de l\u2019esquisse du regard ainsi\nque du surgissement de la forme, dialectisant le d\u00e9cis et l\u2019ind\u00e9cis.\nC\u2019est au c\u0153ur des paradoxes perceptifs et formels qu\u2019il s\u2019agira\ndonc de passer de l\u2019ind\u00e9cis \u00e0 l\u2019ind\u00e9cision en pr\u00f4nant un pont\nde l\u2019art aux sciences pour g\u00e9n\u00e9raliser un principe d\u2019incertitude\nquantique ainsi que l\u2019int\u00e9grale des chemins ouvert par Feynman et\nlargement interpr\u00e9t\u00e9 par le cin\u00e9aste Jaco Van Dormael dont le film\n<em>Mister Nobody<\/em> sera analys\u00e9. En effet, voguer au c\u0153ur d\u2019une\nanamorphose est peut-\u00eatre faire cette m\u00eame exp\u00e9rience de\nl\u2019ind\u00e9cision qu\u2019offre la relation entre r\u00e9el et virtuel.<\/p>\n\n\n\n<p>\nLe sujet portera donc principalement sur cet \u00e9trange objet que l\u2019on\nnomme anamorphose. S\u2019il est, pour commencer, question d\u2019en\nd\u00e9finir des contours, suffisamment flous pour ne pas enfermer sa\nforme incontr\u00f4lable, mais assez rigoureux pour la d\u00e9tacher de ce\nqu\u2019elle n\u2019est pas&nbsp;: une image fixe ou un trompe l\u2019\u0153il,\nint\u00e9ressons-nous d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, \u00e0 son nom. Le terme est, \u00e0\nson origine, un n\u00e9ologisme provenant de racines grecques. Dans le\ndeuxi\u00e8me tome de son ouvrage&nbsp;: <em>Les perspectives d\u00e9prav\u00e9es&nbsp;:\nTome 2, Anamorphoses<\/em> de 1955, Jurgis Baltru\u0161aitis\nse concentre sur cette curiosit\u00e9 artistique. Il nous donne la source\net l\u2019\u00e9tymologie du mot dans une note de bas de page : \n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\nDu grec <em>ana<\/em> \u2013en\nremontant, qui marque le retour vers, et <em>morph\u00e9 \u2013<\/em>\nforme.<br>\n Avant de pr\u00e9ciser&nbsp;: Nous n\u2019avons pas vu utiliser\nle mot <em>anamorphose<\/em>\navant Gaspar Schott (1657)<a href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ainsi, le terme fait\nsa premi\u00e8re apparition dans un texte sous la plume d\u2019un pr\u00eatre\nj\u00e9suite et scientifique allemand, d\u00e9notant d\u00e8s ses pr\u00e9mices\nl\u2019hybridation de l\u2019anamorphose entre l\u2019art, la science et la\nreligion. Si on en suit l\u2019\u00e9tymologie, l\u2019anamorphose est donc une\nforme qui remonte, qui marque le retour vers. Le terme implique ainsi\nn\u00e9cessairement l\u2019id\u00e9e de retour et donc la notion de mouvement.\nEn effet, la forme qu\u2019elle propose ne peut s&rsquo;incarner sans l\u2019id\u00e9e\nde d\u00e9placement, celui du point de vue de l\u2019artiste d\u2019abord, du\nspectateur ensuite. Un retrait de la forme, certes, quand l\u2019\u0153uvre\nprend son sens, le perd, avant de le retrouver dans un mouvement\ninfini de l\u2019\u0153il humain. Un retour&nbsp;? Un retour vers, nous dit\nBaltru\u0161aitis, mais vers quoi\u2026 le myst\u00e8re\nreste entier. Si on suit l\u2019origine grecque, l\u2019image, l\u2019apparence,\nl\u2019arch\u00e9type pourrait revenir vers ce que les concepts de Th\u00e9orie\nde la forme platonicienne\nd\u00e9finissent\ncomme son fondement&nbsp;: l\u2019id\u00e9e. Ainsi, \u00e0 travers\nl\u2019anamorphose, la forme quitterait son statut d\u2019image illusoire\net fallacieuse, d\u2019apparence trompeuse et prosa\u00efque pour retourner\navec force dans l\u2019immat\u00e9rialit\u00e9 et l\u2019universalit\u00e9 immuable du\nmonde des id\u00e9es. Une autre possibilit\u00e9 serait d\u2019envisager un\nretour au contraire plus mat\u00e9riel. Ainsi, comme le dit H\u00e9siode dans\nla <em>Th\u00e9ogonie<\/em>, \u00ab&nbsp;Le\npremier qui naquit fut le Vide&nbsp;<a href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a>\u00bb,\ndans d&rsquo;autres traductions \u00ab&nbsp;Chaos \u00bb. Le retour envisageable\nalors de l\u2019anamorphose serait celui, non pas vers l\u2019id\u00e9e, mais\nvers le <em>Chaos<\/em> de l\u2019informe. L\u2019anamorphose permettrait\nainsi de faire surgir la forme de l\u2019informe pour mieux l\u2019y\nrenvoyer. Les deux th\u00e8ses semblent paradoxales, pourtant, acceptons\nde ne pas en trancher la solution, car c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment toute\nl\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de cet art singulier qui est en jeu. Premier ind\u00e9cis\nnous amenant \u00e0 une ind\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ind\u00e9cis r\u00e9sonne alors avec l\u2019ind\u00e9cis de\nson origine. L\u2019une des premi\u00e8res\n\u00e9vocations de l\u2019anamorphose se trouve dans une lettre du XIV<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle, sous la plume de D\u00fcrer&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Lorsque\nD\u00fcrer \u00e9tait en Italie, en 1506, il aurait d\u00e9j\u00e0 pu en trouver les\nrudiments. Dans une lettre de Venise, adress\u00e9e \u00e0 Pirkheimer,\nn\u2019annonce-t-il pas qu\u2019il va se rendre \u00e0 Bologne pour y apprendre\nl\u2019art d\u2019une perspective secr\u00e8te, \u00ab&nbsp;die Kunst in geheimner\nPerspektive \u00bb. Or c\u2019est le terme m\u00eame \u00ab <em>una bella e\nsecreta parte di Perspectiva \u00bb, <\/em>dont\nse sert Barbaro pour d\u00e9signer les artifices \u00e0 rallongement. Presque\ndes anamorphoses.<a href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Elle est un\nd\u00e9riv\u00e9 de la perspective classique<em>, <\/em>tout\nen en repr\u00e9sentant son aberration. Elle est presque son comble.\nQuand, depuis son origine, la perspective g\u00e9om\u00e9trique tend \u00e0 cr\u00e9er\nun syst\u00e8me afin de repr\u00e9senter l\u2019illusion de la profondeur, afin\nde se rapprocher toujours plus du syst\u00e8me visuel de l\u2019\u00eatre\nhumain, l\u2019anamorphose, elle, semble p\u00e9cher\npar exc\u00e8s. Les lois de la perspective y sont tellement pouss\u00e9s \u00e0\nl\u2019extr\u00eame, qu\u2019au lieu de se rapprocher de la perception d\u00e9j\u00e0\nd\u00e9formante de notre \u0153il, elle s\u2019en d\u00e9tourne pour offrir au\nspectateur une image totalement intangible. Pourtant, par le miracle\nde la perspective visuelle, \u00e0 un certain point, l\u2019image se\nr\u00e9tablit comme par magie. \n<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00fcrer\ncite le proc\u00e9d\u00e9 sans donner la moindre pr\u00e9cision. Cet art semblait\nainsi recourir \u00e0 une technique d\u2019initi\u00e9 dont il fallait\ndissimuler la mise en pratique de peur qu\u2019elle ne se r\u00e9pande. Le\nterme secret peut aussi renvoyer \u00e0 l\u2019image elle-m\u00eame, qui cache\nson apparence sous une perspective monstrueuse, et ne se d\u00e9voile que\npour celui qui conna\u00eet ou qui sait en d\u00e9couvrir la clef.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme <em>Anamorphose<\/em>\nest alors d\u00e9fini en 1751 par Diderot et d\u2019Alembert ainsi&nbsp;: \n\nEn\npeinture, anamorphose se dit d\u2019une projection monstrueuse ou d\u2019une\nrepr\u00e9sentation d\u00e9figur\u00e9e de quelque image qui est faite sur un\nplan et qui n\u00e9anmoins,&nbsp;\u00e0 un certain point de vue, paroit\nr\u00e9guli\u00e8re et faite avec des justes\nproportions.<a href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs parlent de \u00ab projection\nmonstrueuse\u00bb<em>,\n<\/em>et de \u00ab repr\u00e9sentation\nd\u00e9figur\u00e9e de quelque image \u00bb. L\u2019appellation <em>monstrueuse<\/em>\nrenvoie \u00e0 la repr\u00e9sentation hors-norme de l\u2019image, excessivement\nd\u00e9form\u00e9e cette derni\u00e8re ne ressemble \u00e0 rien de connu, on y lit\nalors le lien \u00e9troit avec le terme curieux, pr\u00e9c\u00e9demment usit\u00e9.\nLe terme <em>d\u00e9figur\u00e9e <\/em>\u00e9voque,\nlui, diff\u00e9rents temps successifs de la repr\u00e9sentation, car avant\nd\u2019\u00eatre d\u00e9figur\u00e9e, l\u2019image a bien d\u00fb figurer. Le d\u00e9figur\u00e9e\nn\u2019\u00e9tant que la destruction d\u2019un \u00e9tat pr\u00e9c\u00e9dent de figuration.\nL\u2019image s\u2019abstrait ainsi de la figuration, non pas en soi, mais\ndans le temps, elle vient ou revient \u00e0 un \u00e9tat informe de la\nmati\u00e8re. Pourtant la suite de la d\u00e9finition \u00ab qui n\u00e9anmoins,&nbsp;\u00e0\nun certain point de vue, paroit r\u00e9guli\u00e8re et faite avec des juste\nproportions \u00bb<a href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a>\nest la clef de la compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne. Ainsi, si l\u2019image\nest d\u00e9figur\u00e9e, de mani\u00e8re faussement premi\u00e8re, c\u2019est \u00e0 un\npoint de vue unique et post\u00e9rieur que l\u2019image s\u2019affirme. Ainsi,\nl\u2019image est d\u00e9figur\u00e9e avant m\u00eame de figurer. La figuration\nviendrait apr\u00e8s la d\u00e9flagration de l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nmot<em>\nprojection <\/em>lui\naussi donne l\u2019id\u00e9e de ce mouvement<em>.\n<\/em>L\u2019anamorphose\nprojette les formes hors d\u2019elles-m\u00eames, l\u2019image alors se dilate,\nse d\u00e9forme, se transforme pour ne se r\u00e9tablir qu\u2019\u00e0 un point\ndonn\u00e9. Pourtant, il ne s\u2019agit pas tout \u00e0 fait de projeter les\nformes hors d\u2019elles-m\u00eames, mais bien d\u2019imposer cette distorsion\n\u00e0 leurs images, \u00e0 leurs repr\u00e9sentations bidimensionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re\nd\u00e9finition technique de l\u2019anamorphose peut alors \u00eatre \u00e9nonc\u00e9e\nainsi&nbsp;: \n<\/p>\n\n\n\n<p><em>Proc\u00e9d\u00e9 consistant \u00e0 projeter une image\nbidimensionnelle sur une surface de forme, de proportion et\/ou de\nvolume diff\u00e9rent.<\/em> \n<\/p>\n\n\n\n<p>Si d\u2019un point de vue\ntechnique et math\u00e9matique, une telle d\u00e9finition est rigoureuse, si\nelle peut refl\u00e9ter le travail de l\u2019artiste lorsqu\u2019il cr\u00e9e son\n\u0153uvre et expliquer le processus de d\u00e9formation de l\u2019image qui\ns\u2019\u00e9tire, se d\u00e9forme, elle n\u2019est pas repr\u00e9sentative de\nl\u2019exp\u00e9rience de celui qui regarde.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que sa place est\nv\u00e9ritablement centrale, l\u2019observateur du ph\u00e9nom\u00e8ne est le grand\noubli\u00e9 des diff\u00e9rentes d\u00e9finitions de l\u2019anamorphose. Si, c\u2019est\npar son regard qu\u2019on observe la dilatation de l\u2019image, sa\nd\u00e9formation, si on parle de son point de vue, son existence comme\nson importance restent v\u00e9ritablement sous-entendues. Le regard de\nl\u2019observateur ne doit pas \u00eatre en creux, mais au contraire, doit\ns\u2019imposer dans une d\u00e9finition de ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, proposons une\nnouvelle d\u00e9finition du ph\u00e9nom\u00e8ne, une d\u00e9finition simple qui sera\ncelle utilis\u00e9e dans tout le travail ici men\u00e9&nbsp;: \n<\/p>\n\n\n\n<p><em>Image se formant ou se d\u00e9formant en fonction\nde la variation du point de vue du spectateur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019image se charge\nd\u2019une pluralit\u00e9 paradoxale, se cr\u00e9ant tout en se d\u00e9truisant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Essayer\nvoir \n<\/h4>\n\n\n\n<p>L\u2019anamorphose,\nen ce point qu\u2019elle propose une image qui va se transformer, se\nmodifier en fonction de l\u2019angle de vue du spectateur, interroge\nnotre sens de la vue.\nContrairement \u00e0 un trompe-l\u2019\u0153il, l\u2019anamorphose ne va pas tenter\nde duper notre organe de la vision, mais au contraire, nous proposer\nde l\u2019exp\u00e9rimenter. C\u2019est cet organe que l\u2019on dompte depuis\nnotre plus jeune \u00e2ge mais que l\u2019on oublie d\u2019interroger par la\nsuite, par habitude, que Merleau-Ponty nous invite \u00e0 questionner, il\nexplique Dans <em>le Visible et l\u2019Invisible<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Il\nest vrai \u00e0 la fois que le monde est ce que nous voyons et que,\npourtant, il nous faut apprendre \u00e0 le voir.<a href=\"#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Apprendre \u00e0\nvoir, distinguer, associer, pour rendre intelligible le flux de\nsensations que nous offre la perception, analyser l\u2019impression des\ndiff\u00e9rents rayons lumineux sur notre r\u00e9tine pour en d\u00e9gager des\ninformations sur l\u2019espace qui nous entoure. Ainsi est\nl\u2019apprentissage de la vue, que nous offrent nos yeux mais aussi le\nmonde qui nous entoure, car pour voir, faut-il encore avoir quelque\nchose \u00e0 voir. Est-ce \u00e0\nce travail \u2013 celui\ndu nourrisson lorsque, dans les premiers mois de sa vie, sa vue se\nfait de plus en plus fine, distinguant d\u2019abord des silhouettes\nfloues avant d\u2019arriver \u00e0 ma\u00eetriser la mise au point, puis des\ncouleurs et enfin rep\u00e9rer le relief puis l\u2019espace \u2013 auquel\nfait r\u00e9f\u00e9rence Merleau\u2011Ponty lorsqu\u2019il nous parle\nd\u2019apprendre \u00e0 voir&nbsp;? Si nous l\u2019associons au travail de\nl\u2019anamorphose, il s\u2019agit davantage de se demander comment nous\nvoyons et percevons le monde qui nous entoure. Il s\u2019agit de se\nmettre dans la peau de cet observateur dans l\u2019exemple propos\u00e9 par\nMaurice Merleau-Ponty&nbsp;: \n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Si je marche\nsur une plage vers un bateau \u00e9chou\u00e9 et que la chemin\u00e9e ou la\nm\u00e2ture du bateau se confonde avec la for\u00eat qui borde la dune, il y\naura un moment o\u00f9 ces d\u00e9tails rejoindront vivement le bateau et s\u2019y\nsouderont. \u00c0 mesure que j\u2019approchais, je n\u2019ai pas per\u00e7u des\nressemblances ou des proximit\u00e9s qui enfin auraient r\u00e9uni dans un\ndessin continu la superstructure du bateau. J\u2019ai seulement \u00e9prouv\u00e9\nque l\u2019aspect de l\u2019objet allait changer, que quelque chose \u00e9tait\nimminent dans cette tension comme l\u2019orage est imminent dans les\nnuages.<a href=\"#sdfootnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La notion d\u2019esquisse se d\u00e9gage v\u00e9ritablement\nde cet extrait tant les mots du philosophe nous am\u00e8nent\n\u00e0 penser l\u2019objet comme un ind\u00e9cis, un impr\u00e9cis, une forme \u00e0\nvenir, qu\u2019on pressent mais qu\u2019on ne saurait d\u00e9finir avant son\nactualisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous observons\nune anamorphose, nous sommes sur cette plage face au bateau \u00e9chou\u00e9,\nsans comprendre r\u00e9ellement ce que nous voyons, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de\nchaque hypoth\u00e8se qui pourrait \u00e9clairer cette vision intangible.\nCette absence imm\u00e9diate de compr\u00e9hension est le moteur. Le moteur\nqui nous fera cheminer dans l\u2019\u0153uvre ou sur la plage pour y trouver\ndes \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponses. Le moteur, avant tout, qui a permis le\njaillissement de telles interrogations. Car rarement, nous nous\ndemandons ce que nous voyons, comment nous associons formes et\ncouleurs pour reconna\u00eetre les objets qui nous entourent, les visages\nqui nous sont familiers, les espaces que nous arpentons. \n<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience\nperceptive peut alors commencer et comme le sous-entend l\u2019auteur du<em>\nVisible et de l\u2019Invisible<\/em>, ce\ntravail implique le mouvement de l\u2019\u0153il. Mais est-ce vraiment d\u2019\u0153il\ndont il s\u2019agit&nbsp;? \n<\/p>\n\n\n\n<p>Maldiney propose\nd\u2019opposer ainsi&nbsp;: \n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Les\nsens du physicien moderne peuvent, dans son laboratoire, se r\u00e9duire\n\u00e0 un fragment de r\u00e9tine&nbsp;: cela suffit \u00e0 toutes ses lectures\nexp\u00e9rimentales&nbsp;; mais le monde de la physique n&rsquo;est pas\nhabitable par un homme qui a deux yeux, c&rsquo;est-\u00e0-dire une vue mobile\net palpitante&nbsp;; qui n&rsquo;a pas un \u0153il mais un regard.<a href=\"#sdfootnote8sym\"><sup>8<\/sup><\/a>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Contrairement au\nphysicien qui cherche un r\u00e9sultat objectif<a href=\"#sdfootnote9sym\"><sup>9<\/sup><\/a>,\nce n\u2019est pas tant nos yeux qui nous permettent une connexion\nvisuelle avec le monde, mais notre regard, \u00ab une vue mobile et\npalpitante&nbsp;\u00bb. Que ce soit un mouvement du regard scrutant\nl\u2019image ou le d\u00e9placement physique du spectateur, l\u2019anamorphose,\nayant \u00e9veill\u00e9 la curiosit\u00e9 du spectateur, s\u2019offre alors comme\nune multiplicit\u00e9 de points de vue \u00e0 d\u00e9couvrir. Sans\ncette distinction, l&rsquo;anamorphose perd son sens pour ne plus \u00eatre\nqu&rsquo;image. Ces diff\u00e9rents points de vue peuvent \u00eatre physiques ou\nmentaux, il peut s&rsquo;agir d&rsquo;un d\u00e9placement r\u00e9el dans l&rsquo;espace, dans\nle cadre des anamorphoses directes ou d&rsquo;un changement de mani\u00e8re de\nregarder, d&rsquo;analyser, de structurer l&rsquo;image, dans le cas des images\ndoubles. Mais dans un cas comme dans l\u2019autre, le regard se d\u00e9place,\ncherchant, scrutant la forme \u00e0 appara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>[L]e\nmoment d\u00e9cisif de la perception&nbsp;: le jaillissement d\u2019un monde\nvrai et exact.<a href=\"#sdfootnote10sym\"><sup>10<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\nC\u2019est\ndans cette r\u00e9v\u00e9lation de la forme que l\u2019anamorphose va\ntransformer les questionnements formels du spectateur en r\u00e9flexion.\nLe monde qui est sous ses yeux va rev\u00eatir, tout \u00e0 coup, un sens\nnouveau. En prenant forme, l\u2019anamorphose invite \u00e0 la fois \u00e0 la\nstup\u00e9faction, au doute et \u00e0 une r\u00e9flexion sur la singularit\u00e9 de\nsa perception subjective. Cette forme est, \u00e0 la fois, l\u00e0 et\nfragile, disparaissante. Un simple pas sur le c\u00f4t\u00e9 peut la\ncondamner \u00e0 l\u2019effacement. M\u00eame la jonction, ou plut\u00f4t la\ndisjonction de nos deux yeux ne permet pas \u00e0 l\u2019image d\u2019\u00eatre\npleinement affirm\u00e9e. Pourtant, elle est l\u00e0. Les diff\u00e9rentes\nimpressions \u00e9parses sont r\u00e9unies et pour poursuivre avec l\u2019exemple\nde Merleau-Ponty, le m\u00e2t qui nous paraissait un \u00e9trange \u00e9l\u00e9ment\nde for\u00eat nous saute tout \u00e0 coup aux yeux comme une partie des plus\ncommunes du bateau s\u2019affichant maintenant pleinement \u00e0 mon regard.<\/p>\n\n\n\n<p>Traverser,\npar exemple, au Grand Palais l\u2019\u0153uvre de Felice Varini, <em>Vingt-trois\ndisques \u00e9vid\u00e9s plus douze moiti\u00e9s et quatre quarts<\/em>,\nen 2013 c\u2019\u00e9tait faire l\u2019exp\u00e9rience de la dissociation du voir\net du savoir, ou pour le dire plus justement, de la vue et de la\ncompr\u00e9hension, mais aussi du d\u00e9cis et de l\u2019ind\u00e9cis.\t<\/p>\n\n\n\n<p>\nFace\n\u00e0 l\u2019image \u00e9tablie&nbsp;; on se demande alors&nbsp;: comment ne\nl\u2019ai-je pas reconnu plus t\u00f4t, tout me para\u00eet si \u00e9vident\nmaintenant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\nCe\nmaintenant nous indique le lieu de la fracture. Car s\u2019il s\u2019agissait\ntotalement de l\u2019interpr\u00e9tation de nos yeux, nous aurions dit&nbsp;:\n<em>Ici<\/em>, \u00e9tant donn\u00e9 que c\u2019est la place que j\u2019occupe\nactuellement qui permet \u00e0 la forme de se r\u00e9v\u00e9ler et non\nl\u2019actualit\u00e9 du moment.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant\nl\u2019exp\u00e9rience s\u2019accorde \u00e0 maintenir l\u2019impression du mot et de\nla sensation qui s\u2019y attache&nbsp;: le <em>maintenant<\/em>.\nCette appellation implique alors une distinction de temporalit\u00e9 et\nnon de localisation. On peut imputer cette distinction au fait que ce\nne soit pas seulement l\u2019\u0153il qui voit, mais aussi le cerveau. Si\nl\u2019\u0153il se d\u00e9place en m\u00eame temps que le spectateur, pour en capter\nles diff\u00e9rences de points de vue, le cerveau lui ne per\u00e7oit de ce\ncheminement que la divergence des informations qui parviennent aux\nsynapses. Ainsi, l\u2019information ne change, au niveau neuronal, plus\nen fonction de l\u2019espace, mais du temps de la r\u00e9ception.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons\nau cas du bateau sur la plage, l\u2019\u0153il envoie au cerveau la\nphotographie non interpr\u00e9t\u00e9e de l\u2019image vue (une image qu\u2019on\npourrait rapprocher d\u2019une multiplicit\u00e9 de pixels abstraits<a href=\"#sdfootnote11sym\"><sup>11<\/sup><\/a>).\nLe bateau n\u2019est alors en rien un bateau mais un ensemble de points\nlumineux recueillis par la r\u00e9tine gr\u00e2ce aux photor\u00e9cepteurs. En ce\nsens, le trompe-l\u2019\u0153il ne trompe jamais l\u2019\u0153il\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\nMais\nle caract\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral de la vision n\u2019est pas nouveau et est vrai\n\u00e0 chaque instant, avec chaque type d\u2019image. Quel regard apporte\nalors l\u2019anamorphose sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne quotidien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\nL\u2019anamorphose\nsemble le terrain de jeu id\u00e9al pour exp\u00e9rimenter cette notion\nth\u00e9orique difficilement concr\u00e9tisable. Lorsque le spectateur entre\nen contact avec l\u2019anamorphose, il ne comprend pas, il ne saisit pas\nles informations qui donnent sens \u00e0 l\u2019\u0153uvre, il ne les associe\npas imm\u00e9diatement. Pourtant il voit. Il voit comme ses yeux voient.\nVoir sans penser, ou plut\u00f4t, voir avant de comprendre.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Il s&rsquo;agit\nd&rsquo;un monde qui est en de\u00e7\u00e0 de notre monde d&rsquo;habitudes habitu\u00e9\nlui-m\u00eame, d&rsquo;un monde pr\u00e9-humain.<a href=\"#sdfootnote12sym\"><sup>12<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le\nmonde qui se r\u00e9v\u00e8le alors est celui de l\u2019apparition, telle une\nvision\nqui s\u2019offre comme premi\u00e8re en an\u00e9antissant nos habitudes de\ncognitions. Ce monde d\u2019<em>habitudes\nhabitu\u00e9<\/em>\nprend alors une \u00e9tranget\u00e9, non que le ph\u00e9nom\u00e8ne nous am\u00e8ne \u00e0\nvoir sans penser, non que le ph\u00e9nom\u00e8ne\n\u00e9tablisse un nouveau syst\u00e8me de penser du voir. Il se laisse\nregarder. Pris dans des habitudes qui pr\u00e9c\u00e8dent nos souvenirs,\nl\u2019acte de voir et celui de penser sont associ\u00e9s dans un\nautomatisme qu\u2019on pourrait qualifier de pr\u00e9conscient voire\nd\u2019inconscient. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nIl\ns\u2019agit alors de profiter de l\u2019instant, de ce contact \u00e0 l\u2019\u0153uvre\npour chercher, essayer de voir ce que cache l\u2019\u0153uvre, essayer de\nvoir, simplement. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Mettons-nous\ndans la position du spectateur traversant l\u2019\u0153uvre de Felice\nVarini. Il entre dans l\u2019espace, o\u00f9 un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments\nfamiliers sont reconnaissables, mais o\u00f9 des \u00e9l\u00e9ments viennent\nperturber la clart\u00e9 de la vision. Si ce spectateur ne conna\u00eet pas\nl\u2019artiste ou le principe de l\u2019anamorphose, il s\u2019interrogera sur\nle caract\u00e8re artistique de ces \u00e9l\u00e9ments, il se mettra en qu\u00eate de\nr\u00e9ponses, r\u00e9ponses qui impliqueront le mouvement. Alors pas \u00e0 pas,\nil verra les \u00e9l\u00e9ments se d\u00e9placer, se rapprocher ou s\u2019\u00e9loigner,\nlui donnant ainsi une direction \u00e0 suivre jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019\u0153uvre\nprenne forme dans le regard du spectateur. L\u2019unit\u00e9 se fait alors\nressentir, les \u00e9l\u00e9ments qui \u00e9taient \u00e9parpill\u00e9s forment le tout\nn\u00e9cessaire pour qu\u2019on y reconnaisse la chose. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nLe\nspectateur \u00e9prouve alors cette joie magique de l\u2019apparition. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectateur parcourt l\u2019\u0153uvre pour comprendre,\nnon pas ce qui diff\u00e9rencie le fond de la forme, puisque la couleur y\nest diff\u00e9rente, les contours et la mati\u00e8re aussi, mais pour saisir\nle juste moment o\u00f9 se joue la fronti\u00e8re entre la forme et\nl\u2019informe. Entre l\u2019ind\u00e9cis et le d\u00e9cis. \u00c0 quel moment le\ncerveau arrive \u00e0 saisir les informations visuelles et les rassemble\npour faire appara\u00eetre une forme qui n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais n\u2019existe-t-elle vraiment pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le paradoxe de l\u2019anamorphose\nrevient-il \u00e0 faire dispara\u00eetre la forme qui pourtant y existe ou,\nau contraire, \u00e0 faire appara\u00eetre celle qui n\u2019existe pas&nbsp;?\nDans ce double jeu d\u2019apparition et de disparition simultan\u00e9es,\nl\u2019art propage le flou entre le mat\u00e9riel et l\u2019immat\u00e9riel. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agira, en parcourant l\u2019anamorphose, de\nfaire attention comme lorsqu\u2019\u00e0 t\u00e2tons, dans le noir, on parcourt\nun espace anticipant l\u2019impression de surprise qui peut jaillir \u00e0\nchaque instant sans pourtant qu\u2019on ne puisse pr\u00e9voir son origine.\nC\u2019est une attention perceptive que n\u00e9cessite l\u2019anamorphose, un\n\u00e9veil et une \u00e9coute totale de nos sens, doubl\u00e9e d\u2019une tension,\ncelle de celui qui attend la surprise. Attendre une surprise, savoir\nqu\u2019on va se faire surprendre, sans rien enlever \u00e0 son choc. \n<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit paradoxal du\nchercheur, qui sait et ne sait pas ce qu\u2019il tente de d\u00e9couvrir,\nque le chemin va s\u2019ouvrir pour le spectateur de l\u2019anamorphose.\nSon errance \u00e0 l\u2019\u0153uvre n\u2019est ni vraiment d\u00e9termin\u00e9e, ni\ntotalement al\u00e9atoire. Il parcourt l\u2019\u0153uvre en sachant qu\u2019il ne\nsait pas. Maldiney pose cette pratique comme fondamentale pour l\u2019\u00eatre\nhumain&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>L&rsquo;exp\u00e9rience\nde l&rsquo;\u00eatre \u00e0 demi-perdu est au fondement de toutes nos perceptions,\nen tant qu&rsquo;elles sont des explorations, c&rsquo;est-\u00e0-dire des conduites\ninterrogatives, ayant leur d\u00e9part dans une situation.<a href=\"#sdfootnote13sym\"><sup>13<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00c0 demi-perdu, l\u2019expression interpelle. Comment\nl\u2019\u00eatre peut-il \u00eatre \u00e0 demi-perdu&nbsp;? Il est \u00e0 la fois\nd\u00e9sorient\u00e9 et d\u00e9termin\u00e9. Il ne sait pas o\u00f9 aller, mais il sait\nqu\u2019il le doit. Cette posture de l\u2019exploration, celle aussi de la\nrecherche au sens scientifique du terme, forme notre perception en\npr\u00e9disposant l\u2019homme \u00e0 une analyse de son exp\u00e9rience sans en\nconna\u00eetre pr\u00e9alablement les r\u00e9sultats. Cette situation\nd\u2019exploration est d\u2019autant plus vraie pour celui qui entre dans\nl\u2019anamorphose qu\u2019il sait qu\u2019il est face \u00e0 une \u0153uvre d\u2019art\ndont il ne saisit pas le sens mais qui doit en renfermer un.\nContrairement aux ph\u00e9nom\u00e8nes naturels qui ne semblent pas\nd\u00e9termin\u00e9s, l\u2019anamorphose a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par un artiste qui lui\na donn\u00e9 un sens, ou du moins une raison d\u2019\u00eatre. Par le sentiment\nd\u2019incompr\u00e9hension, le spectateur est simultan\u00e9ment dans une\nrecherche visuelle d\u00e9termin\u00e9e par sa pens\u00e9e et sorti de ses\nhabitudes perspectives quotidiennes. Il observe le lieu, l\u2019espace,\nla forme, la couleur comme des inattendus, lui offrant ainsi l\u2019in\u00e9dit\net la curiosit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la m\u00e9tacognition. Ayant arpent\u00e9\nl\u2019espace, il d\u00e9couvre au d\u00e9tour d\u2019un chemin, \u00e0 un point de vue\nexclusif, l\u2019image non d\u00e9form\u00e9e de l\u2019\u0153uvre. La r\u00e9flexion se\nprolonge apr\u00e8s la contemplation, car l\u2019anamorphose ne cherche pas\nla sid\u00e9ration. L\u2019\u00e9tat de <em>sid\u00e9ration<\/em>\ndavantage cherch\u00e9 par le trompe-l\u2019\u0153il tente de nous m\u00e9duser\nalors que la surprise, au contraire, invite \u00e0 reprendre le mouvement\net voir de plus pr\u00e8s (de plus loin, de mani\u00e8re plus lat\u00e9rale,\netc.) pour analyser le ph\u00e9nom\u00e8ne qui n\u2019\u00e9tait pas anticip\u00e9.\nC\u2019est ce que va faire le spectateur. Alternant du point de vue de\ncelui qui voit \u00e0 celui qui ne voit pas, passant plus ou moins\nrapidement de la forme \u00e0 l\u2019informe, de l\u2019informe \u00e0 la forme.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une\nmultiplicit\u00e9 de chemins\nqui s\u2019ouvre alors aux spectateurs, une multiplicit\u00e9 de chemins\no\u00f9\nl\u2019ind\u00e9cis de l\u2019\u0153uvre se m\u00eale \u00e0 une ind\u00e9cision spatiale. Le\nspectateur se retrouve ainsi conscient d\u2019un&nbsp;\u00e9tat proche de\ncelui du principe d\u2019incertitude d\u2019Heisenberg.\nMerleau-Ponty\nexplique&nbsp;:\nSi\nje suis ici et maintenant, je ne suis pas ici ni maintenant. Si au\ncontraire je tiens mes rapports intentionnels avec le pass\u00e9 et\nl\u2019ailleurs pour constitutifs du pass\u00e9 et de l\u2019ailleurs, si je\nsuis partout o\u00f9 ma perception et ma m\u00e9moire me m\u00e8nent, je ne peux\nhabiter aucun temps et, avec la r\u00e9alit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e qui d\u00e9finit\nmon pr\u00e9sent actuel, dispara\u00eet celle de mes anciens pr\u00e9sents ou de\nmes pr\u00e9sents \u00e9ventuels.<a href=\"#sdfootnote14sym\"><sup>14<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ce\nprincipe d\u2019incertitude est repris humoristiquement par\nMarc\u2011Antoine&nbsp;Mathieu dans une planche de bande-dessin\u00e9e&nbsp;:\n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>&#8211;\nConnaissez-vous le principe d\u2019incertitude&nbsp;? \t<br>\n&#8211; Je n\u2019en\nsuis pas certain. \t<br>\n&#8211; Eh bien, quand vous savez o\u00f9 vous allez,\nvous ignorez o\u00f9 vous \u00eates&nbsp;; et quand vous savez o\u00f9 vous \u00eates,\nvous ignorez o\u00f9 vous allez.<a href=\"#sdfootnote15sym\"><sup>15<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce principe est dans la bande-dessin\u00e9e trait\u00e9\nde mani\u00e8re \u00e0 la fois humoristique et existentialiste, gr\u00e2ce \u00e0 un\nchangement d\u2019\u00e9chelle. Le\nprincipe d\u2019incertitude humain \u00e9nonc\u00e9 par Marc\u2011Antoine&nbsp;Mathieu\nest \u00e0 la fois po\u00e9tique, philosophique et d\u2019une certaine justesse\nillustrative sur le sujet scientifique qu\u2019il m\u00e9taphorise&nbsp;: le\nprincipe d\u2019incertitude d\u2019Heisenberg. Un principe que Stephan\nHawking explique ainsi lorsqu\u2019on cherche \u00e0 pr\u00e9dire la position et\nla vitesse d\u2019une particule il faut&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>[P]ouvoir\nmesurer sa situation actuelle et sa vitesse avec exactitude. Pour ce\nfaire, il faut l\u2019\u00e9clairer. Quelques ondes de cette lumi\u00e8re\nincidente seraient \u00e9parpill\u00e9es par la particule en question,\nindiquant ainsi sa situation. Cependant, on ne sera pas capable de\nd\u00e9terminer cette situation plus exactement que la distance entre les\ncr\u00eates d\u2019ondes de la lumi\u00e8re, aussi aura\u2011t\u2011on besoin\nd\u2019utiliser une lumi\u00e8re de courte longueur d\u2019onde pour obtenir\nune mesure pr\u00e9cise. Selon l\u2019hypoth\u00e8se quantique de Planck, [\u2026]\non doit faire appel au moins \u00e0 un quantum. Celui-ci d\u00e9rangera la\nparticule et modifiera sa vitesse de fa\u00e7on impr\u00e9visible. Mais, plus\non voudra mesurer la position pr\u00e9cis\u00e9ment, plus la longueur d\u2019onde\nde la lumi\u00e8re dont on aura besoin sera courte et, partant, plus\nl\u2019\u00e9nergie du quantum requis sera \u00e9lev\u00e9e. Aussi la vitesse de la\nparticule sera-t-elle fortement perturb\u00e9e.<a href=\"#sdfootnote16sym\"><sup>16<\/sup><\/a>\n<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Stephan Hawking conclut en \u00e9non\u00e7ant le principe\nd\u2019incertitude d\u2019Heisenberg, une propri\u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme\nin\u00e9luctable dans notre monde&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>[P]lus vous\nessaierez de mesurer la position de la particule avec pr\u00e9cision,\nmoins vous disposerez\nd\u2019une valeur pr\u00e9cise pour sa vitesse et vice <\/p>\n\n\n\n<p>versa.<a href=\"#sdfootnote17sym\"><sup>17<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Un principe qu\u2019\u00c9tienne Klein, physicien et\nphilosophe des sciences pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9terminer en ces mots&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>La bonne\nfa\u00e7on d\u2019interpr\u00e9ter le principe d\u2019Heisenberg consiste non pas \u00e0\ndire qu\u2019il est impossible de d\u00e9terminer simultan\u00e9ment la position\net l\u2019impulsion des particules, mais bien plut\u00f4t d\u2019affirmer que\nces derni\u00e8res ne <em>poss\u00e8dent<\/em> jamais ces deux attributs\nsimultan\u00e9ment.<a href=\"#sdfootnote18sym\"><sup>18<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ind\u00e9cis<\/h4>\n\n\n\n<p>L\u2019incertitude humaine est\ntelle qu\u2019on ne peut jamais \u00e9tablir \u00e0 la fois un ancrage \u00e0 l\u2019\u00eatre\net projeter un \u00e9tat de penser. On ne peut donc jamais pleinement se\nconcentrer sur la conscience d\u2019\u00eatre dans un lieu, et celui d\u2019aller\ndans un ailleurs \u00e0 imaginer, comme il est impossible d\u2019\u00eatre \u00e0 la\nfois conscient que l\u2019on pense et penser, comme il est impossible\nd\u2019\u00e9crire en projetant sur la feuille ses pens\u00e9es et fantasmes\ntout en \u00e9tablissant le \u00ab je \u00bb de celui qui \u00e9crit. Je ne peux\njamais penser simultan\u00e9ment \u00e0 ce que je suis au pr\u00e9sent, et songer\n\u00e0 celui que j\u2019\u00e9tais ou celui que je deviendrai. Cet ancrage \u00e0\nl\u2019\u00eatre au pr\u00e9sent, rend impossible la conscience \u00e0 la fois de\nson \u00e9tat d\u2019\u00eatre et de celui de l\u2019activit\u00e9 travers\u00e9e.\nPourtant,\nsi l\u2019incertitude est palpable, m\u00eame incoercible,\nje suis \u00e0 la fois dans un lieu, et allant vers un autre. Ainsi,\ncomme en physique quantique, une certaine superposition des \u00e9tats\ninv\u00e9rifiables par l\u2019exp\u00e9rience de penser existe. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Une superposition notamment mise en \u00e9vidence par\nl\u2019exp\u00e9rience \u00ab des deux fentes \u00bb<a href=\"#sdfootnote19sym\"><sup>19<\/sup><\/a>\nqui consiste \u00e0 faire passer, projeter, des \u00e9lectrons dans deux\nfentes afin d\u2019\u00e9tablir si leur mouvement correspond davantage \u00e0\ndes ondes ou \u00e0 des corpuscules, les r\u00e9sultats sont sid\u00e9rants&nbsp;:\n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Il nous faut\n[\u2026] admettre que les propri\u00e9t\u00e9s que nous attribuons \u00e0 une\nparticule d\u00e9pendent des caract\u00e9ristiques du dispositif dans lequel\nelle \u00e9volue. Si nous utilisons un appareillage rendant impossible\nles chemins indiscernables, c\u2019est l\u2019aspect ondulatoire de la\nparticule qui se manifeste. Mais si nous utilisons un appareillage\npermettant de distinguer les chemins, c\u2019est son aspect\ncorpusculaire qui appara\u00eet.<a href=\"#sdfootnote20sym\"><sup>20<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats sont donc pour le moins paradoxaux.\nAinsi, tel que le d\u00e9crit la physique quantique, une particule peut\navoir un comportement corpusculaire ou un comportement ondulatoire,\nsans \u00eatre ni une onde, ni un corpuscule. \u00catre l\u2019un ou l\u2019autre\nlui imposerait, de fait, l\u2019impossibilit\u00e9 de se comporter comme\nl\u2019autre. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Or la\nphysique quantique va plus loin, elle ne d\u00e9crit, tout d\u2019abord, non\npas un monde fictif, mais au contraire, une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il est\npossible d\u2019exp\u00e9rimenter scientifiquement, et\n\u00e9tablit, de plus, que ce sont justement ces conditions\nexp\u00e9rimentales qui imposent \u00e0 la particule de se d\u00e9terminer.\n\u00c9tienne Klein explique ainsi&nbsp;: \n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Tout se passe\ncomme si la mesure l\u2019avait oblig\u00e9 \u00e0 \u00ab prendre position \u00bb, au\nsens propre comme au sens figur\u00e9.<a href=\"#sdfootnote21sym\"><sup>21<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Plus\npr\u00e9cis\u00e9ment, la mesure semble avoir \u00ab d\u00e9fini \u00bb leur trajectoire\nau sens o\u00f9 elle a impos\u00e9 leur passage par une seule fente. Toute\nmesure appara\u00eet ainsi comme une interaction entre l\u2019objet\nmicroscopique sur lequel on effectue cette mesure et l\u2019appareil de\nmesure proprement dit (qui est, lui, macroscopique). Cette\ninteraction emp\u00eache de faire la part entre ce qui revient en propre\n\u00e0 l\u2019objet mesur\u00e9 et ce qui revient en propre \u00e0 l\u2019appareil de\nmesure, comme si les propri\u00e9t\u00e9s des particules ne pouvaient plus\n\u00eatre d\u00e9tach\u00e9es des conditions de leur manifestation.<a href=\"#sdfootnote22sym\"><sup>22<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ainsi, de mani\u00e8re quasiment incroyable, il est\npossible de consid\u00e9rer que les conditions d\u2019exp\u00e9rimentations sont\ntelles qu\u2019elles interf\u00e9rent sur les r\u00e9sultats eux-m\u00eames. Si dans\nla physique classique une telle interf\u00e9rence \u00e9tait d\u00e9j\u00e0\nperceptible, les scientifiques estimaient jusqu\u2019alors qu\u2019il\ns\u2019agissait seulement d\u2019un d\u00e9placement, un d\u00e9calage, qu\u2019il\n\u00e9tait possible de mesurer et qu\u2019ainsi il \u00e9tait facile de\nl\u2019enlever, de supprimer l\u2019erreur induite pour trouver un r\u00e9sultat\njuste. Mais tout change avec la physique quantique, car les r\u00e9sultats\ndes exp\u00e9rimentations tendent \u00e0 montrer qu\u2019il ne s\u2019agit pas\nd\u2019une simple interf\u00e9rence, mais, \u00e0 la mani\u00e8re dont le disait\nMarc-Antoine Mathieu&nbsp;: d\u2019une cr\u00e9ation. En effet, les\nr\u00e9sultats identiques d\u2019un \u00e9tat, par exemple corpusculaire,\nlorsqu\u2019on refait \u00e0 plusieurs reprises une m\u00eame exp\u00e9rience\ntendent \u00e0 prouver qu\u2019ils sont fiables et non le fruit de la\nprobabilit\u00e9, pourtant leurs contradictions, lorsqu\u2019on varie les\nconditions de l\u2019exp\u00e9rience, tendent, elles, \u00e0 montrer qu\u2019en\nr\u00e9alisant une exp\u00e9rience, on impose \u00e0 la particulaire de se\npositionner, entre onde ou corpuscule, chose qu\u2019elle n\u2019avait pas\nfait suppos\u00e9ment avant. De telles variations sont non seulement\nvraies pour l\u2019\u00e9tat corpusculaire ou ondulatoire de la particule,\nmais aussi concernant la position de son \u00e9lectron, sa trajectoire et\nsa vitesse de d\u00e9placement, ou son spin. Autant d\u2019\u00e9tats qui, par\nla possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre superpos\u00e9s, seraient laiss\u00e9s au flou du\npotentiel et jamais r\u00e9ellement effectif avant d\u2019avoir besoin\nd\u2019\u00eatre tranch\u00e9s. On pense alors \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00eatre superpos\u00e9\nde Mr. Nemo Nobody, qui dans le film additionne plusieurs \u00e9tats\ncontraires&nbsp;: c\u00e9libataire, mari\u00e9 \u00e0 \u00c9lise, mari\u00e9 \u00e0 Anna,\nmari\u00e9 \u00e0 Jeanne, veuf, avec enfant, sans enfant, etc., sans que ces\n\u00e9tats soient incompatibles avant d\u2019\u00eatre face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de\nd\u00e9cider. Or ce choix ne se fait que par la contrainte ext\u00e9rieure\ndes conditions d\u2019exp\u00e9rimentation de ses parents, observant ainsi\nqui des deux a \u00e9t\u00e9 choisi, qu\u2019elle fente, A ou B a \u00e9t\u00e9 choisie,\nle contraignant \u00e0 un statut, lui pour qui, ne pas choisir, \u00e9tait\nd\u00e9j\u00e0 faire un choix.<\/p>\n\n\n\n<p>La physique quantique\nen offrant au quantum une superposition des \u00e9tats, offrent \u00e0 la\nspatialisation et \u00e0 la localisation une d\u00e9termination flottante et\n\u00e9quivoque, une ind\u00e9termination.<\/p>\n\n\n\n<p>Richard Feynman\nsynth\u00e9tise les diff\u00e9rentes trajectoires que peuvent ainsi prendre\nles quantas, et trace math\u00e9matiquement une int\u00e9grale, telle une\narborescence labyrinthique, de toutes les mani\u00e8res pour un photon,\nde rejoindre le point B du point A, de la ligne droite aux\ntrajectoires les plus contre intuitives possibles. Chaque chemin\npotentiel est pris en consid\u00e9ration, le scientifique nous offre\nalors l\u2019imaginaire d\u2019une arborescence magnifique de l\u2019id\u00e9e de\npotentiel. Une image r\u00eav\u00e9e et r\u00eaveuse rejoignant \u00e0 la fois\nl\u2019anamorphose, les fictions labyrinthique de Borges, et le film de\nJaco Van Domael, Mr Nobody. Comme le soulevait Bachelard dans la\n<em>Po\u00e9tique de l\u2019espace.<\/em> \n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>[N]ous\nne devons pas oublier qu&rsquo;il existe une r\u00eaverie de l&rsquo;homme qui\nmarche. Une r\u00eaverie du chemin.<a href=\"#sdfootnote23sym\"><sup>23<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La r\u00eaverie de\nchemins est typique, elle se d\u00e9cline dans divers motifs, elle \u00e9pouse\ntous les paradoxes lorsque dans les r\u00eaves, au cours de son parcours,\nalors que le sentier paraissait normal, il devient inqui\u00e9tant,\nlabyrinthique, multiple, agressif, mou tel du sable mouvant ou du\ncoton alors qu\u2019il semblait calme et serein, ou au contraire, il se\nfait bucolique, paisible, d\u00e9gag\u00e9 et prometteur alors qu\u2019il\nsemblait effrayant. Le chemin est particuli\u00e8rement prompt \u00e0 montrer\ncette duplicit\u00e9 du r\u00eave puisqu\u2019il se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois comme en\n\u00e9volution dans le temps du parcours, et reliant deux objets\npotentiellement oppos\u00e9s. \n\n<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\nVirtuel<\/h4>\n\n\n\n<p>Mais le chemin d\u00e9fini\npar Feynman rev\u00eat un caract\u00e8re qui le rapproche encore davantage du\nr\u00eave et de l\u2019anamorphose&nbsp;: il est virtuel. C\u2019est la raison\npour laquelle les rails ferroviaires, s\u2019ouvrant sur une\nmultiplicit\u00e9 de possibles ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour illustrer le film\n<em>Mr. Nobody<\/em>. L\u2019enfant est face \u00e0 des voies qui se s\u00e9parent\npour symboliser les diff\u00e9rents chemins qui s\u2019ouvrent \u00e0 lui, les\ndiff\u00e9rentes potentialit\u00e9s entre lesquelles il va devoir choisir,\nles diff\u00e9rents destins qui nous seront expos\u00e9s dans le film. Mais\nces chemins, comme ces vies ne sont que la projection que l\u2019enfant\nen fait. Elles sont en effet potentielles, puisqu\u2019elles sont\noffertes par le choix d\u00e9cisif auquel il fait face, mais pourtant,\ntant qu\u2019aucune n\u2019est parcourue, elles restent virtuelles, des\nprojections \u00e0 actualiser en faisant un choix qui annulerait toutes\nles autres. Pourtant, dans le film, la question du choix est d\u00e9crite\ncomme irr\u00e9solue ou insoluble. Les vies s\u2019entrem\u00ealent, se\nr\u00e9pondent, se contaminent, \u00e0 la fois parfaitement d\u00e9termin\u00e9es et\nd\u00e9terminables par le choix qui a \u00e9t\u00e9 fait, mais parall\u00e8lement,\njamais totalement \u00e9tanches les unes aux autres. Dans le dialogue de\nfin, le journaliste qui essaye d\u2019\u00e9crire la vie du protagoniste\ns\u2019\u00e9tonne et s\u2019\u00e9nerve&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Le journaliste&nbsp;: Tout ce que\nvous dites se contredit. Vous ne pouvez pas avoir \u00e9t\u00e9 dans deux\nendroits en m\u00eame temps.\t <br>\nNemo&nbsp;vieux : Vous voulez dire\nqu&rsquo;il nous faut choisir.\t <br>\nLe journaliste&nbsp;: De toutes ces\nvies\u2026 laquelle est la bonne ?\t <br>\nNemo&nbsp;vieux : Chacune de\nces vies est la bonne. Chaque chemin est le bon chemin. \u00a0\u00bb&nbsp;Tout\naurait pu \u00eatre n&rsquo;importe quoi d&rsquo;autre et aurait eu tout autant de\nsens.&nbsp;\u00a0\u00bb Tennessee Williams.<a href=\"#sdfootnote24sym\"><sup>24<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Citant de m\u00e9moire la nouvelle&nbsp;: <em>Mal\u00e9diction<\/em>\nde Tennessee Williams, le personnage r\u00e9alise simultan\u00e9ment une\nexplication du film, une analyse de la virtualit\u00e9, une r\u00e9flexion\nm\u00e9taphysique relativiste sur le sens de la vie, et une m\u00e9taphore de\nla physique quantique. En effet, cette virtualit\u00e9 des chemins est\nparticuli\u00e8rement novatrice et pouss\u00e9e dans les extr\u00e9mit\u00e9s que\nnous lui avons d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat\u00e9 quand elle est associ\u00e9e au principe\nd\u2019incertitude et \u00e0 la superpositions des \u00e9tats, les deux th\u00e9ories\nles plus paradoxales, imaginatives et cr\u00e9atives de la science.\n\u00c9tienne Klein nous explique&nbsp;: \n\nLa\nnotion de trajectoire, si fondamentale en physique classique,\ns\u2019effondre litt\u00e9ralement. En effet, observant les interf\u00e9rences,\nnous ne pouvons pas pr\u00e9ciser quel fut le parcours des particules\nentre la source et l\u2019\u00e9cran. [&#8230;] Elles n\u2019apparaissent qu\u2019ici\nou l\u00e0 lors d\u2019une mesure, c\u2019est dire lorsqu\u2019elles sont\nd\u00e9tect\u00e9es par un appareil con\u00e7u pour effectuer cette d\u00e9tection.\nIl n\u2019est m\u00eame pas possible de leur attribuer <em>en\npens\u00e9e<\/em>,\ndans l\u2019intervalle s\u00e9parant deux mesures, une trajectoire bien\nd\u00e9finie, c\u2019est-\u00e0-dire les imaginer occupant \u00e0 chaque point un\nlieu pr\u00e9cis.<a href=\"#sdfootnote25sym\"><sup>25<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les espaces qu\u2019occupent les particules\nlorsqu\u2019elles parcourent un espace ne peuvent se d\u00e9terminer sur la\ntotalit\u00e9 de leur trajectoire. Elles n\u2019apparaissent qu\u2019\u00e0 des\npoints distincts quand on leur impose de faire un choix, quand on\nleur demande de prendre position, quand on les localise gr\u00e2ce \u00e0 des\nappareils de mesure. Il est pourtant impossible de r\u00e9aliser des\nmesures pour d\u00e9terminer suffisamment de points pour \u00e9tablir un\nchemin. La particule a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9e ici et l\u00e0 mais entre les\ndeux le flou reste le plus total. Ou plut\u00f4t le virtuel le plus\ntotal. C\u2019est l\u00e0, la prouesse de la particule, se d\u00e9placer sans\njamais s\u2019incarner d\u00e9finitivement dans une trajectoire. Traverser\nun espace, sans pour autant choisir un chemin pour le parcourir. Se\nsituer \u00e0 diff\u00e9rentes intersections sans qu\u2019un d\u00e9placement\nlogique puisse s\u2019inscrire du d\u00e9but \u00e0 la fin. On retrouve alors\nvraiment la trame spatio-temporelle du film de Jaco Van Dormael. Le\npersonnage se retrouve \u00e0 diff\u00e9rentes intersections de sa vie\ncontradictoires les unes par rapport aux autres, simultan\u00e9ment dans\ndes branches diff\u00e9rentes de sa vie correspondant \u00e0 des destins\npotentiels, comme si seul le focus de la cam\u00e9ra ou l\u2019histoire\n\u00e9crite par l\u2019enfant lui imposait de prendre une d\u00e9cision\ntemporelle de vie. Pourtant, une telle d\u00e9cision n\u2019impacte pas les\nautres potentialit\u00e9s qu\u2019elles devraient cependant annuler. Stephan\nHawking nous livre une analyse qui correspond parfaitement \u00e0 la\nstructure narrative de la pellicule. \n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Dans cette\napproche, une particule n&rsquo;a pas une seule trajectoire, comme ce\nserait le cas dans une th\u00e9orie classique. Au contraire, on suppose\nqu&rsquo;elle suit toutes les trajectoires possibles de l&rsquo;espace-temps.<a href=\"#sdfootnote26sym\"><sup>26<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 coup, le virtuel ne s\u2019incarne plus\nseulement dans le futur, comme une potentialit\u00e9 \u00e0 actualiser pour\nqu\u2019elle se r\u00e9v\u00e8le exacte, mais comme un pr\u00e9sent superpos\u00e9.\nComme le dit le personnage de <em>Mr.&nbsp;Nobody<\/em>, aucune vie n\u2019a\nplus de sens que les autres puisqu\u2019elles sont toutes coh\u00e9rentes et\nconcomitantes et trouvent leurs raisons d\u2019\u00eatre dans la succession\nd\u2019\u00e9v\u00e9nements qu\u2019elles impliquent. La coh\u00e9rence n\u2019est jamais\ncr\u00e9\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s-coup, lorsqu\u2019on tente de commenter ce qui s\u2019est\nfait sans autre logique que celle de leur existence. Dans le film,\nchaque vie, bien qu\u2019aussi diff\u00e9rentes voire contradictoires les\nunes aux autres que les images rassembl\u00e9es d\u2019un r\u00eave, est\nparfaitement \u00e9crite \u2013  et pour cause, elles sont sc\u00e9naris\u00e9es \u2013\net donc pleinement justifiable. Mais en reprenant la phrase de\nTennessee\nWilliams, l\u2019auteur nous fait relativiser aussi l\u2019incoh\u00e9rence de\nnos vies. La coh\u00e9rence est en effet si naturelle qu\u2019elle ne peut\nqu\u2019\u00eatre cr\u00e9\u00e9e.\nEt tout alors se justifie, plus dans la vie encore que dans la\nfiction, puisque les \u00e9v\u00e9nements arrivent et que l\u2019\u00eatre essaye\nd\u2019y r\u00e9pondre du mieux possible. C\u2019est ce mieux-l\u00e0 qui cr\u00e9e la\ncoh\u00e9rence ou l\u2019illusion de coh\u00e9rence qui nous rassure. Mais Jaco\nVan Dormael, en se basant sur la citation de l\u2019auteur am\u00e9ricain,\nrelativise ses propos puisqu\u2019il affirme que toutes ces vies ont\nautant de sens les unes que les autres. Gr\u00e2ce \u00e0 la narration du\nfilm, ces vies ne sont pas seulement contenues \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019id\u00e9es,\nde possibles, de potentiels, elles se r\u00e9alisent \u00e0 l\u2019\u00e9cran sous\nnos yeux, toutes incarnant une v\u00e9rit\u00e9, sans qu\u2019aucune ne soit\nprivil\u00e9gi\u00e9e sur les autres. On fait alors face, par la\nfictionnalisation du virtuel, \u00e0 ce qu\u2019\u00c9lie&nbsp;During nomme la\n<em>multiplication\ndu r\u00e9el<\/em>.\n\n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>La puissance\ndu virtuel se signale par cette \u00ab&nbsp;multiplication du r\u00e9el&nbsp;\u00bb\nqui fait coexister les h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes dans un syst\u00e8me de relations\nmouvantes.<a href=\"#sdfootnote27sym\"><sup>27<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9el, comme en m\u00e9canique quantique, se multiplie gr\u00e2ce au virtuel qui permet d\u2019associer diff\u00e9rents \u00e9tats de possibles pourtant incompatibles, de donner existence \u00e0 ce qui n\u2019est que possible. Le film<em>Mr. Nobody<\/em>en est, en effet, une magnifique interpr\u00e9tation, tout ce qui s\u2019incarne \u00e0 la fois \u00e9tant absolument virtuel, puisqu\u2019il s\u2019agit des diff\u00e9rentes vies potentielles du jeune gar\u00e7on, mais sans se distinguer de la r\u00e9alit\u00e9, en \u00e9tant chacune et toutes le r\u00e9el. Nous faisons face \u00e0 un film et \u00e0 une narration kal\u00e9idoscopique, une vie fragment\u00e9e qui se divise \u00e0 chaque choix d\u2019avenir, pour ne pas nous pr\u00e9senter une seule potentialit\u00e9, mais tous les virtuels qui s\u2019ouvrent comme autant de chemins \u00e0 arpenter. La structure est ainsi tr\u00e8s proche de celle de la fiction de Borges\u00a0: <em>Le jardin aux sentiers qui bifurquent<\/em>, v\u00e9ritable incarnation litt\u00e9raire de la notion de virtuel, puisqu\u2019\u00e0 chaque instant, tous les potentiels qui s\u2019ouvrent ne s\u2019annulent pas, mais se vivent en parall\u00e8le, en simultan\u00e9, dans une multiplication du r\u00e9el qui superpose les diff\u00e9rents \u00e9tats contradictoires plut\u00f4t que d\u2019en \u00e9tablir un comme \u00e9tant et annihilant les autres. L\u2019auteur mexicain cr\u00e9e alors un labyrinthe de potentialit\u00e9, proche de ce qu\u2019il d\u00e9crit dans <em>Le labyrinthe de Babel <\/em>mettant en sc\u00e8ne un labyrinthe de lettres, formant en d\u00e9formant des mots, certains compr\u00e9hensibles, certains incompr\u00e9hensibles. Un cheminement dans l\u2019alphabet \u00e0 la fois in\u00e9puisable et intarissable de sens, de non-sens, d\u2019expressions et de sensations. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9puisement\ndes chemins est le m\u00eame parcours que va emprunter le spectateur face\n\u00e0 une anamorphose, cherchant toujours \u00e0 actualiser son point de\nvue, tant\u00f4t pour r\u00e9v\u00e9ler la forme en puissance, virtuelle, tant\u00f4t\npour l&rsquo;effacer. Les notions de r\u00e9el et de virtuel deviennent alors\nfloues. Dans cet art de la d\u00e9formation de l\u2019image,\nparticuli\u00e8rement, l&rsquo;opposition entre virtuel et actuel se dilate, se\nd\u00e9lite, semble devenir aux contacts de ces \u0153uvres, presque\ninvisible, impensable. Cet av\u00e8nement du virtuel nous est d\u00e9crit par\nGeorges Didi-Huberman. \n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\nde la virtutis, ce qui est en puissance, ne donne jamais une\ndirection \u00e0 suivre par l&rsquo;\u0153il, ni\nun sens univoque de la lecture. Cela ne veut pas dire qu&rsquo;il est d\u00e9nu\u00e9\nde sens. Au contraire : Il tire de son esp\u00e8ce de n\u00e9gativit\u00e9 la\nforce d&rsquo;un d\u00e9ploiement multiple, il rend possible non pas une ou\ndeux significations univoques mais des constellations enti\u00e8res de\nsens, qui sont l\u00e0 comme des r\u00e9seaux dont nous devrons accepter de\nne jamais conna\u00eetre la totalit\u00e9 ni la cl\u00f4ture contraint que d&rsquo;en\nsimplement en parcourir incompl\u00e8tement le labyrinthe virtuel.<a href=\"#sdfootnote28sym\"><sup>28<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce labyrinthe de\npotentialit\u00e9, ces constellations de sens qui immergent de l\u2019\u0153uvre\nou au contraire se d\u00e9truisent, s\u2019effondrent, sont la puissance de\nla pratique artistique. Elles peuvent faire surgir une multitude de\nchemins pour le regard, une pluralit\u00e9 de sens, sans g\u00e9n\u00e9rer du\nnon-sens, mais au contraire en s\u2019affirmant comme \u00e9quivoque plus\nqu\u2019univoque. L\u2019\u0153il n\u2019a pas une direction \u00e0 suivre, il cr\u00e9e\net se cr\u00e9e son propre cheminement de regard, de sens, et de formes.\nIl ouvre des r\u00e9seaux dont nous devrons accepter de ne jamais\nconna\u00eetre la totalit\u00e9, l\u2019exhaustivit\u00e9 et l\u2019absolu du visible y\n\u00e9tant totalement absents. C\u2019est cette multiplicit\u00e9 qui fait de\nl\u2019\u0153uvre une image virtuelle, o\u00f9 les potentiels ne sont pas en\nconcurrence mais r\u00e9unis. Envisager une telle pratique de la\nvirtualit\u00e9 non plus en image ou en litt\u00e9rature mais en espace donne\nde la profondeur \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9. Le chemin du regard s\u2019incarne\ncomme de v\u00e9ritables sentiers \u00e0 parcourir, les possibles se\nd\u00e9clinent dans l\u2019espace plut\u00f4t que dans la pens\u00e9e, et le\ndynamisme de la virtualit\u00e9 recomposant \u00e0 chaque instant les\nrelations de potentialit\u00e9 dans un mouvement cin\u00e9tique jamais fig\u00e9.\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ambigu\u00eft\u00e9\nest celle que Felice Varini, et plus encore, Georges Rousse\ntravaillent dans leurs photographies. En effet, les formes qui\nsurgissent sur l\u2019image semblent avoir \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es\nvirtuellement. Georges Rousse se d\u00e9fend, notamment en interview, de\ntoute utilisation de la retouche d\u2019image par le biais de logiciel\nnum\u00e9rique. Cette n\u00e9cessit\u00e9 de noter l\u2019inscription de la forme\npar sa plasticit\u00e9 dans le r\u00e9el est le signe de la proximit\u00e9 de la\npratique, ou plus exactement, des images g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la pratique,\net de celles g\u00e9n\u00e9r\u00e9es num\u00e9riquement. En effet, gr\u00e2ce aux progr\u00e8s\ndes logiciels de photomontage n\u00e9s dans les ann\u00e9es 1990, il serait\nais\u00e9 de reproduire les \u0153uvres de l\u2019artiste fran\u00e7ais par une\nsimple superposition de la forme dans le lieu, en jouant sur des\nfiltres et sur l\u2019opacit\u00e9 pour lui restituer sa plasticit\u00e9. Mais,\nsi \u00e0 premi\u00e8re vue, les images seraient \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre,\nsemblables, \u00e0 mieux y regarder, une version totalement num\u00e9rique\nserait d\u00e9nu\u00e9e de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de la photographie de l\u2019artiste,\ncette \u00e9tranget\u00e9 est celle qui lui donne \u00e0 la fois son int\u00e9r\u00eat et\nsa curiosit\u00e9. C\u2019est le signe de l\u2019inscription de la forme au\nsein du r\u00e9el. Les formes n\u2019en sont pourtant pas moins virtuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est tout le paradoxe dans lequel s\u2019offre\nl&rsquo;anamorphose&nbsp;: en devenant actuelle,\nelle ne cesse d&rsquo;\u00eatre virtuelle. Tout est possible et reste possible\nen \u00e9tant. Cette pratique rejoint donc le concept d\u2019image\u2011cristal.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>L\u2019image-cristal,\nau sens o\u00f9 l\u2019entend Deleuze, serait une image biface r\u00e9sultant de\nla coexistence de la coalescence d\u2019une image actuelle et de son\nimage virtuelle, \u00e0 l\u2019instar du pr\u00e9sent coexistant avec son propre\nsouvenir.<a href=\"#sdfootnote29sym\"><sup>29<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans\ncet extrait de <em>Faux raccords<\/em>, \u00c9lie During revient sur le\nconcept que Deleuze d\u00e9veloppe dans le quatri\u00e8me chapitre de <em>L\u2019image\ntemps<\/em>, d\u00e9crivant l\u2019association de l\u2019image actuelle \u00e0\nl\u2019image virtuelle au cin\u00e9ma. L\u2019image-cristal est ainsi la\nr\u00e9union de l\u2019actuel et de tous les virtuels potentiels r\u00e9unis de\nmani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019ils ne soient plus discernables. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Or,\nappliquer le concept d\u2019image-cristal, non plus au cin\u00e9ma, mais \u00e0\nla pratique de l\u2019anamorphose permet d\u2019envisager cette relation de\nmani\u00e8re encore plus intime. En effet, lorsque le spectateur chemine\ndans l\u2019\u0153uvre, une pluralit\u00e9 d\u2019images lui fait face, des images\nqu\u2019il faudra \u00e0 chaque instant r\u00e9actualiser pour qu\u2019elles\noffrent une nouvelle facette de leur image cristalline. \u00c0 chaque\ninstant, de nouvelles images seront g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, actualis\u00e9es, les\nfaisant passer d\u2019un statut de virtualit\u00e9 \u00e0 un statut d\u2019actualit\u00e9.\nMais alors que ce qui \u00e9tait potentiel dans le r\u00e9el, une fois pass\u00e9\nau statut d\u2019actuel, ne pouvait pas y revenir, de par\nl\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 de la fl\u00e8che du temps, chaque point de vue y\nreplonge \u00e0 l\u2019infini lorsque le spectateur se d\u00e9place.\nL\u2019anamorphose ne peut se lire qu\u2019en pensant \u00e0 une infinit\u00e9 de\nchemins virtuellement ouverts, une infinit\u00e9 d\u2019images\nkal\u00e9idoscopiques qui s\u2019associent et se succ\u00e8dent les unes aux\nautres. L\u2019\u0153uvre est totalement virtuelle puisqu\u2019elle n\u2019existe\nactuellement que gr\u00e2ce au regard du spectateur qui lui offre, en la\nparcourant, une image. Pourtant, aussi vite qu\u2019elle s\u2019est\nactualis\u00e9e, l\u2019image sombre \u00e0 nouveau dans la virtualit\u00e9 de\nlaquelle elle avait pourtant immerg\u00e9. Elle ne laisse qu\u2019une trace\ndans le souvenir de celui qui l\u2019a vu appara\u00eetre et dispara\u00eetre.\nL\u2019image est ainsi r\u00e9elle et virtuelle. Mais elle est aussi\npotentielle et potentiellement actuelle. Cette dialectisation\npermanente du r\u00e9el et du virtuel, mais plus encore du possible et de\nl\u2019actuel est d\u00e9crit par Dario Gamboni, au sujet des images\ndoubles. Il explique&nbsp;: \n<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>J\u2019ai propos\u00e9 de baptiser \u00ab\nimages potentielles<a href=\"#sdfootnote30sym\"><sup>30<\/sup><\/a>\n\u00bb des aspects \u00e9tablis de leur virtualit\u00e9 par l\u2019artiste, mais\nd\u00e9pendant pour leur actualisation du spectateur.<a href=\"#sdfootnote31sym\"><sup>31<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les\nanamorphoses s\u2019affichent ainsi comme des images potentielles, des\nimages qui n\u00e9cessitent la pr\u00e9sence, le regard, l\u2019action du\nspectateur pour sortir de leur virtualit\u00e9. La forme oscille entre\nson statut d\u2019image et de non-image, \u00e0 la mani\u00e8re dont le chat de\nSchr\u00f6dinger superpose l\u2019\u00e9tat de vie et de mort. L\u2019\u0153uvre g\u00e9n\u00e8re\nalors, comme le dit Dario Gamboni, des images et des id\u00e9es qui\nd\u00e9passent ce que l\u2019artiste avait con\u00e7u ou imagin\u00e9. Le spectateur\nvoit l\u2019\u0153uvre comme l\u2019artiste ne l\u2019a jamais vue, initiant un\nparcours toujours in\u00e9dit dans l\u2019espace.\nIl\ny aura toujours plus de choses dans un coffret ferm\u00e9 que dans un\ncoffret ouvert. La v\u00e9rification fait mourir les images. Toujours\nimaginer sera plus grand que vivre.&nbsp;<a href=\"#sdfootnote32sym\"><sup>32<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote1anc\">1<\/a>J.\n\tBaltrusaitis,\n\t<em>Les\n\tperspectives d\u00e9prav\u00e9es\u202f: Tome 2, Anamorphoses<\/em>,\n\tParis, Editions Flammarion, 2008, p.&nbsp;7<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote2anc\">2<\/a>H\u00e9siode,\n\t<em>La\n\tTh\u00e9ogonie Les travaux et les jours<\/em>,\n\tM.-C. Leclerc (\u00e9d.), P. Brunet (trad.), Paris, Librairie g\u00e9n\u00e9rale\n\tfran\u00e7aise, 1999, p.&nbsp;31<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote3anc\">3<\/a>J.\n\tBaltrusaitis<em>,\n\tLes perspectives d\u00e9prav\u00e9es,\u202fIbid.<\/em>,\n\tp.&nbsp;51<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote4anc\">4<\/a>D.\n\tDiderot,\n\tD. Alembert\n\tet Soci\u00e9t\u00e9\n\tdes gens de lettres,\n\t<em>Encyclop\u00e9die,\n\tou Dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences, des arts et des m\u00e9tiers ,\n\trecueilli des meilleurs auteurs et particuli\u00e8rement des\n\tdictionnaires anglais de Chambers, d\u2019Harris, de Dyche, etc. par\n\tune Soci\u00e9t\u00e9 de gens de lettres, mis en ordre et publi\u00e9 par M.\n\tDiderot, et quant \u00e0 la partie math\u00e9matique par M. d\u2019Alembert,&#8230;\n\tDix volumes in-folio dont deux de planches&#8230; propos\u00e9s par\n\tsouscription<\/em>,\n\tParis, Briasson David Le Breton, 1751, p.&nbsp;404<\/p>\n\n\n\n<p>\n\t<em><a href=\"#sdfootnote5anc\">5<\/a>Id.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote6anc\">6<\/a>M.\n\tMerleau-Ponty,\n\t<em>\u0152uvres<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;1640&nbsp;; M. Merleau-Ponty\n\tet C. Lefort,\n\t<em>Le\n\tVisible et l\u2019Invisible \/ Notes de travail<\/em>,\n\tParis, Gallimard, 1979<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote7anc\">7<\/a>M.\n\tMerleau-Ponty,\n\t<em>\u0152uvres<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;690<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote8anc\">8<\/a>H.\n\tMaldiney\n\t<em>et&nbsp;al.<\/em>,\n\t<em>Regard,\n\tparole, espace<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;33<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote9anc\">9<\/a>Regard\n\tobjectif \u00e0 mettre en parall\u00e8le avec celui de l\u2019appareil\n\tphotographique, voir la description de l\u2019\u00e9volution du travail de\n\tGeorges Rousse, travaillant de nombreuses ann\u00e9es durant, uniquement\n\ten photographie avant d\u2019ouvrir ses installations au public.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote10anc\">10<\/a>M.\n\tMerleau-Ponty,\n\t<em>\u0152uvres<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>\n\tp. 730<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote11anc\">11<\/a>Pensons\n\tpar exemple aux agrandissements de photographies de Thomas dans <em>Blow\n\tUp<\/em> de Michelangelo Antonioni, 1966, et particuli\u00e8rement au\n\tdialogue o\u00f9 il explique \u00e0 sa voisine qu\u2019il a assist\u00e9 \u00e0 un\n\tcrime. Elle lui demande alors&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-How did it happen&nbsp;?\t\t\t\t\t\t\t&#8211; Que s\u2019est-il\n\tpass\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-I don\u2019t know. I didn\u2019t see.\t\t\t\t\t\t\t&#8211; Je ne\n\tsais pas. Je n\u2019ai pas vu.<\/p>\n\n\n\n<p>-You didn\u2019t see&nbsp;?\t\t\t\t\t\t\t\t&#8211; Tu n\u2019as\n\tpas vu&nbsp;? \n\t<\/p>\n\n\n\n<p>-No. (\u2026) That\u2019s the body. <em>Indiquant du\n\tregard une photographie.\t\t&#8211; <\/em>Non.&nbsp;(&#8230;)Voil\u00e0\n\tle corps.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; <\/em>Looks\n\tlike one of Bill\u2019s paintings.\t\t\t\t\t\t&#8211; On dirait un tableau de Bill.\n\t<br>\n\tLes peintures de Bill \u00e9tant des tableaux abstraits (m\u00e9lange\n\tde cubisme et d\u2019action painting).<br>\n<br>\nCe film traite de\n\tquestions analogues \u00e0 l\u2019anamorphose sur les questions de points\n\tde vue, d\u2019interpr\u00e9tation et d\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote12anc\">12<\/a>H.\n\tMaldiney\n\t<em>et&nbsp;al.<\/em>,\n\t<em>Regard,\n\tparole, espace<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>\n\tp. 49<\/p>\n\n\n\n<p>\n\t<a href=\"#sdfootnote13anc\">13<\/a>H.\n\tMaldiney <em>et&nbsp;al.<\/em>,\n\t<em>Regard, parole, espace<\/em>, <em>op.&nbsp;cit.<\/em> p. 82<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote14anc\">14<\/a>M.\n\tMerleau-Ponty,\n\t<em>\u0152uvres<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;1031<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote15anc\">15<\/a>M.-A.\n\tMathieu,\n\t<em>Julius\n\tCorentin Acquefacques T06 Le d\u00e9calage<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;23<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote16anc\">16<\/a>S.\n\tHawking,\n\t<em>Une\n\tbr\u00e8ve histoire du temps<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;66<\/p>\n\n\n\n<p>\n\t<em><a href=\"#sdfootnote17anc\">17<\/a>Id.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote18anc\">18<\/a>\u00c9.\n\tKlein,\n\t<em>Petit\n\tvoyage dans le monde des quanta<\/em>,\n\tParis, Flammarion, 2016, 1&nbsp;vol., p.&nbsp;56<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote19anc\">19<\/a><em>Ibid.<\/em>,\n\tp.&nbsp;25-40<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote20anc\">20<\/a><em>Ibid.<\/em>,\n\tp.&nbsp;35<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote21anc\">21<\/a>\u00c9.\n\tKlein,\n\t<em>Petit\n\tvoyage dans le monde des quanta<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;87<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote22anc\">22<\/a><em>Ibid.<\/em>,\n\tp.&nbsp;36<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote23anc\">23<\/a>G.\n\tBachelard,\n\t<em>La\n\tpo\u00e9tique de l\u2019espace<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>\n\tp. 29<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote24anc\">24<\/a>J.\n\tVan\n\tDormael,\n\t<em>Mr.\n\tNobody<\/em>,\n\t2009, <em>op.&nbsp;cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote25anc\">25<\/a>\u00c9.\n\tKlein,\n\t<em>Petit\n\tvoyage dans le monde des quanta<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;39<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote26anc\">26<\/a>S.\n\tW. Hawking,\n\t<em>Une\n\tbr\u00e8ve histoire du temps<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>\n\tp. 174<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote27anc\">27<\/a>\u00c9.\n\tDuring,\n\t<em>Faux\n\traccords<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;116<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote28anc\">28<\/a>G.\n\tDidi-Huberman,\n\t<em>Devant\n\tl\u2019image<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;27<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote29anc\">29<\/a>\u00c9.\n\tDuring,\n\t<em>Faux\n\traccords<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\n\tp.&nbsp;75<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote30anc\">30<\/a><em>Ibid.<\/em>,\n\tp.&nbsp;19 Dario Gamboni, Images\n\tpotentielles \u2013 Ambigu\u00eft\u00e9 et ind\u00e9termination en art moderne,\n\tDijon, Les presses du r\u00e9el<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote31anc\">31<\/a><em>Ibid.<\/em>,\n\tp.&nbsp;17<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote32anc\">32<\/a>G.\n\tBachelard,\n\t<em>La\n\tpo\u00e9tique de l\u2019espace<\/em>,\n\t<em>op.&nbsp;cit.<\/em>\n\tp. 90<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019esquisse et l\u2019ind\u00e9cis \u00c0 rebours de la forme L\u2019anamorphose Pour commencer, je dois dire, non sans une part de honte et de culpabilit\u00e9, que je n\u2019ai pas pu travailler la pr\u00e9sentation que je vais donner aujourd\u2019hui aussi pr\u00e9cis\u00e9ment que j\u2019aurais aim\u00e9 le faire. 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