{"id":758,"date":"2020-04-25T10:30:11","date_gmt":"2020-04-25T09:30:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/?p=758"},"modified":"2023-09-06T17:45:22","modified_gmt":"2023-09-06T16:45:22","slug":"effacer-le-poeme-afin-de-vraiment-lecrire-mylene-duc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/effacer-le-poeme-afin-de-vraiment-lecrire-mylene-duc\/","title":{"rendered":"Effacer le po\u00e8me afin de vraiment l\u2019\u00e9crire \u2014 Myl\u00e8ne Duc"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019esquiss\u00e9,\nl\u2019ind\u00e9cis int\u00e9ressent naturellement le peintre. Je travaille personnellement sur\nde grandes peintures destin\u00e9es \u00e0 s\u2019effacer avec le temps. Je ne fixe pas les\npigments et mes toiles tendent \u00e0 disparaitre rapidement pan par pan. En\nelle-m\u00eame, toute peinture est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019effacement. Et c\u2019est ce qui explique\nsans doute notre ent\u00eatement \u00e0 restaurer les \u0153uvres. Ce n\u2019est pas le c\u0153ur de mon\npropos mais la chose va sous tendre toute ma r\u00e9flexion et va me permettre de l\u2019\u00e9tendre\ndu tableau au po\u00e8me, jusqu\u2019\u00e0 tenter une po\u00e9tique g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019effacement.\nJusqu\u2019o\u00f9 quelque chose peut naitre de l\u2019effacement et comment et jusqu\u2019o\u00f9\npeut-on faire \u0153uvre dans l\u2019effacement&nbsp;? Je vais me frayer un chemin \u00e0\ntravers des exemples&nbsp;\u00e0 priori h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes : la dilution mystique, la\ndispersion d\u2019une fresque antique, l\u2019histoire d\u2019un tableau-disparaissant, L\u2019effacement\nn\u2019est-il qu\u2019une fa\u00e7on de mettre \u00e0 nu le&nbsp; \u00ab&nbsp;rien du c\u0153ur&nbsp;\u00bb de\nl\u2019\u0153uvre (Alain Borne) &nbsp;ou peut-il constituer\nquelque chose comme son origine m\u00eame \u00e0 venir? <\/p>\n\n\n\n<p>Je pars donc d\u2019un\npo\u00e8me d\u2019Alain Borne qui constitue l\u2019\u00e9pine dorsale de son recueil <em>Le<\/em> <em>Plus\ndoux poignard<\/em>, parce qu\u2019il y d\u00e9termine l\u2019\u00e9criture du po\u00e8me dans son\nretournement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Je ne suis pas encore m\u00fbr pour effacer le po\u00e8me afin de vraiment l\u2019\u00e9crire. Je devrais l\u2019\u00e9craser comme un insecte et \u00e9crire de sa poudre. Nacelle o\u00f9 je m\u2019aventure, j\u2019aime la courbe de ton balancier qui pourtant m\u2019\u00e9c\u0153ure. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avancer dans le neuf et le vif, voici l\u2019art. Montrer son c\u0153ur avec des doigts sans gants ni bagues et un c\u0153ur nettoy\u00e9&nbsp;: montrer le rien du c\u0153ur dans le rien de la main, au creux n\u00e9ant de la prison<\/em>\u00ab\u00a0<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait ne plus arr\u00eater de tourner autour de ce po\u00e8me. &nbsp;Partir de son premier vers et y revenir sans cesse. Il y a plein dans ce po\u00e8me des facettes m\u00e9lancoliques, d\u2019autres joyeuses. Il y est question du corps et de la mort. La premi\u00e8re strophe dessine un effacement initial en tant qu\u2019origine m\u00eame du po\u00e8me. \u00ab&nbsp;Ecraser un insecte et \u00e9crire de sa poudre&nbsp;\u00bb nous aide imm\u00e9diatement \u00e0 comprendre la dimension imp\u00e9n\u00e9trable de l\u2019effacement. La seconde strophe montre que si on ne peut partir de l\u2019effacement, l\u2019art consiste \u00e0 en mimer les effets. Lorsqu\u2019on n\u2019est pas encore m\u00fbr pour \u00ab&nbsp;effacer le po\u00e8me&nbsp;\u00bb au pr\u00e9alable et d\u2019un coup, on ne peut paradoxalement qu\u2019 \u00ab&nbsp;avancer dans le neuf et le vif&nbsp;\u00bb. Dans cette perspective, l\u2019effacement est une mani\u00e8re de d\u00e9voiler, de montrer ce qui constitue le fond de toute \u0153uvre&nbsp;: \u00ab&nbsp;le c\u0153ur&nbsp;\u00bb du po\u00e8me, nettoy\u00e9, purifi\u00e9 des mots qui l\u2019encombrent. Difficile de se repr\u00e9senter ce qu\u2019est le c\u0153ur du po\u00e8me aussi ne faut-il pas essayer de se repr\u00e9senter&nbsp; ce que cela peut vouloir dire (d\u00e8s lors que ce c\u0153ur aurait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement mis \u00e0 nu et effac\u00e9, c&rsquo;est l\u2019absence de tout, ce sont les choses m\u00eames qu\u2019il toucherait). Entrons dans cette facette de l\u2019effacement qui constitue pour moi la premi\u00e8re \u00ab&nbsp;m\u00e9thode&nbsp;\u00bb et qui est justement tout le contraire d\u2019une m\u00e9thode : rester dans le vif, mettre \u00e0 nu le c\u0153ur. En d\u00e9nudant et en enlevant, ce qu\u2019on perd permet de d\u00e9gager la mati\u00e8re, le fond, et le contexte de l\u2019\u0153uvre. Lorsque Jacques Dupin, parlant du travail de Giacometti, sugg\u00e8re qu\u2019on y trouve une grande part d\u2019effacement, il entend par l\u00e0 que toute son \u0153uvre est une mani\u00e8re de ne conserver que le n\u00e9cessaire par escamotage<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Pour Giacometti, l\u2019effacement est une mise \u00e0 nu jusqu\u2019au n\u0153ud de la mort. J\u2019avance doucement, sans commenter, posant des pierres le long chemin. Dupin parle de la fa\u00e7on qu\u2019\u00e0 Giacometti de \u00ab&nbsp;creuser l\u2019apparence&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;d\u00e9pouiller l\u2019apparence des accidents et des circonstances&nbsp;\u00bb et d\u2019aller \u00ab&nbsp;jusqu\u2019au bout de la mise \u00e0 nu du r\u00e9el&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. L\u2019effacement peut-il \u00eatre une mani\u00e8re de mettre \u00e0 nu le r\u00e9el, d\u2019en \u00ab&nbsp;toucher le n\u0153ud et la mort&nbsp;\u00bb&nbsp;? Chez Giacometti, \u00ab&nbsp;l\u2019espace est p\u00e9trifi\u00e9, la fleur \u00e9close est poussi\u00e8re\u00bb<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Il y a souvent un lien \u00e0 la poussi\u00e8re dans l\u2019effacement. Un tr\u00e8s beau texte d\u2019Emmanuel Hocquart, dans <em>l\u2019Album de la villa Harris<\/em><a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a><em> <\/em>s\u2019attache particuli\u00e8rement \u00e0 cette mani\u00e8re de d\u00e9nuder jusqu\u2019\u00e0 toucher la poussi\u00e8re<em> &nbsp;<\/em>C\u2019est un texte qui m\u2019est cher depuis longtemps. Il parle de la \u00ab&nbsp;dispersion&nbsp;\u00bb ultime d\u2019une fresque romaine. Il y est question de fouilles&nbsp;; et Hocquart s\u2019attache \u00e0 une fresque retrouv\u00e9e en miettes dans la terre, que l\u2019on ne va pas pouvoir reconstituer parce qu\u2019elle est en poussi\u00e8re, litt\u00e9ralement r\u00e9duite en poudre. Il n\u2019en reste que de tous petits fragments et ce qu\u2019en dit Hocquart est tr\u00e8s beau, car pour lui, tout l\u2019int\u00e9r\u00eat va tenir justement \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de sa reconstitution. <\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp; Au pied des Grottes d\u2019Hercule, sur le littoral atlantique, l\u2019arch\u00e9ologue Montalban mettait au jour des vestiges d\u2019un comptoir romain \u2013 \u00e9tablissement commercial du premier si\u00e8cle, que les Vandales en leur temps avaient saccag\u00e9&nbsp;: les peintures murales avaient \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement martel\u00e9es et leurs d\u00e9bris, abandonn\u00e9s \u00e0 m\u00eame le sol, peu \u00e0 peu recouverts par les sables (\u2026) des semaines durant, chaque journ\u00e9e apporta son lot de fragments color\u00e9s d\u2019anciennes fresques, lesquels une fois lav\u00e9s et dispos\u00e9s sur de longues tables s\u2019av\u00e9raient inaptes aux plus patientes tentatives de reconstitution, m\u00eame partielle, du moindre pan mural. En revanche, cette irr\u00e9ductibilit\u00e9 du fragment \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer l\u2019ensemble originel amor\u00e7a, par le biais des lacunes, la disparition du support et la perte d\u00e9finitive du mod\u00e8le, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une nouvelle redistribution du monde, n\u00e9e du hasard de ces \u00e9clats auxquels quinze si\u00e8cles d\u2019ensablement avaient conserv\u00e9 une \u00e9tonnante fraicheur (\u2026) lib\u00e9r\u00e9s de l\u2019origine et laiss\u00e9s \u00e0 leur trop grande \u00e9vidence propre, il fallut bien, par raison, les rendre aux sables, les fragments&nbsp;\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Perdre le mod\u00e8le et le support de\nmani\u00e8re d\u00e9finitive, c\u2019est une fa\u00e7on de rendre la fresque au monde, en rendant\nl\u2019effacement \u00e0 l\u2019effacement. Rendre l\u2019art au monde est une chose fondamentale. La\nperte de toute image et l\u2019\u00e9clatement de l\u2019ensemble initial, lib\u00e8rent la\npeinture de son pr\u00e9suppos\u00e9 repr\u00e9sentatif et la laissent retourner \u00e0 indistinct\nde toute origine. Quand la peinture retourne \u00e0 la poussi\u00e8re, le monde\nimperceptiblement mais irr\u00e9m\u00e9diablement se retrouve et\nse reprend.<\/p>\n\n\n\n<p>Avan\u00e7ons encore un peu dans l\u2019esth\u00e9tique\nde l\u2019ind\u00e9cis. Il y a chez Pierre Michon, dans <em>Ma\u00eetres et Serviteurs<\/em>, des moments d\u2019effacements bouleversants<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.\nCe livre porte sur un tableau qui disparait, un tableau de Lorentino. Voil\u00e0\nencore une autre mani\u00e8re pour l\u2019effacement de rendre l\u2019art au monde. Ce tableau\nde Lorentino, dont Vasari n\u2019a jamais parl\u00e9 parce qu\u2019il ne l\u2019a justement jamais\nvu (!) est \u00ab&nbsp;peut \u00eatre la plus belle chose qu\u2019on ait faite sur\nterre&nbsp;\u00bb. Il se trouvait dans une petite \u00e9glise italienne que tout le monde\na oubli\u00e9, \u00e0 Arezzo, d\u2019abord plac\u00e9 au fond de la sacristie. Apr\u00e8s un\nbombardement, un trou dans un mur de l\u2019\u00e9glise va d\u00e9cider de son sort. On s\u2019en\nsert pour colmater le br\u00e8che et arr\u00eater le vent. Evidement, pendant les\nintemp\u00e9ries, la toile prend la pluie, le soleil et le vent, il s\u2019abime. On ne\ndistingue plus Saint Martin, qui \u00e9tait son sujet, et petit \u00e0 petit, le tableau se\nd\u00e9grade tellement qu\u2019on fini par le retourner. Alors saint Martin regarde les\ncollines, la pluie et le vent au dehors. Il assez fascinant d\u2019imaginer cette\npeinture voir le monde, prendre la pluie, sentir le vent. C\u2019est une chose d\u00e9j\u00e0 beaucoup\nplus int\u00e9ressante que lorsqu\u2019elle \u00e9tait dans la sacristie. La paroisse r\u00e9ussit\n\u00e0 r\u00e9colter suffisamment d\u2019argent pour r\u00e9parer le mur, on jette la toile aux\norties. Elle finit en poussi\u00e8re au milieu des ronces et ainsi elle retrouve le\nvent, le sable et la rivi\u00e8re toute proche. C\u2019est ce qui pouvait lui arriver de\nmieux. Quand on a lu cette histoire, on n\u2019a presque plus besoin de peindre. On a\ncomprit que tout \u00e9tait l\u00e0. Il faut apprendre \u00e0 penser la naissance de la\npeinture depuis le risque d\u00e9j\u00e0 consomm\u00e9 de son effacement. Cette peinture\n\u00ab&nbsp;aujourd\u2019hui c\u2019est de la terre, comme Lorentino&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>,\ntout s\u2019est rejoint dans l\u2019effacement. Ce dernier n\u2019est pas une disparition\npuisque rien ne s\u2019y perd et que tout y est toujours l\u00e0, mais sous une autre\nforme, certainement plus vivante que sous la lampe d\u2019un mus\u00e9e. La peinture\nn\u2019est pas perdue pour le monde, puisqu\u2019elle y est revenue&nbsp;et ce sont ces\nretrouvailles que nous c\u00e9l\u00e9brons \u00e0 la lecture du livre. <\/p>\n\n\n\n<p>Si le \u00ab&nbsp;retour&nbsp;\u00bb du\nfond est important, c\u2019est bien dans la nouvelle <em>Die Fiecke<\/em> (<em>Les taches<\/em>)\nde Kurt Tucholsky. &nbsp;Il y d\u00e9crit les\ntaches de d\u00e9colorations laiss\u00e9es par les listes des victimes de la grande\nguerre affich\u00e9es jadis sur les murs d\u2019une acad\u00e9mie militaire. Leur pr\u00e9sence est\nd\u2019autant plus frappante qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es depuis longtemps mais qu\u2019on\nen voit toujours la trace. Tucholsky dit que \u00ab&nbsp;les taches crient&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>&nbsp;:\nles identit\u00e9s perdues font retour \u00e0 m\u00eame l\u2019effacement des noms. Cette r\u00e9manence\npar l\u2019effacement on la retrouve, quoique invers\u00e9e, chez A. Koestler,\nlorsqu\u2019emprisonn\u00e9 \u00e0 S\u00e9ville et attendant son ex\u00e9cution, il est \u00ab&nbsp;saisi\nd\u2019une grande joie&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>\n\u00e0 l\u2019id\u00e9e que les symboles math\u00e9matiques qu\u2019il griffonne sur les murs de sa\ncellule disparaitrons avec lui pour se fondre dans quelque chose de plus grand.\nDans les deux cas, la disparition exprime une expansion illimit\u00e9e et oc\u00e9anique.\n&nbsp;Le \u00ab&nbsp;creux n\u00e9ant de la\nprison&nbsp;\u00bb, dont parle Borne \u00e0 la fin de son po\u00e8me, rejoint un autre type\nd\u2019effacement&nbsp;: l\u2019effacement mystique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si Alain Borne serait d\u2019accord pour qu\u2019on parle de \u00ab&nbsp;dilution mystique&nbsp;\u00bb \u00e0 propos de ses po\u00e8mes mais c\u2019est la notion m\u2019apparait int\u00e9ressante dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une pens\u00e9e de l\u2019effacement. Nous voici donc au c\u0153ur de la seconde \u00ab&nbsp;m\u00e9thode&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019effacement comme exp\u00e9rience mystique. L\u2019histoire de la po\u00e9sie regorge d\u2019exemples en la mati\u00e8re. Il y a une phrase chez Jacques Dupin, dans son livre sur Giacommeti, qui sort comme \u00e7a, mine de rien, mais qui dit bien cette exp\u00e9rience de continuit\u00e9 qu\u2019on devine dans le rapport entre une \u0153uvre et le monde&nbsp;: \u00ab&nbsp;inutile de dissocier la nymphe de la for\u00eat et la sir\u00e8ne de la vague&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. C\u2019est dit tr\u00e8s simplement et c\u2019est exactement \u00e7a. Esth\u00e9tiquement, il ne faut pas essayer distingue pas la sir\u00e8ne du fond o\u00f9 elle surgit. Po\u00e9tiquement, tout se tient. La nymphe et la for\u00eat sont du m\u00eame bois. L\u2019artiste et le po\u00e8te nous permettent de sentir au mieux la dilution des corps dans la nature et le paysage. Pour Rilke, le chant de la sir\u00e8ne n\u2019est que la symphonie qui \u00ab&nbsp;fond les voix d\u2019une journ\u00e9e orageuse dans le bruissement de notre sang&nbsp;\u00bb&nbsp;(Rilke, <em>Worpswede<\/em><a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>). Il y a chez lui cette id\u00e9e d\u2019effacement devant \u00ab&nbsp;les grandes choses simples&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>&nbsp;: \u00ab&nbsp;un m\u00eame espace unit tous les \u00eatres, l\u2019espace int\u00e9rieur du monde&nbsp;\u00bb. Ainsi, \u00ab&nbsp;l\u2019oiseau vole au travers de nous&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>. Le <em>Weltinnenraum<\/em>, cet \u00ab&nbsp;espace int\u00e9rieur du monde&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>, dit exactement la dilution du corps et de l\u2019esprit en tant qu\u2019ils se confondent avec la terre et le vent. Il est tout le contraire de l\u2019intimit\u00e9. C\u2019est une matrice, porteuse d\u2019un sentiment de confiance et d\u2019unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, l\u2019id\u00e9e\nde dilution invoque le fait le fait de se perdre. L\u2019id\u00e9e\nd\u2019une co-naturalit\u00e9 entre le moi et le monde renvoie autant \u00e0 une exp\u00e9rience\nd\u2019apaisement et de l\u2019inqui\u00e9tude. Mais je pr\u00e9f\u00e8re insister sur le c\u00f4t\u00e9\nl\u00e9ger de l\u2019effacement et sur la joie qu\u2019il peut provoquer. Dans <em>La Jeune Parque<\/em>, Val\u00e9ry, joue avec\nl\u2019id\u00e9e l\u00e0 d\u2019\u00eatre litt\u00e9ralement gagn\u00e9e par les arbres et de les rejoindre\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;En moi, d\u2019un tel destin, le c\u0153ur toujours plus pr\u00e8s,                                            Mon cort\u00e8ge, en esprit, se ber\u00e7ait de cypr\u00e8s\u2026                                                  Vers un aromatique avenir de fum\u00e9e,                                                                       Je me sentais conduite, offerte et consum\u00e9e,                                                        Toute, toute promise aux nuages heureux !                                                             M\u00eame, je m\u2019apparus cet arbre vaporeux,                                                             De qui la majest\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement perdue                                                                 S\u2019abandonne \u00e0 l\u2019amour de toute l\u2019\u00e9tendue.                                                         L\u2019\u00eatre immense me gagne, et de mon c\u0153ur divin                                                   L\u2019encens qui br\u00fble expire une forme sans fin\u2026                                                     Tous les corps radieux tremblent dans mon essence !\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, non\nseulement l\u2019effacement n\u2019induit aucune diminution, mais il&nbsp; d\u00e9termine au contraire l\u2019espace d\u2019une\npl\u00e9nitude. <\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait multiplier\nles exemples. <em>La mystique sauvage<\/em>, de\nMichel Hulin porte presque enti\u00e8rement sur l\u2019effacement mystique. Pour lui, la\ndilution est un aspect fondamental des exp\u00e9riences d\u2019\u00e9veil. La dominante y est \u00ab&nbsp;un\neffacement plus ou moins complet de la fronti\u00e8re s\u00e9parant l\u2019int\u00e9rieur de\nl\u2019ext\u00e9rieur, le Moi du non-Moi. Cet effacement rev\u00eat lui-m\u00eame des formes\ndiverses. Tant\u00f4t, l\u2019ext\u00e9rieur est comme absorb\u00e9 dans l\u2019int\u00e9rieur. Le Moi\ndevient quelque chose comme une immense bulle de lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle\nse d\u00e9ploie le paysage du monde\u2026 tant\u00f4t, au contraire, l\u2019int\u00e9rieur parait se\ndissoudre dans l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>.\nL\u2019effacement comme exp\u00e9rience mystique&nbsp;: contagion et illimitation.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut\nessayer de la d\u00e9crire apr\u00e8s coup. Par exemple, John Cowper Powys, parle dans\nson <em>Autobiographie<\/em>, de la \u00ab&nbsp;r\u00e9v\u00e9lation\nmagique&nbsp;\u00bb, qu\u2019il a v\u00e9cu enfant en cours de math\u00e9matiques, et dont\nl\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur \u00e9tait \u00e0 priori plus qu\u2019anodin et insignifiant&nbsp;: un\nmorceau de carton color\u00e9 qu\u2019il utilisait dans ses exercices de g\u00e9om\u00e9trie. Un\n\u00ab&nbsp;certain mardi&nbsp;\u00bb, alors qu\u2019il prenait sa \u00ab&nbsp;petite g\u00e9om\u00e9trie\ncouleur prune&nbsp;\u00bb, il fut \u00ab&nbsp;envahi d\u2019une telle f\u00e9licit\u00e9&nbsp;\u00bb qu\u2019il &nbsp;ne souhaita plus ensuite \u00e0 jamais qu\u2019\u00e0 en\nretrouver l\u2019essence. Il le fit toute sa vie. Le monde lui f\u00fbt d\u00e8s lors donn\u00e9\npour rien, toujours enti\u00e8rement l\u00e0 : \u00ab&nbsp;j\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019il \u00e9tait en mon\npouvoir de jouir de toutes ces pr\u00e9sences et de toutes ces essences par\nl\u2019entremise d\u2019un banal fragment de mati\u00e8re&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de ce type d\u2019exp\u00e9riences, o\u00f9 l\u2019indistinction de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur se fait directement sensation physique, que rel\u00e8ve celle que rapporte Forrest Reid dans <em>Following darkness<\/em><a href=\"#_ftn18\">[18]<\/a><em>. <\/em>Couch\u00e9 \u00ab&nbsp;sur le dos dans l\u2019herbe (\u2026)&nbsp;j\u2019\u00e9coutais le chant des alouettes montant vers le ciel clair, depuis les champs proches de la mer (\u2026) c\u2019est alors qu\u2019une \u00e9trange exp\u00e9rience fondit sur moi. On eut dit que tout ce qui m\u2019entourait s\u2019\u00e9tait soudain retrouv\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi-m\u00eame. L\u2019univers entier paraissait r\u00e9sider en moi. C\u2019\u00e9tait en moi que les arbres balan\u00e7aient leur verte ramure, en moi que l\u2019alouette chantait, en moi que brillait le chaud soleil et que s\u2019\u00e9tendait l\u2019ombre fraiche\u00bb<a href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>. Le monde en train de gagner sur l\u2019int\u00e9rieur le fait \u00ab&nbsp;sangloter de joie&nbsp;\u00bb. La position allong\u00e9e, la confusion du corps avec le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal, trouble les limites et tout est ressenti directement. Il y a chez Bataille cette id\u00e9e que l\u2019extase est inassignable<a href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>. Emily Dickinson parle de fa\u00e7on encore plus fine et frappante de l\u2019<em>illocalit\u00e9<\/em> (<em>illocality<\/em>) de certains sentiments<a href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p>Michel Hulin\nconsacre un chapitre \u00e0 Pierre Janet et aux extases mystiques de Madeleine, une\nde ses patientes. Elle y exprime cette comp\u00e9n\u00e9tration entre le monde et\nelle-m\u00eame, entre ce qu\u2019elle voit, et ce qu\u2019elle est, cette absence de limites\nentre ce qu\u2019elle sent et la totalit\u00e9 de ce qui existe et qu\u2019elle appelle Dieu :\n\u00ab&nbsp;je vois par ses yeux (\u2026), je suis en Dieu, je suis comme Dieu, je suis\nDieu&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>.\nBaign\u00e9e par Dieu, elle devient Dieu. Janet d\u00e9taille tous les \u00e9tats par lesquels\nelle passe pour atteindre cet \u00e9tat d\u2019exaltation et d\u2019extase&nbsp;: \u00e9tat\nd\u2019\u00e9quilibre, \u00e9tat de torture, de s\u00e9cheresse, de tentation, et enfin de\nconsolation et de joie (qui \u00e0 son degr\u00e9 le plus \u00e9l\u00e9v\u00e9, constitue l\u2019extase)\u2026 Madeleine\ndit qu\u2019elle s\u2019efface compl\u00e8tement en faisant abstraction de toutes ses qualit\u00e9s\nhumaines pour rejoindre <em>in fine<\/em>\nquelque chose comme un sentiment de pl\u00e9nitude total. Paradoxalement, elle plaint\nd\u00e8s lors tous ceux qui n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 cette <em>v\u00e9ritable<\/em> joie qu\u2019elle tire de l\u2019indiff\u00e9rence entre soi et le monde&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;Cette folie est bien douce et ceux qui cherchent des jouissances en ce\nmonde devraient faire leur possible pour en \u00eatre atteints car il n\u2019y a aucun\nplaisir, aucune joie qui puisse lui \u00eatre compar\u00e9e&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>.\nElle plaint en premier lieu Janet de n\u2019avoir pas acc\u00e8s \u00e0 cette forme d\u2019extase\nqui est pour elle une communion lib\u00e9ratrice. Janet est\nd\u00e9sarm\u00e9 pour penser une forme de joie qu\u2019il qualifiera de fausse et de mensong\u00e8re,\ncar elle lui parait trop \u00e9loign\u00e9e de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se fait du perfectionnement de\nla vie par l\u2019effort. Il n\u2019en reste pas moins vrai que la qui\u00e9tude impersonnelle\nde Madeleine nous fait penser \u00e0&nbsp; ce\nvers de Jaccottet dans lequel l\u2019effacement est d\u00e9fini comme la seule&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;fa\u00e7on de resplendir&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn24\">[24]<\/a>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je fais\nmaintenant retour au po\u00e8me d\u2019Alain Borne et \u00e0 son premier vers pour en tirer ma\n\u00ab&nbsp;troisi\u00e8me m\u00e9thode&nbsp;\u00bb. C\u2019est une m\u00e9thode de sagesse. Borne parle du\nfait d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;m\u00fbr&nbsp;\u00bb. Etre m\u00fbr c\u2019est avoir l\u2019exp\u00e9rience de la vie, \u00eatre\ncapable de prendre des risques. L\u2019exp\u00e9rience impersonnelle de la joie \u00e9tait un\ntel risque. Mais \u00ab&nbsp;effacer le po\u00e8me afin de vraiment l\u2019\u00e9crire&nbsp;\u00bb est\npour Borne un risque plus grand. Il faut pouvoir l\u2019assumer, et la sagesse qu\u2019il\nimplique ne vient peut-\u00eatre qu\u2019au bout du temps. <\/p>\n\n\n\n<p>Je pense alors \u00e0 Leonora Carrington, et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience personnelle de la folie qu\u2019elle raconte dans <em>En bas<\/em><a href=\"#_ftn25\">[25]<\/a>.<em> <\/em>Pour l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise de ce livre, elle \u00e9crit une lettre \u00e0 Henri Parisot dont ce dernier fera la pr\u00e9face de l\u2019ouvrage. Elle est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s vieille. Peut \u00eatre a-t-elle atteint cette maturit\u00e9 qui permet de dire, et d\u2019\u00e9crire pour de bon, d\u2019assumer le dit et l\u2019\u00e9crit. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je suis\nune vieille dame qui a vecue beaucoup (\u2026) J\u2019accepte l\u2019Honorable D\u00e9cr\u00e9pitude\nactuelle \u2013 ce que j\u2019ai \u00e0 dire maintenant est d\u00e9voil\u00e9 autant que possible \u2013 Voir\n\u00e0 travers Le monstre \u2013 Vous comprenez \u00e7a&nbsp;? Non&nbsp;? Tant pis. En tout\ncas faites ce que vous voulez avec cette fant\u00f4me(\u2026) comme une vieille taupe qui\nnage sous les cimeti\u00e8res, je me rends compte que j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 aveugle (\u2026)\nje cherche de vider les images qui m\u2019ont rendus aveugle &#8211;&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn26\">[26]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, la\nd\u00e9cr\u00e9pitude f\u00e9conde de l\u2019\u00e2me, rappelle celle des murs de Tucholsky et de\nKoestler. Elle est vieillesse et maturit\u00e9. Vider les images qui nous ont rendus\naveugles, voir \u00e0 travers le monstre, n\u2019est-ce pas <em>effacer le po\u00e8me afin de vraiment l\u2019\u00e9crire&nbsp;<\/em>? Et encore\ndavantage <em>Nager sous les cimeti\u00e8res<\/em>&#8230;\nLe plus important dans cette lettre, \u00e9tant le fait que ce que Carrington avait\n\u00e0 dire est maintenant \u00ab&nbsp;d\u00e9voil\u00e9 autant que possible&nbsp;\u00bb dans la\nmaturit\u00e9 de son effacement. <em>Effacer le po\u00e8me afin de vraiment l\u2019\u00e9crire <\/em>est une op\u00e9ration de d\u00e9voilement<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut\nmaintenant s\u2019atteler au plus difficile&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne suis pas encore m\u00fbr\npour effacer le po\u00e8me afin de vraiment l\u2019\u00e9crire&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s avoir avanc\u00e9 dans\nle vif, dans le neuf, apr\u00e8s avoir vu le c\u0153ur nu, revenons en arri\u00e8re. Que peut\nsignifier \u00eatre assez m\u00fbr pour effacer le po\u00e8me afin de vraiment l\u2019\u00e9crire&nbsp;?\nSi le po\u00e8te dit qu\u2019il n\u2019est pas encore m\u00fbr, c\u2019est pour souligner le fait qu\u2019il\nne le sera peut-\u00eatre jamais. Borne entend-il par l\u00e0 que tout po\u00e8me rate&nbsp;parce\nque son existence d\u00e9fie et nie son effacement&nbsp;? Qu\u2019il ne peut \u00eatre au\nmieux qu\u2019un palimpseste illisible et priv\u00e9 d\u2019histoire&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire,\ncela signifie qu\u2019il y aurait une mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire <em>en effacement<\/em>, capable de conserver le pass\u00e9. Peut-on \u00e9crire en\neffacement&nbsp;? Il est possible de penser un effacement constitutif de\nl\u2019\u0153uvre, qui ne vienne pas apr\u00e8s coup&nbsp;? Un effacement qui ne serait pas le\ndevenir de l\u2019\u0153uvre achev\u00e9e, mais l\u2019origine vers laquelle elle s\u2019achemine. Et\nBorne pousse justement l\u2019effacement \u00e0 son comble en y faisant co\u00efncider\nl\u2019origine et le commencement. Il y a dans le vers de Borne\nun aveu d\u00e9guis\u00e9 d\u2019action r\u00e9ussie&nbsp;: en l\u2019\u00e9crivant, il entreprend l\u2019action\nm\u00eame de r\u00e9ussir <em>l\u2019effacement initial \u00e0 l\u2019\u0153uvre\ndans l\u2019\u0153uvre<\/em>. Il \u00e9tait assez m\u00fbr, c\u2019\u00e9tait le moment. Cela ne signifie pas\ndu tout que le meilleur po\u00e8me est celui que l\u2019on n\u2019\u00e9crit pas. Cela veut plut\u00f4t dire\nque le po\u00e8me appartient \u00e0 ce qu\u2019on n\u2019\u00e9crit pas, et que Jean-Luc Nancy appelle l\u2019<em>excrit<\/em>. Il en va l\u00e0 comme dans&nbsp; la peinture, inscrite d\u2019embl\u00e9e dans son\neffacement. \u0152uvrer, c\u2019est effacer, mais on n\u2019efface rien, on est dans\nl\u2019effacement. La chose po\u00e9tique s\u2019efface en ouvrant \u00e0 l\u2019ordre du r\u00e9el, \u00e0 l\u2019<em>excrit<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 tout ce qui\nl\u2019entoure. Quand Borne parle du fait d\u2019\u00e9craser le po\u00e8me et d\u2019\u00e9crire de sa\npoudre, nous entendons qu\u2019il faut pulv\u00e9riser l\u2019id\u00e9e d\u2019un po\u00e8me possible qui\npr\u00e9c\u00e8derait tout po\u00e8me et \u00e9crire depuis cette poussi\u00e8re. On a vu que c\u2019est ce\nqu\u2019Emmanuel Hocquart a pu faire, litt\u00e9ralement. Il n\u2019y a pas de perte dans\nl\u2019effacement, mais l\u2019\u00e9v\u00e8nement du r\u00e9el dans le souffle, la poussi\u00e8re, l\u2019excrit.\nFaire po\u00e8me, c\u2019est laisser naitre depuis le risque de l\u2019effacement toujours\nd\u00e9j\u00e0 advenu. Est-ce le perdre&nbsp;? C\u2019est le trouver en acceptant de le perdre\nau moment m\u00eame o\u00f9 on l\u2019\u00e9crit.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Alain\nBorne, sans titre, in <em>Le plus doux\npoignard<\/em>, L\u2019Arachno\u00efde, 2012, p 66<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Jacques Dupin, <em>Giacometti<\/em>, Farrago<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Ibid., p 94<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Ibid., p\n94<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Emmanuel\nHocquart, <em>Album de la villa Harris, Les\nespions thraces dormaient pr\u00e8s des vaisseaux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Pierre\nMichon, <em>Ma\u00eetres et serviteurs<\/em>,\nVerdier, Lagrasse, 1990<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Ibid. p\n118<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Kurt\nTucholsky, <em>Les taches, Die Fiecke<\/em>,\narticle de 1919, Berliner Volkszeitung, trad. personnelle<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Arthur\nKoestler, <em>Autobiographie<\/em>, cit\u00e9 par M.\nHulin, in <em>La mystique sauvage<\/em>, PUF,\nQuadrige, p 302<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Jacques Dupin, <em>Giacometti<\/em>, op. cit., p 78<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Rilke, <em>Worpswede<\/em>, ed. Marguerite Waknine, p 9. Worpswede est le nom\ndu lieu dit o\u00f9 Rilke a pass\u00e9 une partie de sa jeunesse, en compagnie d\u2019un\ngroupe de peintres (dont Paula Becker) qui avaient choisi de travailler dans\nune sorte de retour \u00e0 la nature, vivant ensemble dans un village rural avec les\npaysans.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Rilke, <em>El\u00e9gies de Duinno<\/em>, II, <em>Presque tout le r\u00e9el invite \u00e0 la rencontre<\/em>,\nV. 13. 15<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Rilke,\nibid<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Michel\nHulin, <em>La mystique sauvage<\/em>, PUF, 2008<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> John\nCooper Powys, <em>Autobiographie<\/em>, trad. Canavaggia, Paris, Gallimard, p 122<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Forrest Reid, Following Darkness,\ncit\u00e9 par R.C. Zachner, Mysticism, Sacred and Profane, Oxford University press,\n1980, p 40<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Georges\nBataille, dans <em>Le coupable<\/em>, raconte\nune exp\u00e9rience mystique qu\u2019il a eut un soir d\u2019orage en \u00e9t\u00e9 1939&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;Je ne cherchais rien mais le ciel s\u2019ouvrit. Je vis\u2026 (\u2026) mais la f\u00eate du\nciel \u00e9tait p\u00e2le aupr\u00e8s de l\u2019aurore qui se leva. Non exactement en moi&nbsp;: je\nne puis en effet assigner de si\u00e8ge \u00e0 ce qui n\u2019est pas plus saisissable ni moins\nbrusque que le vent&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a> Emily\nDickinson, <em>A nearness to tremendousness<\/em>,\n\u00ab&nbsp;Its location \/ is illocality&nbsp;\u00bb: on ne peux pas localiser l\u2019illocalit\u00e9,\nnote Patrick Reumaux (dans sa postface \u00e0 <em>Lieu-dit\nL\u2019\u00e9ternit\u00e9<\/em>, Points, p 285).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> Pierre\nJanet, <em>De l\u2019angoisse \u00e0 l\u2019extase<\/em>,\nParis, r\u00e9imp. Sorbonne, 1975,\nT. I,&nbsp; p 90<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a>Iibid<em>.<\/em>,&nbsp; p 90<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a> Philippe\nJaccottet, <em>Que la fin nous illumine<\/em>,\nin <em>L\u2019Ignorant<\/em>, 1958<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a> Leonora\nCarrington, <em>En bas<\/em>, L\u2019arachno\u00efde, Le\nVigan, 2013<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a>Ibid., p\n89<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019esquiss\u00e9, l\u2019ind\u00e9cis int\u00e9ressent naturellement le peintre. Je travaille personnellement sur de grandes peintures destin\u00e9es \u00e0 s\u2019effacer avec le temps. Je ne fixe pas les pigments et mes toiles tendent \u00e0 disparaitre rapidement pan par pan. En elle-m\u00eame, toute peinture est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019effacement. Et c\u2019est ce qui explique sans doute notre ent\u00eatement \u00e0 restaurer les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[93],"tags":[99,97,98],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8FFEZ-ce","jetpack-related-posts":[{"id":749,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/lesquisse-ou-le-dessin-evanescent-dans-la-poesie-de-sylvia-plath\/","url_meta":{"origin":758,"position":0},"title":"L&rsquo;esquisse ou le dessin \u00e9vanescent dans la po\u00e9sie de Sylvia Plath \u2014 Nathalie Schleif","author":"Nathalie Schleif","date":"25 avril 2020","format":false,"excerpt":"Entr\u00e9e Au lieu de nommer image ce qui se trouve en constant mouvement et devenir dans le phantasmer de la phantasia, utilis\u00e9 souvent comme synonyme d'imagination, nous allons mettre \u00e0 l'\u00e9preuve la notion d'esquisse afin d'\u00eatre au plus proche de ce qui de mani\u00e8re si anim\u00e9e se pr\u00e9sente dans ce\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;L'esquisse et l'Ind\u00e9cis&quot;","block_context":{"text":"L'esquisse et l'Ind\u00e9cis","link":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/category\/lesquisse-et-lindecis\/"},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":652,"url":"https:\/\/www.esquisses.eu\/revue\/dessin-fugace-insaisissable-figure-karin-espinosa\/","url_meta":{"origin":758,"position":1},"title":"Dessin fugace, insaisissable figure \u2014 Karin Espinosa","author":"Karin Espinosa","date":"28 avril 2020","format":false,"excerpt":"Lettre \u00e0 Ernest Pignon-Ernest L\u2019artiste qui dessine des figures, des figures de po\u00e8tes dont les \u00e9crits foudroient, G\u00e9rard de Nerval, Arthur Rimbaud, Jean Genet, Pier Paolo Pasolini\u2026, des figures d\u2019hommes et de femmes, d\u2019\u00e2mes anonymes, migrants, sans-abris, fugitifs. 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